Des signes précurseurs d’un nouvel an pas comme les autres

Malgré l’envie inassouvie des Centrafricains à fêter, les fêtes de fin d’années ne seront pas comme les autres.  Jamais le Centrafricain aurait aimé passer la fête dans ces conditions. Pour cause, la crise qui prévaut au nord-est du pays notamment l’avancée des rebelles de la coalisions SELEKA qui ont déjà pris la plupart des villes de cette partie de la Centrafrique. Cette  qui a commencé sa lutte depuis le 10 décembre dernier ne cesse de surprendre la population et les FACA (Forces des Armées CentrAfricaines). Une situation qui peut se résumer en quelques points:

1-L’instauration du couvre feu dans la capitale Bangui

Jamais les Centrafricains ont passé le nouvel an avec les couvres feu. Une mesure qui vient s’opposer à l’aspect festif de cette période où on aime sortir jusqu’à tard, aller boire un coup, rendre visite aux parents. Le gouvernement a instauré ces couvres feu de 19 heures à 5 heures du matin. Des rumeurs circulent à Bangui sur la possible intrusion de certains éléments de la SELEKA qui se seraient déguisés de manière peu orthodoxe : fous, vendeurs ambulants, … Le discours du Président de la République François Bozizé qui a duré plus de trente minutes exhortant la population ainsi que la jeunesse centrafricaine à plus de vigilance a accru davantage la méfiance envers des personnes inconnues ou ayant des comportements « suspects ». Par exemple, le samedi 29 décembre, le premier jour de l’application du couvre feu, je revenais d’une visite amicale vers benz-vi, un quartier célèbre de Bangui. Je me souviens qu’il était 19 heures, j’ai décidé d’écourter ma visite à cause des rumeurs et des «les gens ont dits». A quelques mètres de chez moi, un jeune vraisemblablement étranger a été interpellé par deux éléments de la FACA. Celui-ci était vendeur ambulant de pain. On l’a fait subir un interrogatoire en sango, et ne sachant pas s’exprimer, ces deux éléments l’ont accompagné manu militari dans une direction que j’ignore. Ce n’est qu’après qu’un jeune de mon quartier me disait qu’il s’agirait d’un Congolais connu du quartier. Outre, on peut remarquer à Bangui aux heures de couvre-feu, la mise en place de dispositif d’autodéfense des jeunes avec des check points un peu partout sur les avenues bitumées à environs chaque 500 mètres.

2- Le manque de clients dans les kermesses

Depuis le début des événements et surtout avec la prise de la ville de Bambari, les kermesses lieu des habitués de la viva sont restées désertes. D’abord, on redoute une possible attaque des rebelles et surtout leur entrée à Bangui. Personne ne voudrait être surpris ailleurs que chez lui si une telle chose devrait se produire. Les stands et leurs propriétaires ont fait leur plus faible recette. D’ici et là, on voit quelques accrocs qui se donnent rendez-vous pour partager une à deux bouteilles, difficilement au delà. Les nourritures préparées pour la vente sont souvent remises à la fermeture des stands au réfrigérateur pour le lendemain. Ce qui peut se faire même pendant plusieurs nuits. Face à cette situation, quelques propriétaires de stands ont décidé de quitter les lieux surtout avec l’instauration du couvre feu.

3- L’austérité des poches

Les poches de la plupart des centrafricains subissent une austérité sans précédent. Le constant est amer ; on peut le remarquer à la veille de la fête de Noël. Les parents payent très peu de jouets à leurs. Les habitants de Bangui qui sont habitués à dépenser énormément pendant les périodes de fêtes de fin d’années ont inscrit la période actuelle à l’exception à la règle. On dépense très peu sinon pratiquement pas car on ne sait pas ce qui peut arriver ce soir ou demain. Tout le monde est sur son qui vive. Certains ont même commencé à faire leur réserve au cas où la situation perdure. Car il faut savoir qu’en Centrafrique, de tel conflit apporte beaucoup de profit aux commerçants qui tirent les ficelles en augmentant sans cesse le prix des produits, n’ayant même pas pitié des pauvres personnes. On mange que des plats ordinaires comme le coco assaisonné avec un peu de poisson fumée ou des crevettes sans oublier «les morts vivants», une sorte de poissons très petits ne devant pas être péchés.

4- L’observation d’une période de prière par tout le monde et la fermeture des bars

Depuis quelques années, le Président de la république a instauré trois jours de prières chaque année du 29 au 31 décembre. Pendant ces moments de jeûne, tous les bars et bistrots doivent être fermés et quiconque n’obéissant pas à ce principe encoure des sanctions. Le ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisions a été désigné pour annoncer et faire respecter cette période pendant laquelle toute la population est censée prier pour la paix dans le pays. Cette année, le répression à ceux qui désobéissent à la fermeture des bars a particulièrement exceptionnelle compte tenu des tensions relatives à l’avancée de la SELEKA. Mais il faut savoir que le Centrafricain, accroc à la boisson trouve toujours une manière pour contourner la règle. C’est ce qu’on peut remarquer avec certaines buvettes se trouvant dans les quartiers.

5-La visite du président en exercice de l’Union Africain

Le président Béninois Boni Yayi, également président en exercice de l’Union Africaine était à Bangui le 30 décembre dans l’après midi en visite éclaire. Cette visite qui n’a duré que quelques heures a pour objectif de convaincre le Président Centrafricain François Bozizé d’accepter de dialoguer avec la coalisions des rebelles du SELEKA qui menace d’entrer à Bangui et de renverser le régime actuel. Il faut noter qu’il est rare de voir une personnalité aussi importante se rendre à Bangui si ce n’est pas pour la résolution des problèmes.

Au delà de cette situation, il faut noter que les rues et avenues à Bangui sont désertes. La population préfère rester terrer à la maison. Une situation qui s’amplifie avec les coupures de courant plus fréquentes en ces périodes de crise. Les jours à venir seront plus décisifs et nous permettront de revenir sur la crise en Centrafrique que nous espérons trouver une issue le plus rapidement possible.