La revue de la presse africaine du 17 au 24 février 2013

Loin de moi l’idée de me substituer au journaliste de la RFI Pierre-Edouard Deldique, réalisateur de l’émission « Une semaine en Afrique » mais la semaine du 17 au 24 février 2013 a été marquée par d’énormes événements en Afrique dont je voudrais donner un résumé succincte. L’Afrique a été une fois de plus au cœur du média, que ce soit les radios, les télévisions, la presse écrite ou les journaux en ligne, tous sans exception ont publié des informations sur certains pays.

Et comme la charité bien ordonnée commence par moi-même, je débute cette revue de presse par la Centrafrique. L’actualité qui a fait la une est sans doute la suppression de deux émissions radio pro-Bozize qui a fait couler beaucoup d’encre. Cette décision découle de la conséquence directe de la nomination il y a quelques semaines de Christophe Gazambéti, un des portes paroles de la SELEKA, comme ministre de la Communication après la mise en place du Gouvernement d’Union Nationale (GUN). Les émissions concernées « Yé so é lingbi ti inga » et « Bango ndo ti Gbia ti Kodro » étaient animées par des proches du président Centrafricain François Bozizé dont le Directeur de la presse présidentielle. Dans ces émissions, il est fait l’éloge du chef de l’Etat et des actions présidentielles. Les réactions sont divisées entre les partisans du président centrafricain et ceux de l’opposition. Aussi, le cantonnement des rebelles de la SELEKA a été prévu par la Fomac et le gouvernement pour le dimanche 24 février, mais il a fait l’objet d’un report pour des raisons technique a martelé Christophe Gazam Betty.

Le mardi 19 février, 7 Français dont deux hommes, une femme et 4 enfants ont été enlevés par les éléments de la secte islamiste Boko Haram à l’extrême-Nord du Cameroun. En milieu de la semaine, une information a circulé faisant état de libération de ces otages, une information démentie quelques heures plus tard par le gouvernement camerounais et relayée par la France. On compte de nos jours, 15 français en otage tous en Afrique (en Sahel et au Nigeria).

Au Tchad, le contingent tchadien au Mali constitué de quelques 1800 soldats a subi un coup dur avec la perte de 13 soldats lors de violents affrontements contre les combattants du MUJAO, un des groupes terroristes les plus actifs au nord Mali. Des combats qui ont fait 65 morts côté terroristes et 23 soldats Tchadiens a assuré le Chef d’Etat Major Adjoint de l’Armée de Terre. Au nombre des soldats tués, figurerait Abdel Aziz Hassane Adam, le commandant des forces spéciales tchadiennes au Mali.

Autre actualité, c’est en République démocratique du Congo. Un accord a été signé à Adis Abeba, la capitale de l’Union Africaine en présence du Secrétaire général des Nations Unies Bank ki moon, de la présidente de l’Union et d’une dizaine de présidents des pays voisins à la RDC qui se sont engagés à ne pas soutenir des mouvements afin de déstabiliser l’est de la RDC. Parmi ces présidents, se trouvait le numéro 1 Rwandais Paul Kagamé, accusé par son voisin congolais de soutenir la rébellion du M23. On espère que la signature de cet accord permettra de ramener la paix définitivement à l’est de la RDC, région en proie aux mouvements rebelles.

En Guinée Équatoriale le 3e sommet Afrique-Amérique du Sud (ASA) s’est tenu du 21 au 22 février à Malobo en Guinée Equatoriale, regroupant une vingtaine de présidents Africains. Il faut rappeler que ce sommet sud-sud a commencé en 2006 permettant aux deux continents d’échanger sur la possibilité d’investissement et de favoriser les relations bilatérales. L’ASA regroupe 66 États, les 54 pays d’Afrique et 12 d’Amérique du Sud (Argentine, Brésil, Bolivie, Colombie, Chili, Équateur, Guyane, Paraguay, Pérou, Suriname, Uruguay et Venezuela). Depuis sa création, les échanges économiques entre les deux continents ont bondi de 75% pour atteindre 39,4 milliards $ en 2011, selon les chiffres présentés par le Brésil, un des leaders du groupe. Cette donnée est non négligeable si l’on considère qu’en 2002, ce montant dépassait à peine 7 milliards $. En moins de 10 ans, ces échanges auront donc augmenté de 600%.

En Afrique du Sud, le célèbre athlète Oscar Pistorius accusé d’avoir tué sa femme avec une arme a été mis en libération après avoir payé une caution fixée à 85000 euros par le juge. Il sera à nouveau convoqué par contre le 4 juin prochain pour une nouvelle audience.

En Côte d’Ivoire, le 21 février dernier, l’ancien Président Laurent GBAGBO accusé de crime contre l’Humanité commis entre fin 2010 et début 2011 en Côte d’Ivoire a été présenté en audience de confirmation des charges devant la Procureur de la CPI Fatou Bensouda. Chaque camp dispose de 10 jours pour pouvoir donner des preuves et défendre ont rejetés les accusations. A la fin de cette audience de confirmation des charges les juges auront deux mois pour se prononcer et ainsi donner, ou non, leur feu vert à un procès Gbagbo. L’enjeu est évidemment énorme pour Laurent Gbagbo lui-même, mais aussi pour le Bureau du Procureur.

Au Sénégal, le procès de l’ancien Président Tchadien Hissène Habré commencera bientôt avec le démarrage des activités du tribunal en charge de fixer le sort de cet ancien dictateur. Cet ancien président est accusé d’avoir fait torturer et disparaitre de milliers de Tchadiens pendant son régime (1982 et 1990). L’organisation Human Rights Watch (HRW) a découvert en 2001 les noms de 1 200 personnes exécutées ou décédées en détention et de 12 000 victimes de violations des droits humains et notamment de torture.

Centrafrique : la population des zones occupées par la SELEKA oubliée par les accords de Libreville ?

Plus d’un mois après les accords de paix signés à Libreville le 11 janvier 20013, des accords de plus qui donnent un peu d’espoir aux Centrafricains épris de paix, la population vivant dans les régions contrôlées par la rébellion SELEKA continuent de payer le prix fort de l’occupation. A en croire les témoignages, la situation s’est surtout empirée avec la prise de la ville de Mobaye, frontalière avec la République démocratique du Congo (RdC) en début février et les exactions commises par certains des rebelles, ce que les leaders appellent les « éléments incontrôlés », alors que ces derniers ont accepté d’entrer au gouvernement d’union nationale(GUN).

Risque d’une crise humanitaire

La situation humanitaire est d’autant plus que préoccupante et en cause, les exactions commises ainsi que des menaces proférées contre la population ont fait qu’aggraver la situation sécuritaire déjà très précaire.  Le nombre de personnes déplacées est estimé à environs 15 000, selon la représentation régionale du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés en RdC qui s’est d’ailleurs réjouit de la décision du gouvernement congolais de reconnaitre le statut de refugié aux Centrafricains ayant fuit leur pays. Des refugiés qui ont quitté pour la plupart la région de Mobaye, craignant pour leur vie et qui sont localisés dans la Province de l’Equateur (Nord-Ouest de la RDC) et dans la Province Orientale (Nord-est de la RDC) a précisé l’agence onusienne. On dénombre plus de 5000 enfants parmi les déplacés. Cette information a été confirmée par Le bureau de l’organisation des Nations unies pour les affaires humanitaires (OCHA) en Centrafrique lors d’une rencontre avec les journalistes le vendredi 15 février 2013 à Bangui.

Une situation alimentaire très préoccupante

Si les Centrafricains sont habitués à la hausse des prix, personne n’a prédit cette nouvelle hausse en un si peu de temps, des prix des denrées alimentaires telles que le maïs ont doublé. La plus part des personnes vivant dans les zones occupées ont déserté leur localité, craignant pour leur vie pour se refugier en brousse. Ce qui défavorise les activités champêtre à cause du climat d’insécurité grandissant. Pour éviter une crise alimentaire, le PAM a demandé un accès humanitaire garanti dans le nord et le centre de la RCA où vivent près de 800 000 personnes. Selon cette agence, ces personnes risqueraient de souffrir d’une pénurie alimentaire au cours de prochains mois. Le risque serait accru entre les mois de mai et de septembre prochain, pendant la saison pluvieuse. Il faut préciser qu’avant le déclenchement du conflit par la SELEKA, quelques 200 000 personnes étaient déjà prises en charge par le PAM.

L’insécurité toujours grandissante

Il est de plus en plus difficile d’entrer et de sortir par les axes contrôlés par la SELEKA.  Pour causes, certains éléments de cette rébellion sèment la terreur au sein de la population. C’est ainsi qu’on a dénoncé la séquestration des personnes et certains religieux à Kabo et Mobaye en représailles à la dénonciation des exactions par certains responsables religieux. Certains jeunes, originaires des villes occupées se transforment en véritables complices indexant certains habitants et les dépouillant de leurs biens. Les ONGs sont notamment touchées par cette insécurité : il y a quelques jours, trois véhicules appartenant à Médecins Sans Frontières (MSF) et à la Croix Rouge avaient été volés à Ndélé. Fort heureusement, deux des trois véhicules avaient été récupérés par la FOMAC lors d’une mission dans les zones occupées. Le 15 février, à Kabo, un véhicule de MSF Espagne a été pris de force par les hommes de la SELEKA.  Les habitants de Bambari, une des villes les plus touchées par les dégâts viennent d’exiger le 16 février au président Centrafricain François Bozize, la réouverture des voies occupés par la rébellion jusqu’à lors. Il s’agit notamment d’ouverture un corridor humanitaire permettant de leur venir en aide.

Les écoles toujours fermées pour les enfants

Ils sont environs plus de 166 263 enfants n’ont pas accès à l’éducation dans les villes occupées par la rébellion de la Séléka, a relevé Henry Sylvain Yakara, administrateur national chargé des affaires humanitaires du Bureau de l’organisation des Nations Unies pour les Affaires Humanitaires (OCHA), une information révélé par le Réseau des Journalistes des Droits de l’Homme en Centrafrique. Les portes des écoles sont restées fermer depuis la prise des localités par le groupe armé, certaines écoles ont même été pillées et les bureaux saccagés. Plus de 2000 enseignants vivent en état de précarité et la plupart se sont réfugiés soit à Bangui soit dans la brousse ou dans les pays voisins. Une situation qui ne favorise pas la réouverture des salles de classe malgré l’approche des examens de fin d’année scolaire.

Fort de tout ce que nous avons développé dans ce billet, il est plus qu’urgent que le cri de détresse de ces habitants, des personnes comme nous puissent être écouté et que les autorités puissent les venir en aide. L’envoi de la mission conjointe FOMAC-SELEKA-FACA est une initiative louable mais en plus, le démantèlement et le regroupement des hommes de la coalition doit être une des priorités de la nouvelle équipe gouvernement afin que toute l’étendue du territoire sans exception puisse respirer la paix.

Zo Kwe Zo

La crise en RCA, des similitudes avec celle de sa voisine la RDC ?

L’année 2012 a été une année particulièrement difficile pour certains pays africains. A l’instar de la République Démocratique du Congo (RDC), la République Centrafricaine (RCA) n’a pas fini  2012 en beauté. Pourtant, personne ne voyait cette crise venir, même les militaires et les agents de renseignements centrafricains qui ont été estomaqués.

Véritable casse-tête pour les deux pouvoirs en place et les Présidents Joseph Kabila de la RDC et François Bozizé de la RCA, les crises qui secouent le Congo avec la prise de la ville de Goma par les rebelles du M23, et avec la prise en moins de trois semaines des villes de Bria, Ouadda, Bambari, Grimari, Kaga Bandoro, Sibut par la coalition SELEKA (Alliance en sango)  en Centrafrique.

En RDC, la rébellion du M23 lourdement armée a pu prendre la ville de Goma sans trop d’obstacles. On a assisté à une armée impuissante, incapable de défendre l’intégrité territoriale. Cette rébellion a pu menacer le pouvoir de Kinshasa qui était obligé d’accepter le dialogue.

En RCA, le climat est tel qu’on peut remarquer aisément l’incapacité des Forces Armées Centrafricaines (FACA) à défendre la territoriale. Même scenario congolais, l’armée centrafricaine n’a fait qu’éviter les combats pour des raisons non-élucidées. Est-ce le problème de reformes de l’armée ? Ou bien la division de l’armée en plusieurs groupes et surtout le traitement exceptionnel de certains proches du pouvoir ?

Des deux crises, nous pouvons remarquer les similitudes suivantes:

– Accusation d’agressions externes notamment des voisins

En RDC, le Président Joseph KABILA a plusieurs accusé ses voisins le Rwanda et l’Ouganda de soutenir les rebelles. Ce que refusent d’entendre les Présidents Ougandais et Rwandais. En RCA, le Président François Bozizé a, lors de son premier discours public après la crise, pointé du doigt le soutien des rebelles de la SELEKA par des mains « invisibles ».  Cependant, si le régime de Kinshasa a pu indexer les pays qui cherchent à déstabiliser la RDC, celui de Bangui a du mal à faire pareil. Le président Centrafricain pouvait accuser également son homologue Tchadien d’avoir orchestré de toute pièce cette crise et d’armer les rebelles à cause de la tension entre les deux hommes après la dernière visite d’Idriss Deby à Bangui. Mais pour avoir intervenu en force d’interposition afin de barrer la route à l’avancée très probable des rebelles vers Bangui, le locataire du palais centrafricain de la Renaissance doit son régime aux forces Tchadiennes. C’est d’ailleurs ce qu’il n’a pas caché lors de son discours en remerciant son voisin Tchadien Idriss Deby pour l’avoir secouru.

Le point de départ de ces rébellions repose également sur un processus électoral raté et contesté ?

A vrai dire, on peut remarquer que les deux crises ont comme point commun les conditions dans lesquelles ont été élus les deux présidents. Si les rebelles de la SELEKA ont justifié la reprise des armes par le non-respect des accords de Birao en 2007 et les accords de paix de Libreville de 2008, tout porte à croise pour l’opposition que le point fort de cette crise reste et demeure l’épineux problème des élections groupées (présidentiel et législatif) de 2011. Certains partis politiques centrafricains avaient boycotté le deuxième tour du scrutin de janvier 2011 créant par la même occasion le FARE 2011(Front d’Annulation et de la Reprise des Élections de 2011. Ce front regroupant les principales forces vives de la nation, continue d’exiger la reprise des élections, condition sinequanone pour le retour à une stabilité politique. La même situation en RDC où le principal opposant Etienne TshisekediI a rejeté en bloc les résultats des élections car selon lui, entachés de fraudes. Depuis lors, on voit apparaître dans le paysage politique congolais, des signes d’un pays où peut apparaître à tout moment une crise politique.

-La mise en place d’une force d’interposition et l’organisation de dialogue par des organes sous-régionaux

Dans les deux pays, se trouvent actuellement des forces d’interposition qui ont pour mandat de faire respecter, par les deux parties une zone tampon et favoriser le dialogue, seule issue de sortie de crise. Les deux régimes sont obligés de « manger » la même sauce que les rebelles même si c’est dans des assiettes différentes. Dans les deux cas, nous avons une rébellion qui est plus forte que l’armée obligeant ainsi le pouvoir à des négociations. LA CEEAC (Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale) dans le cas centrafricain et la CIRGL (Conférence Internationale des Régions des Grands Lacs) dans la situation congolaise, des instances sous-régionales qui sont tenues de faire respecter  les décisions et de créer un cadre de concertation favorisant ainsi les pourparlers entre les différentes parties prenantes.

-Des négociations qui s’annoncent très difficile

Puisqu’il s’agit de dialogue presque, imposé par les rebelles dans les deux cas, les discussions seront d’ores et déjà houleuses. C’est même ce que nous avons remarqué en décembre avec l’ouverture des pourparlers entre le pouvoir de Kinshasa et les rebelles du M23.Il est difficile que les revendications du M23 aboutissent. Il en a de même de la SELEKA qui exige que soit mis dans  l’ordre du jour comme principal point lors de l’ouverture du dialogue ce jour mardi 08 janvier 2013, la négociation sur les conditions de départ du président François Bozizé lequel ne veut pas entendre. Même si personne ne le souhaite, on risque d’avoir un dialogue qui va accoucher d’une souris dans les deux cas.

Si hier, c’était le tour de la RDC et aujourd’hui le tour de sa voisine la RCA, il faut coûte que coûte chercher à résoudre ces conflits qui risquent de s’envenimer et de ce point,  se propager dans l’espace de l’Afrique centrale. Le voisin Tchadien qui avait déjà subi l’invasion des rebelles en 2008 doit rester sur son qui-vive au risque d’être surpris à nouveau. Les jours à venir, nous édifieront davantage sur la suite des différents pourparlers que toute la communauté nationale et internationale attend de pied ferme, l’adoption des recommandations pour une rapide sortie de crise.

Eyesango