Que retenir de la transition de Catherine Samba Panza en Centrafrique

Après trois(3) ans de crise politique qui a pris la forme d’un conflit confessionnel avec le temps, la Centrafrique a changé de président mettant fin à la transition, le mercredi 31 mars 2016, par l’investiture du nouveau président élu démocratiquement le professeur Faustin Archang Touadera. Après avoir participé au premier tour comme Vingt neuf (29) autres candidats, le Pr Faustin Archange Touadera a été déclaré vainqueur à l’issu du second tour de la présidentielle qui l’a opposé au banquier et ancien premier ministre Anicet Georges Doleguele.
Mais si les centrafricains se sont mobilisés massivement pour élire leurs nouveaux dirigeants dont ceux de la législature seront au complet après le vote du second tour du 31 mars 2016, pour beaucoup l’heure est au bilan de la transition.

Le nouveau président centrafricain, le Pr Faustin Archange Touadera (Crédit photo: alvinet.com)

Le nouveau président centrafricain, le Pr Faustin Archange Touadera (Crédit photo: alvinet.com)

La transition de Michel Djotodia, après le coup d’État du 24 mars 2013

En réalité, cette transition qui a commencé après les pourparlers de Libreville aboutissant aux accords du 11 janvier 2013 ayant permis la mise en place d’un gouvernement d’union nationale dirigé par le Maitre Nicolas Tiangay sous la présidence du général François Bozize va subir un coup d’arrêt avec le coup d’État de Michel Djotodjia le 24 mars 2013, alors Chef de la rébellion hétéroclite appelée Seleka ayant début en décembre 2012, contraignant l’ancien président François Bozize à accepter de partager le pouvoir avec l’opposition et les groupes politico-militaires. Au temps de Michel Djotodjia avec la Seleka et comme premier Ministre Nicolas Tiangay reconduit à ce poste, le pouvoir a vacillé. Dépassé par des éléments qu’il ne parvient plus à contrôler, Michel Djotodia a été forcé de quitter le pouvoir en janvier 2014 à N’Djamena, lors d’une réunion des Chefs d’États de la CEEAC convoquée par Idriss Deby Itno, Président du Tchad. Mais il faut reconnaitre que l’apparition des milices appelées Antibalaka qui se sont constituées après les exactions de la Seleka a été un élément déclenchant la fin du pouvoir de Djotodia.

Catherine Samba Panza remplace Michel Djotodjia à la présidence de la transition

De retour à Bangui, après quelques jours de présidence transitoire assurée par le président du Conseil National de Transition, Ferdinand Nguendet, Catherine Samba Panza a été élue par les conseillers de la transition. Pour la plupart des centrafricains, élire une femme pour la première fois dans l’histoire de ce pays et d’ailleurs de la sous-région Afrique centrale, est un signe d’espoir car la première femme présidente pourrait basculer la situation, une situation qui ne cesse de se dégrader.

Le premier gouvernement mis en place par Catherine Samba Panza dont le premier ministre désigné était un banquier de formation, André Nzapayeké, alors vice-président de la DBEAC (Banque de Développement des États de l’Afrique centrale) a essayé de prioriser les urgences dont la sécurité était placée en première position. Catherine Samba Panza, qui avait fait un discours appelant les antagonistes, les Seleka et les Antibalakas (qu’elle appelle d’ailleurs affectueusement ses enfants) à faire preuve de patriotisme et à l’écouter, leur mère pour éradiquer la violence et entrevoir une porte de sortie à la crise à travers le dialogue.

Mais très vite, elle sera désenchantée. Les poches de violences occasionnées de part et d’autres par les deux groupes hostiles à la paix, la feront comprendre que la lourde tache dont elle hérite ne sera pas du tout facile. D’ailleurs elle le dira plus tard dans jeune Afrique, lors d’une interview que, même si elle était persuadée lors de son élection, que la tache qui l’attendait était énorme, elle ne pouvait s’imaginer un seul instant que la pression allait être extrême à ce point.

Et il y a eu périodiquement, quasiment chaque, un à deux mois, des soubresauts occasionnés par ceux qui sont hostiles à la paix. Le 10 août 2014, Mahamat Kamoun sera alors nommé premier ministre de la transition en remplacement d’André Nzapayeke après les pourparlers de Brazzaville sous l’œil vigilent de Denis Sassou Nguesso, président du Congo et médiateur de la sous-région dans la crise centrafricaine. Une nomination, qui semble-t-il devrait permettre de calmer la coalition Seleka revendiquait ce poste afin de revenir à de bons sentiments.

Après la transition, l’heure du bilan de la transition

Le 30 mars 2016 a sonné la fin d’une longue transition qui a duré plus de 3 ans. Mais que retenir de cette période dont d’énormes sacrifices ont été consentis par le peuple centrafricain, obliger de subir l’humiliation que lui imposent les belligérants?

Le dossier sale de la transition, « L’Angolagate »

Certes, si Catherine Samba Panza peut s’enorgueillir d’arriver au but ultime qui est celui d’organiser des élections crédibles afin de laisser sa place à son remplaçant, il y a un certain nombre de questions qu’il faut élucider. L’affaire du don angolais dévoilé par Jeune Afrique appelé ‘Angolagate’ restera dans la mémoire des centrafricains. Ce don d’un montant de 10 millions de dollars (7,8 millions d’euros) fourni par le président Angolais José Eduardo dos Santos qui a fait couler beaucoup d’encres sur la gestion opaque des fonds alloués à la transition. Et si Jeune Afrique a pu dévoiler, après enquête cette affaire d’un don, on ne saurait dire quant à la gestion des autres aides reçues par la transition.

Le forum de Bangui et le début de la réconciliation

Le forum de Bangui qui s’est tenu du 4 au 11 mai 2015 a réunit presque toutes les entités de la société centrafricaine. Partis politiques, société civile, la jeunesse, les associations féminines, la diaspora, … a été un succès même boycotté par certains belligérants. L’un des points forts demeurent la signature d’un accord de désarmement entre les responsables de la Seleka et des Antibalaka, deux groupes antagonistes. C’est à l’honneur de la présidente qui a tenu bec et ongle, à rassembler ce grand nombre de centrafricains afin de laver le linge sale en famille. Les résolutions qui en découlent sont nombreuses mais la mise en œuvre et le suivi restent un défi de taille pour un pays où les conférences, les dialogues, les pourparlers et les accords ne peuvent être dénombrés.

Et même si le chemin de la réconciliation est encore long, Catherine Samba Panza aura été celle qui a posé les bases de la réconciliation. Quid à son successeur Faustin Archange Touadera qui a pris le pouvoir, de continuer sur la même lancée afin de garantir le vivre ensemble, la sécurité sur toute le territoire ainsi que d’amorcer le développement durable dans ce pays très en retard par rapport à ses voisins.

Faire l’audit de la transition, une priorité pour la nouvelle équipe

Catherine Samba Panza a certes fini son mandat le 31 mars 2016 en tant que présidente de transition en Centrafrique. Cette femme d’affaire qui a été propulsée à la faveur du désordre organisé de la Seleka a pu conduire le pays aux élections. C’est ce que tout le monde retiendra. Le forum de Bangui qui a connu un succès, quoique boycotté par certains belligérants est à mettre à son compte. Cependant, la transition ne doit pas être dédouanée de l’amateurisme dans la gestion des finances publiques. Il est ainsi, dans le souci de transparence et au nom de la continuité de l’État, plus qu’urgent que les nouvelles autorités élues puissent procéder à l’audit de cette transition, et ce, dans tous les domaines.

Pour que chaque Centrafricain ait le droit d’exprimer son choix

Je suis d’autant surpris par ceux qui pensent que les Centrafricains de la diaspora ne peuvent pas avoir le droit de voter à cause des risques de fraudes et autres. Je rappelle à qui veut entendre que chaque Centrafricain doit avoir le droit de voter afin de rompre avec ce cycle infernal de violence qui ne finit jamais.

Les politiques doivent comprendre que le pouvoir appartient au peuple et que c’est le peuple qui dirige même s’il délègue le pouvoir à certains citoyens. Je voudrais remarquer au passage que la politique de l’exclusion n’a jamais construit un pays, au contraire, elle l’enfonce à cause des frustrations profondes qu’elle peut engendrer. J’ai eu la chance de voter une seule fois, la deuxième fois, je m’étais abstenu du fait que je me disais que mon vote ne serait pas utile. Je reconnais aujourd’hui, et surtout depuis les événements que traversent mon pays que j’ai commis une erreur monumentale. Je ne laisserai aucune occasion passée qui puisse me permettre de m’exprimer, car être citoyen, c’est aussi exprimer ce qu’on pense afin d’aider le pays à se relever.

Notre pays a été enfoncé, de manière vertigineuse, la chute est fatale, le coma est temporel, nous devons tous, nous poser les bonnes questions et faire profile bas des considérations inutiles qui ne feront que creuser davantage notre tombe. Reconnaissons que nous avons une seule tombe comme citoyens de ce pays. Nous devons tous à ce pays. Que nous soyons d’une ville de Centrafrique, de la diaspora ou autre et que nous avons le sang centrafricain qui coule dans nos veines, nous devons nous demander ce que nous pouvons apporter pour faire construire une nouvelle Centrafrique. Cette dernière est possible, mais à quel prix ? Réfléchissons à cette question et pensons à l’avenir de notre cher, tendre et beau pays la Centrafrique.

Centrafricains, évitons de tomber dans les mêmes erreurs !

La République centrafricaine ne cesse de faire parler d’elle. Entre une transition nonchalante, un forum de réconciliation qui est censé mettre fin à la division et des élections prévues en juin 2015, les Centrafricains vont-ils réécrire la page d’une nouvelle histoire ? Sous la pression de la tenue du forum de réconciliation censé se tenir du 27 avril au 2 mai et des élections dont le premier tour est prévu en mi-juin, la transition réussira-t-elle son pari pour ramener la paix et la cohésion sociale?

Difficile de dire que tout se passera bien tellement les défis sont importants. Les consultations à la base qui se sont déroulées aux mois de février et mars dans les sous-préfectures de la Centrafrique et les pays voisins où vivent les réfugiés centrafricains ont certes montré la volonté de tout le peuple centrafricain à tourner la page. Les recommandations qui ont été faites par les différentes couches sociales sont légion. De la sécurité comme condition sine qua non pour un retour à la normale, au problème de développement des régions, à l’exclusion sociale, la lutte contre la pauvreté, la mauvaise gouvernance et la corruption sont entre autres des idées revenues plusieurs fois parmi lesdites recommandations.

Mettre les victimes au centre des préoccupations

Mais, les Centrafricains doivent avoir à l’esprit les causes profondes de notre tragédie. Le forum de réconciliation qui se tiendra dans quelques jours ne doit pas se reposer sur le même schéma que les précédents. Nous avons vu comment se sont déroulées ces assises dans le passé, une tribune offerte aux bourreaux pour remuer le couteau dans les plais des victimes et se blanchir de leurs crimes. Les victimes doivent être au centre des débats, leurs préoccupations doivent être l’épicentre des discussions. Au lieu de laisser les politiques parler de leur projet d’accéder au pouvoir en soudoyant la population avec des propos mielleux, l’occasion doit être offerte aux victimes de s’exprimer.

Lutter contre l’impunité

Par-dessus tout, l’impunité doit être combattue. Les responsables des atrocités et ceux qui ont appuyé de quelque façon que ce soit les belligérants dans leur entreprise doivent être poursuivis par la justice. La justice doit être un instrument au centre de cet important rendez-vous. Car l’une des causes des troubles que nous avons subies est l’injustice. La plupart des victimes ne font plus confiance à la justice de leur pays qui n’appartient qu’aux riches et ceux qui sont puissants. Même les coupables deviennent des victimes, une justice à deux poids, deux mesures.

Poser les bases d’une nouvelle armée républicaine

L’armée centrafricaine (F.A.C.A ou Force des armées centrafricaines) y est pour beaucoup dans la profonde crise que traverse la RCA. Le recrutement dans l’armée s’est effectué sur le clanisme et l’ethnisme. Au lieu de recruter à base de l’intégrité, du courage et de la bravoure … c’est l’aspect partisan qui s’est imposé. Même des personnes de moralité douteuse dont des voleurs et autres bandits se sont retrouvés dans cette importante institution qui devrait garantir l’intégrité des personnes et biens ainsi que garantir l’intégrité territoriale. Des discussions approfondies doivent être menées avec l’aide des pays amis afin de définir la forme et les critères de recrutement dans l’armée.

Organiser des élections démocratiques, transparentes et équitables

Les futures élections en Centrafrique seront déterminantes. Elles sont d’autant plus importantes qu’elles doivent permettre le retour à l’ordre constitutionnel. Il conviendra de désigner des choix des hommes politiques qui doivent se démarquer des autres régimes en relançant l’économie, la santé, l’éducation… Les chantiers sont nombreux. Mais ce choix de ces hommes et femmes ne doit pas se faire comme à l’accoutumée en se basant sur les ethnies, l’argent… Il faut que le peuple tire des leçons de ce qui s’est passé en faisant un choix utile qui permette de sortir ce pays de l’ornière.

Alors la transition a un rôle important à jouer pour aider le peuple à prendre le chemin de son destin. La présidente et les membres de transition doivent tout mettre en œuvre pour réussir ce pari. Mais la réussite de ce dernier passe par la volonté des Centrafricains à prendre conscience et à prendre un autre chemin que celui de la division, de la haine, de la destruction, de la violence… Nous devons tous choisir la paix, la cohésion sociale, la fraternité, le développement de notre cher et beau pays la Centrafrique.

Centrafrique : Catherine Samba-Panza à la présidence

Il était 14 h 55, heure de Bangui,  lorsque la présidente par intérim du Conseil national de Transition a pris la parole pour proclamer les résultats définitifs du scrutin à la présidence de la Transition. Pas moins de  8 candidats étaient en lice  pour succéder à l’ancien président Michel Djotodia, contraint à la démission le 10 janvier 2014 à Ndjamena par ses pairs de la CEEAC (Communauté des Etats de l’Afrique centrale) après 10 mois de violence dans le pays. Faut-il voir dans la désignation de Catherine Samba-Panza à la présidence un symbole de la rupture et du changement ? Continuer la lecture