Baba MAHAMAT

Réponse à un frère de la diaspora

Mon très cher alter ego François,

C’est un plaisir ineffable de te lire (comme d’habitude) et surtout de savoir que tu te portes à merveille. Il en est quasiment pareil pour nous tous ici en ce moment où le pays ne cesse de subir des turbulences et nonobstant les difficultés toujours légion que nous devons surmonter au quotidien. C’est un plaisir réel et un grand honneur pour moi de recevoir tes nouvelles, après tant d’années de silence… Je suis vraiment désolé de n’avoir pas pu te répondre plus tôt, mes activités quotidiennes notamment mes études et mes actions caritatives ont eu raison de moi, faisant de moi un « prisonnier du temps » et non «l’écrivain que tu as connu».

Merci pour les vœux que j’espère vont s’exhausser et me permettront de parfaire ma situation intellectuelle et de retrouver une certaine stabilité sociale, j’en ai vraiment besoin !

Je suis heureux de ton brillant succès qui ne nous surprend guère, te connaissant comme notre poche et moi à plus forte raison. Je suis même plus que convaincu que le futur sera encore plus glorieux pour toi. Ta détermination et ta ferme volonté à faire de tes études une priorité devront servir d’exemple à nous tous et surtout aux jeunes qui sont derrière nous et qui se cherchent encore car comme disait un de nos enseignants : « Même si le travail n’arrive pas à libérer l’Homme, il lui garanti au moins sa dignité… Et celui qui vous dit qu’on ne peut pas vous obliger à travailler, celui-là ne vous aime pas ».

En ce qui me concerne, je suis toujours tiraillé entre mon choix de vie et mon choix de rôle, bref quel sens donné à ma vie… Beaucoup par leurs propos, leurs comportements essayent de me convaincre du choix à faire, ce que je ne méprise pas d’ailleurs, mais tant les choses sont confuses en moi, il devient de plus en plus difficile d’écouter son cœur. Mon refus de voir les choses comme tout le monde le voit, de comprendre les choses comme tout le monde les comprend, de faire les choses comme tout le monde le fait, bref de ne pas trahir une éducation et des valeurs auxquelles je tiens beaucoup ne fait que compliquer la situation et tout ceci me rend très mélancolique ces derniers temps.
Ne t’en fais pas pour moi, je saurais m’en sortir ! Bien évidemment, je ne peux pas forcer les choses ni laisser quelqu’un décider à ma place (une erreur que je ne commettrai pas deux fois). Je continue toujours à croire que chacun a la liberté, je dirai même le droit de voir les choses différemment (comme il l’entend) même si cela peux conduire au martyre de soi. Alors seul le fait de considérer tout cela comme une période trouble de la vie et la sympathie de rares personnes chères (que vous êtes) me permettent d’avancer…

Merci beaucoup pour tes souhaits et surtout pour ton soutien sans faille durant cette période sombre que traverse notre cher pays. En effet, c’est dans de pareille situation que le pays a plus besoin de moi, un appel à la renaissance et nous devons être plus forts que jamais pour affronter son destin, un destin qui nous est tous commun. Nous espérons tous que le gouvernement d’Union nationale mis en place permettra de conduire le pays à une destinée plus sûre. Je suis par ailleurs très touché par toutes les pertes dont ta famille et toi avaient subis et à plus forte raison la perte d’un membre de sa famille aussi important qu’un de tes grands parents est un désastre. Je compatis à cette douleur qui t’a rongé pendant cette période de ta vie.
Toutefois, je peux te dire que quitter définitivement le pays ne résoudra non plus les problèmes auxquels le pays se trouve confronter. Mon refus de déserter ce pays comme tant de jeunes l’ont fait n’est pas sans raison finalement : un pays a besoin de ses fils. Je me rappelle de certains propos de l’ancien président français Nicolas Sarkozy dans son discours de Dakar indexant la responsabilité africaine dans les problèmes que connait l’Afrique. Pourquoi refuser de voir la vérité en face? L’histoire nous a montré qu’il y a certains hommes qui ont travaillé avec abnégation et application pour l’avenir de cette nation et il m’apparaît inadmissible à tout point de vue et contraire aux idéaux pour lesquels j’ai toujours combattu de quitter cette terre qui est mienne, là où je peux être plus utile pour un autre pays. Tu as également raison abordant le problème du salaire médiocre que nous gagnons et je loue ce confort dans lequel tu vis. Mais essayer de bâtir quelque chose de bon même au prix de sacrifice est un sacerdoce.

Bref, nous avons a priori une responsabilité envers la génération future et il arrive un moment ou tout homme, aussi intègre qu’il soit doit écrire une page de l’histoire de son pays par devoir. Même si enseigner ne rapporte pas assez chez nous, ni ne suffit de me permettre un luxe, transmettre les connaissances est un plaisir qui sied dans mon fort intérieur, un métier que j’ai choisi par vocation et non par contrainte. Toutefois il faut souligner qu’à travers cette épreuve combien douloureuse j’ai beaucoup appris sur moi-même, sur une partie de moi-même que je n’ai jamais explorée ; en fin de compte tout ce que Dieu fait est bon. Du coup, l’honneur, le mérite, le respect, le matériel tout ceci n’est que vanité et relatif. La seule chose qui compte dorénavant pour moi c’est la satisfaction de Dieu qui se trouve en moi et à tous ceux qui me sont chers : voilà le seul mobile qui me permet d’accepter de continuer à vivre malgré toutes les épines qui se trouvent sur mon chemin.

Mon plus que frère, je suis très fier de la voie que tu empruntes car il n’y a rien de plus merveilleux que de suivre son cœur et c’est exactement ce que tu es entrain de faire. Mais pense à ton pays car il a besoin de toi, pense à tout ce que tu peux faire de bien pour lui et pour la génération future. Puisse le Bon Dieu bénir tes efforts et tes aspirations les plus profondes.

Zo Kwe Zo


Lettre d’amour pour la Saint Valentin

Je me souviens de notre première rencontre au Lycée, en classe de troisième, comme si c’était hier. Dès le premier regard, j’ai été foudroyé par l’éclair de ta magnificence et de ta somptuosité. J’ai été ébloui par tes yeux de tigresse. Ton élégance de star de cinéma et ta démarche de reine en ont évanoui plus d’un au lycée.

Dès le premier jour, je t’ai aimée comme un chien amoureux d’un os de viande charnue et pleine de tendons. Je t’ai traquée comme un guépard chassant une biche à la tombée de la nuit. Je t’ai fait une cour aussi assidue qu’un coq annonçant le jour dans un village bantou. Tout ce que mon père me donnait comme argent de poche était viré dans ton porte-monnaie, aussi vite qu’un transfert de fonds effectué par un dictateur bantou en fin de règne.

Je te donnais déjà tout à l’époque. Pendant que tu engraissais plus vite qu’un éléphanteau, je maigrissais comme une fourmi affamée J’ai été châtié et tabassé à maintes reprises par notre professeur d’histoire qui lui aussi était amoureux de toi. L’aurais-tu oublié ? Il y avait également Monsieur Xavier, le surveillant général qui voulait faire de toi sa deuxième épouse. Ne te souviens-tu pas des supplices et des sévices subis par mes malheureuses fesses et mon pitoyable dos de la part de ce dernier ? Ce vieil ignoble, ventripotent qui avait le crâne semblable à celui d’un Cro-Magnon avait osé me dire qu’il me tuerait si jamais il me voyait encore virevolté autour de toi. Il m’avait tellement flagellé que j’avais décidé de me venger de lui. Mon ami Patrick et moi avions un soir mis sur pied un plan de contre-attaque.

Un vendredi, aux alentours de 17 heures, alors que le lycée se vidait, nous sommes passés en mode « Vengeance Aigüe ». Pendant que la plupart de nos camarades draguaient les demoiselles du lycée et que certains derrière les salles de classe s’amourachaient, j’ai alors percé les quatre pneus de sa vielle 404. Patrick, quant à lui, a rayé la peinture de sa voiture antique et a griffonné sur le pare-brise plein de poussière : « Ta mère pond les œufs de canards ! ». Une phrase qui restera dans les annales des neurones avariées de son cerveau de chien enragé. Il faut dire que Patrick ne l’aimait pas du tout car ce pédo-tortionnaire aigri l’avait surnommé injustement « sauvageon ».

Chérie, ta beauté plus que phénoménale en a fait souffrir plus d’un. Les victimes de ton charme étincelant se comptaient par dizaines. Les filles en étaient jalouses et les garçons avaient des palpitations aigües à chacun de tes déhanchements provocateurs. Gilles peut en témoigner, lui, qui était en compétition acharnée avec moi pour ravir ton cœur de fée. Ce dernier, t’ayant invitée à passer un bon moment avec lui et n’ayant pas trouvé assez d’argent pour t’acheter ton sandwich garni d’omelette à la sardine pimentée, a tout simplement essayé de soutirer deux mille francs dans le sac de sa voisine de banc. Pris la main de le sac, il avait été conduit chez le censeur et ensuite transféré pour amôchage distingué et correction hautement disciplinaire chez Monsieur Mouthe (alias El Diablo Gestapo). Rappelle-toi, qu’après avoir été libéré par El Diablo, une cinquantaine de mouches se baladait derrière le pantalon de Gilles rempli de défécation…

Il lui avait également été demande de recopier mille fois une phrase qui nous avait tous fait marrer à l’époque : « Moi, Gilles Mballa, je ne volerai plus jamais l’argent de ma voisine de banc ».

Valentin Rouge Coeur Symbole Femme Saint-Valentin (Image du Domaine Public, CC0)

Alors, dis-moi ce que je vais devenir sans ta voix ensorcelante et ta bouche pulpeuse aux lèvres aussi sucrées qu’un miel sorti tout droit d’une ruche inviolée ? Comment vivrais-je sans tes seins proéminents et ahus si juteux que les grosses mandarines que tu as l’habitude de rapporter à ton petit-frère Junior. Que dire de ce ventre aux ondulations sacrées et créé spécialement pour moi ?

Que vais-je devenir sans ces cuisses pleines, charnues, aussi belles et appétissantes que des gigots de mouton savamment rôtis ? J’ai des appétences incontrôlées et qui ne peuvent être calmées que par la présence de ta douce chaleur.

En ce jour solennel qui est un événement exceptionnel pour chaque homme de réaffirmer ses sentiments pour la femme qu’il aime, je te dédie cette lettre d’amour qui relate nos débuts, des débuts mélancoliques mais avec une fin heureuse qui nous a unis pour l’éternité. Que ce moment de bonheur que nous avons passé ensemble ne se tarisse point tel le fleuve de l’Oubangui.


Centrafrique : après la mise en place du GUN, quelles sont les priorités ?

Un vieil adage dit : « On juge un maçon au pied du mur ». Après la nomination du Premier Ministre de Transition, Maître Nicolas TIANGAY le 17 janvier dernier et mise en place du Gouvernement d’Union Nationale le 03 février 2013, une des exigences des accords de paix signés à Libreville au Gabon, au lendemain de l’avancée de la coalition rebelle SELEKA, les nouveaux locateurs des départements ministériels au nombre d’une trentaine doivent se mettre résolument au travail. Après le rejet de la liste gouvernementale par la SELEKA et certains partis d’opposition, la SELEKA avait décidé de réintégrer la nouvelle équipe le mercredi 06 février, laquelle équipe doit mener le bateau centrafricain au bon port.

De l’instauration de l’intégrité territoriale à travers le désarmement et le cantonnement des rebelles de la SELEKA et de la réorganisation de l’armée nationale et la poursuite du processus du Désarmement, de la Démobilisation et de la Réinsertion (DDR) et de la Réforme du Secteur de Sécurité (RSS), à la relance du tissu économique à travers des réformes économiques et sociales en passant par l’organisation des élections législatives anticipées en début 2014, l’organisation de l’administration territoriale, le renforcement du système judiciaire, la feuille de route du GUN que dirige le défenseur des droits de l’homme est consistante, surtout pour un gouvernement d’une si courte longévité (12 mois avec possibilité d’être renouvelé). Même si certains Centrafricains sont pessimistes quant aux objectifs que s’est fixée cette équipe, le devoir citoyen nous amène tous à l’optimisme car atteindre ces objectifs nous permettra de sortir de cette impasse. A vrai dire, tous les points précités sont prioritaires et les responsables doivent s’efforcer de les prendre à bras le corps sans perdre de temps. Le GUN se doit de relever ce défi et prendre à bras, le corps cette lourde responsabilité pour écrire un chapitre très important de l’histoire du peuple centrafricain.

Sur le plan sécuritaire, la démobilisation des rebelles de la SELEKA doit être l’un des points épineux à débattre vu qu’elle demande une mobilisation financière et technique énorme. Faut-il les insérer dans le processus du DDR? Ou bien intégrer une partie dans l’armée ? Que faire des combattants venus des pays voisins ? Ce sont autant de questions qui méritent d’être épluchées. Autre fait, les événements de décembre dernier ont montré clairement la faiblesse des Forces Armées Centrafricaines (FACA). Une raison de plus pour mettre de l’ordre dans les troupes. Réorganiser l’armée signifie mettre en place une armée nationale digne de ce nom, la formée, l’équipée et la rendre disciplinaire, un rêve qui est loin d’être une réalité vu la segmentation qui existe dans l’armée. La porosité des frontières de la RCA, la traque de Joseph Koni de la LRA et les coupeurs de route seront autant de dossiers à traiter et qui attendent des réponses adéquates. La restructuration des forces de défense et de sécurité figureront en bonne place dans le plan d’action de ce gouvernement d’union nationale. Ainsi, l’instauration de l’intégrité dépendra de la résolution des problèmes susmentionnés.

En ce qui concerne le tissu socio-économique, il est plus que nécessaire de mettre en place des solutions adéquates afin de favoriser les activités économiques et inciter les investisseurs à venir en Centrafrique. Un fait qui reste délicat du fait que les affaires ne peuvent que se faire dans un pays stable. De ce fait, les taches des ministères de la Coopération Internationale et du commerce ne sont pas non les moindres. Le DSRP (Document de stratégie de la Réduction de la Pauvreté) doit être toujours en chantier au Ministère de la coopération internationale et les autres ministères concernés afin de ne pas être à la marge quant à l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement (en 2015). Même si le miracle n’est pas envisageable par le secteur de l’économie et de la finance, Toutefois la poursuite des réformes engagées dans ce secteur et un éventuel réaménagement pourront optimiser les rendements de l’économie centrafricaine exsangue et pourront aussi avoir une incidence positive sur le quotidien du centrafricain. Le secteur social doit également être pris en compte tenu de la dégradation des conditions de vie de la population avec un fort taux de pauvreté, de la malnutrition, de décès et d’analphabétisme.

Autre point important est, à priori l’organisation du scrutin législatif anticipé qui doit être un cheval de batail du ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation. Cette échéance électorale permettra de consolider le parlement que beaucoup de personnes reprochent d’être monocolore. La mise en place de l’organe en charge des élections ou l’Agence Nationale des Elections (ANE), organe indépendant qui a vu le jour il y a plusieurs mois déjà permettra d’accélérer ce processus. Mais il faudra savoir que la tenue de ces scrutins, gage de stabilité politique dépendra entièrement de la résolution des problèmes liés à la sécurité et à l’intégrité territoriale : on ne peut qu’organiser des élections crédibles et fiables dans un pays où l’Etat assure la sécurité dans toutes les parties du territoire, un véritable challenge de la SELEKA qui a réclamé la paternité du département de la défense. Ce dernier-SELEKA- a le droit de résultat.

En dehors de ces aspects, un point particulier doit être mis sur la lutte contre la pauvreté qui a atteint son seuil ces derniers temps dans certaines régions. La prise en compte de la, situation humanitaire notamment des refugiés qui se trouvent dans les zones occupées est un aspect très importants à avoir en tête. La mise en place d’une commission indépendante d’enquête permettra d’enquêter dans les zones occupées sur les assassinats perpétrés, les cas de torture recensés et que les responsables des crimes et forfaits commis soient punis et servir d’exemple.

Cependant, sans le soutien de la Communauté internationale notamment l’ONU, l’UA, l’UE, la CEEAC, la CEMAC et les autres partenaires de la RCA, ces objectifs ne seront qu’utopiques, ce qu’à rappelé le Secrétaire général des Nations Unis.


Chers Messieurs les Ministres des Transports d’Afrique,

Je viens par la présente solliciter de vous que vous jouez pleinement votre rôle. En votre qualité de Ministres des Transports, vous avez la lourde responsabilité de garantir le transport des personnes et biens qui se trouvent respectivement dans vos pays. Je ne serai pas le premier à faire ces remarques mais sachez qu’il va de votre autorité de commencer à réguler le transport des biens et surtout celui des personnes qui tous les jours, pour accomplir leur obligation de bon citoyen doivent, se rendre à leur différents lieux de travail dans de situation très lamentables. Je me suis plusieurs fois posé la question de savoir quel rôle vous jouer vraiment pour assister à l’envoi aux cimetières de milliers de personnes chaque année et le nombre va croissant.

Les accidents de transports et particulièrement terrestre sont devenus monnaie courante. Dans la plus part des pays que vous avez la charge d’être le Ministre des Transports, vous ne participez pas mais vous assistez passivement à la dégradation de conditions de transport qui viennent de plus en plus insupportables. En Centrafrique, il suffit de quitter un matin, peu importe que vous soyez au KM 5, PK 12 ou Combattant en passant par Bimbo ou bien Miskine, les habitants se retrouvent tous dans cette casse-tête qui n’a pas de nom. La plupart de ces personnes doivent se rendre en ville au PK 0, unique lieu de convergence le matin et le contraire dans l’après-midi. A ces heures de pointe, la souffrance n’est plus à redouter mais devient à priori la règle d’or. On voit toujours des clients attendant impatiemment pendant des heures pour parvenir à monter dans un taxi ou bus afin de se rendre à leurs lieux de travail. A ces moments, l’humour de tous les clients se transforme en mécontentement et chacun ressemble au mieux au plus méchant pour impressionner les autres qui, du coup, deviennent des potentielles menaces. Qui veut vite déguerpir du fil d’attente doit en posséder les moyens : menaces verbales, imposition de muscle, coups de poignets, la liste n’est pas exhaustive.

Et puis, les voyages à l’intérieur ne sont pas exemptés de ces souffrances. Comme le dit un vieil adage, qui veut aller loin ménage sa monture. Un jugement à posteriori qui s’explique par les différents cas de figure qu’on peut avoir, malaise de tout genre. Et puis, tout le monde dira:

« c’est l’Afrique, alors il faut seulement supporter ».

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Si d’aucuns pensent que ce phénomène s’est imposé considérablement dans la société centrafricaine, il va sans complaisance se faire sentir dans les autres villes d’Afrique. Au Cameroun voisin, la situation est plus que dramatique. Lors d’un séjour à Douala, en plus de nombreux embouteillages aux heures de pointes, nous devons supporter et passer l’épreuve de la traversée du désert dans la bousculade afin d’obtenir gain de cause. Cependant, la situation n’est pas toujours facile surtout que certains clients risquent non seulement de voir leurs habits déchirés mais reçoivent de gifles venant de nulle part. Dans une situation pareille, tout es permis.

Et là, vous assistez tranquillement à ces scènes parfois en restant dans vos voitures climatisées disposant d’amortisseurs de haute performance ou dans vos bureaux luxueux.

Peu importe la ville, que ce soit à Ndjamena, Kinshasa, Cotonou, au au-delà des autres frontières, les chiffres sont alarmantes. Le principal inconvénient dans ce phénomène est le fait qu’on ne peut plus honorer à un rendez-vous dans le délai imparti. Pire encore, les employés et agents de l’Etat ne respectent plus les horaires de travail à cause de cet exercice sportif devenu obligatoire pour tous ceux qui n’ont pas de moyen de transport personnel.
Le comble dans tout cela est que vous êtes payés pour participer à l’amélioration de transport des personnes dans vos pays respectifs.

Vous ne pensez jamais à ces vieillards qui, sous un soleil ardent sont obligés d’attendre pendant des heures durant, un fameux taxi ou bus afin de se rendre chez lui. Mais là aussi, vous ne regardez jamais l’intérieur de ces taxis et bus. Surtout ces derniers dans la plupart des cas, qui ne disposent plus aucun amortisseur pour supporter les nombreuses routes impraticables que vous ne voyez pas se dégradées. Et puis, certains de vos proches ne vous diront jamais que les places assises dans ces bus sont souvent des bancs non-rabotés qui ne facilitent pas du tout la situation aux clients. Et puis, vous ne voyez jamais ces transporteurs qui risquent la vie de leur client en les chargeant comme des mouches et avec une forte probabilité d’accident dont on n’a pas besoin de mathématicien pour calculer.

Vous parlez souvent de sécurité routière mais vous n’appliquer pas à la lettre les recommandations relatives à cette expression. D’ailleurs, vous ne voyagez pas sinon jamais à bord de ces véhicules de transport commun pour vous en rendre compte. Et puis, dans tous les cas, ce sont vos collègues de la santé et des statistiques que vous aider à faire leur boulot. Et puis vous facilitez la tache à vos collègues du Sport qui n’ont pas de la peine à retrouver les meilleurs sportifs de tout genre.

Alors à quand est-ce que vous ferez votre travail en prenant en main votre département et en affrontant les problèmes dans leurs moindres détails afin de palier à ces nombreux problèmes de transport ?

Un mécontent du transport en commun, qui en souffre tous les jours.


Lettre de vœux d’un frère de la diaspora

Parmi mes collègues de longue date, je ne peux oublier François avec qui nous avons passés beaucoup de temps ensemble. Il vit actuellement en Belgique, et après plusieurs années de silence, il a décidé de m’écrire, encouragé par mon blog et les thématiques que je développe.

Mais c’est surtout brosser la situation qui prévaut dans notre pays qui justifie la raison de sa missive.  Je vous présente ici, l’essentiel de son message.

« Mon cher frère,

Je ne saurais passer par mille chemins pour te faire parvenir de mes nouvelles en même temps que mes vœux de nouvel an. Plus  pragmatique et me permettant de mieux te faire ressentir mon état d’esprit, le choix de l’écriture n’est pas un hasard en soi et toi-même tu le sais, pour avoir accepté très tôt de faire de l’écriture la principale source de ton âme.

Cependant, je préfère commencer par les vœux puisque je voudrais un peu m’appesantir sur le deuxième aspect de ma missive, à savoir te dire de vive voix ce que je ressens pour mon pays, un pays que je chéris bien. Il y a eu beaucoup d’événements aussi décevants que bénéfiques. Toutefois, je souhaite pour toi et toute la famille mes sincères vœux de bonheur, de santé, de réussite et de longévité. Que 2013 soit une année de réalisation de tes projets les plus chers et que cette nouvelle année puisse apporter surtout la paix dans notre pays.

Tu te souviendras que j’ai quitté Bangui il y a plusieurs années déjà, exactement seize bonnes années car mon départ date de 1997. Mais mon affection pour ce pays n’a jamais cessé malgré tout ce que j’ai subi perdant certains membres de ma famille. Aujourd’hui, j’ai décidé de te parler des raisons qui m’ont poussé à quitté la République Centrafricaine pour la Belgique où j’ai pu avoir une famille après mon mariage.

Tout a commencé pendant les mutineries de 1996 qui ont secoué notre pays. Habitant le quartier Ouago, nous avons subi quelques dégâts matériels. En 1997 lors de la deuxième mutinerie, les dégâts ont été revus à la hausse. Nous avons eu la malchance de quitter le quartier Ouago pour habiter à Petevo, là où nous avions pensé être en sécurité. Nous avions tort de réfléchir de cette manière. Car les mutineries de 1997 ont occasionné la destruction de la totalité de notre maison familiale et la mort de mes deux grands-parents et de une de mes tantes maternelles. Le choc a été terrible et l’émotion au comble. Mes parents ont perdu tout ce qu’ils ont mis plusieurs années à construire. Il fallait tout recommencer à zéro et personne ne pouvait imaginer si le lendemain pouvait être meilleur, même pas un marabout expérimenté.

Mon père avait alors décidé que nous allions quitter le pays pour la Belgique avec l’aide d’un de ses anciens amis qui s’y trouvait déjà. Je ne me suis pas remis de t’avoir quitté, toi qui comptait tant pour moi. Nous étions comme deux inséparables et la distance s’était installée quelque temps après mon départ. Je suis quand même resté en contact avec le pays à travers les informations que je suivais sur RFI et les autres radios africaines. Au fil du temps, je me suis fait une place dans la société belge et après mon diplôme d’ingénieur en Chimie organique, j’ai été embauché en 2008 comme professeur de collège dans un établissement de Bruxelles. J’ai fait la connaissance de Sonia, une Belge, et notre mariage a été célébré en octobre 2010. Je suis actuellement le père d’un garçon, Alphonse.

En 2003, j’ai appris comme tout Centrafricain de la diaspora sur les ondes de RFI qu’après plusieurs mois en maquis, le Général François Bozizé, l’ancien Chef d’Etat Major du Président Ange Félix Patassé avait réussi un coup d’Etat, appelé « sursaut patriotique » par celui-ci. Quelques années après, il y a eu les élections de 2005 et  la création des groupes rebelles qui ne cesseront plus leur lutte armée.

Après le dialogue politique Inclusif (DIP) et les accords de Libreville de 2008 parrainés par le regretté Doyen de l’Afrique centrale son Excellence Ali BONGO, Président du Gabon, je croyais que le pays allait finir avec ce cycle de violence qui ne profite guère au développement et à la cohésion sociale. En décembre dernier, j’ai appris la progression de la coalisions SELEKA – regroupant certains groupes rebelles qui sévissaient déjà dans le nord et le nord-est – et parmi lesquels certains avaient signé les accords de Libreville. La violence a ressurgi et avec elle l’impasse.

J’ai eu la chance de tomber sur ton blog et depuis, j’y jette un coup d’œil de temps en temps sur les sujets que tu traites. Mais le billet qui m’a touché le plus est celui où tu parles de la situation de la RCA et ayant comme titre Oh Dieu, vient sauver mon pays car il est mal-en-point. C’est un cri qui me va droit au cœur. Mais j’avoue que je n’ai pas été surpris par les événements que traverse la RCA. Nous avons toujours une part de responsabilité dans tout ce qui arrive dans notre pays.

Ces dernières années, nous avons nourri et fait grandir la haine entre nous. Cette haine s’est installée quand nous avons choisi de favoriser le clanisme. Ce mot a détruit tout ce que nos ancêtres ont construit et bâtit de beau pour notre nation. Les gouvernants qui se sont succédés au pouvoir en ont fait leur priorité au lieu de sortir le pays de l’impasse qu’il traverse depuis des décennies. La corruption s’est généralisée et rien ne peut se faire sans la cola ou ngoro (en langue Sango).

Nous n’aimons pas notre pays et tant que nous continuons à aimer que nos intérêts personnels et pas l’intérêt général, nous ne sortions pas de notre trou, un trou de plus en plus béant. Les rebellions ont trouvé leur eldorado dans les régions non-contrôlées par nos forces armées qui ne sont que l’ombre d’eux-mêmes. J’ai suivi, attristé, l’interview d’un habitant de Bambari qui expliquait que les autorités ainsi que les militaires ont simplement quitté cette ville et d’autres au fur et à mesure que les rebelles de la coalisions SELEKA avançaient. J’ai également suivi le discours du Chef de l’Etat accusant les militaires de ne pas faire leur travail et remerciant le Président Tchadien Idriss DEBY ITNO et les forces tchadiennes d’avoir intervenu pour arrêter la progression des rebelles sur Bangui. Mais nous savons tous pourquoi les militaires ne pouvaient pas se battre : soit ils n’avaient pas le courage d’affronter les forces ennemies qui selon eux, étaient nettement plus armées qu’eux, soit les instructions étaient de ne pas se battre.  

Si la coalition rebelle SELEKA avait trouvé quelques raisons pour prendre les armes et se faire entendre, il faut comprendre que de nos jours, le pouvoir appartient au peuple et c’est au peuple de le confier à des tierces pour l’exercer pendant un temps donné. Il faut que nous comprenions que les armes ne peuvent pas résoudre tous nos problèmes. La preuve en est que le pays est plongé à chaque fois qu’il y a des mouvements politico-militaires.

Une fois, je t’ai demandé de chercher à quitter la RCA et à venir t’installer en Occident, tu as été catégorique : je préfère rester dans mon pays avec ma dignité que d’aller me faire humilier ailleurs. Mais ce que tu ne sais pas, c’est que tu es plus humilié chez toi qu’ailleurs. La preuve en est que depuis plusieurs décennies, les salaires n’ont pas connu de changement alors que les prix des denrées alimentaires ne cessent de grimper de manière exponentielle. Tu me diras que c’est plutôt la souffrance mais pas l’humiliation car tu aimes mettre les mots à leur place mais quelle est la différence entre l’humiliation et la souffrance ? Aucune car les deux font allusion à un état d’esprit hors de soi, des tortures que nous subissons. Tu te diras patriote alors que ceux qui se disent patriotes ont des comptes bancaires garnis en Europe et aux Etats Unis, de belles maisons, une vie descente et une histoire exceptionnelle alors qu’il trahisse leurs pays.

Ici, en tant que professeur de collège, tu me diras que je suis sous-estimé avec un diplôme d’Ingénieur. Comparativement, si j’étais en Centrafrique, je serai sans doute assistant à l’université mais certainement avec un salaire beaucoup plus maigre ; je gagne 4 fois plus qu’un assistant chez nous et je me contente de cela.

Enfin, sache que même si l’objectif de mon écrit n’est pas de te dissuader afin de rejoindre un pays occidental pour exploiter au mieux tes compétences, sache que je suis toujours disposé au non de notre amitié insécable à t’aider si l’idée de quitter la RCA t’effleurait. Je ns aurai finir en te jetant un bouquet de fleurs pour tes billets qui décrivent les tars de notre société en particulier et celles de la société africaine en général.

Bien à toi,

Ton ami et frère François. »

Après avoir lu la lettre, je l’ai reprise et l’avait lu plusieurs fois par la suite. Certes François avait raison sur certains points concernant tout ce qui se passe chez nous mais on ne fuit pas son destin. Je resterai en Centrafrique quoiqu’il en soit et peu importe le prix à payer. Je dois rester faire des efforts pour aider à faire sortir mon pays de ce gouffre.