« Le changement, c’est nous et c’est maintenant », Baba Mahamat jeune centrafricain vivant au Cameroun

Nous avons l’honneur de recevoir Baba MAHAMAT, jeune centrafricain de confession musulmane vivant au Cameroun et activiste des Droits de l’Homme.

1 – Bonjour, peux-tu te présenter en quelques mots?
Je suis Baba Mahamat, jeune centrafricain, titulaire d’un diplôme de Master en Réseaux informatiques&Sécurité, membre de plusieurs associations de jeunes dont le Club RFI Bangui Fononon qui m’a formé, le Réseau des Jeunes de l’Afrique centrale pour les Droits de l’homme, Paix et Démocratie. J’ai été chargé de cours à l’université de Bangui de 2010 à 2011 avant de regagner Douala la capitale économique du Cameroun pour mon Master. J’occupe depuis peu le poste de Responsable d’Exploitation au sein d’une entreprise basée à Douala après 8 mois comme assistant-IT. Je suis enfin Social Reporter (couverture en ligne et sur-site des conférences, formations et grands événements sur les réseaux sociaux) et blogueur à Mondoblog (depuis septembre 2012) et à La Voix des Jeunes (depuis Juin 2014).

2 – Depuis quand as-tu connu l’UASCA et quels souvenirs gardes-tu de cette association?
L’Union des Anciens Séminaristes Carmes en abrégée UASCA est une association à but non-lucratif que j’ai découverte depuis plusieurs années à travers un collègue devenu ami, et très vite un frère, en la personne de Cédric Ouanekponé qui fut son Président. Mais faut-il rappeler que ma proximité d’avec la plus part des membres de ladite union est antérieure à sa naissance et ce, grâce aussi à Cédric Ouanekponé. Je garde de très beaux souvenirs de l’UASCA, des souvenirs que je ne suis pas prêt d’oublier. J’ai surtout en mémoire des souvenirs inoubliables du partage lors de la session de formation d’initiation en Informatique, organisée par le Bureau de l’UASCA sous l’impulsion de son Président de l’époque Cédric Ouanekponé et dont j’ai eu le privilège d’animer. Je me souviens comme si c’était hier de l’engouement de ces jeunes à apprendre plus et à maitriser les rouages de l’informatique. J’ai été exalté par ce sentiment de me retrouver en face des gens avec qui nous partageons la même vision, celle d’une jeunesse forte et entreprenante.

3 – Depuis quand es-tu à l’étranger et pourquoi ?
Je vis au Douala depuis fin septembre 2011 avec des séjours ponctuels à l’étranger (Casablanca, Dakar, Abidjan, Brazzaville, Nairobi…) y compris à Bangui. Au début, j’ai déposé mes valises pour les études supérieures et après deux années, j’ai validé mon titre  de Master of Engineering en Réseaux Informatiques&Sécurité le 04 décembre 2013. Je devrais rentrer au pays le 15 du même mois, afin d’apporter mon expertise à mon pays et continuer avec ma vocation d’enseignant à l’Institut Supérieur de Technologie.  Mais les événements de décembre 2013 m’ont contraint à prolonger mon séjour à Douala, du moins pour quelque temps. Les choses étaient de plus en plus compliquées, la situation qui était difficile car ayant subi les tristes événements du putsch du 24 mars, est devenue intenable, insoutenable. Ma famille et moi, sans oublier le sage conseil des amis, avons décidé que je reste encore pour quelque temps à cause de mon appartenance religieuse. Je me suis battu et après plusieurs entretiens, j’ai pu être embauché dans une entreprise de la place. Mais le désir de retourner en Centrafrique se nourrit en moi chaque jour, et je n’exclus pas qu’avant fin 2015, je reviendrais dans mon pays natal.

4 – Quelles sont tes perspectives d’avenir ? (comment te vois-tu dans 10 ans par exemple?)
Je nourris le projet d’aller continuer en Master Recherche et de m’orienter vers le doctorat. Je suis encore jeune et je pense qu’être jeune est une chance qu’il faut exploiter. Notre pays n’a pas docteurs en Informatique et ce domaine reste inconnu. Il y a tellement de possibilités qu’offre l’informatique, et la RCA doit les exploiter comme les autres pays tels le Sénégal, le Kenya, le Ghana, l’Afrique du Sud, et que sais-je encore. Je reste convaincu qu’avec l’informatique, nous parviendrons à renverser la tendance et à redynamiser la société centrafricaine. Je voudrais me voir dans 10 ans comme Patron d’une entreprise que je voudrais créer et qui aura non seulement une dimension nationale mais aussi des filiales au delà des frontières centrafricaines. C’est un rêve auquel je tiens beaucoup.
 
5- Quelles leçons tirées  de la crise centrafricaine et quelles sont selon toi  les éventuelles pistes de solutions?
La crise centrafricaine a ébranlé tout un système en le mettant en cause. Cette crise, qui n’a pas commencé qu’en 2012 a montré la faiblesse des centrafricains que nous sommes en mettant en exergue les maux de notre société, des maux que nous avons expressément voulu ignorer et qui ont éclaté. On ne cache jamais la fumée. Nous avons vécu dans un système où rien ne marchait. Nous devons maintenant prendre conscience de toutes les erreurs que nous avons commises dans le passé et le présent. Nous devons nous dire tous qu’il est temps que tout cela s’arrête et que nous apprenons une nouvelle forme de vie. Nous devons nous approprier le mot patriotisme et nous dire que c’est à nous de construire notre pays et assurer notre survie. Comme piste de solution, je pense que le prochain Forum de réconciliation doit mettre l’accent sur les problèmes rencontrés par la population toute entière (y compris nos frères et sœurs qui se trouvent dans les provinces) en laissant toutes les couches sociales s’exprimer. Ce forum ne doit pas être une énième opportunité offerte (il y a eu assez déjà dans le passé) aux hommes politiques pour s’accaparer des postes et oublier que le veritable enjeu de ces assises est de pouvoir réconcilier le peuple centrafricain.

6- Fervent musulman que tu es, que penses-tu de ceux qui affirment que le conflit centrafricain est interconfessionnel?
Dire que l’origine de la crise centrafricaine est religieuse, c’est méconnaitre la cause profonde de cette crise. La crise a été « confessionalisée » par certaines personnes pour des raisons que, seuls les responsables peuvent expliquer. Nous avons assisté, impuissants à un conflit politique. La division intercommunautaire n’est qu’une conséquence, pas une cause. Nous avons vu comment les différentes religions trouvaient leur place dans ce pays même s’il ne faut pas ignorer la souffrance qu’enduraient certains compatriotes musulmans qui sont traités d’étrangers alors qu’ils devraient bénéficier des mêmes droits que les autres. Cependant, ce n’est aucunement une raison suffisante pour prétendre mettre en mal la cohésion entre des voisins qui vivaient, riaient, chantaient, buvaient, mangeaient hier ensemble. Nous avons toujours la possibilité de choisir la bonne action et de réfuter la violence. Nous ne sommes pas nés avec la violence mais nous apprenons à être violents. Et si nous apprenons à être violents pourquoi pas ne pas apprendre la non-violence? Aucune religion au monde, ni l’Islam, ni le Christianisme n’enseigne la violence ou la haine à ses adeptes.

7- En Centrafrique, les consultations à la base sont en cours dans l’attente du fameux forum de Bangui. En tant que jeune centrafricain,  quelle lecture fais-tu de tout cela et quelles sont tes attentes?
Je voudrais en tant que centrafricain et partisan de la paix saluer cette noble idée de pouvoir convier les centrafricains de toutes les couches à se parler afin d’identifier les causes profondes du mal centrafricain, y mettre un trait définitif en proposant des pistes de solutions. Les consultations à la base doivent être une opportunité unique de pouvoir parler de ce qui nous unit tous : notre pays. C’est aussi le moment à jamais de pouvoir dire la vérité sur pourquoi sommes-nous arrivés à cette tragédie afin d’y mettre fin. Les assises qui suivront doivent nous permettre de décider unanimement de tourner la page et d’apprendre de revivre ensemble en corrigeant nos erreurs du passé. Il est certes difficile d’arriver à mettre un trait au passé mais si nous avons chacun, en son fort intérieur la volonté, nous y parviendrons à coup sur.  La paix en Centrafrique est conditionnée par une prise de conscience individuelle puis collective des centrafricains. La paix ne doit pas être un vain mot, il doit être le reflet de notre comportement, une logique de notre réflexion, une manifestation de notre désir.

8 – La jeunesse centrafricaine a souvent été peinte en noir dans cette crise, partage-tu ce point de vue ? A ton avis quelle place doit occuper cette jeunesse dans le processus de cette sortie de crise dans notre pays ?
La République centrafricaine à l’instar des autres pays d’Afrique dispose d’une énorme potentialité : celle d’avoir plus de jeunes que de vieillards. Mais la jeunesse est semblable à une pièce de monnaie c’est-à-dire dotée d’une double face. Elle est capable du meilleur comme du pire. Nous avons malheureusement tous échoués en tant que jeunes en montrant nos limites pendant cette crise.  Notre jeunesse a besoin d’être véritablement encadrée, soutenue afin d’apporter sa meilleure contribution pour l’épanouissement de notre société. Pendant très longtemps, la jeunesse centrafricaine a été instrumentalisée à des fins négatives. Elle a perdu sa véritable vocation et le chemin qu’elle devrait emprunter. Elle avait besoin des idoles, des leaders sur lesquels s’appuyer, des exemples à suivre. Nous ne sommes pas encore assez solidaires. Parmi nous, il y en a encore qui utilisent l’argument de l’engagement pour leurs ambitions personnelles. Une attitude qui laisse la porte ouverte à la manipulation des « politiques ». Mais j’ai foi en cette jeunesse malgré tout, je sais qu’il y a certains, qui se battent nuit et jours comme vous d’ailleurs de l’UASCA à travers des projets ambitieux pour faire changer le visage de la jeunesse. Il nous faut une forte mobilisation et des actions concrètes en faveur de cette jeunesse dans le domaine de l’éducation, la santé, … Il nous faut une jeunesse engagée et entreprenante. Mais nous pouvons y arriver que si nous sommes unis car ensemble nous sommes plus forts.
 
9-Quelle est ta vision de la vie ? (Question personnelle du cousin)
J’ai toujours considéré la vie comme étant une chance. A travers la vie, on peut faire des choses inimaginables comme réunir les gens autour d’un projet important, aider les gens qui en ont besoin, faire des choses que certains peuvent trouver impossibles en utilisant ses potentialités. Je pense que tant qu’on vit, on doit toujours foncer et aller de l’avant, avoir un œil ouvert sur le présent mais regarder l’avenir. Pour moi, chaque jour qui passe nous amène à s’approcher davantage de notre rêve lorsque nous y tenons et que nous faisons des efforts dans ce sens. Il faut saisir toutes les opportunités qui s’offrent à nous, chaque jour que Dieu a créé.

10 – As-tu quelque chose de particulier à ajouter (ta conclusion)?
Je ne cesse de le répéter : être jeune est une chance que nous devons saisir. Nous avons pleine d’énergie et de potentialité, il nous faut y mettre un peu de volonté et nous pouvons faire changer le visage de notre société. Nous devons être unis afin d’être plus forts. Nous devons chercher à aller là où nos grands-parents et nos parents ne sont pas arrivés. Nous devons faire nôtre cet adage qui dit «Malheur à celui qui ne fait pas plus que son père ou sa mère». Nous sommes jeunes alors nous devons être l’émanation du changement. Ce dernier, c’est nous et c’est maintenant.

Interview, Anne Michelle, jeune camerounaise très active sur les réseaux sociaux

1- Bonjour, peux-tu te présenter et nous dire qui se cache derrière cette image qui te représente ?

Bonjour, Je suis EKEDI EDJENGUELE Anne Michelle, une jeune camerounaise née à Douala au Cameroun. J’ai effectué l’ensemble de mon cursus académique au Cameroun dans les domaines du Marketing, de la Communication et des Relations Publiques. Mon intérêt pour les questions internationales notamment de développement m’ont conduit à l’Institut des Relations Internationales du Cameroun ou j’ai obtenu un Master en Relations Internationales (Option : Communication et Action Publique internationales). Comme loisirs/centre d’intérêts, je citerais volontiers : le Cinéma, la musique, la danse, les voyages, les débats citoyens, les activités bénévoles, Internet (Médias sociaux)…

2- Je te suis depuis plus de deux (2) ans déjà et je peux affirmer sans me tromper que tu es accroc aux réseaux sociaux ? Comment a été tes débuts?

Je me suis inscrite sur Facebook en 2009 et j’en avais un usage autre que celui d’aujourd’hui. Friande de débats, discussions sur les sujets liés au développement, à la condition de jeunes, aux droits de l’Homme etc., je me suis très vite attachée au portail Jeunesse de l’Organisation Internationale de la Francophonie découvert en 2011.

Sur la base de mes interventions sur le portail, j’ai été invitée en 2012 par la Direction de l’éducation et de la jeunesse de l’OIF, pour participer à un atelier de formation sur la jeunesse et les réseaux sociaux organisé à Dakar (Sénégal) par l’organisation et le Gouvernement du Sénégal. Des experts et S.E Macky SALL, Président de la République du Sénégal dans le cadre d’un entretien avec les participants, nous ont formés, édifiés sur l’usage « utile » des réseaux sociaux. Ils nous ont invités à être solidaires et à nous approprier ces technologies dans le cadre de nos engagements respectifs. Ces paroles ne sont pas tombées dans des oreilles de « sourd » vu que mon mémoire de Master traite de la solidarité. La suite, vous la connaissez (Sourire). Le déclic vient donc de cet atelier et je ne dirais jamais assez « merci » à l’OIF.

3- Parlons un peu de ton engagement pour la jeunesse, tu ne cesses de partager les opportunités aux jeunes du monde, que ressens-tu en faisant ce travail de partage?

Je me sens utile car je suis une partisane du « moins de discours, plus d’actions ». A un moment de ma vie, j’aurais souhaité avoir des opportunités (bourses d’étude, de formation …) hélas, il me manquait les informations. Et même aujourd’hui, le problème d’accès à l’information est réel pour plusieurs jeunes notamment d’Afrique. Cette prise de conscience sur l’usage « utile » d’Internet et des réseaux humains m’ont conduit à cet activisme. Il s’agit de ma très modeste contribution face aux défis auxquels sont confrontés les jeunes dans le monde en général et en Afrique en particulier.

4- Comment définis-tu la jeunesse ?

La jeunesse est semblable à une pièce de monnaie c’est-à-dire dotée d’une double face. Elle est capable du meilleur comme du pire. De ce fait, elle a besoin d’être véritablement encadrée, soutenue et surtout prise au sérieux.

5- Pour toi, la jeunesse d’aujourd’hui est – t- elle unie ? Sinon, comment faire pour qu’elle soit forte et solidaire ?

Nous ne sommes pas encore assez solidaires. Parmi nous, il y’en a encore qui utilisent l’argument de l’engagement pour leurs ambitions personnelles. Une attitude qui laisse la porte ouverte à la manipulation des « politiques ». Si je prends le simple cas du partage d’opportunités. Certains jeunes ne savent pas partager pourtant avec les TIC aujourd’hui, l’information circule à une vitesse « V ». D’autres trient les informations à partager avec les autres craignant la compétition. Une attitude qui m’amuse assez parce que vous pouvez être retenu sur 1000 comme vous pouvez ne pas être retenu même si vous êtes le seul à postuler. Et si tu ne corresponds pas au profil recherché, dis-toi que l’offre pourrait intéresser un autre.

Que faire pour améliorer cette situation ? Arrêtons de discourir et prêchons par l’exemple. Ne te contente pas de demander pas à l’autre d’être solidaire, commence par l’être toi-même. Il n’ya pas meilleur argument que des actes concrets et visibles.

6-  Quel est selon toi, les principales qualités que les jeunes doivent acquérir pour faire face aux défis qui les entourent ?

 La foi (pour les croyants), l’humilité, la patience, la persévérance, le travail, le sens du partage, l’esprit de solidarité…sont des qualités dont il faut absolument se doter pour faire face à nos défis.

7-  La francophonie pour toi, c’est quoi ?

En effet, pour moi la francophonie la plus intéressante est celle qui se vit entre les personnes (loin de considérations politiques, stratégiques, diplomatiques..) sur la base de valeurs telles que la solidarité, le partage. La diversité culturelle est très forte au sein de l’espace francophone dont les pays membres sont présents sur tous les continents (Afrique, Europe, Amériques. Asie, Océanie). Par l’usage du Français, les personnes d’horizons divers ont la possibilité de transmettre, de se découvrir, d’échanger sur leurs cultures respectives (langues locales, gastronomie, ethnies etc.)

8- Manifestement tu voyages beaucoup, surtout pour des rencontres internationales relatives à la jeunesse, qu’est-ce que t’apportent ces odyssées ?

Lorsque je m’y rends, j’ai la possibilité de faire entendre ma voix et par ricochet celle des jeunes. C’est le principal intérêt. Maintenant pour moi qui ai étudié les relations internationales, il s’agit d’occasions supplémentaires d’asseoir mes connaissances sur certaines questions. Comme, on le dit couramment, « l’école ne finit pas », ces rencontres du point de vue de la forme et surtout du fond se présentent comme des cas pratiques.

L’autre point essentiel, c’est le réseautage. La plupart de temps, on garde le contact avec d’autres participants et c’est très important. D’ailleurs, certaines opportunités que je publie me parviennent de ces contacts.

Enfin, le volet humain, découverte, échange culturel n’est pas le moindre en ce sens qu’il contribue grandement au développement personnel.

9- L’un des prix Nobel de la paix est la pakistanaise Malala Yousafzai, âgée de 17 ans, « pour son combat contre l’oppression des enfants et des jeunes et pour le droit de tous les enfants à l’éducation », que t’inspire ce choix ?

L’éducation est fondamentale dans la vie de tout être humain. Elle se présente même comme une solution dans le cadre de la prévention et de la gestion des conflits. « Ne parle-t-on pas d’éducation à la paix » s’il faut reprendre l’UNESCO ? Aucun enfant ne mérite d’en être privé. De ce fait, je salue le choix de Malala Yousafzai comme prix Nobel de la paix. Le jury de sélection a fait preuve d’ouverture d’esprit en attribuant cette distinction à une jeune personne dotée de qualités exceptionnelles. C’est un signal fort à mon humble avis qui confirme l’éveil d’une jeunesse assoiffée de changement, en quête de meilleures conditions de vie et en mal de reconnaissance …

10- Pour beaucoup, l’Afrique est peinte en noir, l’analphabétisme, le chômage, les maladies, la pauvreté, … pour ne citer que cela, pourquoi ?

Je n’en veux pas vraiment à ces personnes qui ont une image principalement négative de l’Afrique. Elles sont exposées à des médias qui leur présentent davantage le côté « obscur » du continent.

Dans notre environnement, naissent des médias dit « panafricanistes », il leur revient de rétablir la vérité et de dire au monde que l’Afrique, c’est aussi et surtout une jeunesse entreprenante, une diversité exceptionnelle de cultures, de la joie de vivre, des personnes chaleureuses, des paysages magnifiques, des capitales au niveau de développement appréciable etc.

11- Comment faire pour éradiquer ces maux dont souffre l’Afrique?

Je pense que nous devons avant toute chose, arrêter de voir en « l’autre », la source première de nos problèmes. Et même s’il s’avère que « l’autre »  est effectivement à l’origine de nos malheurs. Quelles dispositions avons-nous pris pour changer la donne ? Responsabilisons-nous, assumons nos erreurs, reconnaissons nos limités, nos insuffisances et mettons tout en œuvre pour nous imposer sur la scène internationale.

Et cette action doit être menée par une volonté politique forte, une vision commune.

12- Quelle doit être la place de la jeunesse en Centrafrique dans la résolution du conflit qui apporte son lot de victimes dans ce pays?

L’action la plus efficace à mon humble avis, serait d’améliorer les conditions de vie de ces jeunes, de les occuper en facilitant leur accès à l’éducation, en créant des emplois décents. Mais, cette mission relève de la responsabilité des gouvernants. Les jeunes à leur niveau, doivent recourir à la sensibilisation, aux méthodes d’éducation à la paix. Ils doivent se mobiliser massivement au sein de leurs communautés respectives. Il s’agirait par exemple dans les « quartiers » de créer des groupes de « sentinelles pour la paix » dont le but serait de réduire au maximum les risques d’instrumentalisation et d’enrôlement des jeunes au sein de groupes criminels et terroristes. Les méthodes sont nombreuses et variées. Je citerais entre autres, les arts de la rue, les représentations théâtrales, les projections publiques de films, documentaires sur les effets dévastateurs de conflits (exemple du génocide rwandais…)

13-  Beaucoup disent que la jeunesse africaine est sacrifiée par les dirigeants politiques ? Quel est ton point de vue ?

Comme je l’ai souligné plus haut, la jeunesse est capable du meilleur et du pire. Hélas, la gouvernance et la situation socio-économique de nos pays ne sont pas favorables à l’expression du « meilleur ». Maintenant, il revient à chacun de nous, de ne pas céder sous l’effet de la pression (aussi forte soit -elle). Faisons appel à nos valeurs et capacités intrinsèques pour relever le défi et changer la donne. La jeunesse a toujours été abandonnée à elle-même et très peu prise en considération. Maintenant selon les contextes, on peut remarquer une évolution (même si légère).

 

14- Un message à passer aux jeunes qui te lisent en ce moment ?

Peu importe les difficultés, les obstacles que nous rencontrons, ne baissons pas les bras. Tant qu’il y a la vie, il y a de l’espoir. Et tant il y a de l’espoir, l’énergie positive, les ressources nécessaires à notre combat ne tariront pas.

La revue de la presse africaine du 17 au 24 février 2013

Loin de moi l’idée de me substituer au journaliste de la RFI Pierre-Edouard Deldique, réalisateur de l’émission « Une semaine en Afrique » mais la semaine du 17 au 24 février 2013 a été marquée par d’énormes événements en Afrique dont je voudrais donner un résumé succincte. L’Afrique a été une fois de plus au cœur du média, que ce soit les radios, les télévisions, la presse écrite ou les journaux en ligne, tous sans exception ont publié des informations sur certains pays.

Et comme la charité bien ordonnée commence par moi-même, je débute cette revue de presse par la Centrafrique. L’actualité qui a fait la une est sans doute la suppression de deux émissions radio pro-Bozize qui a fait couler beaucoup d’encre. Cette décision découle de la conséquence directe de la nomination il y a quelques semaines de Christophe Gazambéti, un des portes paroles de la SELEKA, comme ministre de la Communication après la mise en place du Gouvernement d’Union Nationale (GUN). Les émissions concernées « Yé so é lingbi ti inga » et « Bango ndo ti Gbia ti Kodro » étaient animées par des proches du président Centrafricain François Bozizé dont le Directeur de la presse présidentielle. Dans ces émissions, il est fait l’éloge du chef de l’Etat et des actions présidentielles. Les réactions sont divisées entre les partisans du président centrafricain et ceux de l’opposition. Aussi, le cantonnement des rebelles de la SELEKA a été prévu par la Fomac et le gouvernement pour le dimanche 24 février, mais il a fait l’objet d’un report pour des raisons technique a martelé Christophe Gazam Betty.

Le mardi 19 février, 7 Français dont deux hommes, une femme et 4 enfants ont été enlevés par les éléments de la secte islamiste Boko Haram à l’extrême-Nord du Cameroun. En milieu de la semaine, une information a circulé faisant état de libération de ces otages, une information démentie quelques heures plus tard par le gouvernement camerounais et relayée par la France. On compte de nos jours, 15 français en otage tous en Afrique (en Sahel et au Nigeria).

Au Tchad, le contingent tchadien au Mali constitué de quelques 1800 soldats a subi un coup dur avec la perte de 13 soldats lors de violents affrontements contre les combattants du MUJAO, un des groupes terroristes les plus actifs au nord Mali. Des combats qui ont fait 65 morts côté terroristes et 23 soldats Tchadiens a assuré le Chef d’Etat Major Adjoint de l’Armée de Terre. Au nombre des soldats tués, figurerait Abdel Aziz Hassane Adam, le commandant des forces spéciales tchadiennes au Mali.

Autre actualité, c’est en République démocratique du Congo. Un accord a été signé à Adis Abeba, la capitale de l’Union Africaine en présence du Secrétaire général des Nations Unies Bank ki moon, de la présidente de l’Union et d’une dizaine de présidents des pays voisins à la RDC qui se sont engagés à ne pas soutenir des mouvements afin de déstabiliser l’est de la RDC. Parmi ces présidents, se trouvait le numéro 1 Rwandais Paul Kagamé, accusé par son voisin congolais de soutenir la rébellion du M23. On espère que la signature de cet accord permettra de ramener la paix définitivement à l’est de la RDC, région en proie aux mouvements rebelles.

En Guinée Équatoriale le 3e sommet Afrique-Amérique du Sud (ASA) s’est tenu du 21 au 22 février à Malobo en Guinée Equatoriale, regroupant une vingtaine de présidents Africains. Il faut rappeler que ce sommet sud-sud a commencé en 2006 permettant aux deux continents d’échanger sur la possibilité d’investissement et de favoriser les relations bilatérales. L’ASA regroupe 66 États, les 54 pays d’Afrique et 12 d’Amérique du Sud (Argentine, Brésil, Bolivie, Colombie, Chili, Équateur, Guyane, Paraguay, Pérou, Suriname, Uruguay et Venezuela). Depuis sa création, les échanges économiques entre les deux continents ont bondi de 75% pour atteindre 39,4 milliards $ en 2011, selon les chiffres présentés par le Brésil, un des leaders du groupe. Cette donnée est non négligeable si l’on considère qu’en 2002, ce montant dépassait à peine 7 milliards $. En moins de 10 ans, ces échanges auront donc augmenté de 600%.

En Afrique du Sud, le célèbre athlète Oscar Pistorius accusé d’avoir tué sa femme avec une arme a été mis en libération après avoir payé une caution fixée à 85000 euros par le juge. Il sera à nouveau convoqué par contre le 4 juin prochain pour une nouvelle audience.

En Côte d’Ivoire, le 21 février dernier, l’ancien Président Laurent GBAGBO accusé de crime contre l’Humanité commis entre fin 2010 et début 2011 en Côte d’Ivoire a été présenté en audience de confirmation des charges devant la Procureur de la CPI Fatou Bensouda. Chaque camp dispose de 10 jours pour pouvoir donner des preuves et défendre ont rejetés les accusations. A la fin de cette audience de confirmation des charges les juges auront deux mois pour se prononcer et ainsi donner, ou non, leur feu vert à un procès Gbagbo. L’enjeu est évidemment énorme pour Laurent Gbagbo lui-même, mais aussi pour le Bureau du Procureur.

Au Sénégal, le procès de l’ancien Président Tchadien Hissène Habré commencera bientôt avec le démarrage des activités du tribunal en charge de fixer le sort de cet ancien dictateur. Cet ancien président est accusé d’avoir fait torturer et disparaitre de milliers de Tchadiens pendant son régime (1982 et 1990). L’organisation Human Rights Watch (HRW) a découvert en 2001 les noms de 1 200 personnes exécutées ou décédées en détention et de 12 000 victimes de violations des droits humains et notamment de torture.

Libre circulation en zone CEMAC, un projet ambitieux ou un rêve utopique ?

Au delà des problèmes particuliers que rencontre chaque citoyen lambda des pays de la zone CEMAC (Communauté Économique et Monétaire en Afrique Centrale), il faut ajouter le problème de libre circulation qui est un véritable défi à relever. Pour tous ceux qui voyagent dans cette sous-région de l’Afrique, les difficultés sont lésions. Peu importe, que ce soit par voie terrestre ou bien aérien, les tracasseries ne manquent jamais. Pour rappel, le16 mars 2012 a été célébrée, à Bangui qui abrite le siège de l’institution la journée de la CEMAC sous l’auspice de «libre circulation en zone CEMAC». 

Le vendredi  16 mars 2012 dernier, à Bangui, on célébrait la journée de la CEMAC, autour du thème: « Libre circulation en zone CEMAC ». Mais la question qui mérite d’être posé est à quand cette libre circulation? Difficile de trouver une réponse à celle-ci avec l’état des lieux actuel. Il y a quelques années, j’ai bénéficié d’un voyage pour le Tchad en vacances afin de visiter ce pays dont j’en fais aussi mien. Mais mon audace sera très vite déçue quand arrivé à la frontière, nous avons commencé à comprendre que ce voyage était une mauvaise idée. D’abord, c’est un poste de Police qui exigeait à tous les passagers exceptés les Tchadiens de passer faire la formalité-mot qui trouve son importance en Afrique centrale- et après, c’est au tour des gendarmes, ensuite des militaires.


Cependant, le pire est sans doute ce que j’avais subi en septembre 2011 quand je quittais Bangui pour Douala. Nous avons dû, en tant que non-Camerounais payer la somme de 2000 FCFA à chaque poste de contrôle en présentant nos passeports malgré le visa d’entrée payé à Gara Boulaï, la frontière. Le comble c’est aux frontières d’un côté à l’autre, malgré tous les papiers (ordre de mission, passeport, laissez-passer etc.), il faut débrousser de l’argent au  visa des laissez-passer et des passeports (1 000 Frs ou 2 000 Frs). A chaque barrière, des pourparlers sont au rendez-vous et le même cirque : des négoces et des glissements de billets de banque jusqu’à Douala. Pour contourner ces problèmes, certaines personnes s’arrangent à obtenir des cartes d’identité de plusieurs pays voisins. C’est surtout le cas des commerçants. C’est ainsi que j’appelle TCHACAMCA (TCHadien-CAMerounais-CentrAfricain) ceux qui sont devenus des citoyens dans les trois pays. Mais à malin, malin et demi : d’autres commerçants en l’occurrence ceux empruntant le plus souvent l’axe Centrafrique Cameroun trouvent refuge dans la collection des pièces de 500 FCFA en métal fabriquées localement à Bangui, en payant 100 FCFA au fabricant pour avoir 500 FCFA. Ces pièces vont les servir pour tromper la vigilance des policiers Camerounais.

 Mais, la situation est presque, identique pour les autres nationalités qui se rendent à Bangui. Un ami Camerounais me racontait son calvaire quand en 2005, sa famille décida de l’envoyer en Centrafrique pour la suite de ses études. Il a dû passer quelques jours à Bouar (une ville située à un peu plus de 400 Km de Bangui) pour attendre qu’on lui envoie un peu d’argent. Tout ce qu’il avait sur lui était épuisé à cause des contrôles des forces centrafricaines. Certains pays tels que le Gabon d’Ali Bongo Ondimba et la Guinée Equatoriale de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo se font remarquer par le durcissement de l’entrée des autres ressortissants de la CEMAC. Qui veut se rendre dans ces pays doit se munir d’un visa et s’acquitter des frais de la carte de séjour après son arrivée. Les deux pays sont loin d’accepter la libre circulation ne fut-ce que des personnes.

Passeport biométrique CEMAC, est-ce la fin de la souffrance des voyageurs ?

Lors d’un sommet de la CEMAC, il a été décidé de satisfaire aux exigences des normes internationales en ce qui concerne les cartes d’identité et le passeport biométrique. Un délai a été fixé pour qu’au plus tard 2010 la nouvelle norme concernant les passeports biométriques entre en vigueur. Mais ce n’est qu’en 2011 que la RCA a commencé à délivrer les passeports biométriques avec des restrictions jamais égalées. Il suffit de jeter un coup d’œil a cet article de notre confrère ASSANI Salim, sur son blog la coquette pour s’enquérir des problèmes liés à cette nouvelle norme.  Pour beaucoup de personnes, cet engagement politique permettra sans doute de régler le délicat problème de libre circulation des biens et des personnes comme dans l’espace CEDEAO. Mais ces personnes resteront bien sur leur soif. Après plusieurs grèves des transporteurs en République Centrafricaine, le Président Centrafricain prendra un décret décidant du démantèlement les barrières dites illégales. Ce décret a été appliqué à partir de fin juillet 2012. Un mois après ce décret, des changements ont été constatés.

Côté circulation des biens, selon une enquête du journal Jeune Afrique, publié par Cameroon Tribune , d’après le président de la BDEAC (Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale), le Centrafricain Anicet Georges Dologuélé, le transport de marchandises entre Douala et N’Djamena coûte six fois plus cher qu’entre Shanghai, en Chine, et le port de Douala. Il dure également deux fois plus longtemps, à savoir soixante jours, contre trente jours. En cause, l’état parfois désastreux des routes, les tracasseries policières, etc ;

Outre, on peut remarquer sans ambigüité qu’il se pose réellement un problème de volonté politique du coté des autorités des pays de la CEMAC. D’ailleurs, les mésententes intestines au sein même de l’institution n’est plus un secret de polichinelle. Même les Chefs des États entre eux, ont des différends qui ne facilitent guère la situation.

En ce qui concerne le transport aérien, il y a souvent des difficultés à trouver un vol direct entre les principales villes des pays membres de cette institution. Il faut espérer que la nouvelle compagnie AIR CEMAC qui devrait être opérationnelle depuis plusieurs mois, et qui finalement selon les dernières nouvelles prendra vol à partir de janvier 2013 apportera un soulagement aux nombreux voyageurs de cette sous-région.

Face à toux ces dilemmes, des efforts doivent être consentis de tous côtés, que ce soit les dirigeants politiques, les populations de l’espace CEMAC pour atteindre le niveau actuel de l’Afrique de l’Ouest dans la libre circulation des personnes.