Centrafrique : que s’est-il passé à Bossemptele le 18 janvier 2014?

Le vendredi 25 avril, je devrais aller rencontrer un prêtre togolais qui venait de Bossomptele, une ville située à un peu plus de 250 Kilomètres de Bangui, la capitale centrafricaine. Sous un soleil aplomb, vers 15h, je savais que l’essentiel de nos conversions devrait tourner autour de ce qui se passe en Centrafrique mais je ne m’attendais pas à un récit aussi cruel. Il était à Douala pour ramener un container appartenant à l’unique hôpital opérationnel dans la ville de Bossomptele d’un peu plus de 11 000 personnes. Il s’agit de l’hôpital Jean Paul II opérationnel depuis 2011. Ce billet retrace notre conversation qu’il a bien voulu que je publie.

Le Père Bernard fait parti d’une communauté pour laquelle j’ai eu à intervenir comme consultant à un moment donné. Ce lien qui nous unit depuis 2010 a continué, même après voyage au Cameroun pour mes études universitaires. Sa visite à Douala pour ramener un container appartenant à l’hôpital dont il est le directeur, a été une occasion pour moi de m’enquérir de la situation de la ville de Bossemptele.  Mais grande a été ma surprise en écoutant ses témoignages. Il avait commencé par m’expliquer les difficiles médiations qui avaient lieu, avec aussi bien les responsables des Antibalaka (milice armée souvent de machettes mais aussi des armes qui règnent en maitre dans certaines villes dont Bangui avec cruauté) que ceux de la Seleka(coalition rebelle dont le chef Michel Djotodjia a pris le pouvoir en mars 2013, se caractérisant par des exactions sans précédente, des meurtres, des cas de viols, …). Mais ces médiations ont accouché de la souris. Les deux antagonistes n’entendaient pas en rester là. Chaque côté restait figé sur sa position.

La violence s’est imposée aux deux camps. Le dialogue a été rompu. Les différentes personnalités religieuses de cette petite métropole comme le père Bernard, un pasteur (qui, malheureusement a été tué, après avoir reçu une balle suite à une altercation entre la Misca de passage à Bossomptele et les caciques des antibalaka) et un imam, qui avec la complexité de la situation assuraient la médiation avaient ressenti ce manque de volonté des antagonistes  refusant de revenir à de bons sentiments afin d’épargner à la population civile une violence inutile. La Misca, alerté par les religieux sur une possible et imminente confrontation entre les deux camps n’a pas répondu favorablement à l’appel au cri de cœur lancé par ces représentants religieux. Cause : manque de logistique et d’effectifs.

Le 18 janvier 2014, tôt le matin, un chef des rebelles Seleka venu de Bangui, lourdement armé avec des renforts a donné l’ordre d’attaquer  les positions des Antibalaka se trouvant sur l’axe Bossemptele- Bozoum. La riposte a commencé de l’autre côté et la confrontation qui jusqu’à là, pouvait être évitée devient inévitable. Ce jour était triste pour cette  petite conglomération où s’entassent environ 11 000 personnes en symbiose. La division s’est installée et les victimes se font compter par dizaines. Rien que le 18 janvier, selon Père Bernard qui a pu avec sa communauté et quelques personnes de bonne volonté travaillant à la-croix-rouge, ramasser plus de 80 corps sans vie, essentiellement des musulmans peuls selon le prélat. Mais, le bilan était bien plus lourd car certains quartiers restés inaccessibles à cause de la violence, comptaient aussi des victimes. Les éléments de la Seleka ont dû quitter cette ville en regagnant des villes telles que Batangafo, Sibut ou Kaga Bandoro plus au Nord. Mais les quelques rares autochtones musulmans qui étaient encore restés à Bossemptélé, certainement des malchanceux n’ayant pas véritablement de liens avec la Seleka sont piégés et ont trouvé comme seule refuge les locaux des religieux de la communauté carmélite de Bossomptele.

Ils étaient un millier selon le prêtre. Des blessés, il y en eu et ils étaient transportés dans les poussettes pour des soins à l’hôpital Jean Paul II. Des check points sont installés à chaque ruelle par élements des antibalaka et les franchir était presqu’une mission impossible. Mais secourir ces personnes était une nécessité. Parfois, les blessés étaient enveloppés dans des draps pour donner impression à des morts. Fait paradoxal mais ayant retiré l’attention du Père Bernard, un des chefs antibalaka  de Baossomptele est le fils d’un imam de la ville. Cette progéniture qui n’a fait qu’attirer déshonneur et désolation au sein de la famille toute sa vie a quand même épargnait la destruction des biens familiaux. Mais malgré le mal qu’on disait de lui, il avait parfois imposer son veto dans les check points pour laisser passer les blessés musulmans menacés d’exécution par les radicaux antibalaka.

Dans une ville où l’Etat a disparu bien avant même ce triste événement du 18 janvier, les prêtres carmes de Bossemptele se sont  constitués en négociateurs, un travail bien difficile en ces temps, souvent au prix de leur vie comme nous l’a confié Père Bernard « Par deux reprises, j’ai failli être tué. Mais Dieu était avec moi. La première fois, quand j’étais allé pour rencontrer un groupe antibalaka sur l’axe Bozoum à une quarantaine de kilomètre, j’ai été pris à parti par les radicaux qui voulaient s’en prendre à moi. Ils étaient catégoriques, ils ne voulaient pas de dialogue avec les Selekas. Il a fallu que je les amené sur un autre terrain, celui humanitaire en les demandant s’ils ne possédaient pas de blessés. J’ai d’abord cherché à gagner leur confiance avant de passer au point sensible. Ce qui a marché ce jour mais les jours précédents l’attaque du 18 janvier, les choses ont été plus compliquées».

Il continue à ces termes : « Et puis il y a eu ce jour où un chef antibalaka m’a menacé avec une grenade en m’accusant de cacher les musulmans ». Il racontait qu’une fois, ils ont fait exfiltrer un jeune musulman, vendeur de crédit qui s’était refugié dans leur communauté. L’homme était obligé de s’habiller en femme afin de sortir profiter d’une occasion de la Misca grâce à la négociation de son grand frère. Mais si pour ce jeune les choses se sont passées plutôt bien, cela n’a pas été le cas pour Mahamat Saleh, le chauffeur des sœurs catholiques. Lui, après l’avoir exfiltré la nuit, il s’était fait capturer par un premier groupe d’antibalaka qui l’a complètement dépouillé, ensuite un deuxième groupe qui l’avait fait prisonnier. Après rudes négociations, la rançon fixée à 3 000 000 de FCFA pour sa libération a été réduite à 100 000 FCFA (environ 152 euros). Récupéré par les prêtres comme un colis, il sera par la suite exfiltré vers le Cameroun où il réside actuellement ».

Actuellement, les musulmans se sont vidés de cette ville où ils ont passé pour certains toute leur vie. Ils ont perdus des souvenirs, des proches, des biens et leurs maisons, …mais sortir sain et sauf de cette enclave représente une terrible chance pour la plupart. Car, rester en vie après avoir subi cette violence est synonyme d’un retour à l’enfer. Beaucoup garderont des séquelles de cet enfer. Mais si la majoritaire s’appose pour le moment, à l’idée de repartir un jour dans cette ville, certains le conditionnent surtout au retour de la paix et de la sécurité, un retour qui n’est pas pour demain au vu du développement de la situation.

Centrafrique : sur fond de violence, une crise humanitaire sans précédent se profile à l’horizon

Alors que la crise sécuritaire est loin d’être résolue, la République centrafricaine doit faire face à une crise humanitaire sans précédent. Les chiffres avancés par les organisations des onusiennes font froid au dos. En plus de milliers de personnes qui ont été contraintes de se réfugier dans les pays voisins notamment au Tchad, au Cameroun, à la République Démocratique du Congo et au Congo, à l’intérieur du pays, plus de 150 000 personnes sont obligées de quitter leur domicile après l’attaque du 05 décembre 2013 perpétrée par des éléments d’une milice appelée les Anti-balaka contre les éléments Seleka et la communauté musulmane. Ils se retrouvent par milliers à l’aéroport International Bangui M’poko, dans les structures religieuses, des écoles pour échapper aux représailles des éléments de l’ex-Seleka et des milices Anti-balaka.

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Centrafrique : il fallait une intervention française

La tragédie centrafricaine est sortie du silence depuis que l’Assemblée générale des Nations Unies a voté une résolution pour soutenir Bangui, fin septembre. Le Conseil de sécurité des Nations Unies, dont la présidence est assurée depuis décembre par la France, a ainsi voté la résolution 2127 pour soutenir la force MISCA (Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique) et pour autoriser la France à intervenir en Centrafrique. Au même moment, des Centrafricains mal intentionnés, assoiffés de pouvoir et n’ayant aucun respect pour la dignité humaine ont frappé de plein fouet Bangui. Il a fallu attendre encore quelques heures pour que la résolution adoptée puisse permettre un début d’opérations afin de rétablir la sécurité dans le pays. Cette décision du Conseil de sécurité, favorablement accueillie par la population centrafricaine, s’explique par le fait que le nouveau régime, malgré d’innombrables discours, ne parvient pas  garantir la sûreté des personnes.

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Centrafrique : pourquoi la recrudescence de la violence dans la ville de Bangui

Une semaine marquée par la violence, c’est ce que les habitants de Bangui viennent de vivre et retiennent de la semaine du 11 au 18. Principalement dans la capitale centrafricaine, ces violences qui sont encore présentes dans les provinces ont montré combien la situation sécuritaire s’est considérablement détériorée dans ce pays passé sous le commandement de la Seleka depuis le 24 mars 2013. Autant de raisons peuvent expliquer ce regain de violence et l’instauration d’un climat de terreur dans la capitale centrafricaine, Bangui. Assassinat d’un ancien élément de la Force Centrafricaine(FACA) à Miskine, Braquage d’une moto vers le quartier Sara, enlèvement d’un jeune au quartier Fatima, exécution sommaire d’un magistrat et son garde-de corps, les centrafricains sont obligés de se promener chaque jour que Dieu fait, avec leur certificat de décès au coup. Mais tiendront-ils encore pour combien de temps ?

-Le désarmement de septembre, une parodie  

Les débuts de désarmement ont commencé avec les Forces de la Fomac après l’accrochage entre la population du quartier de Gobongo et les éléments la Seleka suite à l’assassinat d’un jeune dudit quartier faisant plusieurs victimes fin juillet 2013. Après la triste opération de désarmement dont s’est greffée une musclée opération de  pillage perpétrée contre les civiles de Boye Rabe, un quartier réputé proche de l’ancien président François Bozizé évincé depuis le 24 mars 2013, la force de l’Afrique centrale a décidé de prendre les choses en main. Si ces opérations ont été appréciées par toute la population, elles se sont éloignées de leur objectif qui est celui de pacifier la capitale afin de l’étendre dans les provinces. On se souvient encore que le 18 aout 2013, le Général Nouredine Adam, le numéro de la Seleka a été enlevé de son poste de Ministre de la sécurité publique et remplacé par Josué Binoua. Ce dernier, considéré comme un Judas par certains membres de KNK et surtout les proches de l’ancien président François Bozizé, a su se rendre compte que seul le désarmement effectif peut permettre de sauver une situation déjà très volatile. C’est ce qui a justifié début septembre, les opérations de désarmements menées par les forces de l’ordre public et la Seleka.

La Seleka sera exclue après les bavures dans certains quartiers tel que Boeing qui ont fait fuir la population en se refugiant dans le seul endroit jugé fiable pour eux, le tarmac de l’aéroport Bangui M’Poko. Même si un décret du chef de l’état de Transition Michel Am Non Drocko Djotodia a exclu les éléments de la Seleka de la suite des opérations suite à sa dissolution, leur présence est restée visible dans les rues de Bangui et des autres villes centrafricaines occasionnant un climat de terreur absolue.

Apprécié par toute la population dont l’initiateur Josué Binoua a été considéré comme l’homme de la situation, le désarmement se fera à deux poids deux mesures et épargnera certains caciques de l’ex Seleka. Il est un secret de polichinelle que les éléments de la Seleka pour la plupart gardent par devers eux, plusieurs armes récupérées lors de la prise de Bangui. Ils ont juste remis quelques unes et un stock important est resté caché soit déplacé. La Seleka étant un mouvement rebelle hétéroclite, ses éléments ne devraient normalement pas être impliqués à ces opérations, ce qui se justifie également par la fraternité qui pourraient exister entre ses éléments empêchant sans doute le sérieux pour le désarmement. Tout le monde sait que seules les opérations de désarmement bien organisées et efficaces peuvent permettre de ramener l’ordre dans ce pays.

-L’absence du général Moussa Assimet, une cause probable

On se souvient encore du transfert du général Moussa Assimet, l’un des chefs de la Seleka le plus influent, le 18 octobre dernier au Soudan son pays natal. Celui qui se réclamait centrafricain d’originaire était parti seulement avec une dizaine de ses hommes à bord de l’avion qui l’avait amené. Pourtant, une source militaire à Bangui expliquait qu’il dispose encore de quelques 500 éléments à Bangui et qu’il avait demandé à ce qu’ils soient incorporés dans l’armée centrafricaine. L’absence de ce chef peut avoir des conséquences sur ses éléments qui pourraient être les instigateurs de la violence à Bangui. Sans leur chef, ils se croiraient biaisés et décideraient de se faire payer sur la peau de la bête. Le cantonnement de tous les éléments de la Seleka y compris ceux du Général Moussa Assimet doit être une priorité pour le gouvernement et le président de la  Transition s’ils veulent absolument ramener l’ordre sur le territoire centrafricain.

Le gouvernement de transition est-il incapable de faire appliquer ses décisions ?

A en croire, le problème financier avec l’état piteux où se trouvent les caisses du trésor centrafricain n’arrange pas la situation. Même si tout le monde sait que ce problème est essentiellement dû à la non-opérationnalisation des services de douanes et d’impôts notamment dans les provinces qui alimentent essentiellement les caisses de l’Etat afin de garantir les dépenses de l’État. La suspension de l’aide par certains partenaires de la République centrafricaine telles que la Banque Mondiale, le FMI et autres n’a fait qu’amplifier la descente aux enfers. Mais le problème le plus grave est sans doute le respect des décisions prises par les autorités de la transition. En mai dernier, l’ancien Ministre de la Sécurité, également le numéro de l’ancienne Seleka avait pris des décisions interdisant aux ex-Seleka de se promener dans la ville de Bangui lourdement armés comme si, ils partaient en guerre. Cette décision avait accouché d’une souris. Il en va de même des décisions prises par le Chef de l’Etat interdisant les éléments de l’ex Seleka de prendre part aux opérations de désarmement. Tout porte à croire que même les décisions du président de la transition ne font pas l’unanimité parmi les responsables de ce mouvement.

-L’aide internationale tarde à venir

Tous les pays y compris les pays du conseil de sécurité des Nations-Unies se sont rendus compte de la dégradation de la situation sur le terrain. Plusieurs « lieutenants » de Ban Ki Moon, le secrétaire général des Nations-Unies l’ont confirmé lors de leur visite dans ce pays. La visite de Laurent Fabius alors ministre français des Affaires étrangères le 12 octobre et sa déclaration ont fait comprendre au monde entier combien les centrafricains souffrent. La résolution de l’ONU visant à renforcer le Binuca (Bureau Intégré des Nations-Unies en Centrafrique) et le renforcement de la Misca (Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique) a été une décision saluée par les uns et les autres même si l’envoi des casques bleus n’est pas d’actualité pour les Américains et les Anglais. La promesse des partenaires ainsi que celle de l’Union européenne et des Etats-Unis ont été des signes qui expliquent la prise de conscience de la situation centrafricaine. Mais l’aide promise, dans l’ensemble tarde à se concrétiser face à l’urgence de la situation sur le terrain. L’opérationnalisation de la Misca et son soutien apparaissent inévitablement comme une solution incontournable. Mais les défis restent présents dans la mise en place de cette force africaine dont la date du 19 décembre est décidée pour son effectivité.

Un constat amer fait l’unanimité : la République centrafricain est au bout du chaos, elle est en situation de pré-génocide comme le disent les Américains, au bord du génocide comme l’explique la position française et un état défaillant comme l’affirment certains  responsables des Nations-Unies. Mais si tout le monde sait que ce peuple qui a commencé à souffrir depuis plusieurs mois et continuent de subir des atrocités sans précédent a besoin qu’on le fasse sortir de ce trou dont la sortie semble impensable, pourquoi ne pas voler à son secours ? Que fait-on de la solidarité humaine? Et pourquoi ignorer l’appel et le cri de détresse d’un peuple au bord de l’irakisation? Comme le dit certains responsables de l’ONU dont le sous-secrétaire de maintien de la paix, il faut agir maintenant et vite pour éviter un génocide.

Centrafrique : l’internationalisation de l’aide, une bonne nouvelle pour les centrafricains

Près d’un mois après la réunion sur la crise centrafricaine qui a eu lieu en marge de la 68e assemblée générale des Nations-Unies, des progrès ont été remarquées dans la résolution du conflit centrafricain. Ce dernier qui a longtemps été ignoré a fait son apparition sur l’agenda international grâce notamment au plaidoyer de la France qui a décidé finalement de réagir.

Laurent Fabius et la chef de la diplomatie centrafricaine à Bangui, le 13 octobre 2013(crédit:http://www.acap-cf.info)

Laurent Fabius et la chef de la diplomatie centrafricaine à Bangui, le 13 octobre 2013(crédit:http://www.acap-cf.info)

Le 26 septembre dernier lors d’une réunion co-présidée par la France et l’Union européenne, un pas important a été fait en lançant un appel à contribution à l’encontre de la communauté internationale afin d’aider à l’éradication du mal centrafricain. Quelques jours avant, à l’occasion des travaux de l’assemblée générale, certains présidents à l’instar du français François Hollande, du tchadien Idriss Deby et du Gabonais Ali Bongo sans oublier le plaidoyer du chef du gouvernement centrafricain de transition Nicolas Tiangay ont essayé de peindre une situation peu reluisante que vivent les centrafricains depuis plus de 6 mois au monde. Tous ces discours n’ont pas accouché d’une souris, la preuve, une résolution sous initiative française a été finalement adoptée à l’unanimité par les 15 membres du Conseil de sécurité sur le renforcement du mandat du Binuca (Bureau intégré des Nations-Unies en Centrafrique) et le soutien au déploiement rapide de la force africaine Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique).

La visite du ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius du 13 octobre dernier n’a été qu’une étape de plus dans la résolution de cette crise endémique que vit ce pays au centre du continent africain. Plus d’une qu’une visite de courtoisie pour remonter le moral des troupes françaises présentes à Bangui et visiter un centre hospitalier de Bangui, ce déplacement a permis au chef de la diplomatie français d’échanger avec les principaux responsables de la transition dont le président de la Transition Michel Djotodia, le premier ministre Nicolas Tiangay et le président du Conseil National de Transition Ferdinand N’guendet sur la nécessité de travailler ensemble et de laisser de côté les querelles intestines qui les opposent. Il a encouragé les nouvelles autorités de Bangui à faire davantage d’efforts dans la pacification du pays et surtout respecter la feuille de route de la Ceeac notamment la tenue des élections au plus tard début novembre et a rassuré les centrafricains qu’ils ne sont pas oubliés.

Le triplement de l’enveloppe européenne à la Centrafrique, est une autre bonne nouvelle pour ce milliers de victimes de du conflit qui ont besoin d’une aide conséquente surtout l’aide humanitaire. L’Union européenne est le principal bayeur du pays et reste la seule institution qui n’a pas suspendu réellement son aide malgré le repli d’autres institutions. On se rappelle que les salaires du mois d’avril avaient été payés grâce au déblocage de l’aide européenne. Le Fmi, la Banque mondiale et la BAD qui avaient suspendus leurs activités ainsi que leur aide sont revenus sur leur décision, ce qui est une action encourageante pour ce pays meurtri.

L’envoi de troupes supplémentaires par les pays de la sous-région Ceeac à l’instar du Tchad (quelques 400 éléments), du Congo Brazzaville (150) et de 200 militaires de la Guinée Équatoriale -pays qui n’avait jusqu’à lors pas de troupe par les forces de la Fomac en Centrafrique- et très prochainement du Burundi sont des mesures qui doivent être bien accueillies. Cette force africaine ou Misca contiendrait quelques 3000 hommes et doit être rehaussés à 3500 selon la résolution de l’Union africaine.

Le récent sommet extraordinaire – le 5e du genre sur la crise centrafricaine- dont le communiqué final lu par le secrétaire général de la Ceeac, a exhorté la communauté internationale à accroitre son aide, demander que la force africaine présente en Centrafrique fasse appel à la force si possible pour mettre hors d’état de nuire ces ex-éléments de la Seleka qui ont animosité la population. La mise à la disposition de la force des moyens aériens pour permettre de traquer ces ex-Seleka et les booster hors de la Centrafrique en les traquant reste aussi une très bonne résolution.

Enfin, dernière nouvelle, la demande envoyée par le secrétaire général au conseil de sécurité pour l’envoi de quelques 250 militaires de l’ONU et avec à terme son renforcement à 560 hommes afin de protéger la mission de l’ONU qui devraient se répandre dans l’arrière pays et la décision autorisant le Binuca d’aider pour la réussite du processus des élections prochaines sont autant de choses dont les centrafricains doivent se réjouir.

En Centrafrique combien de temps encore faut-il attendre l’opérationnalisation de la Misca ?

Les récents évènements en Centrafrique au nord et nord-est démontrent la dégradation de la situation sécuritaire déjà très tendue depuis le coup de force de la Seleka le 24 mars dernier. Certains observateurs qui avaient prédit l’échec du déploiement rapide de la force africaine n’ont pas eu tort. Au contraire, l’Union africaine qui avait voté la résolution créant la Misca (Mission de stabilisation de l’Union africaine en Centrafrique) et son lancement le 1er août 2013 n’a malheureusement pas les moyens de sa politique. Elle est obligée de porter son projet, ce dernier ayant vu le jour sans promesse concrète de financement devant le Conseil de sécurité des Nations unies.

 

Officiellement, la Fomac (Force multinationale de l’Afrique centrale) a cédé la place depuis le 1er août à la Misca, mais dans les faits, rien n’est encore prêt. Nous sommes encore à la phase de la formalisation de cette mission africaine dans tous ses aspects : administratif, opérationnel, financier… Mais les violations des droits l’homme perpétrées par l’ex-rébellion au pouvoir appelée Seleka et des bandes armées où s’ajoutent quelques habitants de villages appelés « anti-balaka » n’ont fait qu’augmenter. Cette mission de la Misca qui devrait être opérationnelle avec quelque 3 500 hommes, dont des policiers, gendarmes et militaires issus essentiellement des pays de la Cemac  (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) ne sera pas effective bientôt. En tout cas, c’est le constat qu’on peut faire malgré le discours du président français, François Hollande et l’appel à l’aide du premier de transition Nicolas Tiangay lors de la 68e Assemblée générale des Nations unies.

 

De réunion en réunion, nous sommes en train d’assister à la passivité de la communauté internationale. Messieurs de la communauté internationale, les Centrafricains pris au piège entre les différents protagonistes n’ont pas besoin de promesse, on a envie que vous vous décidiez. Soit nous venir en aide ou bien nous dire tranquillement lors de vos nombreuses réunions et déclarations que nous n’allons jamais comprendre puisque la majorité de notre population ne possède plus de radios à cause des pillages systématiques des biens. Les nombreuses déclarations faites par les ONG présentes en Centrafrique et le dernier rapport de la FIDH sur le drame centrafricain devraient normalement attirer l’attention du Conseil de sécurité qui devrait se saisir de ce dossier pour écourter la souffrance des Centrafricains en favorisant le déploiement de cette mission africaine.

 

Où est partie cette communauté africaine et internationale qui n’a pas hésité à voter des résolutions lorsque, dans des pays comme la Libye et la Côte d’Ivoire, il fallait intervenir pour ramener un semblant de paix ? N’avez-pas d’oreilles pour entendre ces cris de SOS lancés par ces pauvres enfants, femmes et hommes qui ne demandent rien d’autre que d’être protégés ? Où sont ces présidents qui se disent vouloir combattre les violations des droits de l’homme ? Ne voyez-vous pas que de pauvres enfants meurent dans la brousse comme des animaux laissés à la merci de la nature, seuls contre les moustiques, la famine, et toutes sortes de dangers ?

Et pour vous les pays africains, pays frères de la RCA, il ne suffit pas de faire des déclarations pour que vos frères et sœurs puissent être en paix. Quels sont vos apports ? Mis à part quelques pays de la Ceaac (Communauté économique des États de l’Afrique centrale), notamment le président Sassou Nguesso. Ne pensez-vous pas que ce pays meurtri mérite votre aide ? Ce n’est pas l’arrivée probable à Bangui ce dimanche 13 octobre du ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius qui doit faire jaillir la joie dans nos cœurs, détrompons-nous. Comptons seulement le nombre de fois que des déclarations ont été faites, rien n’a changé ! Ce n’est pas les déclarations ni des condamnations qui vont faire basculer la situation. Il faut agir vite pour arrêter hémorragie.

 

Si vous ne le savez pas, la Misca, c’est comme la police de Los Angeles qu’on voit dans les films. Elle intervient quand tout a été fait. Exemple, à Bossangoa, on a attendu que la Seleka tue, pille, viole et brûle des maisons des villageois, et que certains villageois réunis en « anti-balaka » s’attaquent aux éléments de la Seleka et surtout se vengent sur une partie de la communauté musulmane pour que quelques éléments de la Misca soit envoyés dans cette ville. Même chose pour la ville de Bossangoua. Et puis, on verra que quelques éléments de la Misca arriveront certainement après la mort de plusieurs civils à Yaloké. Le bilan pour l’heure depuis le lundi 7 octobre est d’au moins une trentaine de morts.

 

Pauvres Centrafricains, au moins, ces évènements viennent confirmer que nous sommes seuls à posséder le destin de notre pays. Nous n’avons pas compris,  mais si nous espérons sur une résolution des Nations unies afin de rendre la fameuse Misca opérationnelle, nous risquons de mourir tous, de nous entretuer comme des animaux sans scrupule. Ces tragiques évènements nous apprennent que nous ne devons compter sur personne pour nous sortir de ce gouffre.

Le cri d’un Centrafricain épris de paix, Peace for Centrafrique !