Centrafrique : pourquoi la recrudescence de la violence dans la ville de Bangui

Une semaine marquée par la violence, c’est ce que les habitants de Bangui viennent de vivre et retiennent de la semaine du 11 au 18. Principalement dans la capitale centrafricaine, ces violences qui sont encore présentes dans les provinces ont montré combien la situation sécuritaire s’est considérablement détériorée dans ce pays passé sous le commandement de la Seleka depuis le 24 mars 2013. Autant de raisons peuvent expliquer ce regain de violence et l’instauration d’un climat de terreur dans la capitale centrafricaine, Bangui. Assassinat d’un ancien élément de la Force Centrafricaine(FACA) à Miskine, Braquage d’une moto vers le quartier Sara, enlèvement d’un jeune au quartier Fatima, exécution sommaire d’un magistrat et son garde-de corps, les centrafricains sont obligés de se promener chaque jour que Dieu fait, avec leur certificat de décès au coup. Mais tiendront-ils encore pour combien de temps ?

-Le désarmement de septembre, une parodie  

Les débuts de désarmement ont commencé avec les Forces de la Fomac après l’accrochage entre la population du quartier de Gobongo et les éléments la Seleka suite à l’assassinat d’un jeune dudit quartier faisant plusieurs victimes fin juillet 2013. Après la triste opération de désarmement dont s’est greffée une musclée opération de  pillage perpétrée contre les civiles de Boye Rabe, un quartier réputé proche de l’ancien président François Bozizé évincé depuis le 24 mars 2013, la force de l’Afrique centrale a décidé de prendre les choses en main. Si ces opérations ont été appréciées par toute la population, elles se sont éloignées de leur objectif qui est celui de pacifier la capitale afin de l’étendre dans les provinces. On se souvient encore que le 18 aout 2013, le Général Nouredine Adam, le numéro de la Seleka a été enlevé de son poste de Ministre de la sécurité publique et remplacé par Josué Binoua. Ce dernier, considéré comme un Judas par certains membres de KNK et surtout les proches de l’ancien président François Bozizé, a su se rendre compte que seul le désarmement effectif peut permettre de sauver une situation déjà très volatile. C’est ce qui a justifié début septembre, les opérations de désarmements menées par les forces de l’ordre public et la Seleka.

La Seleka sera exclue après les bavures dans certains quartiers tel que Boeing qui ont fait fuir la population en se refugiant dans le seul endroit jugé fiable pour eux, le tarmac de l’aéroport Bangui M’Poko. Même si un décret du chef de l’état de Transition Michel Am Non Drocko Djotodia a exclu les éléments de la Seleka de la suite des opérations suite à sa dissolution, leur présence est restée visible dans les rues de Bangui et des autres villes centrafricaines occasionnant un climat de terreur absolue.

Apprécié par toute la population dont l’initiateur Josué Binoua a été considéré comme l’homme de la situation, le désarmement se fera à deux poids deux mesures et épargnera certains caciques de l’ex Seleka. Il est un secret de polichinelle que les éléments de la Seleka pour la plupart gardent par devers eux, plusieurs armes récupérées lors de la prise de Bangui. Ils ont juste remis quelques unes et un stock important est resté caché soit déplacé. La Seleka étant un mouvement rebelle hétéroclite, ses éléments ne devraient normalement pas être impliqués à ces opérations, ce qui se justifie également par la fraternité qui pourraient exister entre ses éléments empêchant sans doute le sérieux pour le désarmement. Tout le monde sait que seules les opérations de désarmement bien organisées et efficaces peuvent permettre de ramener l’ordre dans ce pays.

-L’absence du général Moussa Assimet, une cause probable

On se souvient encore du transfert du général Moussa Assimet, l’un des chefs de la Seleka le plus influent, le 18 octobre dernier au Soudan son pays natal. Celui qui se réclamait centrafricain d’originaire était parti seulement avec une dizaine de ses hommes à bord de l’avion qui l’avait amené. Pourtant, une source militaire à Bangui expliquait qu’il dispose encore de quelques 500 éléments à Bangui et qu’il avait demandé à ce qu’ils soient incorporés dans l’armée centrafricaine. L’absence de ce chef peut avoir des conséquences sur ses éléments qui pourraient être les instigateurs de la violence à Bangui. Sans leur chef, ils se croiraient biaisés et décideraient de se faire payer sur la peau de la bête. Le cantonnement de tous les éléments de la Seleka y compris ceux du Général Moussa Assimet doit être une priorité pour le gouvernement et le président de la  Transition s’ils veulent absolument ramener l’ordre sur le territoire centrafricain.

Le gouvernement de transition est-il incapable de faire appliquer ses décisions ?

A en croire, le problème financier avec l’état piteux où se trouvent les caisses du trésor centrafricain n’arrange pas la situation. Même si tout le monde sait que ce problème est essentiellement dû à la non-opérationnalisation des services de douanes et d’impôts notamment dans les provinces qui alimentent essentiellement les caisses de l’Etat afin de garantir les dépenses de l’État. La suspension de l’aide par certains partenaires de la République centrafricaine telles que la Banque Mondiale, le FMI et autres n’a fait qu’amplifier la descente aux enfers. Mais le problème le plus grave est sans doute le respect des décisions prises par les autorités de la transition. En mai dernier, l’ancien Ministre de la Sécurité, également le numéro de l’ancienne Seleka avait pris des décisions interdisant aux ex-Seleka de se promener dans la ville de Bangui lourdement armés comme si, ils partaient en guerre. Cette décision avait accouché d’une souris. Il en va de même des décisions prises par le Chef de l’Etat interdisant les éléments de l’ex Seleka de prendre part aux opérations de désarmement. Tout porte à croire que même les décisions du président de la transition ne font pas l’unanimité parmi les responsables de ce mouvement.

-L’aide internationale tarde à venir

Tous les pays y compris les pays du conseil de sécurité des Nations-Unies se sont rendus compte de la dégradation de la situation sur le terrain. Plusieurs « lieutenants » de Ban Ki Moon, le secrétaire général des Nations-Unies l’ont confirmé lors de leur visite dans ce pays. La visite de Laurent Fabius alors ministre français des Affaires étrangères le 12 octobre et sa déclaration ont fait comprendre au monde entier combien les centrafricains souffrent. La résolution de l’ONU visant à renforcer le Binuca (Bureau Intégré des Nations-Unies en Centrafrique) et le renforcement de la Misca (Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique) a été une décision saluée par les uns et les autres même si l’envoi des casques bleus n’est pas d’actualité pour les Américains et les Anglais. La promesse des partenaires ainsi que celle de l’Union européenne et des Etats-Unis ont été des signes qui expliquent la prise de conscience de la situation centrafricaine. Mais l’aide promise, dans l’ensemble tarde à se concrétiser face à l’urgence de la situation sur le terrain. L’opérationnalisation de la Misca et son soutien apparaissent inévitablement comme une solution incontournable. Mais les défis restent présents dans la mise en place de cette force africaine dont la date du 19 décembre est décidée pour son effectivité.

Un constat amer fait l’unanimité : la République centrafricain est au bout du chaos, elle est en situation de pré-génocide comme le disent les Américains, au bord du génocide comme l’explique la position française et un état défaillant comme l’affirment certains  responsables des Nations-Unies. Mais si tout le monde sait que ce peuple qui a commencé à souffrir depuis plusieurs mois et continuent de subir des atrocités sans précédent a besoin qu’on le fasse sortir de ce trou dont la sortie semble impensable, pourquoi ne pas voler à son secours ? Que fait-on de la solidarité humaine? Et pourquoi ignorer l’appel et le cri de détresse d’un peuple au bord de l’irakisation? Comme le dit certains responsables de l’ONU dont le sous-secrétaire de maintien de la paix, il faut agir maintenant et vite pour éviter un génocide.

Centrafricains, partageons-nous la responsabilité dans le drame de notre pays ?

Tant de questions ont effleuré mon esprit ces derniers temps me poussent à rédiger cet article. Des questions qui sont pour la plupart légitimes vu leur importance. Pour se relever de cette crise endémique, il faut repartir à la source. « Pour tuer un serpent, il faut couper sa tête ». Les Centrafricains de toutes les couches partagent-ils la responsabilité collective de notre drame ? Le conflit centrafricain est plus profond qu’il en à l’air. Il est béant. Il doit être vu et expliquer dans tous ses contours. Dans ce billet, nous tenterons d’expliquer un certain nombre de choses qui ont permis de creuser davantage notre tombe.

 Quelques compatriotes avaient déjà abordé ces constantes qui méritent d’être soulignées. Dans un article de notre confrère blogueurCentro, la crise centrafricaine résulte d’un complot international et la solution ne viendrait pas de cette communauté internationale, ces personnes qui se disent politiciens, de l’Union africaine ni de la CEEAC qui ne font que tergiverser. Le scénario est semblable à celui du Mali où plusieurs réunions avaient été convoquées (plus d’une dizaine) sans vraiment avancer dans résolution de la crise malienne. Il a fallu que la France intervienne et qu’aux côtés des troupes françaises, un contingent tchadien se décident de lancer l’assaut pour libérer le nord Mali des groupes djihadistes. En Centrafrique, déjà 5 réunions extraordinaires, plus de 6 mois et une force qui n’existe que sur le papier car le contour financier reste discutable. Les organisations sous-régionales, régionales et internationales se regardent sans se concerter réellement sur le financement de la Misca. Je partage cette analyse du fait que nous avons largement contribué en tant que Centrafricains à arriver à cette déconfiture où passer une nuit sans une mauvaise nouvelle du genre attaque à Bossangoa, pillage à Boye-Rabe, assassinat à Combattant devient quelque chose de normale.

La vie de chaque Centrafricain ne tient qu’à un fil qui peut être fendu à tout moment par la volonté d’une tierce personne. L’humain est animalisé, dépouillé de toute sa dignité. Qu’à cela ne tienne, la faute nous incombe, car en tant que patriotes, notre responsabilité première consiste à nous unir pour barrer la route à tous ceux qui s’opposent de quelque façon que ce soit, au développement de notre cher et tendre pays, un pays qui a brillé dans le passé. Nous avons non seulement assisté à cette lamentable situation, mais nous y avons largement contribué par la mauvaise foi, par nos sales besognes, par le manque de patriotisme. Chacun quel que soit son travail, a jeté l’huile sur le feu. Notre ignorance a été constante et elle est un effet boomerang.

Des faits qui parlent d’eux-mêmes

  • Lorsque nous avons décidé volontairement d’opter pour un régime basé sur le népotisme, le favoritisme, le clientélisme, le clanisme, ce n’est pas la faute à la communauté internationale.
  • Lorsque nous avons volontairement sacrifié l’éducation des Centrafricains en détournant les fonds destinés à réformer les systèmes éducatifs, à corrompre un système éducatif qui n’existait plus depuis plus d’une décennie, ce n’est pas la faute à l’Unesco.
  • Lorsque nous avons décidé volontairement de détruire l’armée, en favorisant le recrutement des proches et parents en son sein au lieu de réaliser un recrutement digne de ce nom en mettant en devant, les compétences et la bravoure, ce n’est pas la faute à la Fomac ni à la Misca.
  • Lorsque nous avons décidé d’aider ces étrangers qui se sont mis à piller, tuer, détruire les maisons par notre complicité en pointant du doigt les maisons, en profitant pour régler nos comptes, ce n’est pas la faute aux Tchadiens ni aux Soudanais;
  • Lorsque nos frontières sont d’une porosité extrême et que des groupes armés étrangers circulent en toute liberté sans pour autant être inquiétés, ce n’est pas la faute aux pays voisins ;
  • Lorsque nous avons décidé d’escroquer, en tant que chef militaire, les candidats au recrutement des militaires sous l’ancien régime et que ces candidats malheureux se retrouvant dans la Seleka en profitent pour se venger, ce n’est pas la faute d’une tierce personne ;
  • Lorsque nous avons décidé de créer les partis politiques pour ensuite sauter sur la première occasion pour entrer dans le gouvernement et rallier à la majorité présidentielle et perdre le chapeau de l’opposition en acceptant certaines pratiques non démocratiques et en privilégiant remplir nos poches au détriment du peuple que nous avons juré sur la tombe de nos ancêtres lors des discours creux et dénués de sens que nous allons le servir, ce n’est pas la faute au peuple qui a placé en  nous son espoir ;
  • Lorsque, au lieu de créer des entreprises afin d’embaucher des jeunes sans emploi, favoriser le développement socio-économique, nous avons jugé utile de créer des partis politiques qui « polluent » l’atmosphère politique en Centrafrique, ce n’est pas la faute à la France ;
  • Lorsque nous avons décidé d’aller vivre à l’étranger et de nous fier juste à des fameuses déclarations qui ne changent en rien la situation au lieu d’emboiter le pas aux initiateurs de URGENCE236 qui sont venus en aide aux populations affectées, ce n’est pas la faute aux organisations humanitaires.
  • Lorsque, nous avons décidé volontairement de regarder nos frères, peu importe leur région, leur ethnie, leur religion comme des étrangers, alors que ce sont aussi des Centrafricains comme nous, ce n’est pas la faute à la communauté internationale ;
  • Lorsque nous avons décidé d’aller voter pour un candidat parce qu’il est de notre ethnie, notre région, ou que nous avons reçu de l’argent et du matériel de sa part, ce n’est pas la faute aux observateurs internationaux ;
  • Lorsque nous acceptons de percevoir un billet de 5000 F Cfa pour endurer 5 ans de souffrance à raison de 1000 F Cfa par an, ce n’est pas la faute à l’Union européenne. Alors que nous pouvons opter comme Stephen King,  « La confiance de l’innocent est le meilleur atout du menteur», ôtons cette confiance aveugle aux politiciens et leur masque tombera toute seule.
  • Lorsque nous avons décidé d’ignorer ce qui se passe dans notre pays et vivre comme si de rien n’était en laissant nos pauvres parents pourrir comme des animaux, ce n’est pas la faute à la communauté internationale.

Alors Centrafricains, chers frères et sœurs, pourquoi renvoyer la responsabilité sur les autres lorsque nous sommes, nous-mêmes à l’origine de notre drame. Nous avons toujours opté pour la facilité en rejetant la responsabilité sur les autres puisqu’il est facile d’accuser que de s’accuser.

Quand est-ce que nous allons ouvrir les yeux et comprendre que nous sommes responsables de ce qui se passe et que c’est par nos propres efforts que de la solution idoine et définitive jaillira la joie dans nos cœurs. Il est temps que nous changions, car « Les erreurs ont toujours été les plus grands professeurs» affirme François Gervais.

Si nous ne voulons pas que notre pays revive la même tragédie, c’est à nous de décider de tourner cette sombre page de notre histoire et décrire une autre page dont la base doit être la démocratie. Ce combat ne doit pas être solitaire, il faut qu’il y ait une révolution morale, car c’est elle la vraie révolution, ce n’est pas les armes qui vont faire changer les choses et là, nous avons eu suffisamment de preuves pour ne plus nous en dissuader.

Centrafrique : l’internationalisation de l’aide, une bonne nouvelle pour les centrafricains

Près d’un mois après la réunion sur la crise centrafricaine qui a eu lieu en marge de la 68e assemblée générale des Nations-Unies, des progrès ont été remarquées dans la résolution du conflit centrafricain. Ce dernier qui a longtemps été ignoré a fait son apparition sur l’agenda international grâce notamment au plaidoyer de la France qui a décidé finalement de réagir.

Laurent Fabius et la chef de la diplomatie centrafricaine à Bangui, le 13 octobre 2013(crédit:http://www.acap-cf.info)

Laurent Fabius et la chef de la diplomatie centrafricaine à Bangui, le 13 octobre 2013(crédit:http://www.acap-cf.info)

Le 26 septembre dernier lors d’une réunion co-présidée par la France et l’Union européenne, un pas important a été fait en lançant un appel à contribution à l’encontre de la communauté internationale afin d’aider à l’éradication du mal centrafricain. Quelques jours avant, à l’occasion des travaux de l’assemblée générale, certains présidents à l’instar du français François Hollande, du tchadien Idriss Deby et du Gabonais Ali Bongo sans oublier le plaidoyer du chef du gouvernement centrafricain de transition Nicolas Tiangay ont essayé de peindre une situation peu reluisante que vivent les centrafricains depuis plus de 6 mois au monde. Tous ces discours n’ont pas accouché d’une souris, la preuve, une résolution sous initiative française a été finalement adoptée à l’unanimité par les 15 membres du Conseil de sécurité sur le renforcement du mandat du Binuca (Bureau intégré des Nations-Unies en Centrafrique) et le soutien au déploiement rapide de la force africaine Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique).

La visite du ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius du 13 octobre dernier n’a été qu’une étape de plus dans la résolution de cette crise endémique que vit ce pays au centre du continent africain. Plus d’une qu’une visite de courtoisie pour remonter le moral des troupes françaises présentes à Bangui et visiter un centre hospitalier de Bangui, ce déplacement a permis au chef de la diplomatie français d’échanger avec les principaux responsables de la transition dont le président de la Transition Michel Djotodia, le premier ministre Nicolas Tiangay et le président du Conseil National de Transition Ferdinand N’guendet sur la nécessité de travailler ensemble et de laisser de côté les querelles intestines qui les opposent. Il a encouragé les nouvelles autorités de Bangui à faire davantage d’efforts dans la pacification du pays et surtout respecter la feuille de route de la Ceeac notamment la tenue des élections au plus tard début novembre et a rassuré les centrafricains qu’ils ne sont pas oubliés.

Le triplement de l’enveloppe européenne à la Centrafrique, est une autre bonne nouvelle pour ce milliers de victimes de du conflit qui ont besoin d’une aide conséquente surtout l’aide humanitaire. L’Union européenne est le principal bayeur du pays et reste la seule institution qui n’a pas suspendu réellement son aide malgré le repli d’autres institutions. On se rappelle que les salaires du mois d’avril avaient été payés grâce au déblocage de l’aide européenne. Le Fmi, la Banque mondiale et la BAD qui avaient suspendus leurs activités ainsi que leur aide sont revenus sur leur décision, ce qui est une action encourageante pour ce pays meurtri.

L’envoi de troupes supplémentaires par les pays de la sous-région Ceeac à l’instar du Tchad (quelques 400 éléments), du Congo Brazzaville (150) et de 200 militaires de la Guinée Équatoriale -pays qui n’avait jusqu’à lors pas de troupe par les forces de la Fomac en Centrafrique- et très prochainement du Burundi sont des mesures qui doivent être bien accueillies. Cette force africaine ou Misca contiendrait quelques 3000 hommes et doit être rehaussés à 3500 selon la résolution de l’Union africaine.

Le récent sommet extraordinaire – le 5e du genre sur la crise centrafricaine- dont le communiqué final lu par le secrétaire général de la Ceeac, a exhorté la communauté internationale à accroitre son aide, demander que la force africaine présente en Centrafrique fasse appel à la force si possible pour mettre hors d’état de nuire ces ex-éléments de la Seleka qui ont animosité la population. La mise à la disposition de la force des moyens aériens pour permettre de traquer ces ex-Seleka et les booster hors de la Centrafrique en les traquant reste aussi une très bonne résolution.

Enfin, dernière nouvelle, la demande envoyée par le secrétaire général au conseil de sécurité pour l’envoi de quelques 250 militaires de l’ONU et avec à terme son renforcement à 560 hommes afin de protéger la mission de l’ONU qui devraient se répandre dans l’arrière pays et la décision autorisant le Binuca d’aider pour la réussite du processus des élections prochaines sont autant de choses dont les centrafricains doivent se réjouir.

Sommet de l’UA contre la CPI, solidarité africaine ou protection des tortionnaires africains ?

Je n’ai jamais apprécié ces sommets des chefs d’états africains mais celui qui s’était ouvert le samedi 12 octobre est sans doute le plus inutile que je puisse connaître. Je ne le dit pas parce que je suis contre le report du procès du président kényan Uhuru Kenyatta, au contraire, je fais partie de ceux qui pensent qu’il doit assumer son rôle de président et son jugement pourra venir après. Surtout que le Kenya est un pays démocratique, on sait qu’il va quitter le pouvoir selon la constitution et pourra se présenter à Justice. Mais ce que je n’ai jamais compris, c’est cette décision qui a été soufflé en coulisse avant que la raison puisse réapparaitre à ces chefs suprêmes.


Au moment où le monde se consterne encore devant les victimes de Lampedusa et celles entre les côtes de Lampedusa et l’Ile de Malte, organiser un sommet essentiellement pour discuter du retrait de la Cour Pénale Internationale (CPI) est la chose la plus anormale. Mieux encore, il s’agit d’une manière voilée aux présidents africains de sauver leur tête. Ils sont tous hantés par le mal qu’ils ont commis, ces nombreux assassinats qu’ils se sont rendus coupables lors de leur règne. Ils ont seulement oublié que l’histoire les rattrapera toujours.


Loin de moi l’idée de dire que la CPI est une cour parfaite, elle s’est focalisée davantage sur le continent africain, notre continent qui s’est toujours fait connaitre pour tous les maux du monde. Cette cour dont dirige actuellement la femme de fer Fatou Bensouda, une gambienne a une raison de vie, celle de traquer peu importe les lieux, la durée, les sanguinaires qui se croient tout permis. Ce n’est parce que vous êtes au pouvoir que vous vous permettez de croire que tout vous est permis. D’ailleurs, dans mes folles réflexions, je me suis posé plusieurs fois la question si les présidents africains, ces dictateurs, ces sangsues dorment au moins la nuit. Ben, je pense qu’ils ont non seulement l’insomnie mais surtout qu’ils changent de domicile toutes les nuits. Je ne sais pas comment se passe chez vous, mais n’imaginez pas le passage d’un président centrafricain ou pire encore d’un Paul Biya camerounais sur une route. Tout est bloqué, même les chiens ne peuvent aboyer ! En 2011, lors d’un séjour à Douala, la malchance des voyageurs a été de choisir de voyager pendant les campagnes présidentielles et surtout le jour où Paul Biya devrait venir à Douala pour sa campagne. Même un chat ne pouvait traverser une des routes où le cortège présidentiel devrait emprunter. Conséquence, beaucoup de voyageurs se sont retrouvés hors de l’aéroport au moment du décollage de leur vol. Que des larmes pour la plupart pour ce rendez-vous manqué car l’avion ne fait pas de marche-arrière.


Bref, fait quoique paradoxale pour certains surtout pour les africains que nous sommes, habitués à ces parades présidentielles, cette petite anecdote explique la peur au ventre des dirigeants africains quant à leur sécurité. Lorsqu’on dirige un peuple, on doit être avec le peuple et pas contre le peuple. Les meurtres, exécutions sommaires, tortures sont des actes qui ne doivent pas restés impunis.

Ce qui est également paradoxale, c’est le fait que ce soit les pays des pays africains où les dirigeants inquiétés qui sont instigateurs de cette décision qui a été évité de justice. Peur de s’attirer la colère de la communauté internationale ? Ou simple bluff pour secouer la CPI, on ne saura jamais cette acharnement que nous en avons déjà parlé lors d’un précèdent billet. Pour une fois, ne voyez pas votre intérêt mais défendez l’intérêt du peuple que vous persécutez. Si les justices africains étaient capables de juger les auteurs de crimes et ce, de manière impartiale, on ne sera pas en train d’assister à cette réunion d’auto-soutien des présidents. Auto-soutien car la plupart sont déjà inquiets même avant la fin de leur règne d’un possible séjour devant cette cour.


Alors trêve, il fallait juste lancer une procédure demandant à la CPI de suspendre le cas Kenyatta provisoirement et plutôt parler de ce drame que constitue l’immigration. Je suis parfois surpris de lire les commentaires d’africains qui se laissent convaincre par la duperie des dirigeants. Ils se foutent de notre gueule. Le vrai problème à résoudre actuel est celui de l’immigration qui fait de millier de morts. Pas même une seule déclaration à l’exception de celle des autorités Érythréennes qui d’ailleurs ont indexé la responsabilité des États-Unis.


Africains, laissent ces assassins se faire juger. Ils ont tué, torturé, massacré, il est normale qu’ils répondent de leur fait devant une juridiction internationale. A moins que l’Union rendre fonctionnelle une cour africaine pour les juger, la CPI doit continuer son travail !

Je suis président africain, je ne veux pas être jugé car c’est à moi de juger

Combien ils sont, on ne comptera pas assez. Ces présidents africains qui ne cessent de violenter leur peuple, un peuple qu’ils ont juré de défendre et de conduire à bon port. En Afrique, le titre de ce billet fait le buzz car les présidents africains se croient au dessus de la loi. Pourtant, les juristes aiment dire, « nul n’est censé ignoré la loi ». D’autres encore expliquent que, après la loi, c’est le mûr.

 

 Il suffit de faire un tour sur le site de la CPI, cette Cour Pénal Internationale que les dirigeants africains ont finalement decidé de renier car ils se sont rendus compte que la plupart des mandats sont lancés contre les africains. Cette opposition ou bien la mise en cause de cette prestigieuse cour qui a fait couler beaucoup d’encre lors d’un sommet de l’Union africaine tenue à Addis Abeba.

Dans mes folles réflexions, je me suis aussi posé la même question que nos dirigeants sur le véritable de ce tribunal que mes compatriotes connaissent très bien grâce à l’affaire Jean-Pierre Bemba. Cette question m’a parut dénué de sens vu les atrocités que nos dirigeants commettent chez eux. En Afrique, il est presque impossible pour un président d’avoir les mains tachées. Je me suis demandé si Macky Sall aura un casier vierge à sa sortie ! Quand on est président en Afrique, on doit VRIAMENT régner. Vous savez ce que veut dire régner chez nous, ben cela veut dire qu’il faut s’imposer, se faire respecter. Et pour faire asseoir son autorité, un dirigeant africain ne passera pas par mille chemins : on préfère faire mieux que les colons, on tue, on emprisonne arbitrairement, on accuse nos opposants ou détracteurs d’intelligencia à un coup d’état ou mieux encore d’auteur ou co-auteur d’une déstabilisation du pays. Les motifs ne manquent surtout pas. Tous les moyens sont permis pourvu qu’on arrive à faire taire définitivement si possible ces épines qui ne cessent de piquer.

Mais lors de mes réflexions, j’ai pu me faire une idée de la peur qui traverse souvent les dirigeants africains les amenant toujours à faire recours à l’ultime chemin, s’accrocher au pouvoir et ne pas le quitter d’une semelle. Les présidents en Afrique ne veulent pas abandonner le navire juste pour une raison simple : ils ont fait assez de mal au point d’avoir peur de l’avenir sans ce pouvoir qui devient au bout du temps, leur seule raison de vivre. Et, il faut être bête pour remettre le pouvoir alors qu’on signe notre mort par la même occasion. Toutes ces victimes, ces personnes qui ont été séquestrées, emprisonnées arbitrairement, torturées et qui ne sont pas morts attendent juste le moment opportun pour prendre leur révenge. Et surtout dans tout cela, c’est la CPI qui est la plus bénéfique : ouverture d’une enquête en vue de réunir les preuves pour une éventuelle poursuite judicaire contre X. Ce X représente souvent un dignitaire du pouvoir.

L’organisation judiciaire d’un pays autorise qu’une enquête soit ouverte à l’encontre d’un ancien président afin de découvrir d’éventuelles preuves dans sa culpabilité. Cette organisation combien acceptée par la constitution n’est mise en cause par un président que lorsque ce dernier n’est plus aux règnes. Il y voit pareille une arme qu’il tenait le déclencheur mais inversée dans sa situation actuelle où il se trouve pointé par l’arme. Il n’est pas interdit de se soumettre à cet exercice judicaire qui peut mettre en cause tout citoyen. D’ailleurs, si vous n’avez rien à vous reprocher, pourquoi ne pas vous soumettre ?

Donc ne vous trompez pas. Si Hissein Habré qui a bénéficié jusqu’à une date récente d’une liberté et ses avocats s’opposent à son incarcération, il a sans doute raison. D’ailleurs, vous devriez sans doute écouter l’ancien président centrafricain François Bozize qui, malgré sa triste prison de Bossembele, refuse de reconnaître les assassinats qui ont eu lieu dans cette partie de la RCA en balayant le mandat d’arrêt international lancé à son encontre. Ce dernier a raison aussi. Tous ces dictateurs africains qui aujourd’hui sèment la terreur chez eux, ne se gênent pas pour le moment malgré le forfait qu’ils commettent sur de paisibles citoyens. Tous ont raison à cause de ce principe africain : je suis président africain, je ne veux pas être jugé car c’est à moi de juger. Messieurs les présidents, prenez votre courage à deux mains et affrontez la justice de vos pays pour prouver votre innocence.