A la rencontre de Marius Gnalis, jeune entrepreneur centrafricain ferru d’innovation

Nous sommes allés à la rencontre de Marius GNALIS, un jeune entrepreneur centrafricain et qui n’a de cesse de trouver les mots juste pour encourager. Faisant de l’entrepreneuriat un de ses leitmotiv, ce serial entrepreneur croit plus que jamais au potentiel du continent africain et de sa jeunesse. 

Mahamat BABA: Peux-tu te présenter et nous en dire un peu plus sur ton parcours et tes éventuelles expériences? 

Marius GNALIS : Je suis Marius Gnalis, 33 ans, papa d’un petit garçon de deux ans. Je suis sociologue et analyste financier de formation. Après plusieurs stages dans différents secteurs d’activité, j’ai commencé en 2007 comme analyste de crédit dans une banque locale dénommée Commercial Banque Centrafrique (CBCA) pour environ quatre ans avant d’intégrer une agence publique en 2011, Agence Centrafricaine de Promotion de l’Habitat comme Directeur Administratif et Financier. En dépit de grandes responsabilités que j’avais au sein de cette institution et de la passion développée dans la contribution à la politique de l’habitat et du logement social en République Centrafricaine, j’ai quitté au bout de quelque mois ce poste pour mon développement personnel en saisissant l’opportunité de travailler comme gestionnaire comptable du Projet “Scaling Up Roll Back Malaria” sur financement du Fonds Mondial de lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme.

A la fin du projet en 2014, j’ai pris la décision de rouler désormais pour mon propre compte en créant ma première société MediaLink qui intervient dans l’imprimerie publicitaire. A côté, j’ai toujours travaillé comme consultant financier freelancer et j’enseigne la banque et les finances dans différents établissements supérieurs privés de la capitale, Bangui.

Mahamat BABA: Peux-tu nous parler de ton/tes projet(s), ton entreprise?

MG : Il faut reconnaître que la première entreprise que j’ai créée, MédiaLink, n’a pas réalisé le succès que j’escomptais de cette initiative et après deux ans de création, elle fonctionne toujours en mode “start-up” et donc continue de chercher ses marques, de revisiter son business modèle, etc. Et à ce propos, je suis en négociation avec un nouvel associé dans cette dynamique de redéfinition de l’activité et de la stratégie.

Le projet d’entreprise que je porte maintenant, en parallèle, est issu de mon activité de consultant financier freelancer et d’enseignant en montage de projet bancable que j’ai décidé de formaliser en société pour avoir plus d’envergure et d’effectivité au sein de la communauté. Cette entreprise n’a été enregistrée au registre de commerce qu’en décembre 2016 avec pour raison sociale “Be-Africa Innovation Lab” en abrégé “bailab” parce qu’elle se veut un laboratoire de l’innovation en République centrafricaine.

Son logo est formé simplement du sigle de la société “bailab” écrit en caractère Wawati TC avec “bai” en bleu et “lab” en blanc dans un hexagone rose en équilibre homéostatique reposant sur une ligne de même couleur, donnant l’apparence d’une catapulte symbolisant cette volonté de propulser les jeunes entreprises innovantes en République Centrafricaine.

Parce que Bailab veut l’émergence d’un écosystème des affaires sain et favorable à l’épanouissement des startups et petites et moyennes entreprises, il s’investit à simplifier la vie de ses clients en mettant à leur disposition les compétences indispensables à une gestion professionnelle, de sorte qu’eux aussi puissent consacrer davantage leur temps au développement de leur propre clientèle.

La mission de Bailab est de fournir des solutions disruptives et crédibles pour assister les entreprises et autres porteurs d’idées à s’épanouir de façon viable. Il propose des solutions pratiques et mobilise l’énergie de l’ensemble des parties prenantes de l’écosystème des affaires pour l’éclosion de l’innovation.

Si l’échec fait partie intégrante de l’aventure entrepreneuriale, la myopie aux désastres d’origine managériale ne doit plus en être la cause. Et Be-Africa Innovation Lab existe pour faire de cette vision une réalité en République Centrafricaine.

Concrètement, Bailab a pour activité l’assistance en gestion comptable et financière des petites et moyennes entreprises, le conseil financier, le renforcement de capacité des professionnels par des ateliers de formation et surtout le développement d’un programme d’incubation de jeunes pousses innovantes.

Le financement de démarrage vient d’abord de mes revenus propres tirés des activités de ma première entreprise, MediaLink et de mes activités de consultant freelance. Par ailleurs, j’ai eu la chance de gagner une compétition de business plan organisée par l’USADF (Fondation Américaine pour le Développement Africain) auprès d’environ 600 jeunes entrepreneurs de 14 pays de l’Afrique de l’Est et du Centre; une fierté nationale d’être l’unique centrafricain lauréat de cette compétition où sur les vingt (20) gagnants, l’on peut compter 9 Ougandais, 5 kenyans, 3 Rwandais et 2 Congolais (RDC). C’est en tant que Alumnus du programme YALI que j’ai eu la chance de participer à cette compétition de business plan.

Ce modeste financement va donc me permettre de lancer Bailab. Mais je suis en train de postuler également pour le Programme d’Entrepreneuriat de la Fondation Tonny Elumelu pour espérer des ressources additionnelles pour le projet, en espérant que je sois accepté.

« Pour moi l’entrepreneuriat est un état d’esprit, un élan perpétuel qui anime l’entrepreneur à donner le sourire à l’humain » Marius GNALIS.

Mahamat BAB: Marius,comment t’es venu l’envie ou l’idée d’entreprendre? Quelles ont été tes motivations?

MG : J’ai toujours été animé par le désir de concentrer mes efforts pour résoudre des vrais problèmes qui importent vraiment à mes yeux. Le statut quo et les process datés m’ont toujours révolté d’une certaine manière. J’aime les environnements qui mettent à défi et poussent à sortir des sentiers battus pour expérimenter des options complètement inexplorées. Je n’ai jamais hésité à sacrifier ma sécurité financière lorsque ma liberté de penser et d’agir se bute à un système rédhibitoire qui inhibe ma créativité. Mon expérience de travail salarié a cependant été une occasion d’expérience, de réseautage et aussi d’obtention du capital nécessaire pour mes entreprises personnelles.

Pour moi l’entrepreneuriat est un état d’esprit, un élan perpétuel qui anime l’entrepreneur à donner le sourire à l’humain c’est-à-dire à utiliser de façon créative ses ressources et savoir faire pour trouver une solution aux problèmes et/ou besoins de l’humain. Le fil conducteur de l’entrepreneuriat à mon sens n’est donc pas la recherche première de la richesse ou de la sécurité financière mais plutôt la sensibilité aux besoins pressants pour lesquels un grand nombre de personnes (physiques ou morales) sont prêtes à mettre les moyens qu’il faut pour réduire la tension douloureuse causée par le problème ou augmenter le plaisir tiré de l’agréable satisfaction du besoin. Lorsqu’on entreprend pour l’humain, on crée un valeur assurée.

Pour ce qui concerne précisément Bailab, j’ai développé ma motivation qui est disponible sur mon Blog Google+ et ma chaine Youtube.

Mahamat BABA: Quels ont été les principaux challenges auxquels tu as dû faire face ?

MG : J’ai dû faire face à beaucoup de challenges depuis que je me suis engagé dans l’aventure entrepreneuriale et c’est difficile d’en faire une esquisse exhaustive. Mais je peux en évoquer deux ou trois à titre d’illustration.

Le tout premier défi a été celui de trouver des partenaires qui partagent la même vision. Si ma première entreprise a démarré avec du plomb dans ses ailes avant même le décollage, cela est dû notamment à un choix hasardeux de partenaires non pas par naïveté mais par confiance sans balise. Je continue pourtant de croire que nos entreprises ne vont pas loin par excès d’égocentrisme et de penser que nul ne peut vraiment réussir à construire une empire en faisant le choix d’une aventure en solo. Et le défi c’est de former cette équipe de rêve, cette “dream team” où tout le monde regarde dans la même direction et pose des actions dans le seul et unique intérêt de l’initiative impulsée!

Le second challenge est lié au phénomène de la corruption généralisée à tout les niveaux qui plombe complètement le mécanisme du marché et empêche les entreprises citoyennes de prospérer. La culture des 10% (qui peuvent aller jusqu’à 40%) est une gangrène sinon un véritable cancer qui mine notre économie et dont les grandes victimes sont les entrepreneurs en terme de concurrence déloyale et de spoliation et le Trésor Public en terme de manque à gagner en matière fiscale. Cette situation est entretenue par les services d’achats des institutions et organismes avec la bénédiction passive de l’administration publique.

Un autre challenge c’est dernier temps concerne la disponibilité de local professionnel. Le coût des loyers fait l’objet d’une spéculation telle que l’accès devient tout simplement prohibitif pour les jeunes entreprises. Même les locaux professionnels gérés par l’administration publique notamment la Mairie, l’ONASPORT, etc. font l’objet de trafics complexes contribuant à renchérir le coût pour les chefs d’entreprises. C’est à croire que tout est fait pour décourager les jeunes entrepreneurs à se lancer honnêtement sans chercher rentrer dans les combines de la fraude fiscale pour survivre. A ce sujet, je suis en train de développer le concept d’espace de co-working et si je parviens à lever suffisamment de fonds, je l’initierai dans les prochaines années pour aider les jeunes entrepreneurs et freelancers.

« La richesse est dans l’idée pas dans le capital » Marius GNALIS. 

Mahamat BABA: Pourrais-tu nous parler des personnes qui ont influencé tes choix professionnels ? Personnels (si tu en as : mentors, inspirations…)

MG: Je suis malheureusement de nature très autonome dans mes choix de vie et ne me laisse influencer que par mes convictions. S’il y a une personne qui m’a choqué ou bousculé par son audace et qui, d’une certaine manière, a contribué à renforcer une self-confidence dont je débordais déjà de toute façon, c’est le jeune Samuel Gichuru, fondateur et CEO de Nailab au point que mon entreprise qui devrait s’appeler Kmu.C (Kick Me Up Consulting) est finalement devenue Bailab; l’influence crève les yeux, certes, mais je l’avais mon idée bien avant de rencontrer Sam. Il en est de même du style vestimentaire lorsque j’ai décidé de troquer mes costumes cravate de banquier au profit de t-shirt, jeans et baskets, et en guise de veste une simple hoodie. Tout cela fait un peu “techie” mais ça a le mérite d’être pratique et économique.

Au-delà, celui que je peux considérer comme un mentor de qui j’apprends beaucoup, avec qui je passe beaucoup de temps à discuter, à chercher des solutions innovantes, à imaginer la République centrafricaine telle que personne ne l’a jamais fait, la personne avec qui je peux s’asseoir de midi à minuit, rien que pour échanger notre vision entrepreneuriale, c’est M. Jean-Félix Ouanfio, fondateur et CEO de l’entreprise la Centrafricaine de Partenaires en Construction – Hotel Azimut. Notre proximité fait en sorte ses choix entrepreneuriaux me servent de “case studies” et me permettent de tirer des conséquences pour mes propres choix.

 

Mahamat BABA: Des conseils à donner à un entrepreneur en herbe ou jeune aspirant se lancer ?

MG: Le conseil que je donne toujours aux jeunes aspirants entrepreneurs qui viennent vers moi, c’est de ne pas attendre d’avoir des millions ou des milliards pour commencer. La richesse est dans l’idée pas dans le capital. S’il est impératif de partir d’une “big picture” claire, il faut absolument commencer très petit et ensuite passer à l’échelle une fois qu’on est sûr d’avoir un business modèle extraordinairement rentable avec à la clé une preuve suffisante de clients capables de payer le produit ou le service.

7- As-tu quelque chose à ajouter ? Ou bien, souhaites-tu parler des sujets non évoqués dans les questions précédentes?

MG: L’entrepreneuriat et l’esprit d’entreprise constituent l’un des piliers du développement économique et social car il contribue à la satisfaction des besoins de la population et à la création de richesse et de l’emploi.

Beaucoup de porteurs d’idées innovantes ne savent pas comment s’y prendre pour bâtir une entreprise à succès. Certains se lancent et de nombreux échouent.

Bailab compte organiser dans le future des bootcamps destinés aux porteurs de projet afin d’aiguiser leur esprit d’entreprise et leurs compétences entrepreneuriales, les aider à retravailler et améliorer l’adéquation produit-marché de leur offre et leur donner l’opportunité de pitcher leur projet à des investisseurs.

Bailab voudra également offrir un espace de coworking pour héberger les startups prometteurs et une assistance technique et managériale pour les accompagner jusqu’au passage à l’échelle de leur projet.

Pour mener cette activité, il faudra développer d’une manière ou d’une autre un partenariat public-privé et mobiliser tous les acteurs notamment les partenaires au développement qui malheureusement ne sont attiré que par des solutions de saupoudrage. Je reste convaincu que mon effort à titre privé portera du fruit et drainera les autres se joindre dans ce combat.

Lien utiles

-Vidéo de présentation du projet “bailab”

-Comment est venu l’idée de créer Bailab

-Page twitter de Bailab

-Page facebook  @BeafricaInnovation

 

Remarque: Cette interview a été publiée pour la première fois sur le site entreprendrelafrique.com

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eyesango
Citoyen du monde. Originaire de la Centrafrique, travaillant à Douala, diplômé en informatique activiste des Droits humains, leader d'opinion, voyager et échanger est ma passion...

2 réflexions au sujet de « A la rencontre de Marius Gnalis, jeune entrepreneur centrafricain ferru d’innovation »

  1. Brandhot Ludovic Estimé dit :

    C’est bien ce type de découverte nous sommes en quête d’un exemplaire type pour pouvoir enfin tirer de conseils expérience pourquoi pas appui bref est ce qu’il est disponible pour soutenir ou orienter certains qui sont dans l’impasse de commencer ou de réaliser une idée?A mon cher Mahamat BaBa du courage.

    • Tout à fait. J’ai apprécié le franc-parlé de Marius et surtout son sens de leadership. J’ai été personnellement émerveillé par son parcours et je suis sur et certain qu’il est disposé à partager avec les autres jeunes de son pays et de l’Afrique. Merci pour ce témoignage.

      Baba

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