Oublier la logique et voyager avec les trafiques en RCA
Les voyageurs de Centrafrique vont sans doute le confirmer. Voyager à l’intérieur de la RCA (République Centrafricaine) avec les trafics est un casse-tête sans nom. Aux nombreuses difficultés rencontrées ainsi que de diverses tracasseries routières, s’ajoutent les conditions lamentables que doivent accepter les passagers qui sont souvent obligés de se serrer comme des « chinchards » , poissons congelés en provenance de Douala dans des conteneurs. La vétusté de la route est l’une des causes sans oublier l’augmentation constante du prix du carburant – par exemple, en une année, les carburants ont augmenté deux fois – laissant le voyageur centrafricain à son triste sors.
Pour remédier au problème de transport, la SONATU (SOciété NAtionale de Transport Urbain) a été créée grâce à un don du gouvernement indien d’une centaine de bus en 2011 à la Centrafrique. Ces bus, après leur mise en activité commerciale, sont confrontés à d’énormes difficultés : de la gestion commerciale à la confiscation des bus par certaines autorités, qui leur permettent de satisfaire leurs besoins personnels, et surtout l’état des routes impraticables de la capitale qui envoie tous ces bus au garage, les pratiques maffieuses des mécaniciens qui n’hésitent pas à voler et vendre les pièces de rechange… Ils n’ont finalement pas eu la longévité qu’espérait la population.
Une dizaine desservait l’arrière-pays, notamment les grandes villes telles que Bossembélé, Bossangoa, Boali, Bambari, Bria, Gara Boulai, pour ne citer que celles-ci.
Puisque la capacité n’est pas suffisante vu le nombre des voyageurs, d’autres véhicules desservent les provinces afin de permettre le déplacement des intéressés et non sans mettre leur vie en danger, en contre partie d’un prix dérisoire sur certaines axes. Il s’agit le plus souvent de petites voitures et d’autres pick-ups obligés de surcharger marchandises et passagers pour s’en sortir avec le prix du carburant.
Mais au lieu de parler, il vaut mieux vivre soi-même les faits car « L’expérience est le meilleur enseignant » disait un vieux proverbe. De retour d’une mission à Mbaïki, une ville située au Sud de la Centrafrique à une centaine de kilomètres de Bangui, la Capitale Centrafricaine, nous étions obligés – car il n’y avait pas d’autres occasions après avoir tant attendu – de monter à bord d’un véhicule de marque Peugeot qui transportait les commerçants ainsi que quelques autres passagers. Le pire a été sans doute de grimper sur plus de 4 mètres de hauteur, pour avoir une « place » pour s’asseoir, ce qui ne se faisait pas sans difficultés. Alors, nous avons pris chacun une portion de place et les trois dans le véhicule, le chauffeur qui avait son pied sur le frein n’attendait que le signe de son apprenti pour continuer son voyage. Il était 16 heures 30, heures de Bangui, une heure de moins au Temps Universel. Et il nous restait environ 25 kilomètres pour arriver à destination. Dans les conditions normales, quoique le tronçon Bangui-Mbaïki est dans un état de décrépitude avancée, 25 à 40 minutes auraient suffi pour arriver à Bangui.
Tous les cinq ou sept kilomètres, le véhicule s’arrêtait pour prendre d’autres marchandises et passagers. La cabine réservée pour accepter deux personnes comporte dans ces circonstances quatre à cinq personnes. Même la place du chauffeur est occupée et par celui-ci et surchargée par un autre passager faisant en total « deux chauffeurs » pour un véhicule. Un voyageur commençait à fustiger les propriétaires du véhicule pour avoir exagéré et mis en danger la vie des passagers. Une quinquagénaire commerçante ripostait en expliquant qu’elle avait toujours voyagé dans ces conditions et que c’est Dieu qui détient le destin, il peut l’ôter comme bon lui semble mais pas nécessairement dans ces conditions. Même si ces raisonnements nous laissaient perplexes, il vaut mieux les écouter pour se réconforter. Le chauffeur qui, décidément, se trouvait être également le receveur, chargé de percevoir l’argent des clients, s’arrêtait et continuait de donner l’ordre à ses apprentis de charger d’autres marchandises. Peu importe même si on dépassait cinq mètres de hauteur, pourvu que chacun ait la possibilité de grimper et de s’asseoir. L’inconfort est indiscutable mais pas question de descendre car c’était une occasion en or pour rentrer à Bangui, se disaient intérieurement tous les passagers. Dans la cabine se trouvait un bébé qui pleurait, sa maman était assise avec nous sur le véhicule. Le chauffeur demeurait insensible à ces pleurs et continuait à accélérer malgré les supplices de la maman. A gauche, une moto passait à une allure extrême avec une commerçante appelée communément « ouali ngara ». C’était une femme d’une quarantaine qui était assise sur ses sacs de manioc comme la « co-pilote ». Dans la stupéfaction totale de tous, ces deux passagers ont continué leur bonhomme de chemin sans être inquiétés. Et puis comme d’habitude, ce n’est pas la première fois que les gens voyagent dans ces conditions.
Les 40 kilomètres pour arriver à Bangui nous ont pris plus de 3 heures. Et oui, c’est ainsi que ça se passe avec les trafiques en Centrafrique ! A l’arrivée au PK 9 vers 18 heures, tous les passagers étaient dans un état de fatigue avancé. Nous étions arrivés à Bangui tout essoufflés, mais le plus important était d’arriver… Le reste n’est que détails à oublier très rapidement.
Le développement de certains pays se base sur le secteur du transport, mais ce n’est le cas pour la Centrafrique. Le transport terrestre dans ce pays se trouve parmi les premières causes de mortalité. Dans une telle impasse, le gouvernement et le ministère du transport doivent réfléchir à des solutions durables afin de palier à ces problèmes qui n’ont fait que trop durer.

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