Lettre d’amour pour la Saint Valentin
Je me souviens de notre première rencontre au Lycée, en classe de troisième, comme si c’était hier. Dès le premier regard, j’ai été foudroyé par l’éclair de ta magnificence et de ta somptuosité. J’ai été ébloui par tes yeux de tigresse. Ton élégance de star de cinéma et ta démarche de reine en ont évanoui plus d’un au lycée.
Dès le premier jour, je t’ai aimée comme un chien amoureux d’un os de viande charnue et pleine de tendons. Je t’ai traquée comme un guépard chassant une biche à la tombée de la nuit. Je t’ai fait une cour aussi assidue qu’un coq annonçant le jour dans un village bantou. Tout ce que mon père me donnait comme argent de poche était viré dans ton porte-monnaie, aussi vite qu’un transfert de fonds effectué par un dictateur bantou en fin de règne.
Je te donnais déjà tout à l’époque. Pendant que tu engraissais plus vite qu’un éléphanteau, je maigrissais comme une fourmi affamée J’ai été châtié et tabassé à maintes reprises par notre professeur d’histoire qui lui aussi était amoureux de toi. L’aurais-tu oublié ? Il y avait également Monsieur Xavier, le surveillant général qui voulait faire de toi sa deuxième épouse. Ne te souviens-tu pas des supplices et des sévices subis par mes malheureuses fesses et mon pitoyable dos de la part de ce dernier ? Ce vieil ignoble, ventripotent qui avait le crâne semblable à celui d’un Cro-Magnon avait osé me dire qu’il me tuerait si jamais il me voyait encore virevolté autour de toi. Il m’avait tellement flagellé que j’avais décidé de me venger de lui. Mon ami Patrick et moi avions un soir mis sur pied un plan de contre-attaque.
Un vendredi, aux alentours de 17 heures, alors que le lycée se vidait, nous sommes passés en mode « Vengeance Aigüe ». Pendant que la plupart de nos camarades draguaient les demoiselles du lycée et que certains derrière les salles de classe s’amourachaient, j’ai alors percé les quatre pneus de sa vielle 404. Patrick, quant à lui, a rayé la peinture de sa voiture antique et a griffonné sur le pare-brise plein de poussière : « Ta mère pond les œufs de canards ! ». Une phrase qui restera dans les annales des neurones avariées de son cerveau de chien enragé. Il faut dire que Patrick ne l’aimait pas du tout car ce pédo-tortionnaire aigri l’avait surnommé injustement « sauvageon ».
Chérie, ta beauté plus que phénoménale en a fait souffrir plus d’un. Les victimes de ton charme étincelant se comptaient par dizaines. Les filles en étaient jalouses et les garçons avaient des palpitations aigües à chacun de tes déhanchements provocateurs. Gilles peut en témoigner, lui, qui était en compétition acharnée avec moi pour ravir ton cœur de fée. Ce dernier, t’ayant invitée à passer un bon moment avec lui et n’ayant pas trouvé assez d’argent pour t’acheter ton sandwich garni d’omelette à la sardine pimentée, a tout simplement essayé de soutirer deux mille francs dans le sac de sa voisine de banc. Pris la main de le sac, il avait été conduit chez le censeur et ensuite transféré pour amôchage distingué et correction hautement disciplinaire chez Monsieur Mouthe (alias El Diablo Gestapo). Rappelle-toi, qu’après avoir été libéré par El Diablo, une cinquantaine de mouches se baladait derrière le pantalon de Gilles rempli de défécation…
Il lui avait également été demande de recopier mille fois une phrase qui nous avait tous fait marrer à l’époque : « Moi, Gilles Mballa, je ne volerai plus jamais l’argent de ma voisine de banc ».
- Valentin Rouge Coeur Symbole Femme Saint-Valentin (Image du Domaine Public, CC0)
Alors, dis-moi ce que je vais devenir sans ta voix ensorcelante et ta bouche pulpeuse aux lèvres aussi sucrées qu’un miel sorti tout droit d’une ruche inviolée ? Comment vivrais-je sans tes seins proéminents et ahus si juteux que les grosses mandarines que tu as l’habitude de rapporter à ton petit-frère Junior. Que dire de ce ventre aux ondulations sacrées et créé spécialement pour moi ?
Que vais-je devenir sans ces cuisses pleines, charnues, aussi belles et appétissantes que des gigots de mouton savamment rôtis ? J’ai des appétences incontrôlées et qui ne peuvent être calmées que par la présence de ta douce chaleur.
En ce jour solennel qui est un événement exceptionnel pour chaque homme de réaffirmer ses sentiments pour la femme qu’il aime, je te dédie cette lettre d’amour qui relate nos débuts, des débuts mélancoliques mais avec une fin heureuse qui nous a unis pour l’éternité. Que ce moment de bonheur que nous avons passé ensemble ne se tarisse point tel le fleuve de l’Oubangui.
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