Centrafrique : Djotodia a démissionné, la population est en liesse et après ?

La décision de Ndjamena est tombée en milieu de la journée ce vendredi 10 janvier 2014 à l’issue de la deuxième journée du sommet extraordinaire des pays de la CEEAC (Communauté économique des Etats d’Afrique centrale). La démission du président de la Transition et de son premier ministre a toutefois surpris même si elle circulait depuis plusieurs jours. Certains observateurs de la scène politique centrafricaine redoutaient le pire scénario : un compromis de la CEEAC afin de laisser le chef de l’exécutif centrafricain finir la transition. Finalement, le peuple centrafricain a eu ce qu’il voulait.

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Centrafrique : après la mise en place du GUN, quelles sont les priorités ?

Un vieil adage dit : « On juge un maçon au pied du mur ». Après la nomination du Premier Ministre de Transition, Maître Nicolas TIANGAY le 17 janvier dernier et mise en place du Gouvernement d’Union Nationale le 03 février 2013, une des exigences des accords de paix signés à Libreville au Gabon, au lendemain de l’avancée de la coalition rebelle SELEKA, les nouveaux locateurs des départements ministériels au nombre d’une trentaine doivent se mettre résolument au travail. Après le rejet de la liste gouvernementale par la SELEKA et certains partis d’opposition, la SELEKA avait décidé de réintégrer la nouvelle équipe le mercredi 06 février, laquelle équipe doit mener le bateau centrafricain au bon port.

De l’instauration de l’intégrité territoriale à travers le désarmement et le cantonnement des rebelles de la SELEKA et de la réorganisation de l’armée nationale et la poursuite du processus du Désarmement, de la Démobilisation et de la Réinsertion (DDR) et de la Réforme du Secteur de Sécurité (RSS), à la relance du tissu économique à travers des réformes économiques et sociales en passant par l’organisation des élections législatives anticipées en début 2014, l’organisation de l’administration territoriale, le renforcement du système judiciaire, la feuille de route du GUN que dirige le défenseur des droits de l’homme est consistante, surtout pour un gouvernement d’une si courte longévité (12 mois avec possibilité d’être renouvelé). Même si certains Centrafricains sont pessimistes quant aux objectifs que s’est fixée cette équipe, le devoir citoyen nous amène tous à l’optimisme car atteindre ces objectifs nous permettra de sortir de cette impasse. A vrai dire, tous les points précités sont prioritaires et les responsables doivent s’efforcer de les prendre à bras le corps sans perdre de temps. Le GUN se doit de relever ce défi et prendre à bras, le corps cette lourde responsabilité pour écrire un chapitre très important de l’histoire du peuple centrafricain.

Sur le plan sécuritaire, la démobilisation des rebelles de la SELEKA doit être l’un des points épineux à débattre vu qu’elle demande une mobilisation financière et technique énorme. Faut-il les insérer dans le processus du DDR? Ou bien intégrer une partie dans l’armée ? Que faire des combattants venus des pays voisins ? Ce sont autant de questions qui méritent d’être épluchées. Autre fait, les événements de décembre dernier ont montré clairement la faiblesse des Forces Armées Centrafricaines (FACA). Une raison de plus pour mettre de l’ordre dans les troupes. Réorganiser l’armée signifie mettre en place une armée nationale digne de ce nom, la formée, l’équipée et la rendre disciplinaire, un rêve qui est loin d’être une réalité vu la segmentation qui existe dans l’armée. La porosité des frontières de la RCA, la traque de Joseph Koni de la LRA et les coupeurs de route seront autant de dossiers à traiter et qui attendent des réponses adéquates. La restructuration des forces de défense et de sécurité figureront en bonne place dans le plan d’action de ce gouvernement d’union nationale. Ainsi, l’instauration de l’intégrité dépendra de la résolution des problèmes susmentionnés.

En ce qui concerne le tissu socio-économique, il est plus que nécessaire de mettre en place des solutions adéquates afin de favoriser les activités économiques et inciter les investisseurs à venir en Centrafrique. Un fait qui reste délicat du fait que les affaires ne peuvent que se faire dans un pays stable. De ce fait, les taches des ministères de la Coopération Internationale et du commerce ne sont pas non les moindres. Le DSRP (Document de stratégie de la Réduction de la Pauvreté) doit être toujours en chantier au Ministère de la coopération internationale et les autres ministères concernés afin de ne pas être à la marge quant à l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement (en 2015). Même si le miracle n’est pas envisageable par le secteur de l’économie et de la finance, Toutefois la poursuite des réformes engagées dans ce secteur et un éventuel réaménagement pourront optimiser les rendements de l’économie centrafricaine exsangue et pourront aussi avoir une incidence positive sur le quotidien du centrafricain. Le secteur social doit également être pris en compte tenu de la dégradation des conditions de vie de la population avec un fort taux de pauvreté, de la malnutrition, de décès et d’analphabétisme.

Autre point important est, à priori l’organisation du scrutin législatif anticipé qui doit être un cheval de batail du ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation. Cette échéance électorale permettra de consolider le parlement que beaucoup de personnes reprochent d’être monocolore. La mise en place de l’organe en charge des élections ou l’Agence Nationale des Elections (ANE), organe indépendant qui a vu le jour il y a plusieurs mois déjà permettra d’accélérer ce processus. Mais il faudra savoir que la tenue de ces scrutins, gage de stabilité politique dépendra entièrement de la résolution des problèmes liés à la sécurité et à l’intégrité territoriale : on ne peut qu’organiser des élections crédibles et fiables dans un pays où l’Etat assure la sécurité dans toutes les parties du territoire, un véritable challenge de la SELEKA qui a réclamé la paternité du département de la défense. Ce dernier-SELEKA- a le droit de résultat.

En dehors de ces aspects, un point particulier doit être mis sur la lutte contre la pauvreté qui a atteint son seuil ces derniers temps dans certaines régions. La prise en compte de la, situation humanitaire notamment des refugiés qui se trouvent dans les zones occupées est un aspect très importants à avoir en tête. La mise en place d’une commission indépendante d’enquête permettra d’enquêter dans les zones occupées sur les assassinats perpétrés, les cas de torture recensés et que les responsables des crimes et forfaits commis soient punis et servir d’exemple.

Cependant, sans le soutien de la Communauté internationale notamment l’ONU, l’UA, l’UE, la CEEAC, la CEMAC et les autres partenaires de la RCA, ces objectifs ne seront qu’utopiques, ce qu’à rappelé le Secrétaire général des Nations Unis.