Centrafrique : la population des zones occupées par la SELEKA oubliée par les accords de Libreville ?

Plus d’un mois après les accords de paix signés à Libreville le 11 janvier 20013, des accords de plus qui donnent un peu d’espoir aux Centrafricains épris de paix, la population vivant dans les régions contrôlées par la rébellion SELEKA continuent de payer le prix fort de l’occupation. A en croire les témoignages, la situation s’est surtout empirée avec la prise de la ville de Mobaye, frontalière avec la République démocratique du Congo (RdC) en début février et les exactions commises par certains des rebelles, ce que les leaders appellent les « éléments incontrôlés », alors que ces derniers ont accepté d’entrer au gouvernement d’union nationale(GUN).

Risque d’une crise humanitaire

La situation humanitaire est d’autant plus que préoccupante et en cause, les exactions commises ainsi que des menaces proférées contre la population ont fait qu’aggraver la situation sécuritaire déjà très précaire.  Le nombre de personnes déplacées est estimé à environs 15 000, selon la représentation régionale du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés en RdC qui s’est d’ailleurs réjouit de la décision du gouvernement congolais de reconnaitre le statut de refugié aux Centrafricains ayant fuit leur pays. Des refugiés qui ont quitté pour la plupart la région de Mobaye, craignant pour leur vie et qui sont localisés dans la Province de l’Equateur (Nord-Ouest de la RDC) et dans la Province Orientale (Nord-est de la RDC) a précisé l’agence onusienne. On dénombre plus de 5000 enfants parmi les déplacés. Cette information a été confirmée par Le bureau de l’organisation des Nations unies pour les affaires humanitaires (OCHA) en Centrafrique lors d’une rencontre avec les journalistes le vendredi 15 février 2013 à Bangui.

Une situation alimentaire très préoccupante

Si les Centrafricains sont habitués à la hausse des prix, personne n’a prédit cette nouvelle hausse en un si peu de temps, des prix des denrées alimentaires telles que le maïs ont doublé. La plus part des personnes vivant dans les zones occupées ont déserté leur localité, craignant pour leur vie pour se refugier en brousse. Ce qui défavorise les activités champêtre à cause du climat d’insécurité grandissant. Pour éviter une crise alimentaire, le PAM a demandé un accès humanitaire garanti dans le nord et le centre de la RCA où vivent près de 800 000 personnes. Selon cette agence, ces personnes risqueraient de souffrir d’une pénurie alimentaire au cours de prochains mois. Le risque serait accru entre les mois de mai et de septembre prochain, pendant la saison pluvieuse. Il faut préciser qu’avant le déclenchement du conflit par la SELEKA, quelques 200 000 personnes étaient déjà prises en charge par le PAM.

L’insécurité toujours grandissante

Il est de plus en plus difficile d’entrer et de sortir par les axes contrôlés par la SELEKA.  Pour causes, certains éléments de cette rébellion sèment la terreur au sein de la population. C’est ainsi qu’on a dénoncé la séquestration des personnes et certains religieux à Kabo et Mobaye en représailles à la dénonciation des exactions par certains responsables religieux. Certains jeunes, originaires des villes occupées se transforment en véritables complices indexant certains habitants et les dépouillant de leurs biens. Les ONGs sont notamment touchées par cette insécurité : il y a quelques jours, trois véhicules appartenant à Médecins Sans Frontières (MSF) et à la Croix Rouge avaient été volés à Ndélé. Fort heureusement, deux des trois véhicules avaient été récupérés par la FOMAC lors d’une mission dans les zones occupées. Le 15 février, à Kabo, un véhicule de MSF Espagne a été pris de force par les hommes de la SELEKA.  Les habitants de Bambari, une des villes les plus touchées par les dégâts viennent d’exiger le 16 février au président Centrafricain François Bozize, la réouverture des voies occupés par la rébellion jusqu’à lors. Il s’agit notamment d’ouverture un corridor humanitaire permettant de leur venir en aide.

Les écoles toujours fermées pour les enfants

Ils sont environs plus de 166 263 enfants n’ont pas accès à l’éducation dans les villes occupées par la rébellion de la Séléka, a relevé Henry Sylvain Yakara, administrateur national chargé des affaires humanitaires du Bureau de l’organisation des Nations Unies pour les Affaires Humanitaires (OCHA), une information révélé par le Réseau des Journalistes des Droits de l’Homme en Centrafrique. Les portes des écoles sont restées fermer depuis la prise des localités par le groupe armé, certaines écoles ont même été pillées et les bureaux saccagés. Plus de 2000 enseignants vivent en état de précarité et la plupart se sont réfugiés soit à Bangui soit dans la brousse ou dans les pays voisins. Une situation qui ne favorise pas la réouverture des salles de classe malgré l’approche des examens de fin d’année scolaire.

Fort de tout ce que nous avons développé dans ce billet, il est plus qu’urgent que le cri de détresse de ces habitants, des personnes comme nous puissent être écouté et que les autorités puissent les venir en aide. L’envoi de la mission conjointe FOMAC-SELEKA-FACA est une initiative louable mais en plus, le démantèlement et le regroupement des hommes de la coalition doit être une des priorités de la nouvelle équipe gouvernement afin que toute l’étendue du territoire sans exception puisse respirer la paix.

Zo Kwe Zo

La résolution de la crise centrafricaine, signe d’une maturité de la diplomatie africaine

L’image est exaltante, une poignée de main entre Le président Centrafricain François Bozize et le Chef de la coalition rebelle SELEKA Michel Djotodia après les accords de paix signés à Libreville au Gabon. On l’a bien vu, la crise centrafricaine a été résolue et ce grâce à l’appui de la CEEAC qui a été d’une exemplarité sans égale. Aujourd’hui, la crise n’est pas derrière nous mais les résolutions prises vont permettre de décanter la situation et d’amener une paix durable-on l’espère beaucoup-dans cette partie centrale du continent africain qui a tant souffert. L’espoir de tous est que cet accorde signé puisse être définitif.

Le vendredi 11 janvier a marqué un événement important pour tous les Centrafricains où qu’ils soient. Cet événement est la signature de l’accord politique permettant à la Centrafrique et son peuple tout entier de souffler à nouveau à ce vent de paix qui n’a pas de prix. Après plus de trois semaines d’affrontements militaires et de guère médiatique caractérisée par des déclarations de toutes sortes par les différents protagonistes, le cri de cœur des Centrafricains que je fais mien dans l’un de mes billets a été entendu par le Bon Dieu. Trois de jours de face à face a permis d’arriver à ce résultat escompté.

Le plus grand honneur revient à tous les protagonistes qui ont été exceptionnels  afin de sortir de cette impasse, un signe de la maturité de tous les Centrafricains quelque soit leurs différences. Mais cette victoire centrafricaine est notamment celle de l’Afrique toute entière et de sa diplomatie en générale et surtout de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale qui a ménagé aucun effort pour réunir les belligérants autour d’une table et les aider à trouver un consensus pour résoudre leur différends.

A travers cette issue, l’Afrique toute entière a prouvé qu’elle peut valablement parvenir à réunir ses filles et fils afin d’enterrer la hache de guerre et de les permettre de manger dans une même assiette. Cette maturité diplomatique a été menée de bout en bout par les Excellences Denis SASSOU NGUESSO, Président de la République du Congo et médiateur mandaté par la CEEAC, Idriss Deby, Président de la République du Tchad et Président en exercice de la CEEAC qui ont contribué efficacement à cette fin passible et surtout pour leur implication personnelle dans la réussite des négociations de Libreville ayant aboutie à la conclusion d’un accord politique apprécié par les parties prenantes, une bouffée d’oxygène pour tous les Centrafricains épris de paix. Les différents participants ainsi que les chefs de fil de chaque délégation ont été conciliants et c’est une action qu’il faut saluer en tant que Centrafricain.

Il faut reconnaitre que contrairement à tout ce qui se dit, l’accord politique ayant pour conséquence la formation d’un gouvernement d’union nationale regroupant toutes les parties prenantes avec  la désignation d’un Premier ministre issu de l’opposition, l’arrêt des hostilités entre autres n’est pas une victoire d’une partie ou d’une autre, mais celle du peuple centrafricain qui ne veut plus de la guère.

Si l’on a fait l’éloge des contributions de tous les acteurs impliqués dans la résolution de cette crise, il faut reconnaitre que la tradition africaine a toujours favorisé le dialogue entre frères. Le baobab symbolise par exemple l’arbre à palabre qui servait de cadre pour des concertations. En donnant toute la valeur au dialogue comme solution aux mésententes qui peuvent animer certains groupes de personnes, les africains essayent de renouer à la tradition jadis qui a été oubliée à un moment donné, un retour à la source qu’il faut applaudir et souhaiter que cela perdure.

Il ne reste qu’à souhaiter bon vent pour la mise en application des résolutions prises à Libreville et espérer que les autres pays en conflits puissent emboiter le pas à l’exemple centrafricain.