Je suis centrafricain, la haine est mon principal ennemi

Les derniers événements qui ont commencé début décembre en Centrafrique avec des attaques perpétrées aussi bien par les éléments de la Seleka que par les éléments de la milice anti-balaka ont mis de l’huile sur le feu. A l’origine, l’attaque contre les positions de la Seleka principalement à Bangui puis dans les provinces a fait exploser une situation déjà très volatile. Mais quelle est la cause réelle de l’explosion de la situation qui était pour autant jugée stable?

Malgré l’intervention des forces africaines de la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique) et de la force française Sangaris, le pays est loin de trouver la quiétude qui était la sienne. Mais si les exactions de la Seleka ont été en grande partie les causes immédiates de cette confrontation à connotation religieuse, la haine n’est-elle pas une cause lointaine de ce conflit dont la fin n’est pas pour bientôt? Les faits sont là. Ils parlent d’eux-mêmes : des véhicules brûlés, des habitations pillées, des lieux de cultes (églises et mosquées) dépouillés et mis à sac, … et de la chair humaine mangée par un être humain, jamais je ne pouvais imaginer qu’on en arrive à une telle situation.

Crise centrafricaine : le silence complice de la communauté musulmane

Il y a plus de trois mois déjà que le pouvoir de Bangui a changé de chef. Le nouvel homme fort de Bangui, Michel Djotodia de père musulman et de mère chrétienne comme il l’a dit à maintes reprises dans ses interventions ne parvient toujours pas à maitriser la situation. Sa rébellion Seleka qui l’a amené au pouvoir, constituée majoritairement de musulmans et de mercenaires Soudanais et Tchadiens constitue la cause principale de l’insécurité dans toutes les régions qu’elle contrôle. Les chefs de la Seleka ne parviennent plus -ou ne veulent plus- à contenir leurs hommes qui sont assimilés aux bandits de grands chemins. Des voix se sont levées pour dénoncer cet état des choses qui discréditent purement et simplement la Seleka mettant en doute les véritables raisons de la prise du pouvoir. L’insécurité a atteint un niveau record et les centrafricains commencent à regretter ce changement d’un peuple agonissant. Mais, qu’en est-il de la communauté musulmane, quel rôle doit-elle jouer pour faire ramener à la raison ces bandits que leurs leaders appellent des « incontrôlés », pourquoi ce mutisme des musulmans malgré la souffrance subie par leurs frères ?

Des musulmans centrafricains à Bangui(Photo crédit: Centrafrique-presse)

Des musulmans centrafricains à Bangui(Photo crédit: Centrafrique-presse)

L’envoi de certains chefs rebelles en arrière pays, une mauvaise idée

Depuis le début de la crise, la population centrafricaine s’est contentée de subir toutes les atrocités commises par la Seleka et autres groupes affiliés. La prise de pouvoir qui avait pour but écourter voire d’arrêter la souffrance quotidienne que subie les centrafricains à l’exemple de l’insécurité grandissante à l’époque où François Bozize était aux reines du pouvoir s’est transformé en véritable chaos. Le peuple centrafricain agonissant a été précipitée au coma. Malgré la résistance de quelques groupes de quartiers, une violence sans précédant s’est installée dans toutes les seize(16) préfectures de la Centrafrique. Des chefs rebelles dans la plus part des musulmans ont été envoyés dans les grandes villes par le ministre d’Etat à la Sécurité publique afin de sécuriser. Une mission qui, si souvent se transforme en actes de pillage, de vandalisme, d’exécutions sommaires, … Ces chefs rebelles devront plutôt être remplacés par les FACA mais, ce, après le désarmement des éléments de la Seleka.

 Ces Seleka musulmans qui échappent à toute autorité de leurs chefs

Des voix se sont levées pour condamner ces actes barbares qui n’honorent pas les centrafricains épris de paix et de quiétude qui se voient enfoncés davantage dans un trou déjà extrêmement béant. Parmi ces voix, se trouve la communauté épistolaire à travers les prêtres des églises catholiques qui ont payé la lourde tribu. Le mutisme de l’opposition politique n’est plus à en parler. Cependant, la communauté musulmane a été pointée de doigt pour son rôle dans cette descente aux enfers. Cette dernière est indexée pour son rôle de facilitateur de la situation actuelle à cause de son appui à la dégradation de la situation et son mutisme. Pas de déclarations sincères et sévères condamnant les actes de barbarie perpétrés par les Seleka. En plus de ces étrangers musulmans venus des pays voisins notamment le Tchad et le Souda, il y a ces jeunes musulmans qui se sont faits enrôlés et qui échappent complément au contrôle de leurs chefs hiérarchiques ou leur recruteur. On constate parfois toute une famille qui s’est enrôlée et qui ne fait que sa loi dans sa zone de juridiction. Ces braquages qui se font compter par milliers sont très fréquemment le fait de ces Seleka musulmans, témoignent les victimes, parlant que l’arabe.

Le silence inexplicable des chefs religieux islamiques

Mais en tant que chefs de la communauté musulmane, quel est le rôle que doivent jouer ces personnes qui sont très écoutés à cause de leur pouvoir religieux ? Pourquoi ne pas dénoncer ouvertement et publiquement cette tragédie qui est loin de finir ? Ces chefs religieux ont-ils peur des représailles ?  Ce qui est sûr, dans mon quartier, personnes ne s’occupe de cette situation au contraire, on y voit que des complices, ces musulmans sympathisants qui passent le claire de leur temps à encourager les éléments dans leur sale besogne. J’ai été surpris quand lors d’une prière le vendredi, je m’attendais à ce que les conseils soient prodigués aux fidèles pour leur implication aux actes contraires à l’éthique de l’Islam. Tout s’est passé comme si on vit dans une situation normale.

Des actes souvent causés par les éléments de la Seleka avec des complices musulmans

Au Kilomètre 5 par exemple, malheur a quiconque veut avoir de problème à un musulman. Il payera le prix par les menaces pour le chanceux,  la torture ou une exécution pure et simple. Au quartier Combattant, à la sortie de l’aéroport Bangui M’poko, un jeune mécanicien avait été égorgé simplement à cause de 5 000 FCFA. Ces bourreaux, des éléments de Seleka l’ont passé à tabac avant de l’emporter pour une destination inconnue. Ses parents recevront un appel de ses ravisseurs à la tombée de la nuit, leur demandant  de payer une rançon de 10 000 FCFA, le double de leur dû pour éviter qu’il soit tué. Il sera malheureusement retrouvé à la morgue de l’hôpital communautaire le lendemain. La conséquence de ces actes est sans équivoque : une haine sans merci entre les centrafricains à obédience musulmane et les autres communautés qui jusqu’à là vivaient en parfaite harmonie. Un contingent des éléments de la Seleka accompagnés des Mbarara, ces peules qui traversent la frontière centrafricain-tchadienne pour liquider leur bataille ont pris d’assaut une localité vers Batangafo, une ville situé au nord de la RCA. Ils ont tiré à bout portant et les victimes se sont compter par milliers encore.

Malgré tout ce que la population a subi, la communauté musulmane ne s’est jamais gêné de s’organiser sur le plan humanitaire pour venir en aide aux victimes. Pas un sous, ni du matériel pour venir aux secours de ces centrafricains qui sont obligés de se cacher dans la brousse afin d’être épargné. On le voit bien, la communauté chrétienne notamment à travers Caritas et les autres ONG s’organisent pour apporter des vivres, des matériels de survie, des médicaments et autres quittes aux nombreuses victimes. Qu’attendons-nous ? Est-ce le moyen qui manque ?

L’Islam est une religion de tolérance et de pardon, pas de barbarie 

A travers des discussions que j’ai eu avec quelques autres compatriotes musulmans comme moi, j’ai essayé de les faire comprendre que tous ces actes nous amèneront sans aucun doute à des conséquences néfastes dont j’ignore pour l’instant l’étendu.  Mes raisonnement s se basent sur le fait que la religion musulmane est tolérante et même si, d’aucuns disent que les musulmans ont soufferts dans les précédents régimes, ce n’est pas une raison pour autant de faire subir l’invivable à son peule, ses frères. Il n’est nullement dit dans l’islam qu’il faut tuer son prochain, ni le faire subir des actes de barbarie. Les chefs religieux doivent s’approprier ces chapitres du Coran et les inculquer aux fidèles. Il faut qu’ils disent que ces responsables des actes horribles ne sont pas de véritables musulmans car un musulman digne de ce nom, croyant et pratiquant ne devrait pas s’adonner à de telles pratiques, contraires à l’esprit même de l’Islam.

Pèlerinage à la Mecque en retard pour les musulmans de Centrafrique !

C’est confirmé ! A la veille de l’Aïde el-kebir ou la fête de Tabaski, les pèlerins centrafricains au nombre de 662 ont pu quitter l’aéroport International Bangui M’Poko pour le pèlerinage à la Mecque, ville Sainte et  n’auront pas la chance de vraiment profiter du sol saoudien que les autres.  Selon des informations émanant de certains d’entre eux et le  Comité National du pèlerinage à la Mecque, organe chargé d’organiser le voyage et le séjour de ces croyants, la compagnie saoudienne Djeddah Eagle Aviation était retenue pour le déplacement de ces personnes malheureusement, l’avion a pu atterrir et la dernière vague va quitter Bangui pour Djeddah depuis  hier 15h GMTà l’aéroport International Bangui M’Poko jusqu’à lors. Pourtant pour un aller-retour Bangui-Djeddah- Djeddah- Bangui, chaque pèlerin avait déboursé 1.700.000 frs CFA (environ 2590 euros) en plus des frais d’hébergement et de nourritures et autres frais liés à ce voyage religieux. L’aéroport de Djeddah avait été fermé au trafic par les autorités saoudiennes depuis vendredi dernier justement pour les besoins du pèlerinage aux Lieux-Saints de l’Islam. Ces voyageurs ont attendu depuis plusieurs jours.

Deux vols avaient étaient programmés malheureusement, l’avion n’a pas fait signe. Les pèlerins et leurs parents accompagnateurs découragés n’ont pas trouvés d’autres solutions que de quitter l’aéroport Bangui – M’Poko et d’occuper le siège du Comité National du pèlerinage en guise de protestation. Ne savant pas à quel saint se vouer, ces adeptes ne font qu’égrainer leurs chapelets à la longueur de la journée. Chaque année, l’organisation du pèlerinage pour les musulmans Centrafricains est une affaire juteuse que bons nombres de gens de tout azimut en profitent (dignitaires, responsables étatiques, hommes d’affaires,…). Du détournement d’argents de certains pèlerins au retard des vols d’avions, la liste des problèmes est assez longue. Cependant, cette année c’est du fiasco total.

Historiquement, le pèlerinage, l’un des cinq piliers de l’Islam autorise tout musulman à l’accomplir une fois dans sa vie s’il en a les moyens, est le plus grand rassemblement humain au monde concernant les musulmans.

Dans la plupart des pays africains, l’organisation du pèlerinage est une affaire qui implique souvent les responsables administratives, ce qui permet la transparence et l’efficacité des opérations. Cependant en RCA, il y a encore beaucoup à faire pour espérer la participation des responsables publics.

A ces nombreux problèmes que rencontrent les pèlerins et musulmans Centrafricains tous les ans, il faut ajouter le prix exorbitant des moutons qui varie entre 45 000 à 250 000 FCFA (environ 67 à 381 euros). Le prix du sucre et de l’huile a augmenté ces derniers temps et les problèmes d’argents ne facilitent non plus la célébration de cette fête des moutons. Nous avons interrogé une femme musulmane Adjé Ousmane sur cette cherté d’aliments et de viande, elle se lamentait en affirmant que les gens confondent les fêtes religieuses à des projets qui ont des financements à l’avance. Elle déplore l’indifférence total des vendeurs qui vont jusqu’à boucher leurs oreilles aux supplices des pauvres.

En entendant que la lumière soit faite sur ce retard, les pèlerins centrafricains auront la chance de fouler le sol de la Ville Sainte.