Baba MAHAMAT

Libre circulation en zone CEMAC, un projet ambitieux ou un rêve utopique ?

Au delà des problèmes particuliers que rencontre chaque citoyen lambda des pays de la zone CEMAC (Communauté Économique et Monétaire en Afrique Centrale), il faut ajouter le problème de libre circulation qui est un véritable défi à relever. Pour tous ceux qui voyagent dans cette sous-région de l’Afrique, les difficultés sont lésions. Peu importe, que ce soit par voie terrestre ou bien aérien, les tracasseries ne manquent jamais. Pour rappel, le16 mars 2012 a été célébrée, à Bangui qui abrite le siège de l’institution la journée de la CEMAC sous l’auspice de «libre circulation en zone CEMAC». 

Le vendredi  16 mars 2012 dernier, à Bangui, on célébrait la journée de la CEMAC, autour du thème: « Libre circulation en zone CEMAC ». Mais la question qui mérite d’être posé est à quand cette libre circulation? Difficile de trouver une réponse à celle-ci avec l’état des lieux actuel. Il y a quelques années, j’ai bénéficié d’un voyage pour le Tchad en vacances afin de visiter ce pays dont j’en fais aussi mien. Mais mon audace sera très vite déçue quand arrivé à la frontière, nous avons commencé à comprendre que ce voyage était une mauvaise idée. D’abord, c’est un poste de Police qui exigeait à tous les passagers exceptés les Tchadiens de passer faire la formalité-mot qui trouve son importance en Afrique centrale- et après, c’est au tour des gendarmes, ensuite des militaires.


Cependant, le pire est sans doute ce que j’avais subi en septembre 2011 quand je quittais Bangui pour Douala. Nous avons dû, en tant que non-Camerounais payer la somme de 2000 FCFA à chaque poste de contrôle en présentant nos passeports malgré le visa d’entrée payé à Gara Boulaï, la frontière. Le comble c’est aux frontières d’un côté à l’autre, malgré tous les papiers (ordre de mission, passeport, laissez-passer etc.), il faut débrousser de l’argent au  visa des laissez-passer et des passeports (1 000 Frs ou 2 000 Frs). A chaque barrière, des pourparlers sont au rendez-vous et le même cirque : des négoces et des glissements de billets de banque jusqu’à Douala. Pour contourner ces problèmes, certaines personnes s’arrangent à obtenir des cartes d’identité de plusieurs pays voisins. C’est surtout le cas des commerçants. C’est ainsi que j’appelle TCHACAMCA (TCHadien-CAMerounais-CentrAfricain) ceux qui sont devenus des citoyens dans les trois pays. Mais à malin, malin et demi : d’autres commerçants en l’occurrence ceux empruntant le plus souvent l’axe Centrafrique Cameroun trouvent refuge dans la collection des pièces de 500 FCFA en métal fabriquées localement à Bangui, en payant 100 FCFA au fabricant pour avoir 500 FCFA. Ces pièces vont les servir pour tromper la vigilance des policiers Camerounais.

 Mais, la situation est presque, identique pour les autres nationalités qui se rendent à Bangui. Un ami Camerounais me racontait son calvaire quand en 2005, sa famille décida de l’envoyer en Centrafrique pour la suite de ses études. Il a dû passer quelques jours à Bouar (une ville située à un peu plus de 400 Km de Bangui) pour attendre qu’on lui envoie un peu d’argent. Tout ce qu’il avait sur lui était épuisé à cause des contrôles des forces centrafricaines. Certains pays tels que le Gabon d’Ali Bongo Ondimba et la Guinée Equatoriale de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo se font remarquer par le durcissement de l’entrée des autres ressortissants de la CEMAC. Qui veut se rendre dans ces pays doit se munir d’un visa et s’acquitter des frais de la carte de séjour après son arrivée. Les deux pays sont loin d’accepter la libre circulation ne fut-ce que des personnes.

Passeport biométrique CEMAC, est-ce la fin de la souffrance des voyageurs ?

Lors d’un sommet de la CEMAC, il a été décidé de satisfaire aux exigences des normes internationales en ce qui concerne les cartes d’identité et le passeport biométrique. Un délai a été fixé pour qu’au plus tard 2010 la nouvelle norme concernant les passeports biométriques entre en vigueur. Mais ce n’est qu’en 2011 que la RCA a commencé à délivrer les passeports biométriques avec des restrictions jamais égalées. Il suffit de jeter un coup d’œil a cet article de notre confrère ASSANI Salim, sur son blog la coquette pour s’enquérir des problèmes liés à cette nouvelle norme.  Pour beaucoup de personnes, cet engagement politique permettra sans doute de régler le délicat problème de libre circulation des biens et des personnes comme dans l’espace CEDEAO. Mais ces personnes resteront bien sur leur soif. Après plusieurs grèves des transporteurs en République Centrafricaine, le Président Centrafricain prendra un décret décidant du démantèlement les barrières dites illégales. Ce décret a été appliqué à partir de fin juillet 2012. Un mois après ce décret, des changements ont été constatés.

Côté circulation des biens, selon une enquête du journal Jeune Afrique, publié par Cameroon Tribune , d’après le président de la BDEAC (Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale), le Centrafricain Anicet Georges Dologuélé, le transport de marchandises entre Douala et N’Djamena coûte six fois plus cher qu’entre Shanghai, en Chine, et le port de Douala. Il dure également deux fois plus longtemps, à savoir soixante jours, contre trente jours. En cause, l’état parfois désastreux des routes, les tracasseries policières, etc ;

Outre, on peut remarquer sans ambigüité qu’il se pose réellement un problème de volonté politique du coté des autorités des pays de la CEMAC. D’ailleurs, les mésententes intestines au sein même de l’institution n’est plus un secret de polichinelle. Même les Chefs des États entre eux, ont des différends qui ne facilitent guère la situation.

En ce qui concerne le transport aérien, il y a souvent des difficultés à trouver un vol direct entre les principales villes des pays membres de cette institution. Il faut espérer que la nouvelle compagnie AIR CEMAC qui devrait être opérationnelle depuis plusieurs mois, et qui finalement selon les dernières nouvelles prendra vol à partir de janvier 2013 apportera un soulagement aux nombreux voyageurs de cette sous-région.

Face à toux ces dilemmes, des efforts doivent être consentis de tous côtés, que ce soit les dirigeants politiques, les populations de l’espace CEMAC pour atteindre le niveau actuel de l’Afrique de l’Ouest dans la libre circulation des personnes.


L’électricité, une denrée rare en Centrafrique favorisant l’émergence d’un nouveau commerce juteux !

A Bangui, les petites structures de recharge des appareils téléphoniques utilisant les groupes électrogènes ont remplacé l’ENERCA (ENERgie CentrAfricaine, société s’occupant de la production et de la distribution de l’électricité en Centrafrique) face à l’incapacité de cette dernière à desservir les ménages. Ce commerce qui a fait son apparition récemment est devenu un eldorado pour certains jeunes. On se souviendra certainement, de l’avènement des cabines téléphoniques avec notamment les services d’appel et de transfert de crédit qui a fait son apparition il y a quelques années. Ces cabines avaient permis à beaucoup de jeunes centrafricains de se faire de l’argent souvent de manière malhonnête car les prix de communication pouvaient être majorés par les agents de cabine comme bon leur semble. Avec l’implantation des sociétés de téléphonie et la démocratisation du secteur de téléphonie, les consommateurs ont bénéficié des offres exceptionnels allant de l’achat des téléphones à des avantages sur les cartes sim. La tendance est maintenant aux structures de charge de batteries.

Les vielles installations de l’ENERCA à Bangui vers Gobongo, Photo © Journal de Bangui

« Peu importe mais pourvu que mon téléphone soit toujours allumé pour que je puisse recevoir des appels et surtout biper un partenaire » -au sens figuré du terme-, parole d’un jeune centrafricain qui a donné son avis sur la rareté du courant électrique à Bangui. Mais tout le monde ou presque me dira que c’est un problème africain. Et bien, on accepte quand même car le problème énergétique est généralisé en Afrique.

Et c’est vrai qu’en Centrafrique en commençant par Bangui, la plupart des kiosques de cabines téléphoniques sont transformés en cabines de charges batteries dans les grandes villes.  La raison est toute simple, c’est d’abord un commerce juteux qui ne nécessite pas de renouvellement immédiat des « matières premières », ensuite en Centrafrique, il faut savoir que l’électricité est une denrée extrêmement rare. Je vais m’expliquer, d’abord je parle de matières premières car contrairement aux crédits qu’il faut recharger périodiquement avant d’être opérationnel, en charge batterie, il faut juste s’assurer d’avoir un bon groupe électrogène, et puis le tour est joué.
Selon Steve.A LENGUENDIAT, Consultant et Formateur en Marketing/Communication interviewé par le Journal de Bangui, «l’offre en fourniture d’électricité n’arrive pas à suivre la demande qui croit à une vitesse en yoyo , de 50 abonnés en 1950 à 25 000 abonnés qui pourra passer à 35 000 abonnés avec le projet de 10 000 branchements sociaux sur financement Union Européenne –CEMAC (2008-2012) et au-delà de 50 000 connectés avec les dizaines de milliers de branchement illicite qui pose un casse-tête à l’ENERCA et est en grande partie responsable des problèmes d’énergie électrique en République Centrafricaine ».

Les contestations des jeunes revendiquant le mardi, 14 juin 2011 l’eau et l’électricité devenues une denrée de luxe depuis plus d’une semaine dans leur localité. «Trop c’est trop», déclarent les jeunes du 5ème Arrondissement de Bangui qui sont obligés de prendre le contrôle de la rue pour faire entendre raison aux autorités centrafricaines. Mais leur revendication a accouché d’une souris et la contestation a été dispersée.

On se souviendra qu’il y a quelques années, certains quartiers subissaient un délestage d’environ 1 heure par jour pour permettre de desservir les autres secteurs de Bangui, équitablement selon les responsables de l’ENERCA. Mais de nos jours les choses se sont empirées. Surtout après la maintenance de l’usine de Boali 1 qui alimentait en grande partie la capitale centrafricaine en 2010. A cette situation lamentable des habitants de Bangui, il faut surtout ajouter l’inexistence des infrastructures électriques dans la majeure partie des provinces. La ville de  Boali, semble être pratiquement la seule ville de la province à bénéficier de cette denrée rare, certainement parce qu’elle héberge les vieilles turbines et les installations électriques. Le phénomène des groupes électrogènes avait commencé surtout dans les provinces vers les années 2000 dans les zones diamantifères notamment Bria, Carnot, Berberati, … avant de regagné la capitale Bangui. Pour la plupart des habitants de Bangui et surtout ceux des quartiers de Pétevo et Bimbo, la situation n’est pas tolérable. Chargé la batterie de son téléphone à 150 ou 200 FCFA (0,22 ou 0, 30 euros) est devenu une habitude imposée aux habitants de Bangui. En entendant que le problème d’électricité soit résolu, les habitants de Centrafrique sont obligés de profiter des services des groupes électrogènes même si, au risque de pollution de l’air par le dégagement de la fumée dégagée.


L’impact des séries sur le quotidien de notre vie

Pouvons-nous encore de nos jours vivre sans être à la page, à la mode?  Cela se remarque en majeur partie par les vêtements que nos stars préférées arborent, leurs paroles, ou encore des musiques dites par tous les hits tendances. Mais le plus flagrant reste la façon dont nous avons d’être aux séries et feuilletons  qui passent sans arrêt à la télévision. Barbarita, Marimar, Diablo, Rédemption, ou Schree etc. Ces séries sont les réalisations des rêves les plus fous des femmes. Elles s’imaginent être à la place de l’héroïne et ce qu’elles auraient fait. Pourtant le plus troublant dans toute cette folie cinématographique reste le fait que nos chères mamans, sœurs et femmes oublient parfois qu’elles ont des responsabilités lorsqu’elles sont en train de les regarder.

Rappelons-nous de la folie meurtrière du feuilleton Marimar sur les cuisines de nos mamans. Les femmes qui abandonnaient des bébés parce qu’elles devaient à tout prix voir Marimar. Et aujourd’hui on voit l’influence de ces feuilletons à tous les niveaux de la vie. Les hauts Miranda qui ont fait des ravages sur tout le marché pendant la série « Destins croisés » ou encore la jupe paysanne de la belle Paola dans « Terra Nostra » qui a brisé bien des cœurs de jeunes filles qui voulaient aussi une comme celle-là.

Et même les hommes s’y mettent déjà. Avez-vous seulement remarqué que depuis le début de la série El Diablo, les hommes brillent plus en route que les femmes ? A quoi cela est dû? Ou mieux encore à cause de qui ? Sans doute un seul nom : « Martin Ascero », l’unique chef  bandit qui a touché personnellement le sens vestimentaire des hommes avec ces costumes taillés sur mesure.

 

Tout le monde y participe, les chaines de télévision les premières qui ne cessent de programmer des séries les unes succédant aux autres. Vous prouvez voir des feuilletons et vos séries préférés à toute heure de la journée sur presque toutes les chaines (TF6, NT1, CRTV, TVCA, TF1, TV5, PALMIERS TV, DBS, …)

La majorité de ces feuilletons sont sud-américain. Mais de plus en plus on voit apparaître sur notre petit écran des séries indiennes, américaines, africaines, … Vaidehi ou encore Schree en sont des exemples typiques. Mêlant coutumes et tradition, ces séries rappellent fortement les réalités de notre pays.

Ce phénomène ne laisse personne derrière, et on le constate bien dans quasiment la plupart des grandes villes de l’Afrique centrale. De Yaoundé à Bangui en passant par Ndjamena pour ne citer que celles-là, les jeunes ne parlent plus que des séries telles que Gossip Girl, Les experts de Manhattan, Au nom de l’Honneur, Les frères Scott parmi lesquels on citera Nathan et Lucas tous amoureux du Basketball, Smallville avec comme acteur principal Clark Kent qui fascinent et éblouissent par les thèmes abordés, l’accoutrement des acteurs, leurs modes de vie et que sais-je encore.

Si le phénomène s’est généralisé, il faut dire qu’il ne s’est pas répandu sans conséquences. On peut citer entre autre, l’apprentissage du savoir vivre, le courage d’affronter le méchant, la conviction de faire du bien le bon choix et la punition du méchant qui font partie du bon côté de ce phénomène montant. Mais au delà de cette considération, il faut également voir le coté obscur de cette pratique notamment à travers l’invasion de l’esprit des jeunes par le vol, la facilité de la vie par des actes illégaux.  C’est ainsi qu’on doit se poser des questions quant à l’ampleur de la situation et chercher à limiter les risques liés à cela.


Rencontre avec un élève-médecin, la vie dans les hôpitaux à Bangui

Travaillant souvent dans de conditions difficiles, accusés d’extorquer de l’argent aux malades et de vente illégale de médicaments, récemment en grève pour revendiquer de meilleures conditions de travail et le payement des indemnités de stage, les élèves-médecins sont le plus souvent oubliés pourtant ce sont des partenaires des Centre Hospitaliers Universitaires. Nous recevons Tiburce Anselme YAFONDO qui est un conseiller des Internes des CHU de Bangui

Eyesango: Nous vous remercions pour votre disponibilité, pouvez-vous présentez ?
Anselty : Je réponds au nom de Tiburce Anselme YAFONDO, de nationalité Centrafricain, je suis interne des Hôpitaux (5e Année de Médecine) dans les CHU (Centre Hospitaliers Universitaires) de Bangui. Je suis de service actuellement au Complexe Pédiatrique de Bangui, précisément à la Clinique Médicale Infantile A (qui prend en charge les enfants de 3- 16 ans et les drépanocytaires).

Eyesango: Quelle a été votre motivation quand vous vous êtes décidé pour faire des études de médecine ?
Anselty : C’était depuis l’âge de 16 ans que j’ai eu la vocation d’exercer l’art médical. A l’époque, je me souviens que j’étais hospitalisé au service de la chirurgie infantile au cours de laquelle je devrais subir une intervention chirurgicale. Peu avant l’intervention, le chirurgien m’avait demandé ce que je voulais faire dans la vie et je lui ai répondu sans hésité que je souhaiterai être Médecin comme lui. Dieu merci, cette prédisposition que j’éprouvais se réalise en ce moment dans ma vie. Aussi, j’aimais tant aider les gens, car je ne veux pas voir des humains comme moi souffrir. Le désir d’aider les autres à retrouver la santé, à se sentir en bonne santé a encouragé davantage cette bonne décision. Donc ce sont toutes ces raisons, qui m’ont motivé à choisir d’être médecin.

Eyesango: Après plusieurs années, et presqu’à la fin de votre cycle, quelles sont vos impressions ?
Anselty : ce sont des impressions de satisfaction du fait que mon rêve d’enfance se réalisera très bientôt. Malgré les difficultés que nous éprouvons tous les jours, nous serons les coudes et nous avançons, c’est l’essentiel.
Mais il faut savoir que les études médicales ne sont pas faciles. Le plus dur est qu’on est appelé à avoir la vie des gens entre nos mains, donc il faut être à la hauteur de la tâche qui est la nôtre. J’ai, au cours de mes études, appris beaucoup de choses et c’est l’occasion pour moi au nom des autres étudiants de remercier l’université de Bangui pour les efforts consentis dans la formation des futurs médecins que nous sommes. Nous étions proches des malades dès la première année et cela nous a permis d’avoir une idée de notre métier en touchant la réalité des doigts.

Eyesango: Vous êtes interne des hôpitaux, que signifie cette expression et quelles sont vos tâches concrètement ?
Anselty : Il faut savoir que, est interne l’étudiant de 3e Année du 2e Cycle d’Etudes Médicales (5e Année de Médecine) qui, normalement devrait être interné dans le CHU pour assurer ses tâches qui sont :
Les Internes font des observations rapides des malades vus en hospitalisation ou en urgences. Ils prescrivent les examens complémentaires et les premiers soins. Ils participent à certains actes médico-chirurgicaux et assurent le suivi des malades. Ils encadrent les Externes 1 et 2 (Etudiants de 3e et 4e année) qui sont dans leurs services. L’interne assiste le Médecin dans les actes médico chirurgicaux et exécute les instructions de ce dernier en ce qui concerne la prise en charge des malades. Il est le chef de l’équipe de garde aux urgences, toujours sous la supervision du Médecin de garde.

Eyesango: Pour votre stage dans les CHU, recevez-vous des allocations d’études? Une bourse par exemple ?
Anselty : Hélas non!!! Pour moi particulièrement, je ne suis pas boursier et ce, depuis 4 ans déjà. Normalement la bourse est octroyée chaque année en fonction certains critères notamment les résultats académiques, l’âge, …
Malheureusement les critères ne sont rarement respectés et il n’y a qu’une poignée de candidats qui sont retenus. Il faut vraiment que les critères soient respectés pour nous soulager des frais estudiantins. C’est vraiment dommage car vous savez, certains n’ont pas d’autres sources de revenus que la bourse pour les aider (payer les polycopiés des cours, le transport pour le stage, la connexion pour les recherches….). Pour le stage hospitalier, dès la quatrième année, l’externes 2 à droit à une indemnité de stage qui s’élève à 10.000F CFA (soit 15,26 euros) par mois et l’interne à une indemnité de 15.000 F CFA (soit 23 Euros).

Eyesango: Et au niveau de l’hôpital, quelle est l’entité qui est habilitée à vous prendre en charge notamment à payer vos indemnités de stage ?
Anselty : Au niveau des hôpitaux, ce sont les services financiers de ces centres à travers les recettes propres qui devront payer nos indemnités. Ces recettes proviennent des frais des actes médico-chirurgicaux, de consultation, des examens de laboratoire…. Donc chaque mois, le gestionnaire fait les états des indemnités et procède au payement des bénéficiaires.

Eyesango: Et ces payements se font régulièrement ?
Anselty: Il s’agit de l’épineux problème. Voyez-vous, c’est depuis 6 mois que ces indemnités ne sont pas payées. Dans certains CHU, d’autres entre 4 à 5 mois. C’est justement la principale raison de nos grèves. Mais malgré tout ça, nous sommes toujours disponibles au service de nos malades.

Eyesango: Récemment vous étiez en grève de trois jours, pourquoi cette décision d’entrer en grève?
Anselty : Vous savez, nous sommes des partenaires de ces CHU. La faculté nous envoie dans ces centres pour la phase pratique de notre discipline et aussi pour aider aux recherches dans le cadre de la santé. Nous apportons notre expertise et main d’œuvre aux formations sanitaires. En contre partie les responsables de ces centres doivent faire des efforts pour nous mettre dans les conditions requises pour bien exercer. Malheureusement les conditions dans lesquelles nous travaillons ne sont pas acceptables. Le strict minimum manque et nous revendiquons de meilleures conditions de travail ainsi que le payement des arriérés de nos indemnités de stage.

Eyesango: Votre mouvement avait eu gain de cause ou bien des promesses ont été faites ?
Anselty : Nos revendications n’ont pas eux un écho favorable. Jusque là, les arriérés ne sont pas payés. Les failles constatées dans notre prise en charge ne sont pas encore corrigées. Pour les promesses, elles ont été faites mais jusque là, rien de concret.

Eyesango: Certains parents accusent les élèves médecins que vous êtes et le personnel médical de les extorquer de l’argent, confirmer-vous cela ? Ou vous les infirmer ?
Anselty : En tant qu’élèves médecins nous sommes dans les CHU comme des partenaires. Notre statut ne nous permet pas d’avoir accès directement aux frais des actes que les malades payent. Et aucun personnel ne doit percevoir de l’argent directement des mains des patients ou des parents de malades s’il n’est pas habilité à percevoir cet argent.
Malheureusement, certains (sauf les élèves Médecins bien évidemment) se lancent dans cette pratique contraire à l’étique et qui est effectivement du rackettage. Tous les frais des actes, doivent être payés à la caisse de l’hôpital contre un reçu et non entre les mains d’un personnel quelconque dans le service. Je vous infirme l’accusation portée contre les élèves-médecins d’extorquer de l’argent aux patients. Nous n’avons pas le droit de percevoir de l’argent entre les mains des patients car cela est contre la déontologie médicale. Les textes prévoient que si un élève-médecin est surpris dans ce genre de pratique, il sera exclut de la faculté.

Eyesango: Et il parait que certains médicaments sont en vente exclusivement par le personnel soignant pourtant des pharmacies sont disponibles dans les hôpitaux, est-ce vrai ?
Anselty : C’est vraiment un sérieux problème la vente parallèle des médicaments. Puisque nous ne sommes pas concernés par cette pratique, je ne veux pas me prononcer là-dessus. Cependant, ces ventes parallèles se passent réellement et c’est regrettable. Il est de l’autorité des responsables de ces CHU de prendre les dispositions nécessaires afin d’empêcher cette pratique qui déshonore le personnel médical. Autre chose, il faut aussi que les responsables de l’UCM (Unité de Cession des Médicaments, organe qui est officiellement chargé de vendre les médicaments dans les centres hospitaliers à travers les points de vente) puissent approvisionner régulièrement les pharmacies en produits pour qu’il n’y ait pas rupture de certains médicaments de première nécessité.
Nous constatons beaucoup de cas de rupture au niveau des pharmacies de l’UCM et ce sont ces ruptures qui favorisent l’émergence des ventes parallèles des médicaments directement par certains personnels soignant mal intentionnés. Donc vous voyez, c’est un problème à plusieurs équations qu’il faut résoudre.

Eyesango: On parle généralement du personnel et on les fustige de ne pas donner les premiers soins aux malades si une somme n’est pas versée, qu’en dites-vous ?
Anselty : Ecoutez !! Il faut que la population centrafricaine sache que depuis 1993, la conférence des ministres de la santé tenue à Bamako au Mali sur les soins de santé primaires, qui s’est soldée par « l’initiative de Bamako » exige que chaque individu paye sa santé. La santé n’est plus gratuite. C’est pourquoi,on voit de nos jours dans d’autres pays, la création de ce qu’on appelle «Assurance Santé», «mutuelle de santé» … pour la prise en charge financière en cas de maladie. Cependant, pour le Centrafricain, il existe les produits d’urgence où à chaque fois qu’il arrive, il doit être pris en charge d’abord. C’est faux !
D’ailleurs les pharmacies de cession existant dans les CHU sont des entités distinctes et indépendantes des CHU. Sa gestion ne dépend pas de ces derniers. Je pense qu’il faut que la population soit sensibilisée. Ainsi, accuser à tort le personnel médical de ne pas donner les « premiers soins » n’est pas du tout acceptable.
C’est notre devoir de soigner, et on peut le faire que dans la mesure où on met à notre disposition des moyens qu’il faut.

Eyesango: Disposez-vous des matériels nécessaires pour les interventions ?
Anselty : Nous avons un plateau technique déficient. Mais je préfère ne pas me prononcer sur ce problème car c’est purement politique et relève de la compétence des autorités administratives et sanitaires.

Eyesango: D’accord mais le pourcentage de décès en Centrafrique est parmi les plus élevés au monde, quel est votre point de vue en tant que personnel soignant ?
Anselty : Que des efforts restent à fournir pour rehausser l’espérance de vie en Centrafrique. Que le gouvernement accorde une priorité aux problèmes de santé et plus de moyens au personnel soignant pour faire leur travail. Que les moyens techniques soient mis à la disposition du personnel pour la prise en charge des patients. Que les autres composantes de la bonne santé (état de bien être physique, moral, social et psychique) soient aussi prises en compte. Que la population centrafricaine apprenne à prévenir les maladies et qu’elle vienne à temps à l’hôpital en cas de maladie, pour la prise en charge précoce. Au fait beaucoup reste à faire afin réduire le taux de mortalité et augmenter l’espérance de vie. (Il faut noter que la mortalité est plus élevée surtout chez les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes). Voilà quelques pistes de réflexion pour sortir de cette impasse.

Eyesango: Quelle est selon vous, le niveau de collaboration avec vos responsables directs dans les hôpitaux ?
Anselty : Nous entretenons une parfaite et franche collaboration avec nos maîtres qui sont toujours là pour nous encadrer et donner les orientations nécessaires dans le cadre de notre formation. Nos responsables directs sont les Chefs des services chez qui, nous sommes sous leurs autorités et la plupart sont aussi nos professeurs à la Faculté donc c’est une suite logique de collaboration, dans les services à l’hôpital.

Eyesango: D’ici quelques années, vous serez médecin généraliste, quels sont vos projets d’avenir?
Anselty : Mon objectif, c’est d’abord de valider la préclinique afin d’avoir accès au stage rural, ce qui va me donner l’occasion d’exercer en tant que « médecin » en province pendant 9 mois et ensuite de valider la clinique de sortie pour obtenir mon diplôme de Doctorat d’Etat en Médecine. Je souhaite me mettre rapidement au service de mes compatriotes qui ont besoin de médecins partout dans les quatre coins de la RCA. Au fait, j’ai beaucoup de projets tant sur le plan professionnel que privé. Je pense à mes compatriotes des provinces qui doivent avoir aussi droit aux soins spécialisés. Le plus important pour moi est de finir en beauté, me mettre à la disposition de mon pays et chercher les moyens pour me spécialiser.

Eyesango: Et si vous avez la possibilité d’aller continuer en spécialité, quel sera votre choix ?
Anselty : La Chirurgie. C’est une spécialité qui me passionne depuis le début de ma formation médicale.

Eyesango: Avez-vous un dernier mot à dire ?
Anselty : Mon dernier mot va à l’endroit de jeunesse la de mon pays. Je voudrais que nous comprenons que l’avenir du pays est entre nos mains, donc nous devons nous battre pour tenir le flambeau de la patrie. Nous sommes appelés à prendre le relai du développement et de la construction de notre pays.
Il y a certes beaucoup de défis à relever mais unis, nous parviendrons à bâtir un RCA meilleur avec une population saine. A ceux qui aspirent à la formation médicale, je leur dis que la formation médicale nécessite beaucoup de sacrifices et du courage. Et que seul le travail peut libérer l’homme.

Eyesango: Je vous remercie pour votre disponibilité
Anselty : C’est à moi de vous remercier. Je vous encourage pour le travail que vous faites pour le pays. Je vous remercie pour l’occasion que vous m’avez offerte pour parler de nos conditions de travail.


La religion, un métier lucratif pour certains adeptes

S’il y a un métier qui apporte plus de profits pour certaines personnes en Centrafrique, c’est bel et bien la religion. Et là, je me suis rendu compte vraiment quand en 2011, lors d’un cours de Gestion des Entreprises, notre enseignant voulait savoir lequel des métiers que nous connaissons est vraiment bon marché. Certains étudiants avaient donné et disaient que le commerce des bars et d’autres, l’exploitation pétrolière. Divisés sur nos points de vue, et à la surprise générale de la classe, l’enseignant a pris la parole pour nous expliquer que c’est la religion car certains adeptes tirent bien les ficelles et vivent décemment grâce leur « prestation » religieuse notamment à travers les prières qu’ils donnent, aux cultes qu’ils organisent.

Un simple exemple, issu d’une famille islamo-chrétienne, j’ai dû côtoyer certains parents chrétiens. En 2005, un de mes oncles maternels avait voulu se rendre en France pour suivre une formation en mécanique. Et comme on le savait à l’époque, il n’était pas facile d’obtenir un visa pour un motif pareil puisque la délivrance de visas français aux Centrafricains était sélective. Avec le soutien de sa grande sœur qui se trouvait déjà en terre Lyonnaise depuis plus de 20 ans, les chances étaient- on le pensait- de son côté. Cependant, son entreprise n’aboutira jamais. Découragé, après deux ans de tentatives veines, il s’était décidé d’abandonner son projet et de passer à autre chose comme savent le faire les Centrafricains. C’est ainsi qu’il avait commencé à fréquenter une cellule de prière. Leurs activités consistaient à prêcher, faire des louages et adorations et prier même à domicile en cas de sollicitation. Les choses marchaient bien pour ce groupuscule, composé d’une trentaine de membres, l’essentiel étant des membres de la famille. Il avait gravi les échelons peu à peu et était devenu 2 ans plus tard un conseiller dans cette organisation. Mais ce qui était quand même hors du commun, c’est le fait qu’il se faisait de l’argent également à travers ses « prestations ». A l’appel d’un désespéré si ce terme peut être utilisé pour parler de ce qui sollicitaient leurs services, la cellule répondait et acceptait de se déplacement pour une séance de prière et parfois pour une veillée ou quelques veillées de prière. Plusieurs fois, je lui ai fustigé en l’expliquant que le rôle d’un homme de Dieu n’est pas de soutirer de l’argent en contrepartie d’une prière et il rétorquait en me signifiant que c’est souvent une aide en guise de remerciement pour le service rendu. On peut comprendre aisément que l’objectif premier de ces cellules de prière qui pullulent à Bangui est sans doute de se faire des profits matériel et financier. D’aucuns ont accepté de mettre leur maison ou bien leur salon pour accueillir les fidèles. Mais il faut savoir qu’à la fin de la prière, il y a souvent une offrande qui est versée par les fidèles. Face à tout cela, on se poserait des questions quant à l’ampleur que prennent les cellules de prières en Afrique de nos jours. Les sectes pullulent les quartiers africains et les cellules de prières ne peuvent plus être comptées.

Les raisons de ce phénomène sont nombreuses mais on peut citer entre autres la pauvreté. Cette dernière est la cause la plus plausible car ces âmes ont à l’esprit en se rendant dans ces lieux de cultes que Dieu exhaussera leur prière et pourvoira à leur-multiples- besoins. D’ailleurs, il est dit que Dieu est le Dieu des pauvres. Le manque d’emploi a affaibli davantage certains Africains, retrouvant de plus en plus refuge auprès des faux-évangélistes se prenant souvent pour des prophètes. Autre faits marquants, je discutais en début octobre 2012 avec un prêtre d’une communauté d’église catholique. Il me donnait ce petit exemple, mieux encore cette citation que lui confiait un autre confrère : «Quand l’eau coule dans les canaux pour ravitailler des gens à travers le robinet, les canaux eux-mêmes bénéficient de quelques gouttelettes d’eaux». A en croire, si certains donateurs mettent à la disposition de l’Eglise catholique des fonds pour venir en aide à la population à travers des programmes et projets, les gérants qui se trouvent être en grande partie les prêtres et autres dignitaires vivent dans un confort inéluctable. Véhicules climatisés, repas de bonne qualité, maison climatisées et de luxe, telle est la liste non-exhaustive de ces avantages. C’est dans ces conditions que ‘un autre prêtre originaire de l’Afrique de l’Ouest et affecté dans une communauté au Cameroun a pu économiser en quelques mois-moins d’un an- une somme de 850 000 FCFA ; laquelle somme il l’a envoyé à ses parents.

Drôle d’histoire d’un pasteur d’une église baptise à Bangui qui avait demandé à ce que son église puisse le dédommager après que la majorité des membres du conseil ait décidé de l’expulser. Ce pasteur expliquait avoir beaucoup investi pour cette église et ne pouvait pas être renvoyé comme un va-nu pied. Il a fallu que la gendarmerie intervienne pour que le pasteur en question revienne à ses esprits. Certains dignitaires musulmans profitent également de ces pratiques. C’est ainsi que certains imâms ne tardent pas à demander de l’aide financière ou matérielle à leurs fidèles. Pendant les fêtes, les bons musulmans qui veulent bénéficier de la fatia’a n’hésitent pas à banquer pour cette cause.

De l’indisposition du voisinage à l’abus de confiance au détournement de mineurs en passant par la déformation de la parole de Dieu, les inconvénients de ces pratiques sont indénombrables. Il est urgent que le gouvernement et le ministère de l’Intérieur réfléchissent sur des solutions durables à ces problèmes qui n’ont fait que trop duré.