Centrafrique : sommes-nous obligés de passer par un autre dialogue national inclusif ?

Quelques semaines après son annonce dans le communiqué final de la réunion extraordinaire de la CEEAC (Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale) , sur la crise centrafricaine tenue le 21 octobre dernier et le discours du président de Transition Michel Djotodia en début de semaine donnant son accord, les avis des centrafricains restent divisés sur le projet de Dialogue National Inclusif qui a également eu le soutien du GIC (Groupe Internationale de Contact sur la RCA) lors de sa 3e réunion tenue à Bangui le 8 novembre dernier. Les centrafricains se rappellent encore du nombre incalculable de dialogue, accords, concertations et autres regroupements qui se sont toujours soldés par un échec cuisant.

Dialogue politique Inclusif en 2008 en RCA - Photo(Crédit: sangonet.com)

Dialogue politique Inclusif en 2008 en RCA – Photo(Crédit: sangonet.com)

Même si un adage dit « La main qui donne est toujours au dessus de celle qui reçoit », les centrafricains ne sont pas prêts à se lancer dans un autre dialogue demandé par la CEEAC. Le dernier en date s’appelle les accords de Libreville signés en janvier 2013 entre d’une part le pouvoir en place dirigé par François Bozize alors président de la République et d’autre part la Seleka, une coalition de rebellions dirigée par Michel Djotodia, l’opposition démocratique, les mouvements politico-armés, les représentants religieux  et de la société civile. Même si beaucoup d’observateurs continuent à croire à ces accords dits de Libreville, le centrafricains et les observateurs de la scène politique centrafricaine ne se voilent pas la face : ces accords sont caduques depuis le renversement du président François Bozize. Il n’est pas important de revenir sur les responsabilités étant donné que nous en avons largement parlé dans nos précédents articles mais le constant reste le même, le dialogue n’a jamais été le fort des Centrafricains.

 

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce scepticisme chez les centrafricains à revivre encore un dialogue de plus. Le mal centrafricain n’a jamais été ébranlé, malgré les concertations qui ont commencé depuis les années 90. Le vulgaire citoyen se dit que ces assises sont surtout des moments qui profitent à une classe, laquelle ne représente pas forcement les aspirations du peuple car sa situation n’est jamais prise en compte. Depuis plus de 30 ans, la République centrafricaine est dirigée par les mêmes hommes, ces mêmes aussi qui sont aussi des acteurs des dialogues.

 

Du régime du feu Président André Kolingba à celui du feu  Ange Félix  Patassé en passant par celui du Général François Bozize, les mêmes personnes qui ont verrouillé le système sont toujours à la commande. L’avènement de la Seleka qui avait d’abord été salué par certains compatriotes et surtout la diaspora dont certains membres ont été contraints à l’exil pour éviter une fin malheureuse n’a pas fait l’exception à la règle, au contraire les dégâts parlent d’eux-mêmes. Les même personnes reviennent comme des grenouilles qui coassent dans les marres d’eau après le passage de la pluie. Le constat amer du centrafricain est sans détour : ces personnes peu importe leur affiliation (partie politique, société civile, religieux, …) ne visent que leur intérêt. La preuve, après les concertations, il est toujours recommandé de former un gouvernement dont le nom varie -gouvernement de consensus, gouvernement d’union nationale- et qui permettent à de pseudo-représentants du peuple de se retrouver les pieds et la tête dans les affaires.

 

La situation que traverse la Centrafrique  ces derniers temps est grave. Cette gravité s’explique par la dégradation sans précédent de la situation sécuritaire laquelle oblige tout un peuple mis à genoux par les graves violations humaines dont l’humiliation, les exactions, les tortures, les assassinats et j’en passe font des centrafricains des animaux devant une force de la Seleka guidée par le mal. La priorité pour le centrafricain est la restauration de la sécurité sur toute l’étendue du territoire ainsi que sa dignité bafouée depuis belle lurette et ce, en restaurant de l’autorité de l’Etat qui est un mot vain il y a bien longtemps dans ce pays, à cause des intérêts mesquins des uns et des autres. On ne peut parler de dialogue lorsque, dormir ne fut-ce qu’une nuit sans être chatouiller par des tirs à l’arme lourde est un rêve que chaque centrafricain n’a pas eu l’occasion de côtoyer depuis la difficile cohabitation avec la Seleka.

 

Faire le dialogue ? Mais avec qui ? Lorsque nous savons que la crise centrafricaine a été entretenue par les hommes politiques qui ne se gênent pas à utiliser la souffrance du peuple pour assouvir leur besoin. Il ne s’agit pas de réunir cinq cent (500) ou mille (1000) personnes qui passeront leur temps à parler comme des sourd-muets car au lendemain, tous reviendront à la case du départ, ni de faire des recommandations qui accoucheront d’une souris à l’accoutumée. Les recommandations, les centrafricains en ont encore en mémoire. Ils ne sont pas prêts à écouter encore d’autres recommandations qui ne seront jamais tenues. Le peuple centrafricain éprouve de sérieux problèmes, de problèmes que les dirigeants doivent prendre à bras-le corps au lieu de passer leur temps à se morfondre comme des petits-enfants qui se disputent un morceau de gâteau.  Le pouvoir doit appartenir au peuple et c’est lui qui délègue et pas aux pseudo-politiques.

 

Les nombreuses violations des droits humains ne doivent pas restés impunies. Hors, que constatons-nous ? Habituellement, le dialogue national est une occasion de laver les coupables et de saper le mémoire des victimes des atrocités. A l’exemple de la République Démocratique du Congo où le M23 qui a longtemps régner en  maitre dans une importante partie du Congo a demandé l’amnistie pour ses membres en dépit des dégâts qu’ils ont causés sur la pauvre population. Que consolera les victimes et parents de victimes après tant d’humiliation? Il faut que les auteurs des crimes et de violation puissent être inculpés et jugés, la justice doit faire son travail.

 

Ce n’est pas lors de quelques jours de débats pour se voiler la face que le changement viendra. Détrompons-nous. Le changement doit être moral. Il est l’aspiration de la collectivité à rompre avec les pratiques néfastes du passé. Il est comportemental. Nous devons en tant que centrafricains prouver que nous voulons faire une scission d’avec le passé en tournant la page et en regardant le futur en face.  Ne nous leurrons pas la réalité, ce n’est pas du fait que la CEEAC et la communauté internationale nous imposent un dialogue national inclusif que nous sortirons de l’ornière. Nous devons apprendre de nos différences en les transformant en forces puis en les complétant pour rendre ces  forces collectives. La dynamique du groupe doit prôner. Il est la voie du salut centrafricain, en conséquence du développement socio-économique.

 

Le dialogue ne doit pas être imposé, il doit être éprouvé, le peuple doit le sentir, il doit l’appuyer s’il est venu de lui afin de mettre clairement ses aspirations sur la table pour son bien-être. S’il est imposé, il ne sera qu’une formalité et nous tomberons dans les mêmes erreurs. Il faut que nous apprenons des erreurs de notre passé pour jaillir de nouvelles idées pour le renouveau centrafricain.

Peace en Centrafrique

The following two tabs change content below.
eyesango
Citoyen du monde. Originaire de la Centrafrique, travaillant à Douala, diplômé en informatique activiste des Droits humains, leader d'opinion, voyager et échanger est ma passion...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.