#Brisonslapeur: un hastag pour vaincre l’insécurité en République centrafricaine

Depuis quelques jours, le hashtag #Brisonslapeur circule sur les réseaux sociaux pour vaincre l’insécurité en République centrafricaine grâce aux articles des bloggeurs. Il a été initié par l’Association des Blogueurs Centrafricains (ABCA) suite à la rencontre du bureau du comité ad’hoc de l’ABCA avec le Représentant Pays de l’Internews, Pascal Chirha, l’un des partenaires de cette association le 10 février 2017.

Pour le président de l’ABCA, Eric Penzy Ngaibino : « L’objectif du hashtag #Brisonslapeur est de franchir les barrières de la peur, du repli sur soi et de permettre la cohésion entre les communautés. Il est vrai que le désarment est nécessaire et primordial, mais pour nous qui n’œuvrons qu’aux travers de nos blogs, bouches et plumes, le véritable désarmement commence par les cœurs

Hastag créé pour vaincre l’insécurité en Centrafrique

Pour Fridolin Ngoulou, Journaliste-blogueur, Webmaster au réseau des Journalistes pour les Droits de l’Homme et membre de l’ABCA : « Un constat justifie cette campagne de sensibilisation: de nombreux quartiers et villes de Centrafrique défrayent les chroniques en raison de l’insécurité grandissante dans certaines zones. Et les incrédules sont nombreux à vouloir jurer de ne pas fréquenter ces zones qualifiées d’infréquentables ou de zone rouges». Il a poursuivi en ces termes : « pour dénoncer les exactions et pousser les autorités à agir,#Brisonslapeur et préjugés».
Pour Alabira Louqmane, activiste sur les réseaux sociaux, fondateur du groupe « Les réalités du Km5 » qui donne des informations sur ce qui se passe au quartier KM5 et trésorier de l’ABCA: « L’objectif de #Brisonslapeur est d’inciter les victimes à se faire confiance en s’acceptant et en acceptant de vivre ensemble, de cohabiter sans aucune peur, ni préjugé, ni méfiance… Aussi nous allons pousser nos gouvernants à agir dans ce sens pour faciliter tout ce qui brisera la peur, la haine inter communautaire …».

Alabira Louqmane

Alabira Louqmane posant devant l’usine de Mocaf, à Bimbo le 17 février 2017

Eric Penzy Ngaibino revient en expliquant que: « Nous devons d’abord désarmer les cœurs et ensuite viendra le tour des mains… », en réponses à certains compatriotes qui posent comme condition préalable à cette campagne, le désarmement des groupes armés qui pullulent le pays. Et Prudence Yamete, Journaliste d’ajouter que: « l’essentiel es invisible aux yeux, les cœurs doivent être désarmés ensuite les mains et la gaieté s’ensuivront ».

Contexte de crise en Centrafrique
Pour rappel, la République centrafricaine, un pays situé au cœur de l’Afrique, traverse une grave crise de son histoire depuis fin 2012 avec l’avènement de la Seleka. Cette dernière est un groupe de factions rebelles qui a fini par prendre le pouvoir le 23 mars 2013, renversant le régime du général d’armée Francois Bozize. Pendant sa marche sur Bangui et après sa prise de pouvoir, les éléments de la Seleka ayant comme chef, Michel Djotodia avait semé la désolation avec des milliers de victimes, de crimes, …en imposant la peur et les massacres. Les Antibalaka, une milice qui a été créée en septembre 2013 en réponse au phénomène de la Seleka ont occasionné à leur tour de milliers de morts et de déplacés. En fin de compte, la République centrafricaine s’est retrouvée ingouvernable avec des zones où les rebelles font leurs lois, prélèvent des taxes, imposent leur justice,…la violence est devenue quotidienne et les représailles des groupes armés régulières avec, comme seule victime, la population civile prise en otage.
Voici donc plus de trois ans que cela dure. La paix n’a pas pu être imposée en dépit de nombreuses initiatives sous-régionales et régionales pour sécuriser le pays notamment le déploiement des casques bleus de la mission onusienne Minusca (Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations unies en Centrafrique) depuis 2013. Les élections groupées (législatives et présidentielles) de décembre 2016 qui avaient pour but de faire élire des dirigeants démocratiques afin d’endiguer cette crise après plus de deux ans de transition, portant au pouvoir le Professeur Faustin Archance Touadera, à la présidence et des représentants du peuple à l’Assemblée Nationale, n’ont pas pu apporter la solution miraculeuse, celle de faire régner la paix sur tout le territoire centrafricain.
Ainsi donc, des blogueurs comme Fridolin Ngoulou, Alabira Louqmane, Rosmon Graine de Champion, Fabien Zem, Baba Mahamat, Loic Romy Gotto, Inès Laure , Prudence Yamete, Eric Ngaba, Elodie Tainga Poloko, et bien d’autres se sont lancés dans cette campagne de sensibilisation à travers le hashtag #Brisonslapeur.
Pour rejoindre la cause, rien de plus simple que d’aller vers les autres, de nous rapporter un post ou une image ici sur la toile avec la mention #Brisonslapeur. C’est possible d’avoir la paix si nous la voulons. Alors brisons la peur dans chaque coin de la République centrafricaine.

Que veulent vraiment les Centrafricains ?

Cette question combien banale est celle qui devrait traverser l’esprit de tout observateur éclairé de la scène centrafricaine. Entre ce qu’ils font et ce qu’ils demandent, on a du mal à savoir vraiment ce que les Centrafricains veulent réellement. Ce billet veut soulever des questions pertinentes que chaque Centrafricain devrait se poser et retrace les dérives observées ces derniers temps lors des événements de fin septembre.

J’ai longtemps voulu intervenir à travers ce blog pour dénoncer la barbarie qui sévit dans mon pays. Même si parfois, je me lasse à dire à chaque fois la même chose, à crier haut que nous ne sommes pas seulement des victimes, mais aussi des acteurs de cette violence aveugle qui ne cesse d’endeuiller les familles centrafricaines. Je me suis résolu à croire que me taire me fera complice de tels événements d’une époque révolue.

Voilà, nous revenons à la case de départ. La mort d’un conducteur de moto-taxi de confession musulmane a mis de l’huile sur le feu et toute la capitale a rouvert sa porte au diable qui parcourt les quartiers de Bangui. Entre des revendications de démission de la chef de Transition, celle du départ du contingent de la Minusca et de la Sangaris (opération militaire de l’armée française) à l’appel à désarmer tous les groupes armés qui sévissent sur tout le territoire en maîtres absolus, la priorité devrait sans doute être le désarmement des groupes armés qui ne cessent de terroriser le peuple centrafricain dans sa globalité. Mais comment justifie-t-on ces tueries, surtout que d’aucuns croient comprendre que le peuple centrafricain est manipulé afin que la stratégie du chaos serve aux manipulateurs? Sommes-nous appelés à perpétuer le cycle de violence et à rejeter la paix? Pourquoi la tolérance et l’esprit pacifique ont quitté ce pays ? Un pays, dont Barthélémy Boganda a payé de sa vie pour qu’on en soit les héritiers légitimes ? Quel rôle doit jouer la jeunesse pour endiguer ces cycles de violence ? Mais toutes ces questions resteront sans doute sans réponse, puisque la question du pillage systématique interpelle toute la jeunesse qui brille par son incivisme.

Notre ennemi juré dans ce pays : la faim

Alors, vous parlez de revendication, de la démission de la présidente, du désarmement, et autres, pensez-vous que vous devriez piller pour en arriver à vos fins ? J’ai honte à chaque fois que la jeunesse est pointée de doigt comme principal acteur de pillage. Bon, vous pillez l’Acabef (l’Agence centrafricaine de bien-être familial) et vous pensez faire démissionner la présidente ? C’est elle qui bénéficie des services de cette agence ? Oubliez-vous que nos femmes s’y rendent pour la planification familiale ? Vous pillez le CPJ (Complexe scolaire du centre protestant de la jeunesse), c’est cela votre stratégie de pousser la Minusca à désarmer les milices ? Mais vous oubliez que le taux d’alphabétisation en Centrafrique est très faible que les lycées tels que le CPJ contribuent à endiguer ce problème d’analphabétisme.

Vous oubliez tous quel est notre ennemi juré dans ce pays : la faim. Et nous savons tous que l’ONG ACF (Action contre la faim) vient en aide à de milliers de compatriotes dans la lutte contre la faim. Mais, nous avons décidé de piller les locaux de cette ONG pour qu’elle suspende ses activités. Mais après, ne crions pas au chômage ni à la famine, car cette ONG risque de suspendre ses actions sur le terrain. Même chose pour le CICR (Comité international de la Croix-Rouge) qui n’a pas été épargné.

Alors peuple centrafricain, que veux-tu au juste pour ton pays ? Veux-tu être partisan de la paix, du développement ou veux-tu continuer à être du côté de ceux qui détruisent inlassablement nos patrimoines communs en brillant par l’incivisme ? Quelle Centrafrique veux-tu léguer à tes descendants si, jusqu’à présent, tu continues à détruire tout ce qui reste de ton pays ? A qui la prise de conscience chez toi ? Tu as la dernière chance de montrer qui tu es vraiment. Tu as deux choses à choisir, soit être du côté de ceux qui détruisent la Centrafrique ou mieux encore être du côté de ceux qui veulent la bâtir en promouvant la paix, l’unité, la cohésion et le développement. Oui, il te faut choisir maintenant sinon ce sera trop tard.