Baba MAHAMAT

Centrafrique : vers un conflit confessionnel inévitable ?

Les derniers évènements survenus à l’ouest de la République centrafricaine, notamment dans certains villages de Bossangoa et à Bouca laissent croire que les Centrafricains sont loin du bout du tunnel qu’ils espèrent atteindre. Les violences sans précédent dont l’ensemble de la population est victime sont loin de se terminer. Un autre cycle de violence, une insurrection vraisemblablement commanditée par l’ancien président François Bozizé a débuté les hostilités depuis le 06 septembre dernier. Le bilan dans les villages environnants les villes Bossangoa et de Bouca  fait état de plus d’une soixantaine de morts, essentiellement la population civile.

Début des opérations de désarmement à Bangui, combats à l’Ouest

Ces évènements qui surviennent juste au début de la transition, laquelle marque le début du processus d’un retour à l’ordre constitutionnel sont très inquiétants. Une autre forme de conflit se pointe à l’horizon. Les hommes de François Bozizé responsables des attaques sont accusés d’avoir perpétré non seulement des pillages, mais également des exécutions sommaires et d’avoir brûlé des maisons de la population musulmane. Ces actes qui ne devraient normalement étonner personne laissent présageaient un genre de conflit, depuis quelques temps déjà, avec l’avènement des hommes de la Seleka dits « incontrôlés ».

Selon la déclaration du nouveau porte-parole de la présidence Guy Simplice Kodégué qui a pris ses fonctions le 5 septembre après sa nomination survenue le 21 août dernier, François Bozizé est pointé du doigt. Une accusation confirmée par des proches de l’ancien président dont son porte-parole, Levy Yakite. Ce nouveau cycle de violence intervient au lendemain des opérations de désarmement volontaire lancées par le nouveau ministre de la Sécurité, Josué Binoua dont les fruits sont appréciés par la population. Une opération qui n’a jusqu’à lors débuté qu’au niveau de la capitale Bangui, les provinces continuent d’être contrôlés par les chefs de guerre de la Seleka.

 L’arrivée de la Seleka et les pillages et spoliation des biens, la destruction des édifices publiques et privées, les exécutions ciblées dont les victimes sont essentiellement chrétiennes, l’insécurité grandissante sont autant de causes qui laissent présager un conflit confessionnel entre chrétiens d’une part et musulmans d’autre part. Une situation qu’exploite François Bozizé afin d’accéder à nouveau au pouvoir. Pourtant, ce pays de Barthélémy Boganda n’a jamais vécu une situation semblable, l’harmonie entre ces deux religions n’a jamais été mise à rude épreuve.

Risque de généralisation d’affrontement interreligieux, deux acteurs pointés du doigt

Deux acteurs principaux portent la responsabilité de cette crise sans précèdent qui n’en est qu’à ses débuts et risquant d’être généralisée dans toutes les régions du pays.

D’un côté, François Bozizé qui jusque là, n’accepte pas son éviction du pouvoir et joue au légitimement élu, en créant en France le FROCCA (Front pour le retour à l’ordre constitutionnel) qui dispose d’une branche armée. Les hommes qui ont attaqué les villages autour de Bossangoa et Bouca se réclament des « Anti Balaka », un autre mouvement créé en plus d’autres qui existent déjà depuis quelques temps dont le Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC) du général Abdoulaye Miskine qui, selon un communiqué récent, serait rallié au FROCCA, le Collectif des officiers libres de Joachim Kokaté, et le Morepol de Levy Yakete. De l’autre côté, le président de la transition, Michel Djotodia qui décidément ne parvient pas à contrôler son troupeau de la Seleka qui se livre, près de six mois après le coup d’Etat du 24 mars, à des  activités peu orthodoxes. Exacerbée, la population se trouve  prise au piège par la volonté des deux leaders de conforter leur position.

 La population chrétienne exaspérée par les violences perpétrées par la Seleka

Depuis le lancement des hostilités par la Seleka, les chrétiens ont été les principales cibles. Plusieurs milliers ont perdu la vie. Que ce soit à Bangui ou dans les provinces, cette tranche de la population accuse les Centrafricains musulmans d’être complices des exactions. A Bangui par exemple,certaines personnes affirment que les biens pillés se retrouvent pour la plupart dans le quartier KM5, fief des musulmans. Même si certains musulmans ont connu des pertes, les principaux quartiers ciblés restent ceux où les chrétiens y vivent. Exaspéré, la population de Boeing par exemple a été contrainte d’occuper le tarmac de l’aéroport international Bangui M’poko pour attirer l’attention des autorités.

Un conflit confessionnel ne fera qu’aggraver la situation déjà très précaire

Nous ne pourrons souhaiter ainsi qu’il y ait un affrontement interreligieux, ce qui empirera davantage la situation déjà dramatique. Ces derniers jours, la population se trouvant dans les zones de combat ont trouvé refuge en brousse, un refuge qu’ils avaient occupé pour la plupart déjà, il y a encore quelques semaines à cause des exactions, pillage et exécutions attribuées aux éléments de la Seleka.

A l’allure où vont les choses, une intervention d’une force neutre et impartiale sous la bannière des Nations-unies est plus qu’importante. On se rappelle encore de la résolution de l’Union africaine autorisant le déploiement de la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique), une force qui reste jusqu’à présent comparée à la Fomac (Force multinationale de l’Afrique centrale) qui éprouve de sérieuses difficultés à aider les nouvelles autorités de Bangui à assurer la sécurité sur l’ensemble du territoire. Les partenaires de Centrafrique ont plus que jamais la nécessité de jeter un œil au triste sort réservé à ce peuple qui est au bord de la faillite. La réunion de l’ONU qui devrait avoir lieu la fin de ce mois avec notamment la présence de la question centrafricaine le 23 septembre nous dira davantage sur la volonté des membres du Conseil de sécurité à résoudre le cas centrafricain.


Journée Mondiale du blog : que représente le blogging pour les Mondoblogueurs ?

Le 31 août 2013 marque la Journée Mondiale du blog. Depuis quelques années, des personnes de toutes les sphères font appel à ce moyen de communication, devenu incontournable pour communiquer, dialoguer, présenter leurs produits, … Les Mondoblogueurs ont décidé d’immortaliser cette journée de la manière la plus simple possible : répondre à la question suivante : que représente le blogging pour eux ? Ce billet qui a vu la contribution de plus d’une dizaine de Mondoblogueurs donne les points de vue de ce qui ont participé à l’édition de cet article.

Photo(Crédit:Mondoblog)
Photo(Crédit:Mondoblog)

1-Limone, Tunisie

Dernièrement, j’entendais un étudiant de l’école nationale de journalisme de Tunis s’insurger de l’inutilité du blog après la révolution. Un futur journaliste contre le blogging. Contre la diversité des points de vue rendue possible par Internet et la levée de la censure. Le blogging pour moi, c’est le bouleversement du schéma traditionnel de l’information, la fin du monopole des médias, la possibilité donnée à chaque citoyen d’avoir son mot à dire dans l’espace public.

 
 2-Salma Amadore, Cameroun

Le blogging pour moi représente une activité qui me permet d’exercer le journalisme que j’ai toujours voulu, celui qui part des faits et des expériences des gens pour parler d’un sujet. Tenir un blog me permets de m’exprimer comme je veux, sans trop de sévérité. Pour moi qui a l’expérience des rédactions, j’ai été très frustrée des fois de devoir réécrire ou mettre aux oubliettes un article à cause « de la ligne éditoriale » du journal. En bloguant, je suis libre, je suis moi, je suis l’autre qui me lis et veut aussi me dire sa part de réalité. Loin de la routine des autres canaux d’information qui nous plongent dans la routine avec des mêmes personnalités, les mêmes stars, le blog est proche de l’homme ordinaire, c’est l’homme ordinaire qui est au centre du blog, celui qui veut s’exprimer et ne le peut pas dans les chaines officielles, trouve dans le blogging, le moyen de s’exprimer, d’échanger et de s’enrichir de nouvelles connaissances.

 
3-Baba Mahamat, Centrafrique

Il ne fait aucun doute, le blogging à inévitablement changé la face du monde. Le blogging est devenu une forme d’expression très prisée par des personnes et structures dans divers domaines. Il permet d’échanger avec les lecteurs qui sont participent à son animation. Il y a dans le blogging, l’esprit de mettre les lecteurs au centre en interagissant avec eux grâce à des commentaires autres formes de partage. Ce qui le rend différent du média traditionnel est le fait que n’importe qui peut tenir un blog et ce, sans une formation préalable contrairement au journalisme par exemple. Une manière de communiquer est née grâce au blog, le journalisme citoyen. En Centrafrique où les événements ont comlètement  bouleversé la vie de paisibles citoyens, bloguer me permet de brosser la situation extrêmement difficile que vivent mes citoyens et en profiter pour dénoncer une tragédie oubliée par la communauté internationale, qui aurait pu être évité si l’intérêt du peuple était au centre des préoccupations au détriment des considérations personnelles.

 
4-Josiane Kouagheu, Cameroun

Bloguer pour moi, c’est tout simplement être moi. Ecrire pour dénoncer et interpeller, sans mensonge et sans maquillage.

 
5-Osman Jérôme, Haïti

Sans trop de crânerie, je dirais que, le blogging est pour moi, ce que la raison est pour le philosophe. Car cela me permet de pénétrer  la profondeur de la réalité quotidienne de mon pays. Réalité que j’essaie de parler sur mes blogs avec un ton un peu différent des médias classiques.

Depuis le jour que j’ai commencé à bloguer pour de vrai, je ressens  que, quelque chose a changé en moi en tant que citoyen. Après plus de deux ans de d’activité, désormais, je me sens plus engagé, plus concerné dans la lutte de la nouvelle Haïti, dont je suis un fanatique.

 
6-Mylène Colmar, Guadeloupe

Lancer un blog, écrire un billet, puis un autre, et encore un autre, en veillant à se renouveler, à livrer des informations (de son point de vue) intéressantes, à garder un œil critique. Animer un blog, lire les commentaires des lecteurs, se réjouir des compliments, répondre aux questions, défendre son point de vue et faire entendre sa voix. Tenir un blog, avec difficulté, parfois, avec plaisir, souvent, avec sincérité, toujours.

 
7-Pascaline, France

« Deux ans. Voilà deux ans que j’écris et que le blogging à pris une place de plus en plus importante dans ma vie. C’était d’abord une distraction, un moyen pour moi de prolonger mes écrits universitaires d’une manière beaucoup plus ludique, en racontant et en vivant de belles sorties culturelles. Puis, c’est aussi devenu un moyen de compter ma vision du monde, mes voyages, mes passions tout en réfléchissant au regard que je portais dessus, en le déconstruisant. Aujourd’hui, c’est devenu un biais indispensable par lequel je développe ma pensée, mes idées, en les confrontant aux lecteurs. Leurs réactions me font avancer, réfléchir, remettre en question dans mon écriture mais aussi dans cette vision du monde. Indispensable donc, pour demeurer une « femme qui interroge ». »

 
8-Aurore, Allemagne

Le blogging ou la valise 2.0.

Bloguer, c’est plier, empiler et ordonner au fond d’une valise virtuelle et planétaire des souvenirs, des avis, des incertitudes, des débats, des rencontres, des tous et des riens, des pleins et des vides, du futile, du sérieux, des histoires, de la poésie, des coups de gueule, des coups de joie, des injustices, des dénonciations, des déceptions, des messes basses, des combats, des confidences, des incertitudes, des Révolutions…

 
9-Babylas Serge de SOUZA, Benin

Blogueur par passion

C’est à la faveur d’un stage en médias et démocratie à Copenhague au Danemark en octobre-novembre 2010 que je me suis essayé au bloging. Ma passion pour le web journalisme me  permettra plus tard d’intégrer la deuxième édition de Mondoblog où, grâce à un encadrement judicieux, j’ai pu véritablement apprendre le b, a, ba, les contraintes et les exigences du blogging et de la publication en ligne.

Après la formation MondoblogDakar 2013, je revisite régulièrement mes connaissances à l’aune des innovations majeures, des mutations et des nouveaux développements du secteur médiatique, au jour le jour en tant que blogueur.

 

Aussi, pour moi, le blogging est une manière d’être, une forme d’expression parmi tant d’autres et pourquoi pas, un formidable espace d’échange, de partage.

 
10-Ladji Sirabada, Côte d’Ivoire

Mon blog, mes amis, le monde, la chaleur…

Parce que je blogue, j’appartiens à une communauté qui écrit et qui crie, qui saupoudre et qui fustige; une communauté qui arrange et souvent dérange, qui chante tout en interpellant, qui enseigne et renseigne, qui appelle et interpelle, qui éduque, distrait, et s’occupe…

Parce que je blogue, je convoque bon gré, mal gré une communauté qui se renseigne ou enseigne, qui partage ou s’enferme, qui se satisfait ou se plaint de, qui encourage ou insulte, qui consomme sans ou avec modération, qui dit merci ou merde, qui félicite ou blâme…

D’un coté ou d’un autre, en bloguant, je me mets à la croisée de plusieurs chemins. Chemins de confrères. Chemins de lecteurs. En bloguant, je partage mon monde ou ce qu’il y a à partager pour ne point me sentir seul.

 

Mon histoire du blog, commence avec la neige. Le blanc qui tombe et qui plonge le noir dans le lointain souvenir de la chaleur des terres ancestrales  et des miens.

En tombant, en m’enfermant dans un univers que je qualifiais  »aussi d’exotique », le blanc, m’a offert des pages blanches à remplir, m’invitant à me soustraire de la solitude, du dépaysement, d’un monde dans lequel, je me suis retrouvé, par concours de circonstance divine.

 

Mon blog fut, mon bois de chauffe. Il fut la vitrine de présentation de mon nouveau monde…
A chacun, je souhaite une expérience de blogging…pour un monde plus ouvert, sans barrière et avec beaucoup de chaleur…

Je bloggue; bloguons donc, puisque c’est la ten-dance.

 

11-Nelson Deshommes, Haïti

C’est une phrase magique qui a ouvert mes yeux sur le monde du blogging: « La beauté de l’internet c’est qu’on apprend en marchant ». Et dépuis lors, je fais de ce slogan ma principale source de motivation. En effet, le blogging est pour moi un centre d’apprentissage. Il m’est aussi un moyen de peaufiner mon écriture, et surtout d’apporter ma contribution dans la présentation d’une autre Haïti aux yeux du monde. Dorénavant, un blog est un instrument de communication où chacun peut placer son mot sur le dévenir de notre planète. Maintenant avec un blog, n’importe qui peut marquer d’une autre manière et de façon indélébile son passage dans ce monde.

 

12. Berliniquais, Martinique 

Pour moi, le blogging, c’est ma deuxième grande passion. Comme chacun sait, ce que j’adore par-dessus tout, c’est de chanter sous la douche. Mais malheureusement, quand je chante sous la douche, il n’y a personne pour m’écouter. C’est triste à mourir. En revanche, lorsque j’écris dans mon blog, le monde entier peut lire mes humeurs. Donc pour moi, écrire un blog, c’est un peu comme chanter sous la douche devant un large public ébahi d’admiration. Quel bonheur!

 
13-Boubacar Sangaré, Mali

Parlons du blogging mais pas pour y consacrer un billet qui appelle, comme chacun le sait, chaque fois un sérieux et une application énormes. Il est tout simplement question de livrer son point de vue sur ce phénomène dont la fièvre a saisi le monde, singulièrement dans sa composante jeune.

Alors, c’est un avis très personnel que je vais livrer. Quand on me parle du blogging, je ne peux pas ne pas penser à dire que, dans un monde qui se débat dans l’entonnoir des crises politiques, économiques voire sociales, tenir un blog ne peut qu’offrir une possibilité de calmer la soif de s’exprimer qu’éprouvent des millions de femmes et d’hommes repartis dans tous les pays. Et surtout à un moment où les idées sont l’arme privilégiée dans la « guerre des places » qui oppose d’abord les grandes puissances, et accessoirement toutes les nations. Ainsi, le blog, en tant que site personnel, donne l’opportunité de prendre part à ce concert des idées qui animent le monde.

Pour le petit et modeste journaliste que je suis, qui tient un blog depuis bientôt une année, le blogging a été un espace où il défend ses convictions, sa position sur un sujet qui fait ou non la Une de l’actualité locale ou d’ailleurs. Et ce qui a le plus éveillé mon intérêt pour cette activité, c’est le droit à la subjectivité dont jouit le blogueur. Le droit de dire son ressenti du moment et ses impressions propres. Ecrire à la première personne du singulier (je) une analyse dans laquelle se retrouveront beaucoup de lecteurs, me parait plus responsable  que l’emploi du « Nous » que le journalisme trouve objectif, mais qui me semble manquer de sérieux. C’est aussi indiquer que le blogging est un espace, aussi grand que le rêve. C’est, bref, un déversoir !


Centrafrique : le tarmac de l’aéroport Bangui M’poko, la place Tahrir centrafricaine?

« On ne veut plus de cela », s’insurge l’un des manifestants occupant le tarmac de l’aéroport international Bangui M’poko sécurisé au lendemain du putsch du 24 mars 2013 par des soldats français en appui aux forces sous-régionales de la Fomac (Force force multinationale de l’Afrique centrale). Nous sommes mardi 27 août, vers 21 heures, une foule de populations venus de Boeing, femmes, enfants et hommes alertés par une expédition punitive de la Seleka – comme toujours – se rend et envahit le tarmac de l’unique aéroport de Centrafrique. Ils y passeront toute la nuit et malgré une l’intervention des autorités tant politiques que religieuses, ils n’ont pas cédé. Oui, ils sont entre 3000 à 4000 selon un soldat présent à l’aéroport. Cette manifestation -occupation- qui a duré un peu moins de 48 heures est la seule manière qui reste aux Centrafricains des quartiers meurtris de Bangui à crier leur râle-bol et manifester contre les violations régulières – exécutions sommaires, viols, pillages systématiques– qui se réalisent lors des opérations dites de désarmements par les éléments de la Seleka.

Photo(Credit:Facebook)
Photo (Credit : Facebook)

Deuxième type de manifestation pour les populations de Bangui  

Après les concerts de casseroles qui n’avaient duré que quelques jours dans la capitale centrafricaine, une autre forme de manifestation spontanée a vu le jour dans ce pays où tyrannisée par des éléments dits incontrôlés à la gâchette facile, n’ayant aucun respect pour la dignité humaine, la population laissée à son triste sort s’organise pour faire entendre ses souffrances. Les éléments de la Seleka, l’ex-rébellion au pouvoir depuis le 24 mars 2013 ont investi les quartiers de Boeing et Boulata, après leur entrée le 18 août dernier à Boye-Rabe faisant plusieurs victimes dont des morts et blessés ainsi que des scènes de pillage. Ces manifestants très déterminés exigent du gouvernement l’arrêt immédiat des pillages et des violations faites à l’encontre des civiles. Ils ont été appuyés le mercredi 28 août par une partie des habitants de Boye-Rabe et des quartiers environnants. Un marché a été improvisé et la vente de certains produits notamment des fruits et des denrées de première nécessité peut se faire sur place sur le tarmac.  Jusqu’au début d’après-midi du mercredi, les manifestants étaient encore présents sur le tarmac malgré la médiation des certains membres du gouvernement ainsi que des responsables religieux. Mais ils ont été dispersés à l’aide de gaz lacrymogènes par les éléments de la Fomac.

Photo(Credit:Facebook)
Photo(Credit:Facebook)

 Deux changements majeurs ces derniers jours à Bangui

En début de semaine, le président de la transition Michel Djotodia a pris une décision importante, le remplacement du puissant ministre de la Sécurité publique Adam Nourredine par le ministre des Affaires religieuse et des minorités, Josué Binoua. Ce dernier qui a déjà occupé ce poste sous la présidence de François Bozizé ancien président de la République est de l’ethnie de certains habitants de Boye-Rabe. Pour beaucoup, ce changement intervient comme une sanction à l’encontre de Adam Nourredine qui serait le cerveau des opérations musclées de Boye-Rabe le 18 août, une opération dont le président de la transition ne serait pas informé selon la RFI.  Autre décision majeure, la décision prise à l’issue du Conseil de sécurité de Centrafrique présidé par Michel Djotodia qui a décidé que les éléments de la Seleka quittent Boye- Rabe et qu’ils soient remplacés par les forces de la gendarmerie et de la police avec l’appui de la Misca.

 Des opérations de désarmement aux arrêts

Le pays traverse depuis plusieurs mois une situation sécuritaire très préoccupante. En cause, la prolifération des armes de tout calibre. Bangui est devenu une poudrière et peut exploser à tout moment. Après l’affrontement de Gobongo faisant plusieurs pertes du côté de la population civile et de la Seleka, la Fomac s’est décidée de désarmer les rebelles. Une opération qui a permis de recenser une quantité importante d’armes et d’apaiser la situation à Bangui. Cependant, depuis le 1er août, la Fomac (force multinationale de l’Afrique centrale) a été remplacé par la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique) qui tarde à être opérationnelle. La Fomac qui était dotée de quelques

Le soutien de la France au Misca

Lors de son discours devant les ambassadeurs Français, Le président Français François Hollande a parlé de la somatisation de la situation centrafricaine et a insisté sur le rôle que joué l’Union africaine dans la résolution rapide de cette crise. Il a par ailleurs ajouté  que le Conseil de sécurité doit se saisir de ce dossier afin de trouver une solution rapide. Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a rappelé la position française ce mercredi. Les récents événements permettront à la France et à l’Union africaine de multiplier leurs efforts pour arrêter ce bain de sang ? Les jours à venir nous diront davantage.

 

Un peuple meurt et la communauté internationale l’oublie. Une chose est sûre, la population qui est longtemps  restée soumise n’en veut plus et ira au delà si rien n’est fait pour améliorer la situation.


Centrafrique : ces questions que tout centrafricain doit logiquement se poser

Les temps ne sont pas bons et ce ne sont pas les rapports que dressent les organisations internationales telles que les Nations Unies ou l’UA qui vont prouver le contraire. Beaucoup de choses ont été dites mais est-ce que les centrafricains se posent les bonnes questions ? Nous allons aborder ici, quelques questions avec des éléments de réponses.

 

  • La responsabilité des événements actuels incombe uniquement aux étrangers ?

Je n’ai jamais compris la nature des centrafricains. Nous savons toujours rejette la responsabilité sur les autres au lieu de faire une autocritique. La tragédie qui continue de secouer notre pays est la conséquence d’une longue liste de mal que tout le monde sans exception, a entretenue sciemment. Pour les présidents avant-hier, c’était le président Ange-Félix Patassé qui accusait l’opposition et surtout son tombeur le général François Bozizé de l’avoir empêché de réaliser le programme qu’il avait pour ce pays malgré son bilan mitigeur au pouvoir de 1993 en 2003. Et puis, hier c’était le tour du général François Bozizé, toujours avec un bilan adouci après avoir passé lui aussi 10 ans au pouvoir. Aujourd’hui, c’est le nouveau président de transition Michel Djotodia qui accuse Bozizé d’avoir armé une partie de la population avec plus de 2000 armes. La plupart des centrafricains refusent de croire que nous sommes tous responsables de ce qui se passe. Mes compatriotes vont même directement pointer de doigt les Tchadiens et les Soudanais, une affirmation que je ne refuse pas, néanmoins pourquoi ne pas commencer par voir dans cette crise, notre responsabilité ? Pourquoi chacun, peut importe le rang social, président, ministre, maires, chômeurs, menuisiers, gardien, religieux, … ne fasse pas une autocritique ?  « Avant de prendre des poux sur la tête de quelqu’un, débarrasse-toi d’abord des tiennes»

 

  • Ces personnes qui prétendent être le sauveur du peuple, ils le sont vraiment ?

On se souvient encore comme si c’était hier. Le 15 mars 2003, le général François Bozizé qui venait de réussir son coup d’état après deux ans de rébellion a déclaré qu’il était le libérateur-comme si tous les centrafricains étaient en prison sous le régime de Patassé- après une brève cohabitation avec ses alliés, il ne se gênera pas et va se débarrasser d’eux en installant au commande que ses proches parents, amis et connaissances. Aujourd’hui, l’ancien président François Bozize ne cache pas son intention de revenir au pouvoir par tous les moyens qui s’imposent et la question qui fondamentale est de savoir s’il veut le faire pour mettre fin à la souffrance aux centrafricains surtout en appelant à la haine et à un soulèvement et en s’installant tranquillement avec sa famille en France.  Il pouvait choisir le peuple en faisant le choix de respecter les accords de Libreville qui lui offre une porte de sortie au lieu de donner un alibi à ces sanguinaires de piller, violer, massacrer, bruler à leur passage. Michel Djotodia, le chef de la coalition rebelle Seleka et actuel président de la transition n’enfreint pas à la « règle ». Au nom de la cohésion sociale et de l’union du pays, il a pris le pouvoir en affirmant haut et fort que ce sont les dérives autoritaires de son prédécesseur qui ont amené son mouvement à arriver aux hostilités et reprendre le pouvoir. Plus de cinq mois après, le peuple hérité une situation plus qu’alarmante et tous les indicateurs sont au rouge même le risque de disparition de l’état. La Seleka a réellement pris le pouvoir pour sortir la RCA du joug de l’ennemi ? Ces mouvements qui se créent à tour de bras existent vraiment pour sortir le peuple de l’impasse?

 

  • Dans l’allure où vont les choses, les acteurs de la transition sont-ils à mesure d’accomplir leurs taches ?

Décidemment, le choix des dirigeants de la transition reste discutable. Du président de la transition au premier ministre de transition en passant par le président du Conseil National de Transition, rien ne prouve qu’ils soient les hommes de la situation. Le président de transition Michel Djotodia qui a une crise d’autorité, une idée qui se concrétise avec les événements du 20 août à Boye rabe, un quartier supposé être proche de l’ancien président François Bozize. Ses décisions ne sont pas respectées par ses subalternes, pi encore au sein de sa propre coalisions la Seleka. Le premier ministre de transition qui a fait défrayer les chroniques à travers son litige avec le président du CNT sur la question de l’ordre protocolaire, un événement qui n’a rien à voir avec leurs missions. Nicolas TIANGUAY avec son gouvernement n’ont presque rien fait jusqu’à présent. Peut-être juste coordonner l’accord du prêt entre la RCA et le Congo Brazzaville ou bien aller pleurnicher auprès de l’Union européenne, l’ONU et l’Union Africaine.  Il y a eu certes des priorités qui ont été arrêtées pour la transition mais aucun des membres du gouvernement ni même le premier ministre n’a fait savoir comment faire pour arriver à endiguer ces problèmes centrafricains dont l’ampleur laisse plus d’un perplexe. Et enfin, le président du CNT Alexandre Ferdinant Guendet qui décidemment ne comprend pas bien ses prérogatives.  Il devrait être du côté du peuple en sa qualité de président de l’organe qui fait office d’assemblée parlementaire, par exemple en exigeant du gouvernement le rétablissement rapide de la sécurité sur tout le territoire et en ramenant la paix en Centrafrique, faire des déclarations fermes à l’encontre des événements comme ceux qui se sont déroulés à Boy Rabe. Mis a part la rédaction des documents de base du CNT dont la charte, la mise sur pied d’une Cour Constitutionnelle de transition, on se pose la question de savoir ce qu’ils font au CNT.

 

  • La laïcité de la RCA est-elle en danger ?

Même si le président Michel Djotodia avait fait une intervention lors de la rencontre des acteurs religieux en précisant que la RCA est et restera un pays laïc, le baromètre laisse à réfléchir. Les ingrédients ne sont pas réunis pour qu’on parle déjà d’islamisation de la RCA cependant, certains éléments de la Seleka font croire à la population le contraire. On peut citer comme illustration, l’interdiction de l’élevage et de la vente de la viande de porc à Sibut et à Galo. Les chefs de guerre de la Seleka qui se sont partagés la RCA comme l’Afrique partagé lors de la conférence de Berlin, imposent leurs lois à qui veut l’attendre sans pourtant se gêner à cause du manque d’autorité. On a parlé à la radio de cette interdiction de cette élévation et vente de la viande de porc mais aucune autorité ne s’est levée pour assurer la population et prendre des mesures drastiques à l’encontre de telle initiative afin de dissuader ceux pour qui, l’idée effleurerait.  Comme l’a souligné un confrère sur le site de La nouvelle Centrafrique (LNC), la Seleka a été constituée comme force rebelle de conquête de pouvoir et non comme force d’occupation et encore moins comme force politique ou administrative, tout pourrait être à craindre avec cette allure où vont les choses.

 

  • Est-ce qu’on a besoin de s’entretuer pour faire ramener la paix chez nous ?

La paix n’est pas seulement un esprit mais il doit être un comportement. On n’a jamais besoin de s’entretuer pour faire ramener la paix chez nous. Aucun pays ne s’est développé grâce à la guerre ou à un coup d’état. Nous devrions comprendre que nous devons apprendre à vivre ensemble sinon nous allons tous mourir. Chaque centrafricain où qu’il se trouve, quelque soit son origine, son ethnie, son village, sa préfecture doit s’approprier la paix et ses valeurs. Nous ne pouvons pas continuer à vivre comme des animaux. Ce ne sont pas ces quelques dirigeants qui vont nous ramener la paix, c’est à nous de les imposer cette valeur en les faisant comprendre que nous ne voulons plus de guerre chez nous car on n’a en marre. On ne veut plus de cette vie où la valeur de la personne humaine ne tient qu’à un bout de fil, où chaque jour fait naître de nouvelles craintes dans nos cœurs. Cette vie où le moment est grave et le lendemain incertain. Nous devons nous impliquer davantage à travers notre comportement, nous devons nous auto-sensibiliser pour arriver à nous sn sortir de cette tragedie, une tragédie qui dépasse tout entendement de l’homme. Nous devons apprendre à se pardonner, à se serrer la main, à faire mieux que les Rwandais après le génocide, à donner le meilleur de nous-mêmes pour que la transformation de la mentalité ne soit pas un mot vain mais une réalité.


L’électricité en Afrique, un problème majeur de développement : analyse et explications selon les Mondoblogueurs

« Nous avons tous ou presque, les mêmes problèmes, les mêmes douleurs, les mêmes aspirations. L’électricité demeure un défit indéniable dans nos différents pays, surtout en Afrique mais est-il insurmontable ? Personne ne peut nier les causes et les conséquences de ce problème». Telle est la substance du mail que j’ai envoyé sollicitant la contribution des Mondoblogueurs pour ce billet collectif qui donne le point de vue ainsi qu’une analyse de la situation de l’électricité dans quelques pays d’Afrique.

Photo(Credit:jlgagnaire.com)
Photo(Credit:jlgagnaire.com)

Bénin : Sinistré du delestage

 

Le Roi Soleil

Je pense qu’on ne saura jamais assez remercier Dieu pour toutes ses merveilles. C’est justement parce qu’il a fait des choses inexplicables qu’on dit qu’il est au dessus de tout. Oui je reconnais, il est très fort, car j’imagine un seul instant si cet astre nommé soleil appartenait aux hommes, ce que nous serions devenus.

Morts depuis longtemps sans doute. Il en est de même pour l’air, vous imaginez une société Aes-air ou Cam Air ou je ne sais comment la nommer, mais une société qui serait chargée de nous fournir de l’air quotidiennement pour notre survie ? Nous serions tous morts par manque d’air (une sorte de délestage de l’air). Par « nous » je parle des pauvres car je pense que les riches se feraient un plaisir énorme d’acheter des réserves d’air et tant pis pour les autres.

 Il n’ a qu’à voir comment ils sont insensibles aux cris de la population face aux nombreuses coupures intempestives d’électricité. Insensibles face à la fourniture insuffisante en énergie électrique dont une majeure partie de la population est victime. Nous pensions être enfin sauvés quand le groupe AES-Sonel est venu au Cameroun. C’était la promesse pour nous : des factures moins chères, un réseau constant d’électricité, une équipe à notre écoute, bref une société rien que pour nous. C’était un leurre. Aes/Sonel nous a fait découvrir un nouveau mot : « délestage » finalement devenu « détestage » tellement la rage montait peu à peu.

 

Aes coupait le courant quand elle voulait sans nous prévenir. Aes nous faisait payer un entretien de compteur pendant des années sans trop savoir pourquoi. Aes augmentait le prix du kilowatt quand cela l’enchantait. Aes c’était finalement plus investit dans le business des mines que dans sa mission première : nous fournir de l’électricité. Elle est partie par la petite porte et rien n’a changé.

 

« Energizing Cameroon », un slogan fort qui vous pousse à apprendre la langue de Shakespeare. Mais vous perdez vite votre enthousiasme et préférez de loin la formule populaire « Obsurizing Cameroon » quand vous revenez à la réalité. Avec ça,  nous parlons chaque jour de développement au Cameroun, je pense que ce n’est pas pour demain en tout cas (2035 peut-être) et de nombreux camerounais seront sans doute morts avant que le reste n’atteigne le bout du tunnel, un tunnel obscur (prenez vos bougies s’il vous plait).

 

Comment penser au développement quand suite à des coupures d’électricité, des congélateurs ne fonctionnent pas et que trois jours voire une semaine après, quand c’est rétabli, les commerçants nourrissent les populations avec du poisson ou de la viande faisandée ? Comment penser au développement quand, lorsque l’Etat veut encourager les PME et qu’un jeune ouvre une scierie, elle ne fonctionne pas pendant des semaines, alors qu’il a des employés à payer ? Comment vouloir s’arrimer au reste du monde et l’usage des nouvelles technologies par la jeunesse quand par manque d’électricité, une salle d’informatique dans un établissement X ne peut fonctionner pour que les élèves en profitent ? Comment, comment ?

 

J’ai vu des choses, des parents désespérés qui devaient forcer leurs enfants à apprendre sous l’éclairage d’une bougie ou d’une lampe tempête. Parlant de la lampe tempête, je me rappelle que durant mon enfance, on en achetait pour mes grands parents aux villages. Mais de nos jours, elle est devenue bien plus utile en ville qu’ailleurs, « ancienne sonel » c’est son nom chez nous. J’ai vu des enfants morts, calcinés parce qu’ils apprenaient avec des bougies et se sont endormis éternellement. Si les enfants sont l’avenir d’un pays, alors notre avenir se fera t-il avec des machabées ?

 

 

Photo (Crédit:Samla Amadore)
Crédit photo: Samla Amadore

Si la situation a ainsi dégénéré, c’est aussi la faute de l’Etat pas assez présent pour frapper du poing sur la table. Les membres de l’Etat, toujours occupés à inaugurer les barrages de X, le barrage de Y « qui fonctionnera en 2035 ». Nous sommes en 2013, il nous reste 22 ans à supporter cette situation, en tout cas l’espoir fait vivre. Les populations ont beau revendiquer mais si cela entre dans les oreilles de sourds que faire ? Comment être content de payer une facture d’électricité très chère quand on est dans le noir constamment ?

La dite société a sans doute changer d’équipe dirigeante, mais les problèmes subsistent. Déjà à Bamenda j’assiste à plus de trois coupures par jour. Bizarre car je me dis que les problèmes dont je parle ne sont la réalité que d’une tranche de la société. Une tranche de la société parce que déjà un nouveau produit d’AES a été lancé il y a quelques jours : Easylight. Parait qu’avec Easylight, il est possible de voir l’évolution de sa facture en s’inscrivant et en inscrivant le numéro de votre abonnement. Le règlement des factures par le téléphone mobile est aussi possible.

 Initiative louable mais qui, je le regrette ne colle pas à la réalité une fois de plus. Pour s’inscrire, voir sa facture ou encore imprimer sa facture par le net, il faut de l’électricité (ce dont nous manquons actuellement en milieu urbain, je ne parle même pas des zones rurales).

 

Heureusement ou malheureusement, des Camerounais ingénieux se sont tournés vers le Roi Soleil. Heureusement, parce que désormais nous avons des lampes, des panneaux, des torches, des téléphones et même des ordinateurs solaires. Malheureusement, car en saison pluvieuse il sera difficile de les utiliser vu comment le climat est instable. Ces outils quotidiens solaires nécessitent sans doute, encore des recherches approfondies pour une plus longue autonomie et une durée de vie plus grande. Quand ce sera fait, faudra revoir le prix car pour que chaque famille jouisse des technologies solaires, faut bien que le prix de ces outils colle à la réalité de son pourvoir d’achat.

 

Une équation qui, j’en suis sûre sera résolue, je préfère m’arrêter là. Il fait nuit et vu que je suis dans l’obscurité je n’ai pas envie d’écrire sous l’éclairage d’une bougie.

 

Au Cameroun, tout le monde est aveugle à la tombée de la nuit

Le cargo roule à vive allure. Dans le car, une vive dispute a éclaté entre une femme bien en chair dont le large postérieur occupe une bonne partie du siège et une autre femme, plus mince. Les autres passagers s’en mêlent. La dispute devient générale. Je ne parviens plus à suivre les informations à la radio. «Mais taisez-vous. Laissez-moi suivre mes infos. Depuis hier, il n’y a pas d’électricité à la maison », lance-je. Trop tard ! Mon Dieu j’ai crié ! «Que vont-ils me dire ?», me demande-je toute peureuse. Dans ma tête, je passe déjà en boucle tous les noms d’oiseaux dont on va me traiter. Dans un cargo à Douala, on est lavé d’injures. Ce n’est pas moi qui le dis. Les conducteurs de ces engins sont d’ailleurs appelés «hors la loi ». Même les policiers en ont peur. Surprise !

 

-Ah ma petite toi aussi ? Regarde mes bras ? Les moustiques m’ont tout mangé cette nuit. Trois jours que je n’ai pas d’électricité. Si je tiens ces hommes, je les tue. Maudite Aes Sonel (société en charge de l’électricité au Cameroun), peste le chauffeur.

 

J’ouvre mes yeux tout ronds. Pour une fois dans le cargo, le conducteur n’injure pas. Il ne discute pas non plus, il accepte. Autour de moi, la vive dispute a cessé. Mes deux voisins de derrière qui parlaient avec passion du FC Barcelone et de Messi se sont tus. Les deux femmes aussi. «Tu parles ma fille. J’ai déjà perdu des centaines de mille de Francs Cfa à cause d’eux ! Je suis à Douala comme si j’étais au village d’avant, sans lumière », me dis ma voisine avec colère. Et à chacun de me raconter sa petite histoire sans lumière. Et à eux de me conter leur vie d’aveugle. Et ces enfants, ces hommes et femmes qui ont péri dans un incendie. Ces commerces incendiés. Des 23 passagers, chacun avait quelque chose à dire. Dieu, en mal, en pire d’Aes Sonel. «Il n’y a pas d’électricité au Cameroun», m’a dit un vieux papa, sourire édenté à sa descente. Et il m’a regardé plein d’espoir :

 

-Ma fille tu crois que je peux aller là-bas et leur dire (Aes) de ne plus couper ma lumière parce que je paie ma facture tous les mois ? Tu sais je n’ai jamais passé un mois sans le faire. Je préfère régler ma facture et rester affamé. Je peux ?

J’ai eu honte de répondre à mon papa. D’ailleurs, qu’aurai-je pu lui dire ? Tout le monde vit sans lumière au Cameroun. On a des barrages, le soleil et tout. On s’en vante ? Mais on devient tous aveugles à la tombée de la nuit !

 

  • Baba Mahamat, Centrafrique

Il y a bien des années que les Centrafricains ont ancré dans leur dictionnaire le mot coupure ou délestage. L’électricité en RCA, un pays ne possédant presque pas d’industries à l’exception de l’entreprise d’un libanais qui fabrique de l’eau minérale Oubangui est une denrée rare au sens propre du terme. Les problèmes de cette fameuse entreprise, l’unique et parapublique, dénommée Enerca (Energie Centrafricaine) sont légion. Les citer, on pourrait passer toute une nuit en prenant des somnifères. Mais, même si les difficultés techniques et d’organisations ne sont pas à cacher, la mauvaise gestion de cette structure a fait d’elle ce qu’elle est de nos jours : juste une silhouette et du squelette.  En plus d’un problème d’amortissement des appareils qui souvent datent de l’époque coloniale, le vol d’électricité par la plupart des consommateurs n’arrange non plus la situation. En fin de compte, tous les problèmes ont trouvé une place.

 

Les conséquences de ces problèmes sont indiscutables. Le délestage que le Centrafricain est obligé de gérer à la longueur de la journée n’a pas de nom. Encore au début des années 2000, on pouvait faire semblant de se vanter en regardant les séries télévisées qui passait sur l’unique chaîne disponible gratuitement en Centrafrique, la TVCA (Télévision Centrafricaine) en début de la soirée. Un luxe pour lequel il faut avoir les reins solides avant de prendre maintenant avec un groupe électrogène. Mais vers les années 2003, la situation s’est considérablement détériorée.

 

Je me plaignais comme tous les autres habitants de cette heure de délestage programmé dans chaque quartier. Mon quartier subissait une coupure de 18 heures à 19 heures, mais en 2003, l’électricité ne se manifestait que pour quelques heures, difficilement 8 heures de temps. Les habitants de mon quartier et moi nous sommes habitués à voir la lumière apparaître de 5 heures à 7 heures (et il faut surtout avec beaucoup de chance) et de 16 heures 30 min à 18 heures. Chaque habitant s’est imposé cette contrainte au fil de temps qui a considérablement influencé sur le niveau des élèves et étudiants, le syndrome de la baisse de niveau. Des usagers en passant par les entreprises qui se comptent sur les bouts de doigt, les bars qui ne mettent plus assez de musique à certaines heures, nul ne peut ignorer la conséquence du manque de l’énergie chez le Centrafricain.

 

Les problèmes de la société d’énergie centrafricaine sont surmontables. Le début doit être une volonté politique des dirigeants d’opter pour une gestion transparente de ladite entreprise. Il faut que l’Etat investisse dans l’achat de nouvelles turbines sans oublier la mise en marche des autres sources d’énergies dont Boali 2 et 3 en plus de Boali 1 déjà opérationnelle, et autres matériels et pièces qui ont subi des amortissements au fil du temps. Que des jeunes techniciens compétents soient formés, envoyés dans de grandes écoles d’électricité et de mécanique, que l’Etat pense à une politique de vulgarisation de l’énergie solaire qui est largement adopté dans certains pays. L’Enerca tout comme la plupart d’entreprises de gestion d’énergie en Afrique devrait être privatisée. La privatisation n’est pas une si mauvaise idée même si les entreprises telle que AES- Sonel au Cameroun peine à gagner la confiance des consommateurs qui se plaignent de la pénurie de cette denrée rare. Ainsi, privatiser l’Enerca pourrait être un dernier recours pour sauver Enerca dans sa chute inéluctable.

 

« J’étais dans ma chambre en train de rédiger un travail de recherche, à Rabat. Soudain, le courant est parti la nuit pendant près d’une heure. Le lendemain, pendant la journée, il est parti également pour une heure. Ce sont des cas rares à Rabat où je me trouve sans obscurité. En ces deux instants, je me rappelai de mon pays, la Guinée. Dans mon pays, l’électricité est avec l’eau, des denrées rares malgré l’existence de matières (château d’eau de l’Afrique de l’ouest, conditions climatiques diversifiées et favorables). L’Etat a dépensé 260 millions $ pour assurer l’électricité dans le pays. Mais cela n’a été que de la poudre dans les yeux. Que peu d’heures de courant irrégulières au cours de la semaine.

 

Il est aisé de faire de triste constatation. On peut constater la vétusté des installations, malheureusement peu ou pas entretenues. On peut voir le détournement des fonds. Comme l’échec dans la construction du barrage de Garafiri qui reste un cauchemar dans l’esprit du Guinéen. Pour cela, des Guinéens de toutes classes avaient contribué. La dépendance des centrales thermiques fait que l’Etat continue à dépenser beaucoup avec des résultats faibles. Aussi, faut-il ajouter les faiblesses des gestionnaires de l’Electricité De Guinée (EDG) et la faible considération par elle de l’ampleur du problème. Le recours aux micro-barrages est pourtant possible mais ceci est peu pensé comme alternative.

 

Tout cela fait subir à l’Etat des pertes colossales et de la révolte au niveau des peuples. Les micro-entrepreneurs dont leurs sources en dépendaient entièrement  en souffrent. Le vendeur d’eau glacé ne peut plus car l’électricité a disparu. Ce qui chauffe les classes sociales basses, se trouvant anéanties. C’est pour cela, que les émeutes de Ratoma, Dixinn… étaient pas inévitables.  Mais on ne saurait oublier le nouveau contrat signé entre l’entreprise Aggreko et le gouvernement guinéen récemment. Pour 10 millions $, cela devrait fournir 50 méga watts à la Guinée pendant six mois. Et aussi, la construction du barrage hydro-électrique de Kaleta. La Guinée peut s’inspirer du Maroc par la diversification des sources énergétiques: barrages, éolien… Le Maroc s’est fixé pour vision d’atteindre 42% de production d’énergie renouvelables.

 

Au cours des dix dernières années, les questions de délestages n’ont jamais quitté le devant l’actualité guinéenne. Entre promesses qui ne seront point tenues, communiqués accusant la sécheresse d’avoir tari les fleuves ou les intempéries ayant causé la chute des câbles électriques et violentes protestations, notamment dans les rues de Conakry la capitale, EDG (Electricité de Guinée) ne cesse de nous faire vivre des images qui n’honorent pas du tout les appellations ‘ châteaux d’eau de l’Afrique occidentale’ ou encore ‘ scandale géologique’ que les scientifiques ont donné à la Guinée.

 

Si on se réfère à des centaines de millions $ que le gouvernement a investi dans ce secteur entre 2011 et ces dernières semaines pour endiguer la pénurie d’électricité, tout porte à croire que les fonds ont été mal gérés voire détournés de leur destination finale. Plus on enregistre des investissements, plus le courant électrique se fait rare dans les foyers. Pourtant la Guinée Conakry est le pays le plus arrosé d’Afrique de l’ouest  et c’est  sans compter les potentialités minières telles que la bauxite, l’uranium, l’or…dont elle dispose.

 

Ce triste constat n’est pas sans conséquences sur le plan économique et sécuritaire. En effet, toutes les usines, tous les bureaux des administrations publiques et privées sont alimentés par des groupes électrogènes au moment où 1 Litre de pétrole est vendu à 9 500  GNF à la pompe.

D’ailleurs, certaines PME dont le fonctionnement dépend directement à l’électricité ont fini par mettre la clé à la porte, plongeant ainsi de nombreux travailleurs dans le chômage. En marge des manifestations contre les délestages, plusieurs actes de vandalisme à l’encontre de l’EDG ainsi que les pillages des commerces ont été dénombrés.

 

Aujourd’hui, tenir les  points de charge de téléphones portables est devenu une activité lucrative qui permet à quelques diplômés chômeurs de joindre les deux bouts.
Comme il fallait s’attendre, le manque de lumière pendant la nuit facilite aux malfrats dans  l’accomplissement de leur sale besogne. Récemment, le ministère de l’énergie a annoncé la signature d’un contrat de location de groupes électrogène d’une capacité de 50 MégaWatt avec une entreprise britannique pour la fourniture de l’électricité à la capitale. Coût de la transaction: 11 millions $,  pour une durée de six mois  à compter du 31 août prochain. Cependant, un barrage hydroélectrique de 240 MégaWatt est en construction en ce moment à Kaleta. À en croire les experts, la mise en service de ce barrage va résoudre définitivement le problème.

 

BAPO : de l’énergie électrique au solaire, transition réussie

Le petit village de Bapo est situé dans le département de Jacqueville, à 6,5 Km du village de Akrou, qui lui est à 5km de la ville. Situé en bordure de lagune ébrié entre les pipelines qui drainent le gaz naturelle et les cocoteraies villageoises et faisant face aux villages de Taboth (devenu célèbre grâce au groupe Mapouka Taboth cadence et de Allaba (Sous préfecture de Dabou), Bapo était un beau village animé en raison de la présence de son bac et embarcadère à l’époque où la Société ivoirienne de coco râpé (SICOR) existait.

 

Aujourd’hui il se réduit à un simple village de deux rangés de maisons de fortune avec en son bout un cabanon en brique, hermétiquement fermé et dont la toiture supporte six panneaux solaires. On peut lire à l’entre du village, 6,5km avant deux pancartes fières qui invitent à la découverte du village éclairé par l’énergie solaire.

 

Bapo, est fière de ses huit poteaux électriques qui éclairent le village. Pour le moment, les ménages ne sont pas servis, mais au moins il y a de quoi éclairer les rues et les aires de jeux nocturnes des enfants, des gardiens de la nuit, des amoureux. Il y a même un hangar collectif où chacun peut profiter de la télévision et recharger son téléphone.

 

En optant pour cette source presque gratuite, Bapo s’inscrit dans la logique du développement durable certes, mais surtout, marque une transition très écologique et économique qui la soustrait des tracasseries d’alimentations en fuel du vieux groupe électrogène dont son électricité dépendait, et aussi de la dépendance d’une compagnie nationale, qui depuis quelques temps s’illustre par les coupures intempestives et gênantes. Ce type de projet d’électrification rural, se présente comme une alternative de remplacement à encourager dans le nord de la Cote d’Ivoire où de nombreuses zones sombrent farouchement encore dans le noir. Le Président de la République en à lui-même fait le constat et annoncé de nombreuses dispositions pour palier la situation à une date sine die. Paroles de politicien.

 

En effet, depuis 2010 la Cote d’ivoire, vit la galère des coupures intempestives d’électricité. Les motifs se résument à la vétusté de l’appareillage de la Compagnie Ivoirienne d’Electricité (CIE) détenteur unique de droit de commercialisation de l’électricité grand publique dans le pays, au manque absolu de concurrence alors, à la forte demande de la poussée démographique liée aux migrations de la crise ivoirienne, aux sabotages des réseaux électriques pour les distributions et commercialisations illégales du courant…

 

Ces diverses raisons, doublées de l’incapacité à satisfaire tous les ménages, ont contribué en 2010 à l’exécution du politique de délestage programmé afin de satisfaire chaque région et chaque ménage. Ainsi selon des jours, des heures et des zones, l’électricité était distribuée pour que l’Etat garde sauve sa face.

 

Dans l’euphorie de crises électriques est né un personnage devenu célèbre de DELESTRON, l’anti-héros du délestage qui se plait à couper le courant dans nos vies. Depuis 2013, de nombreux efforts de renforcements ont été effectues. Toutes fois, le malin héros de DELESTRON, n’hésite pas à frapper quand on manque de vigilance.

Photo(Crédit:Aly Coulibaly)
Crédit photo: Aly Coulibaly

Ce personnage imaginé au bon moment, traduit l’indéniable malaise de nos Etats qui maintiennent les pays, sous le joug d’une dépendance d’entreprise coloniale, et du faible écho des efforts d’ONG qui s’échinent à faire comprendre et adopter les plans d’énergies alternatives. Il faut libéraliser le secteur et promouvoir les énergies alternatives. Le futur pourrait en dépendre.