Janvier, mois record des accords pour la Centrafrique

On se souvient encore si c’était hier. Les Centrafricains viennent (encore ?) ce soir d’être informés pour la énième fois qu’un accord dit de cessation d’hostilité vient d’être signé entre les deux principaux acteurs de la crise centrafricaine : François Bozizé renversé le 24 mars 2013 lors d’un putsch par Michel Djotodjia éjecté de la magistrature suprême par les accords de Ndjamena en janvier 2014.

Le 11 janvier 2013, les Centrafricains ont salué dans l’unanimité les accords de Brazzaville mettant fin aux hostilités entre les troupes de Michel Djotodjia issues de la mouvance Seleka et le pouvoir de Bangui commandé alors par l’ancien président François Bozizé. Ce dernier, contraint par ses pairs de la sous-région Cémac et aussi par l’avancée fulgurante des rebelles Seleka a signé signer lesdits accords de Brazzaville du 11 janvier 2013. Accords qui ont accouché d’une souris, et Bangui changera d’homme fort le 24 mars 2013. Ce changement quoique, voulu par la majorité de Centrafricains a très vite été regretté par la population exacerbée par le lot de malheurs qu’elle subit quotidiennement depuis l’accession au pouvoir de la Seleka.

Assassinat, viol, pillage à grande échelle, kidnapping, torture, menaces… ont été le quotidien du Centrafricain. Une situation qui a donné raison à François Bozizé, qui affirmait avec forcequ’il restait l’unique président légitimement élu par les Centrafricains et que la Seleka n’était constituée que de mercenaires venus des pays voisins, dont le Tchad et le Soudan pour islamiser les Centrafricains. Plus de dix mois après, Michel Djotodjia n’a pas pu faire asseoir son autorité afin de ramener la paix. Il clamera qu’il ne peut contrôler que les hommes avec qui il était venu, mais pas ceux enrôlés lors de la prise de pouvoir qu’il accuse d’avoir créé ce désordre.

Début janvier 2014, lors du sommet de la CEEAC à Ndjamena, les membres du Conseil national de transition seront convoqués en urgence à Ndjamena pour une concertation dont l’ordre du jour n’était pas accessible. Très tard, ils seront convoqués à l’aéroport Bangui M’poko pour rejoindre un avion affrété à la dernière minute pour leur déplacement. Michel Djotodjia qui était déjà à Ndjamena ne savait pas que son sort était scellé. Son premier ministre de l’époque, Nicols Tiangay sera aussi éjecté. Pour apaiser la situation et sous le mécontentement de certains conseillers, il sera demandé aux membres du Conseil national d’élire un candidat en remplacement de Michel Djotodjia contraint à la démission pour l’intérêt de la paix en Centrafrique. Ferdinand N’Guendet, qui est jusqu’à là, à l’ombre sera fait président de la transition conformément aux dispositions du code de la transition adopté par le Conseil national de la transition (CNT).

Le 21 janvier 2014, Catherine Samba sera élue chef de la transition par les membres du CNT, un choix salué par la plupart des Centrafricains et surtout par les acteurs en conflits à cause de sa neutralité. Très vite, elle épousera les vieilles pratiques des pouvoirs auxquels elle a succédé, et malgré la mise en place de plusieurs gouvernements de transition, elle ne sera pas à mesure de renverser la balance pour la paix en Centrafrique. Le démon qui hante la Centrafrique est loin d’être neutralisé !

Début janvier 2015, sous la demande du médiateur de la crise centrafricaine, en la personne de Denis Sassou Nguesso, président du Congo, une rencontre a été convoquée (sans informer les autorités centrafricaines ?) à Nairobi pour faire associer les deux principaux acteurs du chaos centrafricain. Un accord est signé à l’issue de ces tractations qui ont duré plusieurs jours dans la capitale kényane par les deux parties antagonistes. Selon RFI, un document de quinze pages a été concocté et les signataires (François Bozizé et des représentants de la milice anti-balaka et Michel Djotodjia et les représentants de la Seleka) ont tenu à dessiner les contours d’un processus de paix en Centrafrique. La mauvaise nouvelle dans tout cela est le fait que l’amnistie générale soit érigée en mode de règlement pour faire accepter cet accord par les parties signataires.

Au rythme où vont les choses, on ne sera pas surpris de voir une nouvelle équipe de transition succéder celle de Catherine Samba qui entretiendrait en ce moment  des relations glaciales avec son homologue et médiateur de la crise centrafricaine Denis Sassou Nguesso selon le Jeune Afrique, alors qu’il est le principal soutien de la transition en place.

Centrafrique : sommes-nous obligés de passer par un autre dialogue national inclusif ?

Quelques semaines après son annonce dans le communiqué final de la réunion extraordinaire de la CEEAC (Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale) , sur la crise centrafricaine tenue le 21 octobre dernier et le discours du président de Transition Michel Djotodia en début de semaine donnant son accord, les avis des centrafricains restent divisés sur le projet de Dialogue National Inclusif qui a également eu le soutien du GIC (Groupe Internationale de Contact sur la RCA) lors de sa 3e réunion tenue à Bangui le 8 novembre dernier. Les centrafricains se rappellent encore du nombre incalculable de dialogue, accords, concertations et autres regroupements qui se sont toujours soldés par un échec cuisant.

Dialogue politique Inclusif en 2008 en RCA - Photo(Crédit: sangonet.com)

Dialogue politique Inclusif en 2008 en RCA – Photo(Crédit: sangonet.com)

Même si un adage dit « La main qui donne est toujours au dessus de celle qui reçoit », les centrafricains ne sont pas prêts à se lancer dans un autre dialogue demandé par la CEEAC. Le dernier en date s’appelle les accords de Libreville signés en janvier 2013 entre d’une part le pouvoir en place dirigé par François Bozize alors président de la République et d’autre part la Seleka, une coalition de rebellions dirigée par Michel Djotodia, l’opposition démocratique, les mouvements politico-armés, les représentants religieux  et de la société civile. Même si beaucoup d’observateurs continuent à croire à ces accords dits de Libreville, le centrafricains et les observateurs de la scène politique centrafricaine ne se voilent pas la face : ces accords sont caduques depuis le renversement du président François Bozize. Il n’est pas important de revenir sur les responsabilités étant donné que nous en avons largement parlé dans nos précédents articles mais le constant reste le même, le dialogue n’a jamais été le fort des Centrafricains.

 

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce scepticisme chez les centrafricains à revivre encore un dialogue de plus. Le mal centrafricain n’a jamais été ébranlé, malgré les concertations qui ont commencé depuis les années 90. Le vulgaire citoyen se dit que ces assises sont surtout des moments qui profitent à une classe, laquelle ne représente pas forcement les aspirations du peuple car sa situation n’est jamais prise en compte. Depuis plus de 30 ans, la République centrafricaine est dirigée par les mêmes hommes, ces mêmes aussi qui sont aussi des acteurs des dialogues.

 

Du régime du feu Président André Kolingba à celui du feu  Ange Félix  Patassé en passant par celui du Général François Bozize, les mêmes personnes qui ont verrouillé le système sont toujours à la commande. L’avènement de la Seleka qui avait d’abord été salué par certains compatriotes et surtout la diaspora dont certains membres ont été contraints à l’exil pour éviter une fin malheureuse n’a pas fait l’exception à la règle, au contraire les dégâts parlent d’eux-mêmes. Les même personnes reviennent comme des grenouilles qui coassent dans les marres d’eau après le passage de la pluie. Le constat amer du centrafricain est sans détour : ces personnes peu importe leur affiliation (partie politique, société civile, religieux, …) ne visent que leur intérêt. La preuve, après les concertations, il est toujours recommandé de former un gouvernement dont le nom varie -gouvernement de consensus, gouvernement d’union nationale- et qui permettent à de pseudo-représentants du peuple de se retrouver les pieds et la tête dans les affaires.

 

La situation que traverse la Centrafrique  ces derniers temps est grave. Cette gravité s’explique par la dégradation sans précédent de la situation sécuritaire laquelle oblige tout un peuple mis à genoux par les graves violations humaines dont l’humiliation, les exactions, les tortures, les assassinats et j’en passe font des centrafricains des animaux devant une force de la Seleka guidée par le mal. La priorité pour le centrafricain est la restauration de la sécurité sur toute l’étendue du territoire ainsi que sa dignité bafouée depuis belle lurette et ce, en restaurant de l’autorité de l’Etat qui est un mot vain il y a bien longtemps dans ce pays, à cause des intérêts mesquins des uns et des autres. On ne peut parler de dialogue lorsque, dormir ne fut-ce qu’une nuit sans être chatouiller par des tirs à l’arme lourde est un rêve que chaque centrafricain n’a pas eu l’occasion de côtoyer depuis la difficile cohabitation avec la Seleka.

 

Faire le dialogue ? Mais avec qui ? Lorsque nous savons que la crise centrafricaine a été entretenue par les hommes politiques qui ne se gênent pas à utiliser la souffrance du peuple pour assouvir leur besoin. Il ne s’agit pas de réunir cinq cent (500) ou mille (1000) personnes qui passeront leur temps à parler comme des sourd-muets car au lendemain, tous reviendront à la case du départ, ni de faire des recommandations qui accoucheront d’une souris à l’accoutumée. Les recommandations, les centrafricains en ont encore en mémoire. Ils ne sont pas prêts à écouter encore d’autres recommandations qui ne seront jamais tenues. Le peuple centrafricain éprouve de sérieux problèmes, de problèmes que les dirigeants doivent prendre à bras-le corps au lieu de passer leur temps à se morfondre comme des petits-enfants qui se disputent un morceau de gâteau.  Le pouvoir doit appartenir au peuple et c’est lui qui délègue et pas aux pseudo-politiques.

 

Les nombreuses violations des droits humains ne doivent pas restés impunies. Hors, que constatons-nous ? Habituellement, le dialogue national est une occasion de laver les coupables et de saper le mémoire des victimes des atrocités. A l’exemple de la République Démocratique du Congo où le M23 qui a longtemps régner en  maitre dans une importante partie du Congo a demandé l’amnistie pour ses membres en dépit des dégâts qu’ils ont causés sur la pauvre population. Que consolera les victimes et parents de victimes après tant d’humiliation? Il faut que les auteurs des crimes et de violation puissent être inculpés et jugés, la justice doit faire son travail.

 

Ce n’est pas lors de quelques jours de débats pour se voiler la face que le changement viendra. Détrompons-nous. Le changement doit être moral. Il est l’aspiration de la collectivité à rompre avec les pratiques néfastes du passé. Il est comportemental. Nous devons en tant que centrafricains prouver que nous voulons faire une scission d’avec le passé en tournant la page et en regardant le futur en face.  Ne nous leurrons pas la réalité, ce n’est pas du fait que la CEEAC et la communauté internationale nous imposent un dialogue national inclusif que nous sortirons de l’ornière. Nous devons apprendre de nos différences en les transformant en forces puis en les complétant pour rendre ces  forces collectives. La dynamique du groupe doit prôner. Il est la voie du salut centrafricain, en conséquence du développement socio-économique.

 

Le dialogue ne doit pas être imposé, il doit être éprouvé, le peuple doit le sentir, il doit l’appuyer s’il est venu de lui afin de mettre clairement ses aspirations sur la table pour son bien-être. S’il est imposé, il ne sera qu’une formalité et nous tomberons dans les mêmes erreurs. Il faut que nous apprenons des erreurs de notre passé pour jaillir de nouvelles idées pour le renouveau centrafricain.

Peace en Centrafrique

Centrafrique : vers un conflit confessionnel inévitable ?

Les derniers évènements survenus à l’ouest de la République centrafricaine, notamment dans certains villages de Bossangoa et à Bouca laissent croire que les Centrafricains sont loin du bout du tunnel qu’ils espèrent atteindre. Les violences sans précédent dont l’ensemble de la population est victime sont loin de se terminer. Un autre cycle de violence, une insurrection vraisemblablement commanditée par l’ancien président François Bozizé a débuté les hostilités depuis le 06 septembre dernier. Le bilan dans les villages environnants les villes Bossangoa et de Bouca  fait état de plus d’une soixantaine de morts, essentiellement la population civile.

Début des opérations de désarmement à Bangui, combats à l’Ouest

Ces évènements qui surviennent juste au début de la transition, laquelle marque le début du processus d’un retour à l’ordre constitutionnel sont très inquiétants. Une autre forme de conflit se pointe à l’horizon. Les hommes de François Bozizé responsables des attaques sont accusés d’avoir perpétré non seulement des pillages, mais également des exécutions sommaires et d’avoir brûlé des maisons de la population musulmane. Ces actes qui ne devraient normalement étonner personne laissent présageaient un genre de conflit, depuis quelques temps déjà, avec l’avènement des hommes de la Seleka dits « incontrôlés ».

Selon la déclaration du nouveau porte-parole de la présidence Guy Simplice Kodégué qui a pris ses fonctions le 5 septembre après sa nomination survenue le 21 août dernier, François Bozizé est pointé du doigt. Une accusation confirmée par des proches de l’ancien président dont son porte-parole, Levy Yakite. Ce nouveau cycle de violence intervient au lendemain des opérations de désarmement volontaire lancées par le nouveau ministre de la Sécurité, Josué Binoua dont les fruits sont appréciés par la population. Une opération qui n’a jusqu’à lors débuté qu’au niveau de la capitale Bangui, les provinces continuent d’être contrôlés par les chefs de guerre de la Seleka.

 L’arrivée de la Seleka et les pillages et spoliation des biens, la destruction des édifices publiques et privées, les exécutions ciblées dont les victimes sont essentiellement chrétiennes, l’insécurité grandissante sont autant de causes qui laissent présager un conflit confessionnel entre chrétiens d’une part et musulmans d’autre part. Une situation qu’exploite François Bozizé afin d’accéder à nouveau au pouvoir. Pourtant, ce pays de Barthélémy Boganda n’a jamais vécu une situation semblable, l’harmonie entre ces deux religions n’a jamais été mise à rude épreuve.

Risque de généralisation d’affrontement interreligieux, deux acteurs pointés du doigt

Deux acteurs principaux portent la responsabilité de cette crise sans précèdent qui n’en est qu’à ses débuts et risquant d’être généralisée dans toutes les régions du pays.

D’un côté, François Bozizé qui jusque là, n’accepte pas son éviction du pouvoir et joue au légitimement élu, en créant en France le FROCCA (Front pour le retour à l’ordre constitutionnel) qui dispose d’une branche armée. Les hommes qui ont attaqué les villages autour de Bossangoa et Bouca se réclament des « Anti Balaka », un autre mouvement créé en plus d’autres qui existent déjà depuis quelques temps dont le Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC) du général Abdoulaye Miskine qui, selon un communiqué récent, serait rallié au FROCCA, le Collectif des officiers libres de Joachim Kokaté, et le Morepol de Levy Yakete. De l’autre côté, le président de la transition, Michel Djotodia qui décidément ne parvient pas à contrôler son troupeau de la Seleka qui se livre, près de six mois après le coup d’Etat du 24 mars, à des  activités peu orthodoxes. Exacerbée, la population se trouve  prise au piège par la volonté des deux leaders de conforter leur position.

 La population chrétienne exaspérée par les violences perpétrées par la Seleka

Depuis le lancement des hostilités par la Seleka, les chrétiens ont été les principales cibles. Plusieurs milliers ont perdu la vie. Que ce soit à Bangui ou dans les provinces, cette tranche de la population accuse les Centrafricains musulmans d’être complices des exactions. A Bangui par exemple,certaines personnes affirment que les biens pillés se retrouvent pour la plupart dans le quartier KM5, fief des musulmans. Même si certains musulmans ont connu des pertes, les principaux quartiers ciblés restent ceux où les chrétiens y vivent. Exaspéré, la population de Boeing par exemple a été contrainte d’occuper le tarmac de l’aéroport international Bangui M’poko pour attirer l’attention des autorités.

Un conflit confessionnel ne fera qu’aggraver la situation déjà très précaire

Nous ne pourrons souhaiter ainsi qu’il y ait un affrontement interreligieux, ce qui empirera davantage la situation déjà dramatique. Ces derniers jours, la population se trouvant dans les zones de combat ont trouvé refuge en brousse, un refuge qu’ils avaient occupé pour la plupart déjà, il y a encore quelques semaines à cause des exactions, pillage et exécutions attribuées aux éléments de la Seleka.

A l’allure où vont les choses, une intervention d’une force neutre et impartiale sous la bannière des Nations-unies est plus qu’importante. On se rappelle encore de la résolution de l’Union africaine autorisant le déploiement de la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique), une force qui reste jusqu’à présent comparée à la Fomac (Force multinationale de l’Afrique centrale) qui éprouve de sérieuses difficultés à aider les nouvelles autorités de Bangui à assurer la sécurité sur l’ensemble du territoire. Les partenaires de Centrafrique ont plus que jamais la nécessité de jeter un œil au triste sort réservé à ce peuple qui est au bord de la faillite. La réunion de l’ONU qui devrait avoir lieu la fin de ce mois avec notamment la présence de la question centrafricaine le 23 septembre nous dira davantage sur la volonté des membres du Conseil de sécurité à résoudre le cas centrafricain.

Centrafrique : ces questions que tout centrafricain doit logiquement se poser

Les temps ne sont pas bons et ce ne sont pas les rapports que dressent les organisations internationales telles que les Nations Unies ou l’UA qui vont prouver le contraire. Beaucoup de choses ont été dites mais est-ce que les centrafricains se posent les bonnes questions ? Nous allons aborder ici, quelques questions avec des éléments de réponses.

 

  • La responsabilité des événements actuels incombe uniquement aux étrangers ?

Je n’ai jamais compris la nature des centrafricains. Nous savons toujours rejette la responsabilité sur les autres au lieu de faire une autocritique. La tragédie qui continue de secouer notre pays est la conséquence d’une longue liste de mal que tout le monde sans exception, a entretenue sciemment. Pour les présidents avant-hier, c’était le président Ange-Félix Patassé qui accusait l’opposition et surtout son tombeur le général François Bozizé de l’avoir empêché de réaliser le programme qu’il avait pour ce pays malgré son bilan mitigeur au pouvoir de 1993 en 2003. Et puis, hier c’était le tour du général François Bozizé, toujours avec un bilan adouci après avoir passé lui aussi 10 ans au pouvoir. Aujourd’hui, c’est le nouveau président de transition Michel Djotodia qui accuse Bozizé d’avoir armé une partie de la population avec plus de 2000 armes. La plupart des centrafricains refusent de croire que nous sommes tous responsables de ce qui se passe. Mes compatriotes vont même directement pointer de doigt les Tchadiens et les Soudanais, une affirmation que je ne refuse pas, néanmoins pourquoi ne pas commencer par voir dans cette crise, notre responsabilité ? Pourquoi chacun, peut importe le rang social, président, ministre, maires, chômeurs, menuisiers, gardien, religieux, … ne fasse pas une autocritique ?  « Avant de prendre des poux sur la tête de quelqu’un, débarrasse-toi d’abord des tiennes»

 

  • Ces personnes qui prétendent être le sauveur du peuple, ils le sont vraiment ?

On se souvient encore comme si c’était hier. Le 15 mars 2003, le général François Bozizé qui venait de réussir son coup d’état après deux ans de rébellion a déclaré qu’il était le libérateur-comme si tous les centrafricains étaient en prison sous le régime de Patassé- après une brève cohabitation avec ses alliés, il ne se gênera pas et va se débarrasser d’eux en installant au commande que ses proches parents, amis et connaissances. Aujourd’hui, l’ancien président François Bozize ne cache pas son intention de revenir au pouvoir par tous les moyens qui s’imposent et la question qui fondamentale est de savoir s’il veut le faire pour mettre fin à la souffrance aux centrafricains surtout en appelant à la haine et à un soulèvement et en s’installant tranquillement avec sa famille en France.  Il pouvait choisir le peuple en faisant le choix de respecter les accords de Libreville qui lui offre une porte de sortie au lieu de donner un alibi à ces sanguinaires de piller, violer, massacrer, bruler à leur passage. Michel Djotodia, le chef de la coalition rebelle Seleka et actuel président de la transition n’enfreint pas à la « règle ». Au nom de la cohésion sociale et de l’union du pays, il a pris le pouvoir en affirmant haut et fort que ce sont les dérives autoritaires de son prédécesseur qui ont amené son mouvement à arriver aux hostilités et reprendre le pouvoir. Plus de cinq mois après, le peuple hérité une situation plus qu’alarmante et tous les indicateurs sont au rouge même le risque de disparition de l’état. La Seleka a réellement pris le pouvoir pour sortir la RCA du joug de l’ennemi ? Ces mouvements qui se créent à tour de bras existent vraiment pour sortir le peuple de l’impasse?

 

  • Dans l’allure où vont les choses, les acteurs de la transition sont-ils à mesure d’accomplir leurs taches ?

Décidemment, le choix des dirigeants de la transition reste discutable. Du président de la transition au premier ministre de transition en passant par le président du Conseil National de Transition, rien ne prouve qu’ils soient les hommes de la situation. Le président de transition Michel Djotodia qui a une crise d’autorité, une idée qui se concrétise avec les événements du 20 août à Boye rabe, un quartier supposé être proche de l’ancien président François Bozize. Ses décisions ne sont pas respectées par ses subalternes, pi encore au sein de sa propre coalisions la Seleka. Le premier ministre de transition qui a fait défrayer les chroniques à travers son litige avec le président du CNT sur la question de l’ordre protocolaire, un événement qui n’a rien à voir avec leurs missions. Nicolas TIANGUAY avec son gouvernement n’ont presque rien fait jusqu’à présent. Peut-être juste coordonner l’accord du prêt entre la RCA et le Congo Brazzaville ou bien aller pleurnicher auprès de l’Union européenne, l’ONU et l’Union Africaine.  Il y a eu certes des priorités qui ont été arrêtées pour la transition mais aucun des membres du gouvernement ni même le premier ministre n’a fait savoir comment faire pour arriver à endiguer ces problèmes centrafricains dont l’ampleur laisse plus d’un perplexe. Et enfin, le président du CNT Alexandre Ferdinant Guendet qui décidemment ne comprend pas bien ses prérogatives.  Il devrait être du côté du peuple en sa qualité de président de l’organe qui fait office d’assemblée parlementaire, par exemple en exigeant du gouvernement le rétablissement rapide de la sécurité sur tout le territoire et en ramenant la paix en Centrafrique, faire des déclarations fermes à l’encontre des événements comme ceux qui se sont déroulés à Boy Rabe. Mis a part la rédaction des documents de base du CNT dont la charte, la mise sur pied d’une Cour Constitutionnelle de transition, on se pose la question de savoir ce qu’ils font au CNT.

 

  • La laïcité de la RCA est-elle en danger ?

Même si le président Michel Djotodia avait fait une intervention lors de la rencontre des acteurs religieux en précisant que la RCA est et restera un pays laïc, le baromètre laisse à réfléchir. Les ingrédients ne sont pas réunis pour qu’on parle déjà d’islamisation de la RCA cependant, certains éléments de la Seleka font croire à la population le contraire. On peut citer comme illustration, l’interdiction de l’élevage et de la vente de la viande de porc à Sibut et à Galo. Les chefs de guerre de la Seleka qui se sont partagés la RCA comme l’Afrique partagé lors de la conférence de Berlin, imposent leurs lois à qui veut l’attendre sans pourtant se gêner à cause du manque d’autorité. On a parlé à la radio de cette interdiction de cette élévation et vente de la viande de porc mais aucune autorité ne s’est levée pour assurer la population et prendre des mesures drastiques à l’encontre de telle initiative afin de dissuader ceux pour qui, l’idée effleurerait.  Comme l’a souligné un confrère sur le site de La nouvelle Centrafrique (LNC), la Seleka a été constituée comme force rebelle de conquête de pouvoir et non comme force d’occupation et encore moins comme force politique ou administrative, tout pourrait être à craindre avec cette allure où vont les choses.

 

  • Est-ce qu’on a besoin de s’entretuer pour faire ramener la paix chez nous ?

La paix n’est pas seulement un esprit mais il doit être un comportement. On n’a jamais besoin de s’entretuer pour faire ramener la paix chez nous. Aucun pays ne s’est développé grâce à la guerre ou à un coup d’état. Nous devrions comprendre que nous devons apprendre à vivre ensemble sinon nous allons tous mourir. Chaque centrafricain où qu’il se trouve, quelque soit son origine, son ethnie, son village, sa préfecture doit s’approprier la paix et ses valeurs. Nous ne pouvons pas continuer à vivre comme des animaux. Ce ne sont pas ces quelques dirigeants qui vont nous ramener la paix, c’est à nous de les imposer cette valeur en les faisant comprendre que nous ne voulons plus de guerre chez nous car on n’a en marre. On ne veut plus de cette vie où la valeur de la personne humaine ne tient qu’à un bout de fil, où chaque jour fait naître de nouvelles craintes dans nos cœurs. Cette vie où le moment est grave et le lendemain incertain. Nous devons nous impliquer davantage à travers notre comportement, nous devons nous auto-sensibiliser pour arriver à nous sn sortir de cette tragedie, une tragédie qui dépasse tout entendement de l’homme. Nous devons apprendre à se pardonner, à se serrer la main, à faire mieux que les Rwandais après le génocide, à donner le meilleur de nous-mêmes pour que la transformation de la mentalité ne soit pas un mot vain mais une réalité.

Crise centrafricaine : le silence complice de la communauté musulmane

Il y a plus de trois mois déjà que le pouvoir de Bangui a changé de chef. Le nouvel homme fort de Bangui, Michel Djotodia de père musulman et de mère chrétienne comme il l’a dit à maintes reprises dans ses interventions ne parvient toujours pas à maitriser la situation. Sa rébellion Seleka qui l’a amené au pouvoir, constituée majoritairement de musulmans et de mercenaires Soudanais et Tchadiens constitue la cause principale de l’insécurité dans toutes les régions qu’elle contrôle. Les chefs de la Seleka ne parviennent plus -ou ne veulent plus- à contenir leurs hommes qui sont assimilés aux bandits de grands chemins. Des voix se sont levées pour dénoncer cet état des choses qui discréditent purement et simplement la Seleka mettant en doute les véritables raisons de la prise du pouvoir. L’insécurité a atteint un niveau record et les centrafricains commencent à regretter ce changement d’un peuple agonissant. Mais, qu’en est-il de la communauté musulmane, quel rôle doit-elle jouer pour faire ramener à la raison ces bandits que leurs leaders appellent des « incontrôlés », pourquoi ce mutisme des musulmans malgré la souffrance subie par leurs frères ?

Des musulmans centrafricains à Bangui(Photo crédit: Centrafrique-presse)

Des musulmans centrafricains à Bangui(Photo crédit: Centrafrique-presse)

L’envoi de certains chefs rebelles en arrière pays, une mauvaise idée

Depuis le début de la crise, la population centrafricaine s’est contentée de subir toutes les atrocités commises par la Seleka et autres groupes affiliés. La prise de pouvoir qui avait pour but écourter voire d’arrêter la souffrance quotidienne que subie les centrafricains à l’exemple de l’insécurité grandissante à l’époque où François Bozize était aux reines du pouvoir s’est transformé en véritable chaos. Le peuple centrafricain agonissant a été précipitée au coma. Malgré la résistance de quelques groupes de quartiers, une violence sans précédant s’est installée dans toutes les seize(16) préfectures de la Centrafrique. Des chefs rebelles dans la plus part des musulmans ont été envoyés dans les grandes villes par le ministre d’Etat à la Sécurité publique afin de sécuriser. Une mission qui, si souvent se transforme en actes de pillage, de vandalisme, d’exécutions sommaires, … Ces chefs rebelles devront plutôt être remplacés par les FACA mais, ce, après le désarmement des éléments de la Seleka.

 Ces Seleka musulmans qui échappent à toute autorité de leurs chefs

Des voix se sont levées pour condamner ces actes barbares qui n’honorent pas les centrafricains épris de paix et de quiétude qui se voient enfoncés davantage dans un trou déjà extrêmement béant. Parmi ces voix, se trouve la communauté épistolaire à travers les prêtres des églises catholiques qui ont payé la lourde tribu. Le mutisme de l’opposition politique n’est plus à en parler. Cependant, la communauté musulmane a été pointée de doigt pour son rôle dans cette descente aux enfers. Cette dernière est indexée pour son rôle de facilitateur de la situation actuelle à cause de son appui à la dégradation de la situation et son mutisme. Pas de déclarations sincères et sévères condamnant les actes de barbarie perpétrés par les Seleka. En plus de ces étrangers musulmans venus des pays voisins notamment le Tchad et le Souda, il y a ces jeunes musulmans qui se sont faits enrôlés et qui échappent complément au contrôle de leurs chefs hiérarchiques ou leur recruteur. On constate parfois toute une famille qui s’est enrôlée et qui ne fait que sa loi dans sa zone de juridiction. Ces braquages qui se font compter par milliers sont très fréquemment le fait de ces Seleka musulmans, témoignent les victimes, parlant que l’arabe.

Le silence inexplicable des chefs religieux islamiques

Mais en tant que chefs de la communauté musulmane, quel est le rôle que doivent jouer ces personnes qui sont très écoutés à cause de leur pouvoir religieux ? Pourquoi ne pas dénoncer ouvertement et publiquement cette tragédie qui est loin de finir ? Ces chefs religieux ont-ils peur des représailles ?  Ce qui est sûr, dans mon quartier, personnes ne s’occupe de cette situation au contraire, on y voit que des complices, ces musulmans sympathisants qui passent le claire de leur temps à encourager les éléments dans leur sale besogne. J’ai été surpris quand lors d’une prière le vendredi, je m’attendais à ce que les conseils soient prodigués aux fidèles pour leur implication aux actes contraires à l’éthique de l’Islam. Tout s’est passé comme si on vit dans une situation normale.

Des actes souvent causés par les éléments de la Seleka avec des complices musulmans

Au Kilomètre 5 par exemple, malheur a quiconque veut avoir de problème à un musulman. Il payera le prix par les menaces pour le chanceux,  la torture ou une exécution pure et simple. Au quartier Combattant, à la sortie de l’aéroport Bangui M’poko, un jeune mécanicien avait été égorgé simplement à cause de 5 000 FCFA. Ces bourreaux, des éléments de Seleka l’ont passé à tabac avant de l’emporter pour une destination inconnue. Ses parents recevront un appel de ses ravisseurs à la tombée de la nuit, leur demandant  de payer une rançon de 10 000 FCFA, le double de leur dû pour éviter qu’il soit tué. Il sera malheureusement retrouvé à la morgue de l’hôpital communautaire le lendemain. La conséquence de ces actes est sans équivoque : une haine sans merci entre les centrafricains à obédience musulmane et les autres communautés qui jusqu’à là vivaient en parfaite harmonie. Un contingent des éléments de la Seleka accompagnés des Mbarara, ces peules qui traversent la frontière centrafricain-tchadienne pour liquider leur bataille ont pris d’assaut une localité vers Batangafo, une ville situé au nord de la RCA. Ils ont tiré à bout portant et les victimes se sont compter par milliers encore.

Malgré tout ce que la population a subi, la communauté musulmane ne s’est jamais gêné de s’organiser sur le plan humanitaire pour venir en aide aux victimes. Pas un sous, ni du matériel pour venir aux secours de ces centrafricains qui sont obligés de se cacher dans la brousse afin d’être épargné. On le voit bien, la communauté chrétienne notamment à travers Caritas et les autres ONG s’organisent pour apporter des vivres, des matériels de survie, des médicaments et autres quittes aux nombreuses victimes. Qu’attendons-nous ? Est-ce le moyen qui manque ?

L’Islam est une religion de tolérance et de pardon, pas de barbarie 

A travers des discussions que j’ai eu avec quelques autres compatriotes musulmans comme moi, j’ai essayé de les faire comprendre que tous ces actes nous amèneront sans aucun doute à des conséquences néfastes dont j’ignore pour l’instant l’étendu.  Mes raisonnement s se basent sur le fait que la religion musulmane est tolérante et même si, d’aucuns disent que les musulmans ont soufferts dans les précédents régimes, ce n’est pas une raison pour autant de faire subir l’invivable à son peule, ses frères. Il n’est nullement dit dans l’islam qu’il faut tuer son prochain, ni le faire subir des actes de barbarie. Les chefs religieux doivent s’approprier ces chapitres du Coran et les inculquer aux fidèles. Il faut qu’ils disent que ces responsables des actes horribles ne sont pas de véritables musulmans car un musulman digne de ce nom, croyant et pratiquant ne devrait pas s’adonner à de telles pratiques, contraires à l’esprit même de l’Islam.

Faut-il encore faire confiance à la justice centrafricaine ?

Panneau bois Lex, par  Rémi Noyon (Flickr/CC)

Panneau bois Lex, par Rémi Noyon (Flickr/CC)

Je n’ai jamais compris comment la justice Centrafricaine marche chez nous. Du coup, je ne lui ai jamais fait confiance, je n’ai jamais cru à son devoir d’impartialité et aux sentences rendues. Je ne sais pas si chez vous, la justice fait correctement son travail mais chez nous, elle est mise en doute par les plaignants. Pour moi,  cette justice n’œuvre que pour les plus forts. Pour corroborer mon propos, je vais vous raconter deux petites histoires que je ne parviens pas à chasser de mon esprit avant d’arriver aux poursuites lancées contre l’ancien Président François Bozize.

En 2005, mon grand-frère s’était rendu au Tchad, à N’Djamena pour ses vacances. De retour en décembre, il avait ramené une bicyclette qui lui avait couté une centaine de mille. Trois mois plus tard, un jeune du quartier, sous prétexte d’aller juste faire une course, avait disparu avec la bicyclette. Après des recherches qui n’ont, malheureusement, donné aucuns résultats probants, mon grand-frère a décidé d’amener l’affaire au niveau du commissariat de notre arrondissement appelé OCRB de Ngou-Ciment.

Le vélo qui disparaissait deux fois

Il suit de bout en bout la procédure et décide à son niveau de continuer lesdites recherches. Après une semaine, on l’informe que le voleur se trouverait à Boressé, une localité située à une trentaine de kilomètres de Bangui, la capitale centrafricaine. Il s’y rend avec un de ses amis, et tous deux ramènent le fugitif jusqu’au commissariat. Au bout de quelques heures, le voleur avoue avoir vendu la bicyclette au fils d’un commissaire. Mon grand frère ne s’arrête pas là et après son enquête, retrouve le domicile du receleur.

Il ramène la bicyclette au commissariat et l’enquêteur décider d’envoyer le voleur et la bicyclette au parquet pour jugement. Mon frère finit par se rendre compte que la bicyclette a disparu du parquet et que le voleur a été libéré. Conséquence, mon grand et moi avions décidé de ne plus faire confiance à la justice de notre pied.

Quand la victime finit en prison…

La deuxième histoire est celle d’un petit du quartier Malika qui, à cause d’une fille qui lui avait volé son téléphone, décide de la traduire devant notre fameux commissariat du quartier. Après convocation des deux parties, le commissaire a décidé de relâcher la fille et de faire emprisonner le petit Kario. Le petit sera contraint de payer une amende de 10.010 FCFA pour être libéré. Depuis, il vit avec sa triste histoire dans la mémoire. Au vu de ces exemples probants, on se rend compte que la justice centrafricaine est une justice à deux poids deux mesures, favorable aux plus forts.

Il est bien vrai que ces deux histoires semblent un peu différentes, mais elles ont presque la même conséquence : celle de remettre en doute la confiance dans la justice de son pays. Les gens qui sont chargés de dire la loi ne respectent pas leur serment. Une fois aux affaires, ces personnes font ce qui leur convient, en favorisant de tierces personnes-parents, connaissances, personnes bien placées financièrement ou occupant un bon rang social, au détriment d’autres, d’où l’impartialité.

Comment cette justice peut-elle juger Bozizé ?

Mais une autre affaire importante concerne une enquête ouverte contre l’ex-président François Bozizé pour violation des droits de l’homme le 2 mai 2013, moins de deux mois après le putsch qui l’a évincé du pouvoir. Si pour beaucoup de Centrafricains, un avis que je partage également, François Bozize et ses proches doivent comparaître devant la justice pour répondre des accusations d’abus de pouvoir, de crimes et d’arrestations arbitraires, la cour qui les jugera se doit d’être impartiale et indépendante.

La justice centrafricaine dans son état actuel ne réunie pas les conditions nécessaires pour assurer un procès juste et équitable aux accusés et rendre justice aux victimes. Mais à travers le mandat d’arrêt international qui avait été lancé le vendredi 31 mai par le Procureur de Bangui Alain Tolmo contre François Bozize pour crimes contre l’humanité et incitation au génocide, tout porte à croire que la justice centrafricaine persiste et signe pour juger cette affaire dont certains observateurs pensent qu’elle relève de la compétence du Tribunal Pénal International (TPI). A ce jour, le TPI n’a toujours pas décidé d’ouvrir une enquête mais se dit en état d’observer et de collecter des informations relatives à une possible ouverture d’enquête. La véritable question à se poser n’est pas de savoir si François Bozizé doit ou pas être jugé mais quelle justice est compétente pour permettre un procès équitable, transparente et juste.

Centrafrique : christianisme et islam, une cohabitation de plus en plus difficile

Carte de la République centrafricaine, par aaker (Wikimedia Commons)

Carte de la République centrafricaine, par aaker (Wikimedia Commons)

J’hésitais à faire cet article sur les relations plus que tendues entre chrétiens et  musulmans en Centrafrique, mais mon voyage du 27 mai dernier m’y a obligé. C’est un réel problème qui risque de perdurer encore. Depuis décembre 2012, les ragots vont bon train et la population centrafricaine a trouvé un nouveau sujet d’actualité. Que ce soit dans les bus et taxis ou au bureau, à l’université, dans les écoles et lycées ou dans les avions, les Centrafricains ne parlent que de la Seleka et de la possible islamisation de la RCA. Mais cela va plus loin, sur la toile et notamment sur Facebook, des heures entières sont consacrées à parler de la période difficile que traverse notre cher et beau pays, mais aussi et surtout à y faire mention de son islamisation très prochaine selon certains compatriotes.

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Pourquoi la Seleka ne maîtrise-t-elle pas la situation sécuritaire en Centrafrique

En dehors de la complexité de la situation politique qui prévaut en Centrafrique depuis le coup d’état du 24 mars 2013, la situation sécuritaire est plus préoccupante. Les nouvelles autorités peinent à rétablir la sécurité, véritable gage selon, la plupart des bailleurs de fond, pour la reprise de l’aide financière. Après la tournée du Premier ministre de transition Maître Nicolas Tianguai en Europe, en Afrique du Sud et récemment à New York pour rencontrer les partenaires privilégiés de la RCA et les institutions internationales, l’heure est au bilan. Une autre tournée, celle du président de transition Miche Djotodia qui a fait le tour de la région d’Afrique centrale continue de défrayer la chronique dans le pays des bantus. Mais si le bilan des deux principaux dirigeants centrafricains est un fiasco pour la plupart de la population, il faut retenir de toutes les visites une seule expression : Pas d’aide sans l’assurance de la sécurité.

Mais pourquoi après deux mois de putsch, la situation sécuritaire reste toujours instable ? Quelles sont les véritables raisons de l’insécurité grandissante ? Peut-on trouver une solution rapidement pour sortir ce pays de l’impasse ? Telles sont quelques questions auxquelles on cherchera à répondre.

Comme l’a indiqué notre confrère BlogueurCentro, la Séléka est constituée de toutes sortes de personnes de moralité douteuse. Si au commencement de ce mouvement rebelle le 12 décembre 2012, il n y avait que très peu d’éléments malgré la fusion de groupes (tels que l’UFDR, la CPJP), les offensives éclaires de cette force coalisée ont permis de recruter des jeunes dans presque toutes les villes occupées. De Bria à Bambari, en passant par Sibut, Kaga Bandoro, Damara, les jeunes n’ont pas attendu le son d’une cloche avant de rallier ce groupe devenu plus fort que l’armée régulière. D’ailleurs, une partie de cette dernière, prétextant être discriminé en étant affecté en province a trouvé refuge dans la Seleka en le crédibilisant. Mais si la fameuse force d’interposition de la FOMAC avait permis de stopper la prise de Bangui, elle a également permis à la Seleka d’augmenter son effectif avec des éléments venus des quatre coins de Centrafrique ainsi que du côté des pays voisins tels que le Soudan et le Tchad.

Mais au-delà de cet aspect des choses, les chefs militaires de la Seleka ont failli en acceptant au sein de leurs troupes des bandits en tout genre. On peut facilement justifier l’état de la situation sécuritaire actuelle à cause des nouvelles recrus, tels que les anciens prisonniers libérés à la faveur du coup d’état, les coupeurs de route, les braconniers, les anciens militaires, les jeunes filles prostituées de Bangui. Tous ont un objectif commun : se faire beaucoup d’argent peu importe la manière avec laquelle il faut arriver à leurs fins ; tous les moyens sont bons. Certains chefs de la Seleka ont choisi de continuer à recruter même une fois le pouvoir conquis afin de pallier à l’effectif qui a été réduit après l’affrontement avec les forces régulières appuyées par la force Sud-africaine.

Dans mon quartier par exemple, on trouve plus d’une dizaine de jeunes parmi lesquels des filles ont été enrôlées dans la Seleka. Presque tous étant des voleurs et la plupart ayant déjà visité la maison d’arrêt centrale de Ngaraba. On retrouve un peu partout des généraux, des colonels, des commandants, des capitaines, des lieutenants … On a l’impression que personne n’est soldat et c’est qui s’est confirmé lorsque nous avons eu à poser des  questions à certains des éléments. Chacun fait sa loi et défraie la chronique comme bon lui semble.  Le ministre d’Etat centrafricain en charge de la sécurité publique, le Général Nourredine Adam, un homme qui a longtemps vécu en rebellion et que certains qualifient de numéro 2 du pouvoir devrait être respecté par tous les mouvements. Il n’a pas pu se faire écouter. Malgré ces nombreux décrets sur la réglementation de la circulation des éléments de la Seleka, on constate toujours en circulation des véhicules lourdement armés qui arpentent à toute heure les quartiers et avenues de Bangui. Si à Bangui la situation est restée préoccupante, dans l’arrière pays, elle est inimaginable.

Le Président de transition avait annoncé lors d’une allocution que les éléments incorporés dans la Seleka à l’arrivée à Bangui sont estimés à 15 000 hommes. Un chiffre qui reste à vérifier vu la foule d’hommes qu’on rencontre au quotidien. On peut très vite comprendre qu’il se pose un problème de leadership au sein de cette coalition qui s’est emparée facilement du pouvoir. Si d’emblée l’une des raisons de la prise du pouvoir de Michel Djotodia était la situation chaotique de l’insécurité au temps de l’ancien président François Bozize, la situation actuelle est plus que dramatique.

Autre chose, au sein de la Seleka, chaque général, colonel, capitaine, commandant, lieutenant n’en fait qu’à sa tête. La plupart des chefs militaires sont des mercenaires, incontrôlables par le pouvoir.

Finalement, on se rend bien compte que la Seleka est source d’insécurité sur tout le territoire de Bangui. Une approche pour ramener la sécurité sur tout le territoire consistera à faire déployer rapidement les 2000 hommes de la FOMAC et des soldats français supplémentaires pour la sécurisation et la réorganisation de l’armée centrafricaine. Ce que défend le Premier ministre actuel, chef du gouvernement.
Chaque jour qui passe est un jour de plus pour la souffrance du peuple centrafricaine.

Idriss Deby Itno, Président du Tchad

Lettre ouverte au Président Tchadien Idriss Deby Itno

Monsieur le Président de la République du Tchad,

J’ai tellement réfléchi et ma conscience m’a obligé à vous transmettre cette missive qui est le fruit de plusieurs jours voire des semaines de réflexion. Permettez-moi de passer par l’écrit car, excepté ce moyen je ne vois pas de quelle manière, un pauvre Centrafricain comme moi pourrait me faire entendre. Même si, d’emblée je sais qu’il y a moins de chance que vous me lisiez, je souhaite vivement qu’un de vos proches puisse lire mes pensées et qu’il vous en informe de son contenu. Monsieur le Président, le Tchad est un pays ami et frère avec la République Centrafricaine depuis des décennies déjà. Les liens de fraternité ont été entretenus depuis plusieurs années et personne ne peut le nier. J’ai eu la chance de visiter ce pays avec qui le nôtre partage des frontières entre autre à Gorée et à Sido. J’avais eu l’opportunité de visiter les villes telles que Sarh où j’y ai passé une partie de mon enfance à l’époque où ma mère travaillait encore pour le projet allemand GTZ, Moundou et N’Djamena. Continuer la lecture

Le coup d’Etat du 24 mars 2013, une souffrance de plus pour le peuple centrafricain

Vous avez été très nombreux à être aux côtés du peuple Centrafricain lors des évènements douloureux qui ont succédés et suivis relatifs au coup d’état du Chef de la rébellion SELEKA Michel Djotodja contre le président François Bozizé. Après la souffrance de la population des zones occupées par la rébellion du SELEKA depuis le 10 décembre 2013 et l’arrestation de certaines personnes à Bangui, les Centrafricaines ont espéré en avoir fini avec ce cycle de violence qui a tellement duré, privant ainsi le pays des investisseurs et du développement. Nous avons vécu une fois de plus un évènement tragique qui a fait des milliers de victimes et endeuillé plusieurs familles.

L’échec des accords de paix de Libreville, pourtant signés sous l’égide des Chefs d’Etats de la CEEAC et soutenus par la communauté internationale, a été la principale cause de ce coup de force. Mais ne pouvait-on pas éviter cette tragédie ? Il est clair que la rapidité de la rencontre de Libreville est pour quelque chose quant à l’échec cuisant des pourparlers malgré la signature des accords de paix. Chaque partie a cru être vainqueur au détriment du peuple centrafricain, épris de paix et d’épanouissement. Le Gouvernement d’Union Nationale (GUN), formé le 03 février 2013 après la nomination du Premier ministre de Transition avec des pouvoirs renforcés, Nicolas TIANGAY n’a pas permis d’éviter le retour aux hostilités. Même si les responsabilités doivent être partagées entre le Président François Bozizé vraisemblablement abandonné par ses pairs de la CEEAC et de la CEMAC et le SELEKA, il faut tout de même reconnaître que le peuple a payé le prix fort de l’intransigeance des deux entités qui se sont entêtées en refusant délibérément de respecter les engagements pris à Libreville.

Le peuple centrafricain tout entier est reconnaissant à travers cette solidarité que vous avez montré, une solidarité africaine et légendaire. Passer ce moment de difficultés avec ma famille a été une épreuve délicate mais ensemble nous avons été plus forts pour les surmonter.

Le coup d’état du 24 mars n’a fait qu’aggraver la situation nationale, déjà désastreuse caractérisée par tous les maux : problèmes humanitaires, économiques, d’infrastructures, de sécurité… Le nombre de victimes, quoique réduit en comparaison à celui du coup d’état du 15 mars 2003, est énorme. Selon les dernières informations de la Croix Rouge, plus de 80 corps ont été retrouvés sur les avenues et plus de 200 blessés manquent actuellement de soins et sont en attente d’opérations en urgence. A cela, il faut ajouter le nombre important de décès et de blessés par balle perdue et d’énormes dégâts matériels comme les pillages qui ont suivi et continuent dans certaines zones.
Ce qu’il faut également déploré, c’est le cycle de coup de force qui a trouvé une logique en Centrafrique car en plus de 50 ans d’indépendance, la RCA a connu plus de 3 coups d’Etat militaires, plusieurs crises politiques et militaires et une seule élection présidentielle libre et transparente. Celle de 1993 a permis la victoire du feu président Ange Félix Patassé, décédé en 2011 des suites de maladie. Après les élections de 1993, le général François Bozizé a été contraint à l’exil au Tchad avant de former sa rébellion. Cette dernière aura raison de l’unique président démocratiquement élu, Ange Félix Patassé abandonné par ses pairs de la CEMAC le 15 mars 2003, après 10 ans de règne très mouvementé.
Un vieux dicton disait « qui tue par l’épée périra par l’épée », François Bozizé est contraint à l’exil comme l’a été Ange Patassé dans quasiment les mêmes circonstances : après 10 ans de règne, abandonné par ses pairs, chassé par une rébellion qui a impressionné les forces régulières très peu équipées et démotivées.
Le peuple centrafricain doit tirer les leçons de ces moments et chercher à aller de l’avant. La jeunesse centrafricaine doit chercher à se réorienter et faire confiance aux jeunes qui éprouvent le même idéal c’est-à-dire penser à réduire le taux de chômage, résoudre les problèmes sanitaires… Il est urgent pour cela qu’elle tourne le dos à ces quelques jeunes qui ne pensent qu’à leur poche et qui sont politisés et travaillent au solde des politiques.

Le nouvel homme fort de Bangui se porte en solutionnaire des problèmes centrafricains – comme l’a fait son prédécesseur – en appelant à l’unité nationale et demandant à travailler avec tout le monde quelque ce soit l’origine ethnique, religieuse. Mais est-ce que cet engagement sera-t-il- respecté ? Respectera-t-il les accords de Libreville du 11 janvier 2013, et surtout l’un des articles qui interdit à tous les issus du gouvernement de transition de se présenter aux élections futures prévues en 2016. En tout cas, il a reconduit le défenseur des Droits de l’homme au poste de Premier ministre, ce qui est un pas important dans sa démarche. L’avenir nous permettra de juger cet ancien étudiant de l’ex-URSS qui a l’avantage de parler anglais, arabe, français et russe. Comme il l’a martelé lors d’un de ses discours, « chaque génération a une mission, l’accomplir ou la trahir », les années à venir nous permettrons de savoir s’il a accompli sa mission.