Réponse à un frère de la diaspora

Article : Réponse à un frère de la diaspora
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19 février 2013

Réponse à un frère de la diaspora

Mon très cher alter ego François,

C’est un plaisir ineffable de te lire (comme d’habitude) et surtout de savoir que tu te portes à merveille. Il en est quasiment pareil pour nous tous ici en ce moment où le pays ne cesse de subir des turbulences et nonobstant les difficultés toujours légion que nous devons surmonter au quotidien. C’est un plaisir réel et un grand honneur pour moi de recevoir tes nouvelles, après tant d’années de silence… Je suis vraiment désolé de n’avoir pas pu te répondre plus tôt, mes activités quotidiennes notamment mes études et mes actions caritatives ont eu raison de moi, faisant de moi un « prisonnier du temps » et non «l’écrivain que tu as connu».

Merci pour les vœux que j’espère vont s’exhausser et me permettront de parfaire ma situation intellectuelle et de retrouver une certaine stabilité sociale, j’en ai vraiment besoin !

Je suis heureux de ton brillant succès qui ne nous surprend guère, te connaissant comme notre poche et moi à plus forte raison. Je suis même plus que convaincu que le futur sera encore plus glorieux pour toi. Ta détermination et ta ferme volonté à faire de tes études une priorité devront servir d’exemple à nous tous et surtout aux jeunes qui sont derrière nous et qui se cherchent encore car comme disait un de nos enseignants : « Même si le travail n’arrive pas à libérer l’Homme, il lui garanti au moins sa dignité… Et celui qui vous dit qu’on ne peut pas vous obliger à travailler, celui-là ne vous aime pas ».

En ce qui me concerne, je suis toujours tiraillé entre mon choix de vie et mon choix de rôle, bref quel sens donné à ma vie… Beaucoup par leurs propos, leurs comportements essayent de me convaincre du choix à faire, ce que je ne méprise pas d’ailleurs, mais tant les choses sont confuses en moi, il devient de plus en plus difficile d’écouter son cœur. Mon refus de voir les choses comme tout le monde le voit, de comprendre les choses comme tout le monde les comprend, de faire les choses comme tout le monde le fait, bref de ne pas trahir une éducation et des valeurs auxquelles je tiens beaucoup ne fait que compliquer la situation et tout ceci me rend très mélancolique ces derniers temps.
Ne t’en fais pas pour moi, je saurais m’en sortir ! Bien évidemment, je ne peux pas forcer les choses ni laisser quelqu’un décider à ma place (une erreur que je ne commettrai pas deux fois). Je continue toujours à croire que chacun a la liberté, je dirai même le droit de voir les choses différemment (comme il l’entend) même si cela peux conduire au martyre de soi. Alors seul le fait de considérer tout cela comme une période trouble de la vie et la sympathie de rares personnes chères (que vous êtes) me permettent d’avancer…

Merci beaucoup pour tes souhaits et surtout pour ton soutien sans faille durant cette période sombre que traverse notre cher pays. En effet, c’est dans de pareille situation que le pays a plus besoin de moi, un appel à la renaissance et nous devons être plus forts que jamais pour affronter son destin, un destin qui nous est tous commun. Nous espérons tous que le gouvernement d’Union nationale mis en place permettra de conduire le pays à une destinée plus sûre. Je suis par ailleurs très touché par toutes les pertes dont ta famille et toi avaient subis et à plus forte raison la perte d’un membre de sa famille aussi important qu’un de tes grands parents est un désastre. Je compatis à cette douleur qui t’a rongé pendant cette période de ta vie.
Toutefois, je peux te dire que quitter définitivement le pays ne résoudra non plus les problèmes auxquels le pays se trouve confronter. Mon refus de déserter ce pays comme tant de jeunes l’ont fait n’est pas sans raison finalement : un pays a besoin de ses fils. Je me rappelle de certains propos de l’ancien président français Nicolas Sarkozy dans son discours de Dakar indexant la responsabilité africaine dans les problèmes que connait l’Afrique. Pourquoi refuser de voir la vérité en face? L’histoire nous a montré qu’il y a certains hommes qui ont travaillé avec abnégation et application pour l’avenir de cette nation et il m’apparaît inadmissible à tout point de vue et contraire aux idéaux pour lesquels j’ai toujours combattu de quitter cette terre qui est mienne, là où je peux être plus utile pour un autre pays. Tu as également raison abordant le problème du salaire médiocre que nous gagnons et je loue ce confort dans lequel tu vis. Mais essayer de bâtir quelque chose de bon même au prix de sacrifice est un sacerdoce.

Bref, nous avons a priori une responsabilité envers la génération future et il arrive un moment ou tout homme, aussi intègre qu’il soit doit écrire une page de l’histoire de son pays par devoir. Même si enseigner ne rapporte pas assez chez nous, ni ne suffit de me permettre un luxe, transmettre les connaissances est un plaisir qui sied dans mon fort intérieur, un métier que j’ai choisi par vocation et non par contrainte. Toutefois il faut souligner qu’à travers cette épreuve combien douloureuse j’ai beaucoup appris sur moi-même, sur une partie de moi-même que je n’ai jamais explorée ; en fin de compte tout ce que Dieu fait est bon. Du coup, l’honneur, le mérite, le respect, le matériel tout ceci n’est que vanité et relatif. La seule chose qui compte dorénavant pour moi c’est la satisfaction de Dieu qui se trouve en moi et à tous ceux qui me sont chers : voilà le seul mobile qui me permet d’accepter de continuer à vivre malgré toutes les épines qui se trouvent sur mon chemin.

Mon plus que frère, je suis très fier de la voie que tu empruntes car il n’y a rien de plus merveilleux que de suivre son cœur et c’est exactement ce que tu es entrain de faire. Mais pense à ton pays car il a besoin de toi, pense à tout ce que tu peux faire de bien pour lui et pour la génération future. Puisse le Bon Dieu bénir tes efforts et tes aspirations les plus profondes.

Zo Kwe Zo

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