A la rencontre de Marius Gnalis, jeune entrepreneur centrafricain ferru d’innovation

Nous sommes allés à la rencontre de Marius GNALIS, un jeune entrepreneur centrafricain et qui n’a de cesse de trouver les mots juste pour encourager. Faisant de l’entrepreneuriat un de ses leitmotiv, ce serial entrepreneur croit plus que jamais au potentiel du continent africain et de sa jeunesse. 

Mahamat BABA: Peux-tu te présenter et nous en dire un peu plus sur ton parcours et tes éventuelles expériences? 

Marius GNALIS : Je suis Marius Gnalis, 33 ans, papa d’un petit garçon de deux ans. Je suis sociologue et analyste financier de formation. Après plusieurs stages dans différents secteurs d’activité, j’ai commencé en 2007 comme analyste de crédit dans une banque locale dénommée Commercial Banque Centrafrique (CBCA) pour environ quatre ans avant d’intégrer une agence publique en 2011, Agence Centrafricaine de Promotion de l’Habitat comme Directeur Administratif et Financier. En dépit de grandes responsabilités que j’avais au sein de cette institution et de la passion développée dans la contribution à la politique de l’habitat et du logement social en République Centrafricaine, j’ai quitté au bout de quelque mois ce poste pour mon développement personnel en saisissant l’opportunité de travailler comme gestionnaire comptable du Projet “Scaling Up Roll Back Malaria” sur financement du Fonds Mondial de lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme.

A la fin du projet en 2014, j’ai pris la décision de rouler désormais pour mon propre compte en créant ma première société MediaLink qui intervient dans l’imprimerie publicitaire. A côté, j’ai toujours travaillé comme consultant financier freelancer et j’enseigne la banque et les finances dans différents établissements supérieurs privés de la capitale, Bangui.

Mahamat BABA: Peux-tu nous parler de ton/tes projet(s), ton entreprise?

MG : Il faut reconnaître que la première entreprise que j’ai créée, MédiaLink, n’a pas réalisé le succès que j’escomptais de cette initiative et après deux ans de création, elle fonctionne toujours en mode “start-up” et donc continue de chercher ses marques, de revisiter son business modèle, etc. Et à ce propos, je suis en négociation avec un nouvel associé dans cette dynamique de redéfinition de l’activité et de la stratégie.

Le projet d’entreprise que je porte maintenant, en parallèle, est issu de mon activité de consultant financier freelancer et d’enseignant en montage de projet bancable que j’ai décidé de formaliser en société pour avoir plus d’envergure et d’effectivité au sein de la communauté. Cette entreprise n’a été enregistrée au registre de commerce qu’en décembre 2016 avec pour raison sociale “Be-Africa Innovation Lab” en abrégé “bailab” parce qu’elle se veut un laboratoire de l’innovation en République centrafricaine.

Son logo est formé simplement du sigle de la société “bailab” écrit en caractère Wawati TC avec “bai” en bleu et “lab” en blanc dans un hexagone rose en équilibre homéostatique reposant sur une ligne de même couleur, donnant l’apparence d’une catapulte symbolisant cette volonté de propulser les jeunes entreprises innovantes en République Centrafricaine.

Parce que Bailab veut l’émergence d’un écosystème des affaires sain et favorable à l’épanouissement des startups et petites et moyennes entreprises, il s’investit à simplifier la vie de ses clients en mettant à leur disposition les compétences indispensables à une gestion professionnelle, de sorte qu’eux aussi puissent consacrer davantage leur temps au développement de leur propre clientèle.

La mission de Bailab est de fournir des solutions disruptives et crédibles pour assister les entreprises et autres porteurs d’idées à s’épanouir de façon viable. Il propose des solutions pratiques et mobilise l’énergie de l’ensemble des parties prenantes de l’écosystème des affaires pour l’éclosion de l’innovation.

Si l’échec fait partie intégrante de l’aventure entrepreneuriale, la myopie aux désastres d’origine managériale ne doit plus en être la cause. Et Be-Africa Innovation Lab existe pour faire de cette vision une réalité en République Centrafricaine.

Concrètement, Bailab a pour activité l’assistance en gestion comptable et financière des petites et moyennes entreprises, le conseil financier, le renforcement de capacité des professionnels par des ateliers de formation et surtout le développement d’un programme d’incubation de jeunes pousses innovantes.

Le financement de démarrage vient d’abord de mes revenus propres tirés des activités de ma première entreprise, MediaLink et de mes activités de consultant freelance. Par ailleurs, j’ai eu la chance de gagner une compétition de business plan organisée par l’USADF (Fondation Américaine pour le Développement Africain) auprès d’environ 600 jeunes entrepreneurs de 14 pays de l’Afrique de l’Est et du Centre; une fierté nationale d’être l’unique centrafricain lauréat de cette compétition où sur les vingt (20) gagnants, l’on peut compter 9 Ougandais, 5 kenyans, 3 Rwandais et 2 Congolais (RDC). C’est en tant que Alumnus du programme YALI que j’ai eu la chance de participer à cette compétition de business plan.

Ce modeste financement va donc me permettre de lancer Bailab. Mais je suis en train de postuler également pour le Programme d’Entrepreneuriat de la Fondation Tonny Elumelu pour espérer des ressources additionnelles pour le projet, en espérant que je sois accepté.

« Pour moi l’entrepreneuriat est un état d’esprit, un élan perpétuel qui anime l’entrepreneur à donner le sourire à l’humain » Marius GNALIS.

Mahamat BAB: Marius,comment t’es venu l’envie ou l’idée d’entreprendre? Quelles ont été tes motivations?

MG : J’ai toujours été animé par le désir de concentrer mes efforts pour résoudre des vrais problèmes qui importent vraiment à mes yeux. Le statut quo et les process datés m’ont toujours révolté d’une certaine manière. J’aime les environnements qui mettent à défi et poussent à sortir des sentiers battus pour expérimenter des options complètement inexplorées. Je n’ai jamais hésité à sacrifier ma sécurité financière lorsque ma liberté de penser et d’agir se bute à un système rédhibitoire qui inhibe ma créativité. Mon expérience de travail salarié a cependant été une occasion d’expérience, de réseautage et aussi d’obtention du capital nécessaire pour mes entreprises personnelles.

Pour moi l’entrepreneuriat est un état d’esprit, un élan perpétuel qui anime l’entrepreneur à donner le sourire à l’humain c’est-à-dire à utiliser de façon créative ses ressources et savoir faire pour trouver une solution aux problèmes et/ou besoins de l’humain. Le fil conducteur de l’entrepreneuriat à mon sens n’est donc pas la recherche première de la richesse ou de la sécurité financière mais plutôt la sensibilité aux besoins pressants pour lesquels un grand nombre de personnes (physiques ou morales) sont prêtes à mettre les moyens qu’il faut pour réduire la tension douloureuse causée par le problème ou augmenter le plaisir tiré de l’agréable satisfaction du besoin. Lorsqu’on entreprend pour l’humain, on crée un valeur assurée.

Pour ce qui concerne précisément Bailab, j’ai développé ma motivation qui est disponible sur mon Blog Google+ et ma chaine Youtube.

Mahamat BABA: Quels ont été les principaux challenges auxquels tu as dû faire face ?

MG : J’ai dû faire face à beaucoup de challenges depuis que je me suis engagé dans l’aventure entrepreneuriale et c’est difficile d’en faire une esquisse exhaustive. Mais je peux en évoquer deux ou trois à titre d’illustration.

Le tout premier défi a été celui de trouver des partenaires qui partagent la même vision. Si ma première entreprise a démarré avec du plomb dans ses ailes avant même le décollage, cela est dû notamment à un choix hasardeux de partenaires non pas par naïveté mais par confiance sans balise. Je continue pourtant de croire que nos entreprises ne vont pas loin par excès d’égocentrisme et de penser que nul ne peut vraiment réussir à construire une empire en faisant le choix d’une aventure en solo. Et le défi c’est de former cette équipe de rêve, cette “dream team” où tout le monde regarde dans la même direction et pose des actions dans le seul et unique intérêt de l’initiative impulsée!

Le second challenge est lié au phénomène de la corruption généralisée à tout les niveaux qui plombe complètement le mécanisme du marché et empêche les entreprises citoyennes de prospérer. La culture des 10% (qui peuvent aller jusqu’à 40%) est une gangrène sinon un véritable cancer qui mine notre économie et dont les grandes victimes sont les entrepreneurs en terme de concurrence déloyale et de spoliation et le Trésor Public en terme de manque à gagner en matière fiscale. Cette situation est entretenue par les services d’achats des institutions et organismes avec la bénédiction passive de l’administration publique.

Un autre challenge c’est dernier temps concerne la disponibilité de local professionnel. Le coût des loyers fait l’objet d’une spéculation telle que l’accès devient tout simplement prohibitif pour les jeunes entreprises. Même les locaux professionnels gérés par l’administration publique notamment la Mairie, l’ONASPORT, etc. font l’objet de trafics complexes contribuant à renchérir le coût pour les chefs d’entreprises. C’est à croire que tout est fait pour décourager les jeunes entrepreneurs à se lancer honnêtement sans chercher rentrer dans les combines de la fraude fiscale pour survivre. A ce sujet, je suis en train de développer le concept d’espace de co-working et si je parviens à lever suffisamment de fonds, je l’initierai dans les prochaines années pour aider les jeunes entrepreneurs et freelancers.

« La richesse est dans l’idée pas dans le capital » Marius GNALIS. 

Mahamat BABA: Pourrais-tu nous parler des personnes qui ont influencé tes choix professionnels ? Personnels (si tu en as : mentors, inspirations…)

MG: Je suis malheureusement de nature très autonome dans mes choix de vie et ne me laisse influencer que par mes convictions. S’il y a une personne qui m’a choqué ou bousculé par son audace et qui, d’une certaine manière, a contribué à renforcer une self-confidence dont je débordais déjà de toute façon, c’est le jeune Samuel Gichuru, fondateur et CEO de Nailab au point que mon entreprise qui devrait s’appeler Kmu.C (Kick Me Up Consulting) est finalement devenue Bailab; l’influence crève les yeux, certes, mais je l’avais mon idée bien avant de rencontrer Sam. Il en est de même du style vestimentaire lorsque j’ai décidé de troquer mes costumes cravate de banquier au profit de t-shirt, jeans et baskets, et en guise de veste une simple hoodie. Tout cela fait un peu “techie” mais ça a le mérite d’être pratique et économique.

Au-delà, celui que je peux considérer comme un mentor de qui j’apprends beaucoup, avec qui je passe beaucoup de temps à discuter, à chercher des solutions innovantes, à imaginer la République centrafricaine telle que personne ne l’a jamais fait, la personne avec qui je peux s’asseoir de midi à minuit, rien que pour échanger notre vision entrepreneuriale, c’est M. Jean-Félix Ouanfio, fondateur et CEO de l’entreprise la Centrafricaine de Partenaires en Construction – Hotel Azimut. Notre proximité fait en sorte ses choix entrepreneuriaux me servent de “case studies” et me permettent de tirer des conséquences pour mes propres choix.

 

Mahamat BABA: Des conseils à donner à un entrepreneur en herbe ou jeune aspirant se lancer ?

MG: Le conseil que je donne toujours aux jeunes aspirants entrepreneurs qui viennent vers moi, c’est de ne pas attendre d’avoir des millions ou des milliards pour commencer. La richesse est dans l’idée pas dans le capital. S’il est impératif de partir d’une “big picture” claire, il faut absolument commencer très petit et ensuite passer à l’échelle une fois qu’on est sûr d’avoir un business modèle extraordinairement rentable avec à la clé une preuve suffisante de clients capables de payer le produit ou le service.

7- As-tu quelque chose à ajouter ? Ou bien, souhaites-tu parler des sujets non évoqués dans les questions précédentes?

MG: L’entrepreneuriat et l’esprit d’entreprise constituent l’un des piliers du développement économique et social car il contribue à la satisfaction des besoins de la population et à la création de richesse et de l’emploi.

Beaucoup de porteurs d’idées innovantes ne savent pas comment s’y prendre pour bâtir une entreprise à succès. Certains se lancent et de nombreux échouent.

Bailab compte organiser dans le future des bootcamps destinés aux porteurs de projet afin d’aiguiser leur esprit d’entreprise et leurs compétences entrepreneuriales, les aider à retravailler et améliorer l’adéquation produit-marché de leur offre et leur donner l’opportunité de pitcher leur projet à des investisseurs.

Bailab voudra également offrir un espace de coworking pour héberger les startups prometteurs et une assistance technique et managériale pour les accompagner jusqu’au passage à l’échelle de leur projet.

Pour mener cette activité, il faudra développer d’une manière ou d’une autre un partenariat public-privé et mobiliser tous les acteurs notamment les partenaires au développement qui malheureusement ne sont attiré que par des solutions de saupoudrage. Je reste convaincu que mon effort à titre privé portera du fruit et drainera les autres se joindre dans ce combat.

Lien utiles

-Vidéo de présentation du projet “bailab”

-Comment est venu l’idée de créer Bailab

-Page twitter de Bailab

-Page facebook  @BeafricaInnovation

 

Remarque: Cette interview a été publiée pour la première fois sur le site entreprendrelafrique.com

#Brisonslapeur: un hastag pour vaincre l’insécurité en République centrafricaine

Depuis quelques jours, le hashtag #Brisonslapeur circule sur les réseaux sociaux pour vaincre l’insécurité en République centrafricaine grâce aux articles des bloggeurs. Il a été initié par l’Association des Blogueurs Centrafricains (ABCA) suite à la rencontre du bureau du comité ad’hoc de l’ABCA avec le Représentant Pays de l’Internews, Pascal Chirha, l’un des partenaires de cette association le 10 février 2017.

Pour le président de l’ABCA, Eric Penzy Ngaibino : « L’objectif du hashtag #Brisonslapeur est de franchir les barrières de la peur, du repli sur soi et de permettre la cohésion entre les communautés. Il est vrai que le désarment est nécessaire et primordial, mais pour nous qui n’œuvrons qu’aux travers de nos blogs, bouches et plumes, le véritable désarmement commence par les cœurs

Hastag créé pour vaincre l’insécurité en Centrafrique

Pour Fridolin Ngoulou, Journaliste-blogueur, Webmaster au réseau des Journalistes pour les Droits de l’Homme et membre de l’ABCA : « Un constat justifie cette campagne de sensibilisation: de nombreux quartiers et villes de Centrafrique défrayent les chroniques en raison de l’insécurité grandissante dans certaines zones. Et les incrédules sont nombreux à vouloir jurer de ne pas fréquenter ces zones qualifiées d’infréquentables ou de zone rouges». Il a poursuivi en ces termes : « pour dénoncer les exactions et pousser les autorités à agir,#Brisonslapeur et préjugés».
Pour Alabira Louqmane, activiste sur les réseaux sociaux, fondateur du groupe « Les réalités du Km5 » qui donne des informations sur ce qui se passe au quartier KM5 et trésorier de l’ABCA: « L’objectif de #Brisonslapeur est d’inciter les victimes à se faire confiance en s’acceptant et en acceptant de vivre ensemble, de cohabiter sans aucune peur, ni préjugé, ni méfiance… Aussi nous allons pousser nos gouvernants à agir dans ce sens pour faciliter tout ce qui brisera la peur, la haine inter communautaire …».

Alabira Louqmane

Alabira Louqmane posant devant l’usine de Mocaf, à Bimbo le 17 février 2017

Eric Penzy Ngaibino revient en expliquant que: « Nous devons d’abord désarmer les cœurs et ensuite viendra le tour des mains… », en réponses à certains compatriotes qui posent comme condition préalable à cette campagne, le désarmement des groupes armés qui pullulent le pays. Et Prudence Yamete, Journaliste d’ajouter que: « l’essentiel es invisible aux yeux, les cœurs doivent être désarmés ensuite les mains et la gaieté s’ensuivront ».

Contexte de crise en Centrafrique
Pour rappel, la République centrafricaine, un pays situé au cœur de l’Afrique, traverse une grave crise de son histoire depuis fin 2012 avec l’avènement de la Seleka. Cette dernière est un groupe de factions rebelles qui a fini par prendre le pouvoir le 23 mars 2013, renversant le régime du général d’armée Francois Bozize. Pendant sa marche sur Bangui et après sa prise de pouvoir, les éléments de la Seleka ayant comme chef, Michel Djotodia avait semé la désolation avec des milliers de victimes, de crimes, …en imposant la peur et les massacres. Les Antibalaka, une milice qui a été créée en septembre 2013 en réponse au phénomène de la Seleka ont occasionné à leur tour de milliers de morts et de déplacés. En fin de compte, la République centrafricaine s’est retrouvée ingouvernable avec des zones où les rebelles font leurs lois, prélèvent des taxes, imposent leur justice,…la violence est devenue quotidienne et les représailles des groupes armés régulières avec, comme seule victime, la population civile prise en otage.
Voici donc plus de trois ans que cela dure. La paix n’a pas pu être imposée en dépit de nombreuses initiatives sous-régionales et régionales pour sécuriser le pays notamment le déploiement des casques bleus de la mission onusienne Minusca (Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations unies en Centrafrique) depuis 2013. Les élections groupées (législatives et présidentielles) de décembre 2016 qui avaient pour but de faire élire des dirigeants démocratiques afin d’endiguer cette crise après plus de deux ans de transition, portant au pouvoir le Professeur Faustin Archance Touadera, à la présidence et des représentants du peuple à l’Assemblée Nationale, n’ont pas pu apporter la solution miraculeuse, celle de faire régner la paix sur tout le territoire centrafricain.
Ainsi donc, des blogueurs comme Fridolin Ngoulou, Alabira Louqmane, Rosmon Graine de Champion, Fabien Zem, Baba Mahamat, Loic Romy Gotto, Inès Laure , Prudence Yamete, Eric Ngaba, Elodie Tainga Poloko, et bien d’autres se sont lancés dans cette campagne de sensibilisation à travers le hashtag #Brisonslapeur.
Pour rejoindre la cause, rien de plus simple que d’aller vers les autres, de nous rapporter un post ou une image ici sur la toile avec la mention #Brisonslapeur. C’est possible d’avoir la paix si nous la voulons. Alors brisons la peur dans chaque coin de la République centrafricaine.

Que retenir de la transition de Catherine Samba Panza en Centrafrique

Après trois(3) ans de crise politique qui a pris la forme d’un conflit confessionnel avec le temps, la Centrafrique a changé de président mettant fin à la transition, le mercredi 31 mars 2016, par l’investiture du nouveau président élu démocratiquement le professeur Faustin Archang Touadera. Après avoir participé au premier tour comme Vingt neuf (29) autres candidats, le Pr Faustin Archange Touadera a été déclaré vainqueur à l’issu du second tour de la présidentielle qui l’a opposé au banquier et ancien premier ministre Anicet Georges Doleguele.
Mais si les centrafricains se sont mobilisés massivement pour élire leurs nouveaux dirigeants dont ceux de la législature seront au complet après le vote du second tour du 31 mars 2016, pour beaucoup l’heure est au bilan de la transition.

Le nouveau président centrafricain, le Pr Faustin Archange Touadera (Crédit photo: alvinet.com)

Le nouveau président centrafricain, le Pr Faustin Archange Touadera (Crédit photo: alvinet.com)

La transition de Michel Djotodia, après le coup d’État du 24 mars 2013

En réalité, cette transition qui a commencé après les pourparlers de Libreville aboutissant aux accords du 11 janvier 2013 ayant permis la mise en place d’un gouvernement d’union nationale dirigé par le Maitre Nicolas Tiangay sous la présidence du général François Bozize va subir un coup d’arrêt avec le coup d’État de Michel Djotodjia le 24 mars 2013, alors Chef de la rébellion hétéroclite appelée Seleka ayant début en décembre 2012, contraignant l’ancien président François Bozize à accepter de partager le pouvoir avec l’opposition et les groupes politico-militaires. Au temps de Michel Djotodjia avec la Seleka et comme premier Ministre Nicolas Tiangay reconduit à ce poste, le pouvoir a vacillé. Dépassé par des éléments qu’il ne parvient plus à contrôler, Michel Djotodia a été forcé de quitter le pouvoir en janvier 2014 à N’Djamena, lors d’une réunion des Chefs d’États de la CEEAC convoquée par Idriss Deby Itno, Président du Tchad. Mais il faut reconnaitre que l’apparition des milices appelées Antibalaka qui se sont constituées après les exactions de la Seleka a été un élément déclenchant la fin du pouvoir de Djotodia.

Catherine Samba Panza remplace Michel Djotodjia à la présidence de la transition

De retour à Bangui, après quelques jours de présidence transitoire assurée par le président du Conseil National de Transition, Ferdinand Nguendet, Catherine Samba Panza a été élue par les conseillers de la transition. Pour la plupart des centrafricains, élire une femme pour la première fois dans l’histoire de ce pays et d’ailleurs de la sous-région Afrique centrale, est un signe d’espoir car la première femme présidente pourrait basculer la situation, une situation qui ne cesse de se dégrader.

Le premier gouvernement mis en place par Catherine Samba Panza dont le premier ministre désigné était un banquier de formation, André Nzapayeké, alors vice-président de la DBEAC (Banque de Développement des États de l’Afrique centrale) a essayé de prioriser les urgences dont la sécurité était placée en première position. Catherine Samba Panza, qui avait fait un discours appelant les antagonistes, les Seleka et les Antibalakas (qu’elle appelle d’ailleurs affectueusement ses enfants) à faire preuve de patriotisme et à l’écouter, leur mère pour éradiquer la violence et entrevoir une porte de sortie à la crise à travers le dialogue.

Mais très vite, elle sera désenchantée. Les poches de violences occasionnées de part et d’autres par les deux groupes hostiles à la paix, la feront comprendre que la lourde tache dont elle hérite ne sera pas du tout facile. D’ailleurs elle le dira plus tard dans jeune Afrique, lors d’une interview que, même si elle était persuadée lors de son élection, que la tache qui l’attendait était énorme, elle ne pouvait s’imaginer un seul instant que la pression allait être extrême à ce point.

Et il y a eu périodiquement, quasiment chaque, un à deux mois, des soubresauts occasionnés par ceux qui sont hostiles à la paix. Le 10 août 2014, Mahamat Kamoun sera alors nommé premier ministre de la transition en remplacement d’André Nzapayeke après les pourparlers de Brazzaville sous l’œil vigilent de Denis Sassou Nguesso, président du Congo et médiateur de la sous-région dans la crise centrafricaine. Une nomination, qui semble-t-il devrait permettre de calmer la coalition Seleka revendiquait ce poste afin de revenir à de bons sentiments.

Après la transition, l’heure du bilan de la transition

Le 30 mars 2016 a sonné la fin d’une longue transition qui a duré plus de 3 ans. Mais que retenir de cette période dont d’énormes sacrifices ont été consentis par le peuple centrafricain, obliger de subir l’humiliation que lui imposent les belligérants?

Le dossier sale de la transition, « L’Angolagate »

Certes, si Catherine Samba Panza peut s’enorgueillir d’arriver au but ultime qui est celui d’organiser des élections crédibles afin de laisser sa place à son remplaçant, il y a un certain nombre de questions qu’il faut élucider. L’affaire du don angolais dévoilé par Jeune Afrique appelé ‘Angolagate’ restera dans la mémoire des centrafricains. Ce don d’un montant de 10 millions de dollars (7,8 millions d’euros) fourni par le président Angolais José Eduardo dos Santos qui a fait couler beaucoup d’encres sur la gestion opaque des fonds alloués à la transition. Et si Jeune Afrique a pu dévoiler, après enquête cette affaire d’un don, on ne saurait dire quant à la gestion des autres aides reçues par la transition.

Le forum de Bangui et le début de la réconciliation

Le forum de Bangui qui s’est tenu du 4 au 11 mai 2015 a réunit presque toutes les entités de la société centrafricaine. Partis politiques, société civile, la jeunesse, les associations féminines, la diaspora, … a été un succès même boycotté par certains belligérants. L’un des points forts demeurent la signature d’un accord de désarmement entre les responsables de la Seleka et des Antibalaka, deux groupes antagonistes. C’est à l’honneur de la présidente qui a tenu bec et ongle, à rassembler ce grand nombre de centrafricains afin de laver le linge sale en famille. Les résolutions qui en découlent sont nombreuses mais la mise en œuvre et le suivi restent un défi de taille pour un pays où les conférences, les dialogues, les pourparlers et les accords ne peuvent être dénombrés.

Et même si le chemin de la réconciliation est encore long, Catherine Samba Panza aura été celle qui a posé les bases de la réconciliation. Quid à son successeur Faustin Archange Touadera qui a pris le pouvoir, de continuer sur la même lancée afin de garantir le vivre ensemble, la sécurité sur toute le territoire ainsi que d’amorcer le développement durable dans ce pays très en retard par rapport à ses voisins.

Faire l’audit de la transition, une priorité pour la nouvelle équipe

Catherine Samba Panza a certes fini son mandat le 31 mars 2016 en tant que présidente de transition en Centrafrique. Cette femme d’affaire qui a été propulsée à la faveur du désordre organisé de la Seleka a pu conduire le pays aux élections. C’est ce que tout le monde retiendra. Le forum de Bangui qui a connu un succès, quoique boycotté par certains belligérants est à mettre à son compte. Cependant, la transition ne doit pas être dédouanée de l’amateurisme dans la gestion des finances publiques. Il est ainsi, dans le souci de transparence et au nom de la continuité de l’État, plus qu’urgent que les nouvelles autorités élues puissent procéder à l’audit de cette transition, et ce, dans tous les domaines.

Que veulent vraiment les Centrafricains ?

Cette question combien banale est celle qui devrait traverser l’esprit de tout observateur éclairé de la scène centrafricaine. Entre ce qu’ils font et ce qu’ils demandent, on a du mal à savoir vraiment ce que les Centrafricains veulent réellement. Ce billet veut soulever des questions pertinentes que chaque Centrafricain devrait se poser et retrace les dérives observées ces derniers temps lors des événements de fin septembre.

J’ai longtemps voulu intervenir à travers ce blog pour dénoncer la barbarie qui sévit dans mon pays. Même si parfois, je me lasse à dire à chaque fois la même chose, à crier haut que nous ne sommes pas seulement des victimes, mais aussi des acteurs de cette violence aveugle qui ne cesse d’endeuiller les familles centrafricaines. Je me suis résolu à croire que me taire me fera complice de tels événements d’une époque révolue.

Voilà, nous revenons à la case de départ. La mort d’un conducteur de moto-taxi de confession musulmane a mis de l’huile sur le feu et toute la capitale a rouvert sa porte au diable qui parcourt les quartiers de Bangui. Entre des revendications de démission de la chef de Transition, celle du départ du contingent de la Minusca et de la Sangaris (opération militaire de l’armée française) à l’appel à désarmer tous les groupes armés qui sévissent sur tout le territoire en maîtres absolus, la priorité devrait sans doute être le désarmement des groupes armés qui ne cessent de terroriser le peuple centrafricain dans sa globalité. Mais comment justifie-t-on ces tueries, surtout que d’aucuns croient comprendre que le peuple centrafricain est manipulé afin que la stratégie du chaos serve aux manipulateurs? Sommes-nous appelés à perpétuer le cycle de violence et à rejeter la paix? Pourquoi la tolérance et l’esprit pacifique ont quitté ce pays ? Un pays, dont Barthélémy Boganda a payé de sa vie pour qu’on en soit les héritiers légitimes ? Quel rôle doit jouer la jeunesse pour endiguer ces cycles de violence ? Mais toutes ces questions resteront sans doute sans réponse, puisque la question du pillage systématique interpelle toute la jeunesse qui brille par son incivisme.

Notre ennemi juré dans ce pays : la faim

Alors, vous parlez de revendication, de la démission de la présidente, du désarmement, et autres, pensez-vous que vous devriez piller pour en arriver à vos fins ? J’ai honte à chaque fois que la jeunesse est pointée de doigt comme principal acteur de pillage. Bon, vous pillez l’Acabef (l’Agence centrafricaine de bien-être familial) et vous pensez faire démissionner la présidente ? C’est elle qui bénéficie des services de cette agence ? Oubliez-vous que nos femmes s’y rendent pour la planification familiale ? Vous pillez le CPJ (Complexe scolaire du centre protestant de la jeunesse), c’est cela votre stratégie de pousser la Minusca à désarmer les milices ? Mais vous oubliez que le taux d’alphabétisation en Centrafrique est très faible que les lycées tels que le CPJ contribuent à endiguer ce problème d’analphabétisme.

Vous oubliez tous quel est notre ennemi juré dans ce pays : la faim. Et nous savons tous que l’ONG ACF (Action contre la faim) vient en aide à de milliers de compatriotes dans la lutte contre la faim. Mais, nous avons décidé de piller les locaux de cette ONG pour qu’elle suspende ses activités. Mais après, ne crions pas au chômage ni à la famine, car cette ONG risque de suspendre ses actions sur le terrain. Même chose pour le CICR (Comité international de la Croix-Rouge) qui n’a pas été épargné.

Alors peuple centrafricain, que veux-tu au juste pour ton pays ? Veux-tu être partisan de la paix, du développement ou veux-tu continuer à être du côté de ceux qui détruisent inlassablement nos patrimoines communs en brillant par l’incivisme ? Quelle Centrafrique veux-tu léguer à tes descendants si, jusqu’à présent, tu continues à détruire tout ce qui reste de ton pays ? A qui la prise de conscience chez toi ? Tu as la dernière chance de montrer qui tu es vraiment. Tu as deux choses à choisir, soit être du côté de ceux qui détruisent la Centrafrique ou mieux encore être du côté de ceux qui veulent la bâtir en promouvant la paix, l’unité, la cohésion et le développement. Oui, il te faut choisir maintenant sinon ce sera trop tard.

Pour que chaque Centrafricain ait le droit d’exprimer son choix

Je suis d’autant surpris par ceux qui pensent que les Centrafricains de la diaspora ne peuvent pas avoir le droit de voter à cause des risques de fraudes et autres. Je rappelle à qui veut entendre que chaque Centrafricain doit avoir le droit de voter afin de rompre avec ce cycle infernal de violence qui ne finit jamais.

Les politiques doivent comprendre que le pouvoir appartient au peuple et que c’est le peuple qui dirige même s’il délègue le pouvoir à certains citoyens. Je voudrais remarquer au passage que la politique de l’exclusion n’a jamais construit un pays, au contraire, elle l’enfonce à cause des frustrations profondes qu’elle peut engendrer. J’ai eu la chance de voter une seule fois, la deuxième fois, je m’étais abstenu du fait que je me disais que mon vote ne serait pas utile. Je reconnais aujourd’hui, et surtout depuis les événements que traversent mon pays que j’ai commis une erreur monumentale. Je ne laisserai aucune occasion passée qui puisse me permettre de m’exprimer, car être citoyen, c’est aussi exprimer ce qu’on pense afin d’aider le pays à se relever.

Notre pays a été enfoncé, de manière vertigineuse, la chute est fatale, le coma est temporel, nous devons tous, nous poser les bonnes questions et faire profile bas des considérations inutiles qui ne feront que creuser davantage notre tombe. Reconnaissons que nous avons une seule tombe comme citoyens de ce pays. Nous devons tous à ce pays. Que nous soyons d’une ville de Centrafrique, de la diaspora ou autre et que nous avons le sang centrafricain qui coule dans nos veines, nous devons nous demander ce que nous pouvons apporter pour faire construire une nouvelle Centrafrique. Cette dernière est possible, mais à quel prix ? Réfléchissons à cette question et pensons à l’avenir de notre cher, tendre et beau pays la Centrafrique.

Centrafricains, évitons de tomber dans les mêmes erreurs !

La République centrafricaine ne cesse de faire parler d’elle. Entre une transition nonchalante, un forum de réconciliation qui est censé mettre fin à la division et des élections prévues en juin 2015, les Centrafricains vont-ils réécrire la page d’une nouvelle histoire ? Sous la pression de la tenue du forum de réconciliation censé se tenir du 27 avril au 2 mai et des élections dont le premier tour est prévu en mi-juin, la transition réussira-t-elle son pari pour ramener la paix et la cohésion sociale?

Difficile de dire que tout se passera bien tellement les défis sont importants. Les consultations à la base qui se sont déroulées aux mois de février et mars dans les sous-préfectures de la Centrafrique et les pays voisins où vivent les réfugiés centrafricains ont certes montré la volonté de tout le peuple centrafricain à tourner la page. Les recommandations qui ont été faites par les différentes couches sociales sont légion. De la sécurité comme condition sine qua non pour un retour à la normale, au problème de développement des régions, à l’exclusion sociale, la lutte contre la pauvreté, la mauvaise gouvernance et la corruption sont entre autres des idées revenues plusieurs fois parmi lesdites recommandations.

Mettre les victimes au centre des préoccupations

Mais, les Centrafricains doivent avoir à l’esprit les causes profondes de notre tragédie. Le forum de réconciliation qui se tiendra dans quelques jours ne doit pas se reposer sur le même schéma que les précédents. Nous avons vu comment se sont déroulées ces assises dans le passé, une tribune offerte aux bourreaux pour remuer le couteau dans les plais des victimes et se blanchir de leurs crimes. Les victimes doivent être au centre des débats, leurs préoccupations doivent être l’épicentre des discussions. Au lieu de laisser les politiques parler de leur projet d’accéder au pouvoir en soudoyant la population avec des propos mielleux, l’occasion doit être offerte aux victimes de s’exprimer.

Lutter contre l’impunité

Par-dessus tout, l’impunité doit être combattue. Les responsables des atrocités et ceux qui ont appuyé de quelque façon que ce soit les belligérants dans leur entreprise doivent être poursuivis par la justice. La justice doit être un instrument au centre de cet important rendez-vous. Car l’une des causes des troubles que nous avons subies est l’injustice. La plupart des victimes ne font plus confiance à la justice de leur pays qui n’appartient qu’aux riches et ceux qui sont puissants. Même les coupables deviennent des victimes, une justice à deux poids, deux mesures.

Poser les bases d’une nouvelle armée républicaine

L’armée centrafricaine (F.A.C.A ou Force des armées centrafricaines) y est pour beaucoup dans la profonde crise que traverse la RCA. Le recrutement dans l’armée s’est effectué sur le clanisme et l’ethnisme. Au lieu de recruter à base de l’intégrité, du courage et de la bravoure … c’est l’aspect partisan qui s’est imposé. Même des personnes de moralité douteuse dont des voleurs et autres bandits se sont retrouvés dans cette importante institution qui devrait garantir l’intégrité des personnes et biens ainsi que garantir l’intégrité territoriale. Des discussions approfondies doivent être menées avec l’aide des pays amis afin de définir la forme et les critères de recrutement dans l’armée.

Organiser des élections démocratiques, transparentes et équitables

Les futures élections en Centrafrique seront déterminantes. Elles sont d’autant plus importantes qu’elles doivent permettre le retour à l’ordre constitutionnel. Il conviendra de désigner des choix des hommes politiques qui doivent se démarquer des autres régimes en relançant l’économie, la santé, l’éducation… Les chantiers sont nombreux. Mais ce choix de ces hommes et femmes ne doit pas se faire comme à l’accoutumée en se basant sur les ethnies, l’argent… Il faut que le peuple tire des leçons de ce qui s’est passé en faisant un choix utile qui permette de sortir ce pays de l’ornière.

Alors la transition a un rôle important à jouer pour aider le peuple à prendre le chemin de son destin. La présidente et les membres de transition doivent tout mettre en œuvre pour réussir ce pari. Mais la réussite de ce dernier passe par la volonté des Centrafricains à prendre conscience et à prendre un autre chemin que celui de la division, de la haine, de la destruction, de la violence… Nous devons tous choisir la paix, la cohésion sociale, la fraternité, le développement de notre cher et beau pays la Centrafrique.

« Le changement, c’est nous et c’est maintenant », Baba Mahamat jeune centrafricain vivant au Cameroun

Nous avons l’honneur de recevoir Baba MAHAMAT, jeune centrafricain de confession musulmane vivant au Cameroun et activiste des Droits de l’Homme.

1 – Bonjour, peux-tu te présenter en quelques mots?
Je suis Baba Mahamat, jeune centrafricain, titulaire d’un diplôme de Master en Réseaux informatiques&Sécurité, membre de plusieurs associations de jeunes dont le Club RFI Bangui Fononon qui m’a formé, le Réseau des Jeunes de l’Afrique centrale pour les Droits de l’homme, Paix et Démocratie. J’ai été chargé de cours à l’université de Bangui de 2010 à 2011 avant de regagner Douala la capitale économique du Cameroun pour mon Master. J’occupe depuis peu le poste de Responsable d’Exploitation au sein d’une entreprise basée à Douala après 8 mois comme assistant-IT. Je suis enfin Social Reporter (couverture en ligne et sur-site des conférences, formations et grands événements sur les réseaux sociaux) et blogueur à Mondoblog (depuis septembre 2012) et à La Voix des Jeunes (depuis Juin 2014).

2 – Depuis quand as-tu connu l’UASCA et quels souvenirs gardes-tu de cette association?
L’Union des Anciens Séminaristes Carmes en abrégée UASCA est une association à but non-lucratif que j’ai découverte depuis plusieurs années à travers un collègue devenu ami, et très vite un frère, en la personne de Cédric Ouanekponé qui fut son Président. Mais faut-il rappeler que ma proximité d’avec la plus part des membres de ladite union est antérieure à sa naissance et ce, grâce aussi à Cédric Ouanekponé. Je garde de très beaux souvenirs de l’UASCA, des souvenirs que je ne suis pas prêt d’oublier. J’ai surtout en mémoire des souvenirs inoubliables du partage lors de la session de formation d’initiation en Informatique, organisée par le Bureau de l’UASCA sous l’impulsion de son Président de l’époque Cédric Ouanekponé et dont j’ai eu le privilège d’animer. Je me souviens comme si c’était hier de l’engouement de ces jeunes à apprendre plus et à maitriser les rouages de l’informatique. J’ai été exalté par ce sentiment de me retrouver en face des gens avec qui nous partageons la même vision, celle d’une jeunesse forte et entreprenante.

3 – Depuis quand es-tu à l’étranger et pourquoi ?
Je vis au Douala depuis fin septembre 2011 avec des séjours ponctuels à l’étranger (Casablanca, Dakar, Abidjan, Brazzaville, Nairobi…) y compris à Bangui. Au début, j’ai déposé mes valises pour les études supérieures et après deux années, j’ai validé mon titre  de Master of Engineering en Réseaux Informatiques&Sécurité le 04 décembre 2013. Je devrais rentrer au pays le 15 du même mois, afin d’apporter mon expertise à mon pays et continuer avec ma vocation d’enseignant à l’Institut Supérieur de Technologie.  Mais les événements de décembre 2013 m’ont contraint à prolonger mon séjour à Douala, du moins pour quelque temps. Les choses étaient de plus en plus compliquées, la situation qui était difficile car ayant subi les tristes événements du putsch du 24 mars, est devenue intenable, insoutenable. Ma famille et moi, sans oublier le sage conseil des amis, avons décidé que je reste encore pour quelque temps à cause de mon appartenance religieuse. Je me suis battu et après plusieurs entretiens, j’ai pu être embauché dans une entreprise de la place. Mais le désir de retourner en Centrafrique se nourrit en moi chaque jour, et je n’exclus pas qu’avant fin 2015, je reviendrais dans mon pays natal.

4 – Quelles sont tes perspectives d’avenir ? (comment te vois-tu dans 10 ans par exemple?)
Je nourris le projet d’aller continuer en Master Recherche et de m’orienter vers le doctorat. Je suis encore jeune et je pense qu’être jeune est une chance qu’il faut exploiter. Notre pays n’a pas docteurs en Informatique et ce domaine reste inconnu. Il y a tellement de possibilités qu’offre l’informatique, et la RCA doit les exploiter comme les autres pays tels le Sénégal, le Kenya, le Ghana, l’Afrique du Sud, et que sais-je encore. Je reste convaincu qu’avec l’informatique, nous parviendrons à renverser la tendance et à redynamiser la société centrafricaine. Je voudrais me voir dans 10 ans comme Patron d’une entreprise que je voudrais créer et qui aura non seulement une dimension nationale mais aussi des filiales au delà des frontières centrafricaines. C’est un rêve auquel je tiens beaucoup.
 
5- Quelles leçons tirées  de la crise centrafricaine et quelles sont selon toi  les éventuelles pistes de solutions?
La crise centrafricaine a ébranlé tout un système en le mettant en cause. Cette crise, qui n’a pas commencé qu’en 2012 a montré la faiblesse des centrafricains que nous sommes en mettant en exergue les maux de notre société, des maux que nous avons expressément voulu ignorer et qui ont éclaté. On ne cache jamais la fumée. Nous avons vécu dans un système où rien ne marchait. Nous devons maintenant prendre conscience de toutes les erreurs que nous avons commises dans le passé et le présent. Nous devons nous dire tous qu’il est temps que tout cela s’arrête et que nous apprenons une nouvelle forme de vie. Nous devons nous approprier le mot patriotisme et nous dire que c’est à nous de construire notre pays et assurer notre survie. Comme piste de solution, je pense que le prochain Forum de réconciliation doit mettre l’accent sur les problèmes rencontrés par la population toute entière (y compris nos frères et sœurs qui se trouvent dans les provinces) en laissant toutes les couches sociales s’exprimer. Ce forum ne doit pas être une énième opportunité offerte (il y a eu assez déjà dans le passé) aux hommes politiques pour s’accaparer des postes et oublier que le veritable enjeu de ces assises est de pouvoir réconcilier le peuple centrafricain.

6- Fervent musulman que tu es, que penses-tu de ceux qui affirment que le conflit centrafricain est interconfessionnel?
Dire que l’origine de la crise centrafricaine est religieuse, c’est méconnaitre la cause profonde de cette crise. La crise a été « confessionalisée » par certaines personnes pour des raisons que, seuls les responsables peuvent expliquer. Nous avons assisté, impuissants à un conflit politique. La division intercommunautaire n’est qu’une conséquence, pas une cause. Nous avons vu comment les différentes religions trouvaient leur place dans ce pays même s’il ne faut pas ignorer la souffrance qu’enduraient certains compatriotes musulmans qui sont traités d’étrangers alors qu’ils devraient bénéficier des mêmes droits que les autres. Cependant, ce n’est aucunement une raison suffisante pour prétendre mettre en mal la cohésion entre des voisins qui vivaient, riaient, chantaient, buvaient, mangeaient hier ensemble. Nous avons toujours la possibilité de choisir la bonne action et de réfuter la violence. Nous ne sommes pas nés avec la violence mais nous apprenons à être violents. Et si nous apprenons à être violents pourquoi pas ne pas apprendre la non-violence? Aucune religion au monde, ni l’Islam, ni le Christianisme n’enseigne la violence ou la haine à ses adeptes.

7- En Centrafrique, les consultations à la base sont en cours dans l’attente du fameux forum de Bangui. En tant que jeune centrafricain,  quelle lecture fais-tu de tout cela et quelles sont tes attentes?
Je voudrais en tant que centrafricain et partisan de la paix saluer cette noble idée de pouvoir convier les centrafricains de toutes les couches à se parler afin d’identifier les causes profondes du mal centrafricain, y mettre un trait définitif en proposant des pistes de solutions. Les consultations à la base doivent être une opportunité unique de pouvoir parler de ce qui nous unit tous : notre pays. C’est aussi le moment à jamais de pouvoir dire la vérité sur pourquoi sommes-nous arrivés à cette tragédie afin d’y mettre fin. Les assises qui suivront doivent nous permettre de décider unanimement de tourner la page et d’apprendre de revivre ensemble en corrigeant nos erreurs du passé. Il est certes difficile d’arriver à mettre un trait au passé mais si nous avons chacun, en son fort intérieur la volonté, nous y parviendrons à coup sur.  La paix en Centrafrique est conditionnée par une prise de conscience individuelle puis collective des centrafricains. La paix ne doit pas être un vain mot, il doit être le reflet de notre comportement, une logique de notre réflexion, une manifestation de notre désir.

8 – La jeunesse centrafricaine a souvent été peinte en noir dans cette crise, partage-tu ce point de vue ? A ton avis quelle place doit occuper cette jeunesse dans le processus de cette sortie de crise dans notre pays ?
La République centrafricaine à l’instar des autres pays d’Afrique dispose d’une énorme potentialité : celle d’avoir plus de jeunes que de vieillards. Mais la jeunesse est semblable à une pièce de monnaie c’est-à-dire dotée d’une double face. Elle est capable du meilleur comme du pire. Nous avons malheureusement tous échoués en tant que jeunes en montrant nos limites pendant cette crise.  Notre jeunesse a besoin d’être véritablement encadrée, soutenue afin d’apporter sa meilleure contribution pour l’épanouissement de notre société. Pendant très longtemps, la jeunesse centrafricaine a été instrumentalisée à des fins négatives. Elle a perdu sa véritable vocation et le chemin qu’elle devrait emprunter. Elle avait besoin des idoles, des leaders sur lesquels s’appuyer, des exemples à suivre. Nous ne sommes pas encore assez solidaires. Parmi nous, il y en a encore qui utilisent l’argument de l’engagement pour leurs ambitions personnelles. Une attitude qui laisse la porte ouverte à la manipulation des « politiques ». Mais j’ai foi en cette jeunesse malgré tout, je sais qu’il y a certains, qui se battent nuit et jours comme vous d’ailleurs de l’UASCA à travers des projets ambitieux pour faire changer le visage de la jeunesse. Il nous faut une forte mobilisation et des actions concrètes en faveur de cette jeunesse dans le domaine de l’éducation, la santé, … Il nous faut une jeunesse engagée et entreprenante. Mais nous pouvons y arriver que si nous sommes unis car ensemble nous sommes plus forts.
 
9-Quelle est ta vision de la vie ? (Question personnelle du cousin)
J’ai toujours considéré la vie comme étant une chance. A travers la vie, on peut faire des choses inimaginables comme réunir les gens autour d’un projet important, aider les gens qui en ont besoin, faire des choses que certains peuvent trouver impossibles en utilisant ses potentialités. Je pense que tant qu’on vit, on doit toujours foncer et aller de l’avant, avoir un œil ouvert sur le présent mais regarder l’avenir. Pour moi, chaque jour qui passe nous amène à s’approcher davantage de notre rêve lorsque nous y tenons et que nous faisons des efforts dans ce sens. Il faut saisir toutes les opportunités qui s’offrent à nous, chaque jour que Dieu a créé.

10 – As-tu quelque chose de particulier à ajouter (ta conclusion)?
Je ne cesse de le répéter : être jeune est une chance que nous devons saisir. Nous avons pleine d’énergie et de potentialité, il nous faut y mettre un peu de volonté et nous pouvons faire changer le visage de notre société. Nous devons être unis afin d’être plus forts. Nous devons chercher à aller là où nos grands-parents et nos parents ne sont pas arrivés. Nous devons faire nôtre cet adage qui dit «Malheur à celui qui ne fait pas plus que son père ou sa mère». Nous sommes jeunes alors nous devons être l’émanation du changement. Ce dernier, c’est nous et c’est maintenant.

Au pays de paradoxes, les coupables deviennent des dieux

Devrais-je commencer par m’excuser auprès de mes fidèles lecteurs que vous êtes pour le silence qui s’est installé entre vous et moi, rassurez-vous, c’est la dernière chose au monde que je puisse vouloir. Et puis, les traditionnels vœux de Nouvel An sont d’actualités : santé, bonheur en abondance, réussite et fidélité dans la lecture des articles de ce blog sont autant de vœux pieux que j’exhorte le Bon Dieu à exhausser pour vous.

Le titre de cet article paraît banal. Mais il ne l’est pas. Oui, il s’agit bien d’un pays eu centre de l’Afrique colonisé comme les autres et ayant son indépendance il y a plus de 50 ans. Un pays qui malgré, sa richesse reste parmi les derniers à prendre son destin en main. Faudrait-il que j’affirme directement qu’il s’agit de la République centrafricaine. Dans ce pays, le paradoxe ne tue pas.

Bon, allons directement à l’essentiel. Récemment, les presses écrite et radiodiffusée tout comme le site lepays.bf ont annoncé une rencontre organisée à Nairobi entre les deux principaux ennemis, les deux hommes n’ayant dans leur tête que le pouvoir, les deux malheurs de la RCA. Oui, il s’agit bel et bien de ceux qui ont instauré le malheur dans ce pays jadis hospitalier. Selon des informations, François Bozizé et Michel Djotodia ont été invités  par le médiateur international de la RCA à des discussions pour une sortie de crise. Mais la question qui doit interpeller tout est :  comment peut-on penser que des gens qui ont dans leur tête un seul mot : le pouvoir, peuvent être des précurseurs de la réconciliation ? Comment comprendre que des gens qui ont œuvré corps et âme pour mettre le pays à sac à travers son lot de malheurs, viol, pillage, tuerie … peuvent être les principaux acteurs du dialogue ?

L’histoire nous apprend toujours que le bossu ne reconnaît pas sa bosse. Nous avons été au fond du gouffre et nous le sommes encore à cause de deux êtres qui vraisemblablement n’ont que le pouvoir comme principal projet. Alors, pourquoi s’évertuer à les associer alors que tous deux ont des projets funestes pour s’emparer du pouvoir qu’il considère tous deux comme légitimement acquis ? Non, sérieux, de qui se moque-t-on ? Du peuple centrafricain qui en a assez de pleurer les parents, proches, amis et connaissances ? De ce peuple meurtri qui en assez de la barbarie de la Seleka et des anti-balaka ? De ce peuple qui souffre dans sa chair à cause de la pauvreté criarde et le manque de moyens qui résulte de la crise ? De ce peuple qui se sent exclu de la réconciliation alors qu’il devrait au centre des préoccupations. De ce peuple martyrisé et oublié malgré les scènes de pillages les plus atroces dont il a été victime pendant plus de deux ans ?

Les autorités de transition doivent mettre tout en œuvre pour que la population soit au centre de cette réconciliation. Le dialogue doit tenir compte des aspirations du peuple et non d’une minorité de dirigeants qui ont du sang dans les bras. L’impunité doit être combattue. Le dialogue oui, mais la justice d’abord. Tous ceux qui ont commis du tort au peuple doivent, sans exception rendre des comptes. Il s’agit là de la seule condition pour que la paix revienne définitivement dans ce pays aubanguien.

Paix, réconciliation et cohésion sociale pour mon pays la Centrafrique

Après moult réflexion, j’ai décidé de rédiger cet article pour inciter à la paix, la réconciliation dans mon pays en Centrafrique. Je pense que nous nous sommes assez enfoncés et qu’il est temps de faire la paix et se réconcilier en trouvant une issue à cette crise qui n’a que trop duré. Nous sommes obligés, que nous ne le voulions ou pas, de nous donner la main afin que notre pays retrouve la paix tant convoitée par tous. Nous avons besoin de cette paix, nos enfants, nos parents, nos grands-parents, tous sans exception en ont besoin.

Nous avons assez couru, assez pleuré, nous nous sommes assez haïs, nous avons beau nous détruire et détruire les habitations des gens qui autrefois étaient pour nous plus que des frères, des sœurs, des pères et mères que nous appelions affectueusement papa, maman, yaya, …nous devons rouvrir nos yeux car ce qui se passe chez nous dépasse la limite du tolérable. Repensons à tout ce qui peut être bien pour notre pays, toutes les actions qui peuvent concourir à la paix, à la cohésion et à la réconciliation … et à notre cher, beau et tendre pays la République centrafricaine.

Chers compatriotes, tournons la page et avançons ensemble vers une nouvelle République où les bases doivent être la justice, l’équité, l’amour du prochain, le patriotisme, le courage, …bref tout ce qui est bon et avantageux pour le peuple tout entier en pourchassant la corruption, le népotisme, le favoritisme, l’ethnocentrisme, le régionalisme…Nous pouvons changer les choses, nous pouvons écrire une nouvelle page de notre histoire, de l’histoire de notre pays, nous pouvons encore montrer aux yeux du monde que malgré le pire que nous avons connu, nous sommes capables du meilleur. Nous devons faire comprendre à ceux qui pensent que nous sommes tombés très bas, que nous sommes en mesure de nous relever lorsque nous tombons.

Moi j’y crois, je sais que tous ceux qui lisent ces lignes croient aussi en cela et je reste convaincu que quelque soit le temps que cela prendra, on finira par retrouver la voie de la raison car elle raisonne en nous comme un tam-tam dans un village avoisinant.

Que Dieu bénisse la République centrafricaine et le peuple centrafricain

Interview, Cédric Ouanekpone:«En tant que jeune, donner l’exemple est la première chose à faire»

Il fait parti des rares jeunes centrafricains à avoir un regard objectif sur les tragiques événements du pays. Son nom est Cédric Ouanekpone, leader des jeunes, apolitique et fervent croyant, il nous livre ici son analyse de la crise

Cédric Ouanekpone(Photo crédit: Facebook)

Cédric Ouanekpone(Photo crédit: Facebook)

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Cédric Patrick Le Grand OUANEKPONE, Je suis né le 08 mars 1986 à Bangui, j’ai actuellement  28 ans. Je réside à Fatima dans le 6ème arrondissement de Bangui. Je suis étudiant en 7ème année de médecine à la faculté des sciences de la santé (FACSS) de l’université de Bangui. Je suis également le président du Club RFI Bangui FONONON qui est une association culturelle et éducative en milieu jeune. J’ai fondé également  en 2007 l’UASCA (Union des Anciens Séminaristes Carmes) qui est une association réunissant des jeunes anciens séminaristes autour des valeurs humaines. Je suis enfin co-fondateur et vice président des ONG JFDDH (Jeunes et Femmes pour le Développement et les Droits de l’Homme) et FEED (Femmes et Enfants pour l’Environnement et le Développement).

La République centrafricaine traverse depuis plusieurs mois, exactement le 12 décembre 2012, une tragédie, quelles sont, selon vous, les causes profondes de cette crise qui est loin d’être terminée ?

Permettez-moi tout d’abord de saluer la mémoire de tous ceux et celles qui ont perdu la vie ou le sens de leur vie dans cette indescriptible tragédie que les mots ne sont pas assez forts pour condamner. Les causes profondes de cette tragédie sont légion et réelles, même les experts ne sauraient donner une liste exhaustive. A mon humble avis, tout cela est parti d’un conflit structurel. En effet, une partie du territoire a été pendant longtemps délaissée, abandonnée à la merci des prédateurs de tout genre par les pouvoirs qui se sont succédés à la tête du pays avec en toile de fond la pauvreté et le sous-développement. Manque d’écoles, d’infrastructures routières, de cadres (enseignants, médecins…) dans certaines parties du pays est une bien triste réalité que personne ne peut nier tout comme la gestion clanique auréolée de népotisme, de corruption et de gabegie des régimes antérieurs. Seulement, fallait-il nécessairement toute cette foudre de violence pour revendiquer ces droits ? Et pire encore à des gens qui sont tout aussi victimes que les autres ? A cela, j’ajouterai la perte du sens du patriotisme, la médiocrité et l’égoïsme  des hommes politiques centrafricains qui se font manipuler et assujettir  par tour de bras, le mercenariat, l’impunité, l’analphabétisme, la perte de la culture du mérite et le manque d’un dialogue sincère qui a permis à la haine de s’accumuler dans les cœurs pour finir par s’exploser avec tous les impacts que nous connaissons aujourd’hui. Je ne parlerai pas de l’immensité de nos richesses qui suscite bien des convoitises des spoliateurs et prédateurs qui ont tout intérêt à ce que nous nous divisons, nous nous entre-tuons leur permettant ainsi de tirer leur épingle du jeu…

Je n’en parle pas parce que c’est à nous de leur dire non car comme disait Martin Luther King : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon, nous allons mourir ensemble comme des idiots ».

Toi qui es chrétien, que dis-tu aux personnes qui continuent de clamer haut et fort qu’il s’agit d’un conflit inter-communautaire en Centrafrique?

C’est archi faux. J’ai beaucoup de respect pour les médias car j’ai toujours considéré cela comme le meilleur métier du monde. Malheureusement, j’ai été horriblement choqué par cette campagne médiatique autour d’un prétendu conflit interreligieux qui a fini par devenir un endoctrinement pour la majorité analphabète du pays. Je comprends que la RCA a toujours été méconnue du reste du monde depuis l’empereur BOKASSA, méconnue même de la plupart des journalistes qui sont arrivés pendant la crise et je sais aussi que parler de la crise de cette manière tout comme parler du pré-génocide est peut être l’un des moyens forts pour attirer l’attention et obtenir des résolutions. Mais tout cela a été fait dans le grand mépris des valeurs et réalités centrafricaines, cela ne signifie pas que je veux ignorer les crimes et massacres inacceptables, odieux et déshumanisants que nous avons connus.

Je crois simplement qu’un vrai musulman comme ceux que j’ai connus ne peuvent pas toucher à un seul cheveu d’un chrétien et vice versa. Ce n’est pas parce que quelqu’un est muni d’une croix ou d’un chapelet qu’il a dérobé quelque part qu’on doit conclure qu’il est chrétien ou musulman, même un aveu de sa part ne suffit pas et les leaders des communautés religieuses ont prouvé à suffisance qu’ils étaient unanimes et solidaires contre cette dérive.

Une chose que les gens oublient aussi c’est que théoriquement en RCA nul n’est athée ou animiste en dehors des autochtones (Pygmées) même si en réalité très peu de gens  pratiquent  réellement la foi en Dieu pour la simple raison que clamer son athéisme comme on le voit ailleurs est encore stigmatisant ici en général. Cette histoire de conflit interconfessionnel est ce qu’on veut nous faire croire, nous inculquer et nous faire faire tout comme on essaie de nous faire comprendre que la partition est la panacée aux problèmes de notre pays.

En tant que jeunes, qu’est-ce que tu as fait ou que tu comptes faire pour participer à la résolution de cette crise ?

En tant que jeune, donner l’exemple est la première chose à faire.

Dans notre situation actuelle, il n’y a plus de temps d’hésiter ni d’épiloguer mais il faut agir concrètement à chaque minute de chaque jour. Ne pas s’investir dans les manigances qui tendent à élargir le fossé et à éloigner la paix. Ne pas céder à la manipulation et à la corruption de l’innocence. Diffuser des ondes de paix autour de soi. J’ai d’abord mis ma connaissance médicale au service des patients dans les sites de déplacées sans discrimination même à la mosquée du KM5 (où j’ai accompagné à deux reprises une ONG musulmane, Miséricorde, pour consulter des malades et leur administrer des soins) et vous savez qu’en soignant vous écouter et vous communiquer aussi, une occasion souvent idéale d’envoyer des ondes de paix. Ensuite au niveau du Club RFI, j’ai organisé une session de formation sur « la participation de la jeunesse à la résolution pacifique des conflits » où une cinquantaine de jeunes responsables dans leur lycées et facultés ont bénéficié d’une formation sur la communication pacifique, la non violence, la vérité, la justice, le pardon et la réconciliation avec une phase pratique sur un site de déplacés internes. Au niveau du JFDDH, nous réaliserons dans les jours qui viennent un projet dénommé : « Les noyaux de paix » qui seront créés dans les arrondissements autour des chefs du quartier avec qui les jeunes et les femmes entretiendront des cellules de paix avec des activités concrètes… Au niveau de l’Église, dans ma paroisse Notre Dame de Fatima qui été terriblement attaquée fin mai, nous les jeunes avons produit un film sur la cohésion sociale entre chrétiens et musulmans dénommé «  la Colombe » qui sortira d’ici peu et dont j’ai eu l’honneur d’être le réalisateur. C’était un acte concret pour la paix car lors du tournage et des répétitions, les coups de feu nous accompagnaient et il fallait parfois se cacher autour d’une maison ou se plaquer au sol quelques minutes avant de reprendre. ..

Lors de la journée Internationale des Réfugiés le 20 juin dernier, votre association le Club RFI Bangui FONONON a organisé en collaboration avec ses partenaires, une manifestation culturelle qui a vu la participation de centaines d’élèves et d’étudiants, quels ont été les partenaires ? Et quels messages voulais-tu faire passer?

Il s’agit d’un concours de création artistique (dessins, textes, poèmes…) que nous avions organisé le 20 juin dernier en partenariat avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) à l’occasion de la journée mondiale des réfugiés autour du thème : « Une seule famille déchirée par la guerre, c’est déjà trop ». Les messages étaient simples. D’abord, permettre aux jeunes élèves et étudiants de compatir et de témoigner leur soutien aux réfugiés et déplacés prouvant ainsi que la jeunesse n’est pas insensible à leur douleur. Ce qui n’est pas faux car 2 participants sur 3 des 212 candidats étaient eux aussi des déplacés ou des réfugiés, du moins ils  l’ont été quelques mois plus tôt. Ensuite pousser les jeunes à réfléchir sur comment tout cela est arrivé et comment faire pour que cette tragédie ne se répète plus.

Cédric Ouanekpone lors de son discours du 20 juin 2014

Cédric Ouanekpone lors de son discours du 20 juin 2014

A travers leurs récits pittoresques et combien émouvants ainsi que leurs images palpitantes, les jeunes nous ont prouvé ce jour-là qu’ils sont au rendez-vous et qu’il ya une petite raison de garder espoir. J’ai été très satisfait et encouragé.

En tant que jeune qui a beaucoup milité dans les associations, pense-tu que la jeunesse centrafricaine est-elle manipulée  dans ce conflit? Si oui, quels conseils donnes-tu  à ces jeunes?

Oui, il est clair net et limpide que la jeunesse a été manipulée, instrumentalisée au service des intérêts égoïstes. J’ai été très malheureux de voir combien les gens ont osé profiter de l’ignorance et de la misère d’une jeunesse sans défense et abandonnée à elle-même, sans repère ni modèle à suivre.

Il ne faut pas aussi minimiser la colère et la haine de ces jeunes qui ont voulu coûte que coûte venger parce qu’ils ne savaient pas pourquoi on leur voulait tant alors qu’ils étaient aussi que des victimes. Je dirai à la jeunesse centrafricaine de se ressaisir, d’identifier ses forces et de recenser ses faiblesses pour y travailler et aller de l’avant car l’avenir du pays ne dépend que de nous. Ne soyons pas candides car personne ne nous sauvera de cette situation si ce n’est nous-mêmes et nous avons déjà expérimenté combien les forces manipulatrices sont incapables de sécréter le bonheur. La faiblesse patente des forces internationales présentes dans le pays nous le confirme suffisamment. Nous ne sommes pas différents des autres jeunes du monde, ils nous dépassent certainement en moyens et en possibilités mais à leur différence nous ne sommes pas nés dans un pays où on a déjà tout construit. Cela veut dire que nous avons l’immense chance de construire notre pays à notre manière de telle sorte que les générations futures se souviennent à jamais de nous comme eux se souviennent de leurs ancêtres. Allons-nous laisser cette chance nous échapper ? Si la réponse est non alors formons-nous, cultivons la solidarité qui a tant manqué à nos pères qui ont lamentablement échoué. Retroussons nos manches  et allons de mains calleuses en mains calleuses  vers la réalisation de cette aspiration profonde au bonheur et au développement humain intégral qui est ancrée en nous tous.

Quelles sont les critères pour être un bon leader ?

Je ne saurais le dire avec exactitude. De mon humble expérience en milieu jeune, je crois qu’il faut tout d’abord être exemplaire. Les jeunes ont besoin de croire et de suivre celui qui fait ce qu’il dit, qui donne l’exemple, qui est crédible, qui prend des initiatives lorsque tout est bloqué et qui agit là où beaucoup préféreraient s’abstenir. Il y a dans cet « être exemplaire » un mélange d’honnêteté, de créativité, de détermination et de renoncement. Ensuite, un bon leader doit savoir être proche des autres, les comprendre et surtout les écouter notamment lorsque son point de vue diverge du leurs.

J’ai toujours apprécié cette définition d’un jeune d’Afrique australe reprise il y a quelques années par Barack OBAMA : « Si tes actions inspirent les autres à rêver davantage, à faire davantage et à se dépasser davantage alors tu es un leader ».

Qu’est-ce que les jeunes peuvent faire pour changer le monde actuel caractérisé par les tueries, les guerres, la mauvaise gouvernance, la dictature, l’analphabétisme, le chômage endémique, …

La première chose c’est de prendre conscience et de  bien se former car sans formation ni professionnalisme, rien ne peut changer. En effet, l’amateurisme est pour beaucoup dans la plupart des échecs du moment surtout dans les pays en voie de développement. Ensuite, les jeunes doivent se réapproprier la valeur de l’être humain qui doit être au centre de toute décision et de toute action. Le déclin du monde d’aujourd’hui est dû aux calculs d’intérêts, géostratégiques et à l’appât du gain. La dignité, le respect de la personne ainsi que le développement humain intégral sont sacrifiés au profit des avancées économiques et des intérêts lugubres quitte à bouleverser la quiétude de la planète. C’est là où nous les jeunes d’aujourd’hui devons proposer des alternatives concrètes.

Quel est le dirigeant du monde pour lequel tu veux ressembler ?

Nelson MANDELA sans aucun doute ! En effet, Madiba est pour moi le meilleur dirigeant que le monde en général et l’Afrique en particulier ont connu. En effet, il a su transcender les considérations personnelles, égoïstes, claniques et vindicatives que tout le monde aurait jugé légitimes pour ne faire valoir que l’intérêt national même si en le faisant il a dû consentir encore plus de sacrifices au-delà de ce qu’il a déjà subi. Il a prouvé à suffisance que tout le monde n’a toujours pas raison et qu’on a le droit de voir les choses différemment pourvu que l’intérêt d’un plus grand nombre possible compte. En quittant le monde le 05 décembre 2013, une journée particulière pour la Centrafrique, j’ai toujours eu la forte conviction qu’il veut nous léguer un héritage et qu’il nous faut un MANDELA à la centrafricaine, une « madibalisation » des esprits et des cœurs.

Quels sont les cinq (5) mots qui peuvent mieux te qualifier ?

Je ne le sais pas. Mais comme Je sais que ces cinq mots ne vous convaincrons  pas, alors je me livre au fastidieux exercice de te proposer  humblement les cinq mots qui traduisent les valeurs auxquelles j’aspire profondément, au risque de me déifier : Honnêteté, Audace, Altruisme, Discrétion, Indépendance.

–   Quels sont tes projets d’avenir (immédiat, à long terme et à moyen terme) :

Ils sont très nombreux. Immédiatement, je compte achever mes longues mais passionnantes études médicales qui absorbent une bonne partie de mon temps et si possible avec une spécialisation. Je compte aussi achever le travail de formation de la relève au niveau de mes associations car je travaille avec beaucoup de jeunes pleins de bonne volonté qui continuent d’apprendre et mon rêve est de les voir d’ici quelques mois et années  prendre la relève efficacement car une des choses qui a tué notre pays est que les leaders ne préparent jamais de relève liant les institutions à leur personne. Dès qu’ils meurent, c’est le désastre…

A moyen terme, je compte renouer avec l’écriture qui a toujours été pour moi une passion que j’ai dû mettre en veilleuse à cause des études et toutes les autres charges associatives. Le début dans le cinéma en tant que réalisateur me tente aussi de progresser un peu dans le domaine si les possibilités le permettent.

A long terme, je pense ouvrir un centre d’expertise pour l’accompagnement des structures des jeunes. J’aimerai aussi ouvrir un grand complexe de formation de qualité pour les jeunes filles et garçons avec internat et centre hospitalier pour les pauvres.