Pour que chaque Centrafricain ait le droit d’exprimer son choix

Je suis d’autant surpris par ceux qui pensent que les Centrafricains de la diaspora ne peuvent pas avoir le droit de voter à cause des risques de fraudes et autres. Je rappelle à qui veut entendre que chaque Centrafricain doit avoir le droit de voter afin de rompre avec ce cycle infernal de violence qui ne finit jamais.

Les politiques doivent comprendre que le pouvoir appartient au peuple et que c’est le peuple qui dirige même s’il délègue le pouvoir à certains citoyens. Je voudrais remarquer au passage que la politique de l’exclusion n’a jamais construit un pays, au contraire, elle l’enfonce à cause des frustrations profondes qu’elle peut engendrer. J’ai eu la chance de voter une seule fois, la deuxième fois, je m’étais abstenu du fait que je me disais que mon vote ne serait pas utile. Je reconnais aujourd’hui, et surtout depuis les événements que traversent mon pays que j’ai commis une erreur monumentale. Je ne laisserai aucune occasion passée qui puisse me permettre de m’exprimer, car être citoyen, c’est aussi exprimer ce qu’on pense afin d’aider le pays à se relever.

Notre pays a été enfoncé, de manière vertigineuse, la chute est fatale, le coma est temporel, nous devons tous, nous poser les bonnes questions et faire profile bas des considérations inutiles qui ne feront que creuser davantage notre tombe. Reconnaissons que nous avons une seule tombe comme citoyens de ce pays. Nous devons tous à ce pays. Que nous soyons d’une ville de Centrafrique, de la diaspora ou autre et que nous avons le sang centrafricain qui coule dans nos veines, nous devons nous demander ce que nous pouvons apporter pour faire construire une nouvelle Centrafrique. Cette dernière est possible, mais à quel prix ? Réfléchissons à cette question et pensons à l’avenir de notre cher, tendre et beau pays la Centrafrique.

Danielle Mbari, présidente de l'association Sango

Danielle Mbari: « une nouvelle Centrafrique est possible »

Depuis le début de la crise en décembre 2012, cette femme, la cinquantaine se bat sur les réseaux sociaux pour l’éveil de la conscience centrafricaine. Après le chaos installé d’un coté par les Seleka et de l’autre coté les Antibalaka, Danielle Mbari se bat quotidiennement en sensibilisant les centrafricains de tous bords pour la réconciliation et le vivre-ensemble. Danielle et plusieurs autres centrafricains sont appelés les gens qui font la paix. Car ils ne se limitent pas à faire des critiques acerbes ou à rejeter la responsabilité sur l’un ou l’autre camp. Elle a ainsi contribué à lancer un projet dont sa réalisation est très symbolique pour la réconciliation entre musulmans et chrétiens, il s’agit de la reconstruction par les chrétiens et les musulmans de la mosquée de Lakouaga, l’une des mosquées les plus fréquentées à Bangui par les fidèles musulmans, détruite par la population lors du conflit. La présidente de l’association Sango, a accepté de répondre à nos questions à cœur ouvert en parlant de son engagement pour la RCA.

1-Bonjour, peux-tu te présenter et nous dire qui se cache derrière cette image qui te représente?

DM : Je m’appelle Danielle Mbari, j’ai 54 ans et suis mère de quatre enfants. Je suis née et réside en France. Derrière cette image et les apparences se cache une Centrafricaine, par alliance depuis 2008, et de cœur depuis maintenant 19 ans.

 2-La RCA traverse depuis plusieurs années des crises politico-militaires, la dernière en date qui a fait chavirer le navire est celle qui a débuté en décembre 2012, une véritable tragédie. Alors pour toi, qui es centrafricaine, quelles en sont les causes profondes?

DM: A l’échelle nationale, ces crises sont les conséquences d’une mauvaise gestion des affaires, d’une mauvaise gouvernance, d’un problème d’hommes. Un pays est comme une entreprise : avec un mauvais management et des ressources (y-compris les ressources humaines) mal gérées, c’est la faillite assurée ! Cependant, s’il est question de définir les causes profondes, il faut élargir le zoom pour une analyse à l’échelle mondiale. Cela ne va alors pas sans évoquer la politique africaine du colonisateur depuis une indépendance malheureusement restée très théorique. La RCA avec son sous-développement, ses crises etc., n’est que le produit d’un système politico-économique gigantesque établi, huilé et rodé pour servir et préserver la domination occidentale dont l’une des armes invisibles est la désinformation tandis que l’arme visible téléguidée sur le terrain est la masse humaine. Les deux sont malheureusement très efficaces !

3-Comment faire pour endiguer ces crises qui n’en finissent pas en Centrafrique?
DM:
En fait, il faudrait une révolution ! Je l’entends non pas dans le sens d’une révolte sanguinaire, mais plutôt d’un changement radical des mentalités et des comportements afin qu’un état de faits qui maintient la quasi-totalité de la population dans une misère dramatique soit effectivement ré-vo-lu. Les choses ne changent pas d’elles-mêmes. C’est à l’Homme que revient la responsabilité de changer, d’abord lui-même, pour ensuite changer les choses.

4-Penses-tu que les Centrafricains partagent la responsabilité dans le drame que connait notre pays?
DM:
C’est une évidence ! La responsabilité se partage entre les Centrafricains à différents niveaux : en tout premier lieu les dirigeants : la responsabilité initiale revient au président déchu, François Bozizé. Il est à l’origine de la rébellion Seleka qui a trouvé son essence même dans le non-respect des engagements qu’il avait pris envers les mercenaires qui l’avaient porté au pouvoir en 2003. Face à une rébellion montante, il disposait de toutes les informations et stratégies nécessaires pour la stopper et n’a pas jugé bon d’agir, au détriment du peuple. Une fois au pouvoir, Djotodia n’a pas su l’exercer, laissant ses troupes se payer sur la population, fertilisant ainsi le terreau d’une contre-rébellion, les Anti-balaka. Viennent ensuite ceux qu’on appelle à plus ou moins juste titre les « élites » et la « classe politique » qui ont brillé par leur inertie, un laisser-faire et/ou la stratégie de « chercher à manger », faisant fi de l’intérêt collectif. Pour finir, disons qu’il n’y a pas d’oppresseurs sans opprimés, pas de corrompus sans corrupteurs, pas de chef rebelle sans rebelle etc. Même si l’on conçoit que l’analphabétisme favorise le suivisme, je pense que chacun a effectivement sa part de responsabilité. Je cite volontiers Joan Borysenko, « Chaque jour nous avons le choix : d’exercer des tensions ou de pratiquer la paix. »

 5- Quelle doit être la place de la jeunesse en Centrafrique dans la résolution du conflit actuel qui continue de faire de milliers de victimes ?

DM: Les jeunes ont un rôle clé à jouer dans la résolution du conflit actuel. C’est évident qu’ils n’ont pas l’expérience des anciens, mais dès lors qu’il s’agit justement de ne pas reproduire les erreurs du passé, notamment sur le plan politique, les jeunes peuvent et doivent contribuer à instaurer de nouvelles normes. Face à des autorités de transition qui font perdurer les anciennes pratiques et des forces armées internationales manifestement peu motivées à rétablir la sécurité, ils peuvent et doivent s’impliquer, non pas dans la violence et le désordre, mais en se rassemblant et s’organisant pacifiquement pour faire entendre leur voix, au moins pour signifier ce qu’ils ne veulent pas, à savoir la guerre, le conflit, l’insécurité. La paix se fait à tous les niveaux, à commencer par l’entourage, les amis, la famille, le quartier, le village, la ville. Les jeunes, plutôt que de suivre ceux qui sèment le désordre, doivent faire tout leur possible pour pacifier et fédérer les forces positives. C’est leur avenir qui est en jeu.

6-Quelles sont, selon toi, les principales qualités que les jeunes Centrafricains doivent acquérir pour faire face aux défis qui les entourent?
DM:
Sont de mise, à mon avis, lucidité et de discernement ouverture d’esprit, humilité, discipline et détermination. Les jeunes ont hérité de mauvaises valeurs dans un univers marqué d’une gabegie arrogante. Leur perspective d’avenir ne doit pas se limiter aux deux options « traditionnelles »: devenir président ou se sortir du bled ! Ils doivent comprendre que ce sont eux qui dessinent l’avenir, le leur, celui de leurs enfants et que c’est par le travail et les forces conjuguées de tous qu’ils pourront contribuer à faire rentrer la RCA, qui en offre, somme toute, toutes les possibilités, dans le concert des nations.

7-Récemment, tu as séjourné à Bangui. Dans quel état d’esprit ton séjour s’est passé ? Que retiens-tu de ce voyage?

DM: C’était mon premier séjour depuis les évènements qui ont frappé le pays. Je savais que je ne retrouverais pas le Bangui que j’avais laissé en janvier 2012. Ce séjour m’a permis de prendre la pleine mesure de la situation, humanitaire, sécuritaire et des problèmes qui minent le quotidien d’une population fatiguée, matériellement et moralement épuisée et prise au piège par les belligérants et les bandits. Le pays est à plat, tout est à refaire, ou plutôt tout est à faire, à faire idéalement autrement ! J’éprouve une immense considération pour toutes les âmes vaillantes qui n’ont pas baissé les bras, ont trouvé la force de repartir de rien, font des projets et croient en l’avenir.

8-Ton passage à Bangui t’a permis de réaliser une grande action, celle de pouvoir s’unir avec des volontaires pour reconstruire la mosquée de Lakouanga, comment est apparue cette idée? Quels en sont les initiateurs? Quel message voulez-vous faire passer à travers ce projet qui va dans le sens de la réconciliation?

DM : Etant à 6000 km de la RCA, j’étais lasse de parler de la souffrance des Centrafricains et ai lancé un appel aux dons dans le but de mener une action pour aider. Parallèlement, j’interrogeais les compatriotes basés en Centrafrique qui étaient, à mon sens, les mieux placés pour savoir quel type d’action mener. L’écho est venu d’un habitant du quartier Lakouanga, Christian Ndotah, avec plusieurs propositions, dont la rénovation de la mosquée de Lakouanga, qui lui tenait à cœur. Cette action-là a retenu mon attention car elle allait véritablement dans le sens d’une recherche de la cohésion sociale. Je vois trois messages à travers ce projet : le premier, c’est de rappeler que musulmans et chrétiens, tous prient un même Dieu et que la religion qui n’est pas à l’origine des conflits ne doit pas être utilisée pour les aggraver. Toutes les communautés, musulmans, chrétiens, animistes, tous ont leur place dans la société, dans le pays. Le second, c’est qu’au lieu de demander que la paix revienne, c’est à nous, à chacun d’AGIR pour la faire ! Quand on veut la paix, il faut en tout cas que l’un fasse un pas vers l’autre. Sans cela, comme nous l’observons depuis des mois, la situation stagne et dégénère. Enfin, c’est aussi un message d’espoir : quel que soit l’état désastreux d’un pays, d’un édifice, d’une mosquée, rien n’est impossible à reconstruire pour autant que les Hommes en aient la ferme volonté et se rassemblent autour d’un même projet.

9-Parles-nous un peu de tes projets, à court, moyen et long termes?

DM: Dans l’immédiat, je finalise un ouvrage sur la cuisine centrafricaine qui sera publié prochainement.

D’autre part, je travaille sur l’organisation d’un festival de musique et des arts de la parole « Sîrîrî na bê » pour contribuer à une sensibilisation sur la paix, contre le racisme et toute forme de discrimination. Si tout se passe bien, il se tiendra à Bangui avant la fin de l’année.
A moyen et long terme, l’association Sängö que je préside souhaite créer un centre socio-éducatif, d’abord à Bangui, puis plus tard un autre dans le Mbomou quand la sécurité permettra.

10- Pour toi, une Nouvelle Centrafrique où la paix est acquise, le développement une préoccupation de tous et l’unité acceptée par tous, est-ce possible?

DM: Bien sûr que c’est possible ! Certes, on ne refera ni le monde, ni l’Histoire, mais comme dans tous les rapports de force, il y a moyen d’ajuster des paramètres pour rétablir des conditions plus équitables pour les différentes parties. Cela s’applique non seulement entre la RCA et les puissances étrangères, notamment la France, mais aussi au rapport entre les dirigeants et le peuple. La paix n’est jamais acquise, elle doit toujours être entretenue. C’est une mission éminemment politique. Au lieu de diviser pour mieux régner, les dirigeants, qui sont jusqu’à présent les seuls à bien manger, doivent enfin œuvrer pour le bien-être de la population, réduire au maximum les injustices sources de convoitise et hostilités, éduquer, conscientiser. Il n’est aucun pays au monde qui soit peuplé uniquement d’une population autochtone. Le Centrafrique est un pays dont la population s’est constituée de différents migrants au fil des siècles et il n’appartient pas plus à une ethnie qu’à une autre. Nous devons ouvrir nos esprits et nous resituer dans un univers où la diversité (ethnique, culturelle, confessionnelle) est une richesse et où seules la paix et l’unité procurent la force motrice indispensable au développement.

Janvier, mois record des accords pour la Centrafrique

On se souvient encore si c’était hier. Les Centrafricains viennent (encore ?) ce soir d’être informés pour la énième fois qu’un accord dit de cessation d’hostilité vient d’être signé entre les deux principaux acteurs de la crise centrafricaine : François Bozizé renversé le 24 mars 2013 lors d’un putsch par Michel Djotodjia éjecté de la magistrature suprême par les accords de Ndjamena en janvier 2014.

Le 11 janvier 2013, les Centrafricains ont salué dans l’unanimité les accords de Brazzaville mettant fin aux hostilités entre les troupes de Michel Djotodjia issues de la mouvance Seleka et le pouvoir de Bangui commandé alors par l’ancien président François Bozizé. Ce dernier, contraint par ses pairs de la sous-région Cémac et aussi par l’avancée fulgurante des rebelles Seleka a signé signer lesdits accords de Brazzaville du 11 janvier 2013. Accords qui ont accouché d’une souris, et Bangui changera d’homme fort le 24 mars 2013. Ce changement quoique, voulu par la majorité de Centrafricains a très vite été regretté par la population exacerbée par le lot de malheurs qu’elle subit quotidiennement depuis l’accession au pouvoir de la Seleka.

Assassinat, viol, pillage à grande échelle, kidnapping, torture, menaces… ont été le quotidien du Centrafricain. Une situation qui a donné raison à François Bozizé, qui affirmait avec forcequ’il restait l’unique président légitimement élu par les Centrafricains et que la Seleka n’était constituée que de mercenaires venus des pays voisins, dont le Tchad et le Soudan pour islamiser les Centrafricains. Plus de dix mois après, Michel Djotodjia n’a pas pu faire asseoir son autorité afin de ramener la paix. Il clamera qu’il ne peut contrôler que les hommes avec qui il était venu, mais pas ceux enrôlés lors de la prise de pouvoir qu’il accuse d’avoir créé ce désordre.

Début janvier 2014, lors du sommet de la CEEAC à Ndjamena, les membres du Conseil national de transition seront convoqués en urgence à Ndjamena pour une concertation dont l’ordre du jour n’était pas accessible. Très tard, ils seront convoqués à l’aéroport Bangui M’poko pour rejoindre un avion affrété à la dernière minute pour leur déplacement. Michel Djotodjia qui était déjà à Ndjamena ne savait pas que son sort était scellé. Son premier ministre de l’époque, Nicols Tiangay sera aussi éjecté. Pour apaiser la situation et sous le mécontentement de certains conseillers, il sera demandé aux membres du Conseil national d’élire un candidat en remplacement de Michel Djotodjia contraint à la démission pour l’intérêt de la paix en Centrafrique. Ferdinand N’Guendet, qui est jusqu’à là, à l’ombre sera fait président de la transition conformément aux dispositions du code de la transition adopté par le Conseil national de la transition (CNT).

Le 21 janvier 2014, Catherine Samba sera élue chef de la transition par les membres du CNT, un choix salué par la plupart des Centrafricains et surtout par les acteurs en conflits à cause de sa neutralité. Très vite, elle épousera les vieilles pratiques des pouvoirs auxquels elle a succédé, et malgré la mise en place de plusieurs gouvernements de transition, elle ne sera pas à mesure de renverser la balance pour la paix en Centrafrique. Le démon qui hante la Centrafrique est loin d’être neutralisé !

Début janvier 2015, sous la demande du médiateur de la crise centrafricaine, en la personne de Denis Sassou Nguesso, président du Congo, une rencontre a été convoquée (sans informer les autorités centrafricaines ?) à Nairobi pour faire associer les deux principaux acteurs du chaos centrafricain. Un accord est signé à l’issue de ces tractations qui ont duré plusieurs jours dans la capitale kényane par les deux parties antagonistes. Selon RFI, un document de quinze pages a été concocté et les signataires (François Bozizé et des représentants de la milice anti-balaka et Michel Djotodjia et les représentants de la Seleka) ont tenu à dessiner les contours d’un processus de paix en Centrafrique. La mauvaise nouvelle dans tout cela est le fait que l’amnistie générale soit érigée en mode de règlement pour faire accepter cet accord par les parties signataires.

Au rythme où vont les choses, on ne sera pas surpris de voir une nouvelle équipe de transition succéder celle de Catherine Samba qui entretiendrait en ce moment  des relations glaciales avec son homologue et médiateur de la crise centrafricaine Denis Sassou Nguesso selon le Jeune Afrique, alors qu’il est le principal soutien de la transition en place.

1 jeune, 1 voix! Baba Mahamat, jeune centrafricain dynamique et optimiste, pour qui « la jeunesse est une chance ».

1-Qui es-tu ?

Je suis Baba Mahamat, jeune centrafricaine âgé de 25 ans (né le 23 août 1989 à Bangui), titulaire d’un diplôme de Master en réseaux informatiques et sécurité, membre de plusieurs associations de jeunes de la RCA dont le Club RFI Bangui Fononon qui m’a beaucoup formé, le Réseau des Jeunes de l’Afrique centrale pour les Droits de l’homme, Paix et Démocratie. J’occupe depuis peu le poste d’Assistant Manager au sein d’une entreprise basée à Douala après avoir passé 8 mois comme assistant-IT. J’ai été chargé de cours à l’université de Bangui de 2010 à 2011 avant de regagner le Cameroun pour mon Master.

2-Pourquoi avoir choisi l’informatique comme domaine d’étude ?

En réalité, le choix d’être ingénieur en informatique n’était qu’en deuxième position pour ma vocation. Au lycée, je voulais devenir médecin mais en terminale, ma vision a très vite changé. J’ai dû me rendre compte que je serai plus à l’aise avec les nouvelles technologies et le rêve qui a grandi en moi a été réorienté. Je m’aperçois aujourd’hui que je n’ai pas eu tort de changer d’avis car je suis épanoui dans mon domaine.

3-Parle-nous un peu de tes débuts en blogging ?

Je dois mes débuts en blogging à Mondoblog. En effet, j’étais trop accroc à la lecture et surtout à l’écriture. Au lycée, j’écrivais des poèmes et j’ai d’ailleurs participé au concours du jeune écrivain francophone organisé annuellement à deux reprises. Écrire à toujours été une passion pour moi. Et lorsque Mondoblog a lancé son concours pour le recrutement des blogueurs pour la deuxième saison en 2012, j’y ai vu une belle occasion, l’opportunité était là et je devais la saisir. Après, j’ai très vite pris gout à l’écriture des articles, surtout que cela arrivait au moment où mon pays la République centrafricaine était dans une impasse totale, un conflit qui au fil du temps va ronger considérablement le tissu social et qui a endeuillé plusieurs familles. J’avais un poids énorme sur moi, et ma conscience m’exigeait d’écrire. Je devais écrire pour me libérer et surtout écrire pour contribuer à retourner la paix jadis acquise. Donc Mondoblog était un déclic pour moi et après les deux formations que j’ai suivies à Dakar en avril 2013 et à Abidjan en mai 2014, je pus affirmer que me consacrer à mon blog est non seulement une nécessité mais c’est aussi une vitrine pour parler des thèmes qui nous tiennent à cœur. Aujourd’hui, je continue à partager mes opinions avec mes lecteurs à travers le site de LVDJ.

4-Parle-nous un peu de tes parents, de ta religion ?

Je suis issu d’une famille polygame. Mon père, le feu Mahamat Kana s’est marié d’avec deux femmes dont ma mère. Je suis le deuxième enfant côté maternel et le 5è coté paternel. Ma mère, la feue Marthe Miande à laquelle je dois beaucoup, était chrétienne de son vivant. Alors vous comprendriez que je suis issu des deux religions, ce qui accroit ma connaissance des deux communautés. Alors, après avoir côtoyé la religion chrétienne, j’ai décidé d’être musulman, ce qui n’a pas été contraignant pour moi, j’ai fait ce choix librement. Mais j’ai un grand respect pour les deux religions dont je suis issu.

5-Quelle est ta vision de la vie ?

J’ai toujours considéré la vie comme étant une chance. A travers la vie, on peut faire des choses inimaginables comme réunir les gens autour d’un projet important, aider les gens qui en ont besoin, faire des choses que certains peuvent trouver impossibles en utilisant ses potentialités. Je pense que tant qu’on vit, on doit toujours foncer et aller de l’avant, avoir un œil ouvert sur le présent mais regarder l’avenir. Pour moi, chaque jour qui passe nous amène à s’approcher de notre rêve. Il faut saisir toutes les opportunités qui s’offrent à nous, chaque jour que Dieu a créé.

6-Quels sont les moments de ta vie qui t’ont marqué le plus ?

Hum…Je ne passerai pas par mille chemins pour exprimer ma satisfaction lors des conférences, formations et ateliers auxquelles j’ai pris part. Ce sont des moments uniques, des chances inimaginables et surtout de grands moments de partage d’expérience. Depuis 2011, j’ai visité une dizaine de capitales africaines pour participer à des rencontres de jeunes dans le domaine des droits de l’homme, du blogging, des TICs, de l’agriculture, de entrepreneuriat et bien d’autres. Ce sont autant de souvenirs que je ne suis pas prêt d’oublier. Mais ce qui m’a frappé le plus, c’est la maturité qu’on peut constater chez les jeunes et leur ferme volonté à prendre le relais dans tous les domaines. De la politique, à entrepreneuriat, en passant par l’agriculture, les TICS, les jeunes ont leur place. Et ils ne passent pas par mille chemins pour le faire savoir. J’ai rencontré de jeunes formidables avec des idées novatrices, des personnes dont les qualités peuvent transcender. Et ces jeunes, ils feront l’avenir de l’Afrique.

7-Pour toi, l’Afrique c’est quoi ?

Alors, c’est une belle question. L’Afrique est avant tout un continent tout comme le continent européen, américain, asiatique… C’est aussi des potentialités et des limites. C’est aussi un ensemble de pays qui cherchent à s’en sortir malgré le retard qu’ils accusent par rapport aux autres. L’Afrique c’est ce continent où même si la guerre, la famine, les maladies (Paludisme, Sida, Ebola, ..), le chômage et d’autres maux y sévissent, nous luttons pour mériter notre place dans le concert des autres continents. L’Afrique, c’est aussi ces africains qui marquent ou qui ont marqué le monde et l’histoire comme Nelson Mandela, Koffi Annan, et plein d’autres encore. L’Afrique c’est cette fierté d’appartenir à un continent qui est à la fois hospitalier et solidaire. L’Afrique, ce sont aussi des jeunes comme nous qui font bouger le monde à travers des idées nouvelles. Pour moi, être africain, c’est savoir nos forces et reconnaitre nos faiblesses.

8-Quels sont tes projets d’avenir?

Je nourris depuis peu un projet d’aller continuer en Master Recherche et m’orienter vers le doctorat. Je suis encore jeune et je pense qu’être jeune est une chance qu’il faut exploiter. Mon pays n’a pas plus que 3 docteurs en Informatique et ce domaine reste inconnu. Il y a tellement de possibilités qu’offre l’informatique, et la RCA doit les exploiter comme les autres pays tels le Sénégal, le Kenya, le Ghana, l’Afrique du Sud, et que sais-je encore. Je reste convaincu qu’avec l’informatique, nous parviendrons à renverser la tendance et à redynamiser la société centrafricaine.

9-Qu’as-tu à dire à la jeunesse ?

Je ne cesse de le répéter : être jeune est une chance que nous devons saisir. Nous avons plein d’énergie et de potentialité, il nous faut y mettre un peu de volonté et nous pouvons faire changer le visage de nos sociétés. Nous devons unis afin d’être plus forts. Nous devons chercher à aller là où nos grands-parents et nos parents n’ont jamais mis pied. Nous devons faire nôtre cet adage qui dit «Malheur à celui qui ne fait pas plus que son père ou sa mère». Nous sommes jeunes alors nous devons être l’émanation du changement.

10-Un mot pour la fin ?

Oui, des souhaits de fêtes de fin d’années ? Je voudrais profiter de cette vitrine pour souhaiter une joyeuse fête de Noël à tous les enfants du monde, d’Afrique et de Centrafrique. Mes vœux de santé, de bonheur, de réussite et de longévité à tous les jeunes du monde, les vieux, sans oublier le peuple centrafricain qui a plus que jamais besoin d’un vœu de paix et de cohésion sociale entre les communautés déchirées par la guerre et la haine. Enfin de vive voix, je voudrais souhaiter de joyeuses fêtes à tous mes collègues blogueurs de la LVDJ et de Mondoblog.

Centrafrique, ce pays de paradoxes

Comme si on ne devrait pas être surpris, l’accalmie en Centrafrique, du moins dans la capitale centrafricaine, Bangui a été de courte durée. Après les grimaces des représentants des entités et composantes à savoir l’opposition dite démocratique, les deux principaux antagonistes, la Seleka et les Antibalaka, et la société civile, le calme qui a régné à Bangui fut de courte durée. A l’origine de ses heurts, une raison cachée qui voudrait que la Cheffe de la Transition Catherine Samba Panza démissionne selon les vœux des leaders du mouvement Antibalaka. Cette requête a été reprise par certains chefs Seleka, mouvement qui a pris le pouvoir le 24 mars 2013, ayant conduit à l’éviction de François Bozize du pouvoir.

La violence, seul mode de revendication dans ce pays ?

Nous sommes le jeudi 09 octobre, comme à l’accoutumée, très tôt le matin, je rejoins mon salon pour suivre l’information sur France 24. L’information d’une manifestation organisée par les musulmans du KM5 en réponse à la découverte du corps sans vie et calciné d’un de leur vers le quartier Gobongo. La violence a recommencé dans cette capitale jadis appelée « Bangui la Coquette »devenant maintenant « Bangui la Roquette ». A Bangui comme dans les provinces d’ailleurs, la vie a presque cessé. L’angoisse est devenue omniprésente et la population pris au piège par certains compatriotes voulant coûte que coûte avoir le pouvoir. Le pouvoir, c’est ce à quoi pensent les instigateurs de ce chaos centrafricain. C’est aussi l’eldorado dans ce pays meurtri depuis plusieurs décennies. Pourtant, la démocratie stipule que le pouvoir doit appartenir au peuple et c’est le peuple qui doit l’exercer à travers les urnes. A Bangui, les urnes n’ont plus d’importance, du moins depuis que le coup d’Etat et les rebellions sont devenus des moyens très prisés pour s’accaparer d’un poste ministériel et satisfaire ses désirs de bien-être.

Chez moi, les paradoxes régent en maître

Chez moi, c’est la République centrafricaine. Un pays extrêmement riches selon beaucoup d’experts, bien entendu en sous-sol mais pauvre en réalité par ses chiffres (PIB très faible, chômage exécrable, mortalité très élevé, analphabétisme sans égal, baisse de niveau exponentiel, …). Chez moi, c’est cette folle et meurtrière guerre qui ne dit pas son nom et dont les causes sont l’égoïsme, l’ethnocentrisme, la mauvaise foi,… Et chez moi de manière général, c’est le pays où il y a plus de paradoxes.

Ministère de la jeunesse ou ministère de la Rébellion

Depuis quelques années, le poste de ministre de la jeunesse a changé de camp. Pour récompenser les mouvements de rébellion (comme si faire de la rébellion est une bonne chose), ce ministère clef dans certains pays car la jeunesse représente le lendemain d’un pays, a complètement changé de main. Au lieu de choisir un homme capable de conduire au bon port la jeunesse à travers ce portefeuille gouvernementale, les groupes de rebellions se voient souvent offrir systématiquement le ministre de la jeunesse. Mais comment peut-on mettre un homme qui a commis des violences, -évidemment sur la jeunesse aussi- puisqu’elle représente la part de la population la plus importante, là où on devrait avoir une personne dont, l’exemplarité et la rigueur devrait servir à toute cette jeunesse en perte de vision ?

Que faire pour la Centrafrique ?

Aussi difficile qu’elle soit, cette question doit interpeller plus d’un, en commençant par les centrafricains eux-mêmes. Les différentes crises qui se sont succédées depuis les années 80 méritent d’être élucidées. Il faut tenir le taureau par les cornes. Le mal doit être soigné à la racine. Nous avons assisté depuis trois décennies à la succession d’hommes et de femmes corrompus, sans vergogne, dont le patriotisme et l’intérêt général est le cadet de leurs soucis. Mais que faire ?

1-Changer de mode de gouvernance

Le clientélisme, le régionalisme, la corruption, Comme mode de gouvernance doivent cesser. Il ya eu assez de violence, de victimes, de dégâts humains et matériels, …La démocratie et la bonne gouvernance doivent être au centre de la gestion de la chose de l’Etat. Des assises doivent être organisés afin que la population puisse énumérée elle-même les causes profondes de cette crise qui n’a fait que trop duré.

2-Combattre l’impunité

L’un des problèmes majeurs de la Centrafrique est l’impunité à tous les niveaux. Depuis trois décennies, les responsables d’atrocités n’ont pas répondu de leur acte devant la justice. La chaine pénale doit faire son travail, l’impunité doit cesser. Au lieu que les postes soient octroyés aux personnes qui utilisent la violence pour se faire entendre, les prisons doivent être aménagées pour les accueillir et les rééduquez.

3-Lutter contre le chômage et la pauvreté

Si nous sommes arrivés à ce point, c’est en grande partie à cause de la pauvreté criarde et du taux très élevé du chômage en Centrafrique. La jeunesse n’a jamais été au centre des préoccupations gouvernementales. L’Etat doit penser à l’insertion des jeunes diplômés et des jeunes désœuvrés qui n’ont pas pu aller loin dans les études.

Centrafrique : que s’est-il passé à Bossemptele le 18 janvier 2014?

Le vendredi 25 avril, je devrais aller rencontrer un prêtre togolais qui venait de Bossomptele, une ville située à un peu plus de 250 Kilomètres de Bangui, la capitale centrafricaine. Sous un soleil aplomb, vers 15h, je savais que l’essentiel de nos conversions devrait tourner autour de ce qui se passe en Centrafrique mais je ne m’attendais pas à un récit aussi cruel. Il était à Douala pour ramener un container appartenant à l’unique hôpital opérationnel dans la ville de Bossomptele d’un peu plus de 11 000 personnes. Il s’agit de l’hôpital Jean Paul II opérationnel depuis 2011. Ce billet retrace notre conversation qu’il a bien voulu que je publie.

Le Père Bernard fait parti d’une communauté pour laquelle j’ai eu à intervenir comme consultant à un moment donné. Ce lien qui nous unit depuis 2010 a continué, même après voyage au Cameroun pour mes études universitaires. Sa visite à Douala pour ramener un container appartenant à l’hôpital dont il est le directeur, a été une occasion pour moi de m’enquérir de la situation de la ville de Bossemptele.  Mais grande a été ma surprise en écoutant ses témoignages. Il avait commencé par m’expliquer les difficiles médiations qui avaient lieu, avec aussi bien les responsables des Antibalaka (milice armée souvent de machettes mais aussi des armes qui règnent en maitre dans certaines villes dont Bangui avec cruauté) que ceux de la Seleka(coalition rebelle dont le chef Michel Djotodjia a pris le pouvoir en mars 2013, se caractérisant par des exactions sans précédente, des meurtres, des cas de viols, …). Mais ces médiations ont accouché de la souris. Les deux antagonistes n’entendaient pas en rester là. Chaque côté restait figé sur sa position.

La violence s’est imposée aux deux camps. Le dialogue a été rompu. Les différentes personnalités religieuses de cette petite métropole comme le père Bernard, un pasteur (qui, malheureusement a été tué, après avoir reçu une balle suite à une altercation entre la Misca de passage à Bossomptele et les caciques des antibalaka) et un imam, qui avec la complexité de la situation assuraient la médiation avaient ressenti ce manque de volonté des antagonistes  refusant de revenir à de bons sentiments afin d’épargner à la population civile une violence inutile. La Misca, alerté par les religieux sur une possible et imminente confrontation entre les deux camps n’a pas répondu favorablement à l’appel au cri de cœur lancé par ces représentants religieux. Cause : manque de logistique et d’effectifs.

Le 18 janvier 2014, tôt le matin, un chef des rebelles Seleka venu de Bangui, lourdement armé avec des renforts a donné l’ordre d’attaquer  les positions des Antibalaka se trouvant sur l’axe Bossemptele- Bozoum. La riposte a commencé de l’autre côté et la confrontation qui jusqu’à là, pouvait être évitée devient inévitable. Ce jour était triste pour cette  petite conglomération où s’entassent environ 11 000 personnes en symbiose. La division s’est installée et les victimes se font compter par dizaines. Rien que le 18 janvier, selon Père Bernard qui a pu avec sa communauté et quelques personnes de bonne volonté travaillant à la-croix-rouge, ramasser plus de 80 corps sans vie, essentiellement des musulmans peuls selon le prélat. Mais, le bilan était bien plus lourd car certains quartiers restés inaccessibles à cause de la violence, comptaient aussi des victimes. Les éléments de la Seleka ont dû quitter cette ville en regagnant des villes telles que Batangafo, Sibut ou Kaga Bandoro plus au Nord. Mais les quelques rares autochtones musulmans qui étaient encore restés à Bossemptélé, certainement des malchanceux n’ayant pas véritablement de liens avec la Seleka sont piégés et ont trouvé comme seule refuge les locaux des religieux de la communauté carmélite de Bossomptele.

Ils étaient un millier selon le prêtre. Des blessés, il y en eu et ils étaient transportés dans les poussettes pour des soins à l’hôpital Jean Paul II. Des check points sont installés à chaque ruelle par élements des antibalaka et les franchir était presqu’une mission impossible. Mais secourir ces personnes était une nécessité. Parfois, les blessés étaient enveloppés dans des draps pour donner impression à des morts. Fait paradoxal mais ayant retiré l’attention du Père Bernard, un des chefs antibalaka  de Baossomptele est le fils d’un imam de la ville. Cette progéniture qui n’a fait qu’attirer déshonneur et désolation au sein de la famille toute sa vie a quand même épargnait la destruction des biens familiaux. Mais malgré le mal qu’on disait de lui, il avait parfois imposer son veto dans les check points pour laisser passer les blessés musulmans menacés d’exécution par les radicaux antibalaka.

Dans une ville où l’Etat a disparu bien avant même ce triste événement du 18 janvier, les prêtres carmes de Bossemptele se sont  constitués en négociateurs, un travail bien difficile en ces temps, souvent au prix de leur vie comme nous l’a confié Père Bernard « Par deux reprises, j’ai failli être tué. Mais Dieu était avec moi. La première fois, quand j’étais allé pour rencontrer un groupe antibalaka sur l’axe Bozoum à une quarantaine de kilomètre, j’ai été pris à parti par les radicaux qui voulaient s’en prendre à moi. Ils étaient catégoriques, ils ne voulaient pas de dialogue avec les Selekas. Il a fallu que je les amené sur un autre terrain, celui humanitaire en les demandant s’ils ne possédaient pas de blessés. J’ai d’abord cherché à gagner leur confiance avant de passer au point sensible. Ce qui a marché ce jour mais les jours précédents l’attaque du 18 janvier, les choses ont été plus compliquées».

Il continue à ces termes : « Et puis il y a eu ce jour où un chef antibalaka m’a menacé avec une grenade en m’accusant de cacher les musulmans ». Il racontait qu’une fois, ils ont fait exfiltrer un jeune musulman, vendeur de crédit qui s’était refugié dans leur communauté. L’homme était obligé de s’habiller en femme afin de sortir profiter d’une occasion de la Misca grâce à la négociation de son grand frère. Mais si pour ce jeune les choses se sont passées plutôt bien, cela n’a pas été le cas pour Mahamat Saleh, le chauffeur des sœurs catholiques. Lui, après l’avoir exfiltré la nuit, il s’était fait capturer par un premier groupe d’antibalaka qui l’a complètement dépouillé, ensuite un deuxième groupe qui l’avait fait prisonnier. Après rudes négociations, la rançon fixée à 3 000 000 de FCFA pour sa libération a été réduite à 100 000 FCFA (environ 152 euros). Récupéré par les prêtres comme un colis, il sera par la suite exfiltré vers le Cameroun où il réside actuellement ».

Actuellement, les musulmans se sont vidés de cette ville où ils ont passé pour certains toute leur vie. Ils ont perdus des souvenirs, des proches, des biens et leurs maisons, …mais sortir sain et sauf de cette enclave représente une terrible chance pour la plupart. Car, rester en vie après avoir subi cette violence est synonyme d’un retour à l’enfer. Beaucoup garderont des séquelles de cet enfer. Mais si la majoritaire s’appose pour le moment, à l’idée de repartir un jour dans cette ville, certains le conditionnent surtout au retour de la paix et de la sécurité, un retour qui n’est pas pour demain au vu du développement de la situation.

RCA, encore et toujours à la Une des médias

Il y a bien longtemps que cette fameuse question sur comment sommes-nous arrivés à cette situation m’a intrigué. Depuis plus de deux mois, jours et nuit, je ne cesse de me poser cette ultime question sans pour autant entrevoir de véritables réponses. En fait, la réponse est relative, car elle dépend de chaque Centrafricain vivant la crise. Progressivement, je me suis fait cette idée, celle de comprendre que, peu importe la personne, il faut bien se garder en tête que sans l’implication des Centrafricains, tous les efforts seront vains.

La crise centrafricaine la plus médiatisée est loin de se faire oublier. Elle est là, et fera encore couler beaucoup d’encre. Une crise oubliée au départ a resurgi et tout le monde en parle grâce à une campagne importante médiatique. Le hic de tout cela est l’illusion que chaque observateur s’est faite en croyant à tort ou à raison que le juste fait de changer l’étiquette des forces internationales Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine) à la place de la Fomac Force d’Afrique centrale) puisse changer la donne. L’intervention tant attendue de l’opération française Sangaris n’aura pas permis d’enrayer une spirale de violence sans précédent. Le passage du droit de violence de la Seleka aux milices anti-balaka aussi violentes et n’ayant aucun respect des droits fondamentaux de l’homme ne fera qu’envenimer une situation déjà très volatile depuis plus d’une année. Continuer la lecture

Centrafrique : Djotodia a démissionné, la population est en liesse et après ?

La décision de Ndjamena est tombée en milieu de la journée ce vendredi 10 janvier 2014 à l’issue de la deuxième journée du sommet extraordinaire des pays de la CEEAC (Communauté économique des Etats d’Afrique centrale). La démission du président de la Transition et de son premier ministre a toutefois surpris même si elle circulait depuis plusieurs jours. Certains observateurs de la scène politique centrafricaine redoutaient le pire scénario : un compromis de la CEEAC afin de laisser le chef de l’exécutif centrafricain finir la transition. Finalement, le peuple centrafricain a eu ce qu’il voulait.

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Centrafricains, évitons la désinformation sur les réseaux sociaux

La crise centrafricaine a mobilisé un nombre important de compatriotes notamment sur les réseaux sociaux. Une autre manière d’informer est née depuis la tragédie centrafricaine : la presse citoyenne. Les internautes centrafricains grâce  aux réseaux sociaux se tiennent informés régulièrement à travers Facebook, Twitter, … Ce qui est d’ailleurs très important. Seulement, certains en abusent pour publier des informations erronées et non vérifiées. La situation en Centrafrique est déjà très tendue, nous n’avons pas besoin de l’envenimer.

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Centrafrique : sur fond de violence, une crise humanitaire sans précédent se profile à l’horizon

Alors que la crise sécuritaire est loin d’être résolue, la République centrafricaine doit faire face à une crise humanitaire sans précédent. Les chiffres avancés par les organisations des onusiennes font froid au dos. En plus de milliers de personnes qui ont été contraintes de se réfugier dans les pays voisins notamment au Tchad, au Cameroun, à la République Démocratique du Congo et au Congo, à l’intérieur du pays, plus de 150 000 personnes sont obligées de quitter leur domicile après l’attaque du 05 décembre 2013 perpétrée par des éléments d’une milice appelée les Anti-balaka contre les éléments Seleka et la communauté musulmane. Ils se retrouvent par milliers à l’aéroport International Bangui M’poko, dans les structures religieuses, des écoles pour échapper aux représailles des éléments de l’ex-Seleka et des milices Anti-balaka.

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