L’électricité en Afrique, un problème majeur de développement : analyse et explications selon les Mondoblogueurs

« Nous avons tous ou presque, les mêmes problèmes, les mêmes douleurs, les mêmes aspirations. L’électricité demeure un défit indéniable dans nos différents pays, surtout en Afrique mais est-il insurmontable ? Personne ne peut nier les causes et les conséquences de ce problème». Telle est la substance du mail que j’ai envoyé sollicitant la contribution des Mondoblogueurs pour ce billet collectif qui donne le point de vue ainsi qu’une analyse de la situation de l’électricité dans quelques pays d’Afrique.

Photo(Credit:jlgagnaire.com)

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Bénin : Sinistré du delestage

 

Le Roi Soleil

Je pense qu’on ne saura jamais assez remercier Dieu pour toutes ses merveilles. C’est justement parce qu’il a fait des choses inexplicables qu’on dit qu’il est au dessus de tout. Oui je reconnais, il est très fort, car j’imagine un seul instant si cet astre nommé soleil appartenait aux hommes, ce que nous serions devenus.

Morts depuis longtemps sans doute. Il en est de même pour l’air, vous imaginez une société Aes-air ou Cam Air ou je ne sais comment la nommer, mais une société qui serait chargée de nous fournir de l’air quotidiennement pour notre survie ? Nous serions tous morts par manque d’air (une sorte de délestage de l’air). Par « nous » je parle des pauvres car je pense que les riches se feraient un plaisir énorme d’acheter des réserves d’air et tant pis pour les autres.

 Il n’ a qu’à voir comment ils sont insensibles aux cris de la population face aux nombreuses coupures intempestives d’électricité. Insensibles face à la fourniture insuffisante en énergie électrique dont une majeure partie de la population est victime. Nous pensions être enfin sauvés quand le groupe AES-Sonel est venu au Cameroun. C’était la promesse pour nous : des factures moins chères, un réseau constant d’électricité, une équipe à notre écoute, bref une société rien que pour nous. C’était un leurre. Aes/Sonel nous a fait découvrir un nouveau mot : « délestage » finalement devenu « détestage » tellement la rage montait peu à peu.

 

Aes coupait le courant quand elle voulait sans nous prévenir. Aes nous faisait payer un entretien de compteur pendant des années sans trop savoir pourquoi. Aes augmentait le prix du kilowatt quand cela l’enchantait. Aes c’était finalement plus investit dans le business des mines que dans sa mission première : nous fournir de l’électricité. Elle est partie par la petite porte et rien n’a changé.

 

« Energizing Cameroon », un slogan fort qui vous pousse à apprendre la langue de Shakespeare. Mais vous perdez vite votre enthousiasme et préférez de loin la formule populaire « Obsurizing Cameroon » quand vous revenez à la réalité. Avec ça,  nous parlons chaque jour de développement au Cameroun, je pense que ce n’est pas pour demain en tout cas (2035 peut-être) et de nombreux camerounais seront sans doute morts avant que le reste n’atteigne le bout du tunnel, un tunnel obscur (prenez vos bougies s’il vous plait).

 

Comment penser au développement quand suite à des coupures d’électricité, des congélateurs ne fonctionnent pas et que trois jours voire une semaine après, quand c’est rétabli, les commerçants nourrissent les populations avec du poisson ou de la viande faisandée ? Comment penser au développement quand, lorsque l’Etat veut encourager les PME et qu’un jeune ouvre une scierie, elle ne fonctionne pas pendant des semaines, alors qu’il a des employés à payer ? Comment vouloir s’arrimer au reste du monde et l’usage des nouvelles technologies par la jeunesse quand par manque d’électricité, une salle d’informatique dans un établissement X ne peut fonctionner pour que les élèves en profitent ? Comment, comment ?

 

J’ai vu des choses, des parents désespérés qui devaient forcer leurs enfants à apprendre sous l’éclairage d’une bougie ou d’une lampe tempête. Parlant de la lampe tempête, je me rappelle que durant mon enfance, on en achetait pour mes grands parents aux villages. Mais de nos jours, elle est devenue bien plus utile en ville qu’ailleurs, « ancienne sonel » c’est son nom chez nous. J’ai vu des enfants morts, calcinés parce qu’ils apprenaient avec des bougies et se sont endormis éternellement. Si les enfants sont l’avenir d’un pays, alors notre avenir se fera t-il avec des machabées ?

 

 

Photo (Crédit:Samla Amadore)

Crédit photo: Samla Amadore

Si la situation a ainsi dégénéré, c’est aussi la faute de l’Etat pas assez présent pour frapper du poing sur la table. Les membres de l’Etat, toujours occupés à inaugurer les barrages de X, le barrage de Y « qui fonctionnera en 2035 ». Nous sommes en 2013, il nous reste 22 ans à supporter cette situation, en tout cas l’espoir fait vivre. Les populations ont beau revendiquer mais si cela entre dans les oreilles de sourds que faire ? Comment être content de payer une facture d’électricité très chère quand on est dans le noir constamment ?

La dite société a sans doute changer d’équipe dirigeante, mais les problèmes subsistent. Déjà à Bamenda j’assiste à plus de trois coupures par jour. Bizarre car je me dis que les problèmes dont je parle ne sont la réalité que d’une tranche de la société. Une tranche de la société parce que déjà un nouveau produit d’AES a été lancé il y a quelques jours : Easylight. Parait qu’avec Easylight, il est possible de voir l’évolution de sa facture en s’inscrivant et en inscrivant le numéro de votre abonnement. Le règlement des factures par le téléphone mobile est aussi possible.

 Initiative louable mais qui, je le regrette ne colle pas à la réalité une fois de plus. Pour s’inscrire, voir sa facture ou encore imprimer sa facture par le net, il faut de l’électricité (ce dont nous manquons actuellement en milieu urbain, je ne parle même pas des zones rurales).

 

Heureusement ou malheureusement, des Camerounais ingénieux se sont tournés vers le Roi Soleil. Heureusement, parce que désormais nous avons des lampes, des panneaux, des torches, des téléphones et même des ordinateurs solaires. Malheureusement, car en saison pluvieuse il sera difficile de les utiliser vu comment le climat est instable. Ces outils quotidiens solaires nécessitent sans doute, encore des recherches approfondies pour une plus longue autonomie et une durée de vie plus grande. Quand ce sera fait, faudra revoir le prix car pour que chaque famille jouisse des technologies solaires, faut bien que le prix de ces outils colle à la réalité de son pourvoir d’achat.

 

Une équation qui, j’en suis sûre sera résolue, je préfère m’arrêter là. Il fait nuit et vu que je suis dans l’obscurité je n’ai pas envie d’écrire sous l’éclairage d’une bougie.

 

Au Cameroun, tout le monde est aveugle à la tombée de la nuit

Le cargo roule à vive allure. Dans le car, une vive dispute a éclaté entre une femme bien en chair dont le large postérieur occupe une bonne partie du siège et une autre femme, plus mince. Les autres passagers s’en mêlent. La dispute devient générale. Je ne parviens plus à suivre les informations à la radio. «Mais taisez-vous. Laissez-moi suivre mes infos. Depuis hier, il n’y a pas d’électricité à la maison », lance-je. Trop tard ! Mon Dieu j’ai crié ! «Que vont-ils me dire ?», me demande-je toute peureuse. Dans ma tête, je passe déjà en boucle tous les noms d’oiseaux dont on va me traiter. Dans un cargo à Douala, on est lavé d’injures. Ce n’est pas moi qui le dis. Les conducteurs de ces engins sont d’ailleurs appelés «hors la loi ». Même les policiers en ont peur. Surprise !

 

-Ah ma petite toi aussi ? Regarde mes bras ? Les moustiques m’ont tout mangé cette nuit. Trois jours que je n’ai pas d’électricité. Si je tiens ces hommes, je les tue. Maudite Aes Sonel (société en charge de l’électricité au Cameroun), peste le chauffeur.

 

J’ouvre mes yeux tout ronds. Pour une fois dans le cargo, le conducteur n’injure pas. Il ne discute pas non plus, il accepte. Autour de moi, la vive dispute a cessé. Mes deux voisins de derrière qui parlaient avec passion du FC Barcelone et de Messi se sont tus. Les deux femmes aussi. «Tu parles ma fille. J’ai déjà perdu des centaines de mille de Francs Cfa à cause d’eux ! Je suis à Douala comme si j’étais au village d’avant, sans lumière », me dis ma voisine avec colère. Et à chacun de me raconter sa petite histoire sans lumière. Et à eux de me conter leur vie d’aveugle. Et ces enfants, ces hommes et femmes qui ont péri dans un incendie. Ces commerces incendiés. Des 23 passagers, chacun avait quelque chose à dire. Dieu, en mal, en pire d’Aes Sonel. «Il n’y a pas d’électricité au Cameroun», m’a dit un vieux papa, sourire édenté à sa descente. Et il m’a regardé plein d’espoir :

 

-Ma fille tu crois que je peux aller là-bas et leur dire (Aes) de ne plus couper ma lumière parce que je paie ma facture tous les mois ? Tu sais je n’ai jamais passé un mois sans le faire. Je préfère régler ma facture et rester affamé. Je peux ?

J’ai eu honte de répondre à mon papa. D’ailleurs, qu’aurai-je pu lui dire ? Tout le monde vit sans lumière au Cameroun. On a des barrages, le soleil et tout. On s’en vante ? Mais on devient tous aveugles à la tombée de la nuit !

 

  • Baba Mahamat, Centrafrique

Il y a bien des années que les Centrafricains ont ancré dans leur dictionnaire le mot coupure ou délestage. L’électricité en RCA, un pays ne possédant presque pas d’industries à l’exception de l’entreprise d’un libanais qui fabrique de l’eau minérale Oubangui est une denrée rare au sens propre du terme. Les problèmes de cette fameuse entreprise, l’unique et parapublique, dénommée Enerca (Energie Centrafricaine) sont légion. Les citer, on pourrait passer toute une nuit en prenant des somnifères. Mais, même si les difficultés techniques et d’organisations ne sont pas à cacher, la mauvaise gestion de cette structure a fait d’elle ce qu’elle est de nos jours : juste une silhouette et du squelette.  En plus d’un problème d’amortissement des appareils qui souvent datent de l’époque coloniale, le vol d’électricité par la plupart des consommateurs n’arrange non plus la situation. En fin de compte, tous les problèmes ont trouvé une place.

 

Les conséquences de ces problèmes sont indiscutables. Le délestage que le Centrafricain est obligé de gérer à la longueur de la journée n’a pas de nom. Encore au début des années 2000, on pouvait faire semblant de se vanter en regardant les séries télévisées qui passait sur l’unique chaîne disponible gratuitement en Centrafrique, la TVCA (Télévision Centrafricaine) en début de la soirée. Un luxe pour lequel il faut avoir les reins solides avant de prendre maintenant avec un groupe électrogène. Mais vers les années 2003, la situation s’est considérablement détériorée.

 

Je me plaignais comme tous les autres habitants de cette heure de délestage programmé dans chaque quartier. Mon quartier subissait une coupure de 18 heures à 19 heures, mais en 2003, l’électricité ne se manifestait que pour quelques heures, difficilement 8 heures de temps. Les habitants de mon quartier et moi nous sommes habitués à voir la lumière apparaître de 5 heures à 7 heures (et il faut surtout avec beaucoup de chance) et de 16 heures 30 min à 18 heures. Chaque habitant s’est imposé cette contrainte au fil de temps qui a considérablement influencé sur le niveau des élèves et étudiants, le syndrome de la baisse de niveau. Des usagers en passant par les entreprises qui se comptent sur les bouts de doigt, les bars qui ne mettent plus assez de musique à certaines heures, nul ne peut ignorer la conséquence du manque de l’énergie chez le Centrafricain.

 

Les problèmes de la société d’énergie centrafricaine sont surmontables. Le début doit être une volonté politique des dirigeants d’opter pour une gestion transparente de ladite entreprise. Il faut que l’Etat investisse dans l’achat de nouvelles turbines sans oublier la mise en marche des autres sources d’énergies dont Boali 2 et 3 en plus de Boali 1 déjà opérationnelle, et autres matériels et pièces qui ont subi des amortissements au fil du temps. Que des jeunes techniciens compétents soient formés, envoyés dans de grandes écoles d’électricité et de mécanique, que l’Etat pense à une politique de vulgarisation de l’énergie solaire qui est largement adopté dans certains pays. L’Enerca tout comme la plupart d’entreprises de gestion d’énergie en Afrique devrait être privatisée. La privatisation n’est pas une si mauvaise idée même si les entreprises telle que AES- Sonel au Cameroun peine à gagner la confiance des consommateurs qui se plaignent de la pénurie de cette denrée rare. Ainsi, privatiser l’Enerca pourrait être un dernier recours pour sauver Enerca dans sa chute inéluctable.

 

« J’étais dans ma chambre en train de rédiger un travail de recherche, à Rabat. Soudain, le courant est parti la nuit pendant près d’une heure. Le lendemain, pendant la journée, il est parti également pour une heure. Ce sont des cas rares à Rabat où je me trouve sans obscurité. En ces deux instants, je me rappelai de mon pays, la Guinée. Dans mon pays, l’électricité est avec l’eau, des denrées rares malgré l’existence de matières (château d’eau de l’Afrique de l’ouest, conditions climatiques diversifiées et favorables). L’Etat a dépensé 260 millions $ pour assurer l’électricité dans le pays. Mais cela n’a été que de la poudre dans les yeux. Que peu d’heures de courant irrégulières au cours de la semaine.

 

Il est aisé de faire de triste constatation. On peut constater la vétusté des installations, malheureusement peu ou pas entretenues. On peut voir le détournement des fonds. Comme l’échec dans la construction du barrage de Garafiri qui reste un cauchemar dans l’esprit du Guinéen. Pour cela, des Guinéens de toutes classes avaient contribué. La dépendance des centrales thermiques fait que l’Etat continue à dépenser beaucoup avec des résultats faibles. Aussi, faut-il ajouter les faiblesses des gestionnaires de l’Electricité De Guinée (EDG) et la faible considération par elle de l’ampleur du problème. Le recours aux micro-barrages est pourtant possible mais ceci est peu pensé comme alternative.

 

Tout cela fait subir à l’Etat des pertes colossales et de la révolte au niveau des peuples. Les micro-entrepreneurs dont leurs sources en dépendaient entièrement  en souffrent. Le vendeur d’eau glacé ne peut plus car l’électricité a disparu. Ce qui chauffe les classes sociales basses, se trouvant anéanties. C’est pour cela, que les émeutes de Ratoma, Dixinn… étaient pas inévitables.  Mais on ne saurait oublier le nouveau contrat signé entre l’entreprise Aggreko et le gouvernement guinéen récemment. Pour 10 millions $, cela devrait fournir 50 méga watts à la Guinée pendant six mois. Et aussi, la construction du barrage hydro-électrique de Kaleta. La Guinée peut s’inspirer du Maroc par la diversification des sources énergétiques: barrages, éolien… Le Maroc s’est fixé pour vision d’atteindre 42% de production d’énergie renouvelables.

 

Au cours des dix dernières années, les questions de délestages n’ont jamais quitté le devant l’actualité guinéenne. Entre promesses qui ne seront point tenues, communiqués accusant la sécheresse d’avoir tari les fleuves ou les intempéries ayant causé la chute des câbles électriques et violentes protestations, notamment dans les rues de Conakry la capitale, EDG (Electricité de Guinée) ne cesse de nous faire vivre des images qui n’honorent pas du tout les appellations ‘ châteaux d’eau de l’Afrique occidentale’ ou encore ‘ scandale géologique’ que les scientifiques ont donné à la Guinée.

 

Si on se réfère à des centaines de millions $ que le gouvernement a investi dans ce secteur entre 2011 et ces dernières semaines pour endiguer la pénurie d’électricité, tout porte à croire que les fonds ont été mal gérés voire détournés de leur destination finale. Plus on enregistre des investissements, plus le courant électrique se fait rare dans les foyers. Pourtant la Guinée Conakry est le pays le plus arrosé d’Afrique de l’ouest  et c’est  sans compter les potentialités minières telles que la bauxite, l’uranium, l’or…dont elle dispose.

 

Ce triste constat n’est pas sans conséquences sur le plan économique et sécuritaire. En effet, toutes les usines, tous les bureaux des administrations publiques et privées sont alimentés par des groupes électrogènes au moment où 1 Litre de pétrole est vendu à 9 500  GNF à la pompe.

D’ailleurs, certaines PME dont le fonctionnement dépend directement à l’électricité ont fini par mettre la clé à la porte, plongeant ainsi de nombreux travailleurs dans le chômage. En marge des manifestations contre les délestages, plusieurs actes de vandalisme à l’encontre de l’EDG ainsi que les pillages des commerces ont été dénombrés.

 

Aujourd’hui, tenir les  points de charge de téléphones portables est devenu une activité lucrative qui permet à quelques diplômés chômeurs de joindre les deux bouts.
Comme il fallait s’attendre, le manque de lumière pendant la nuit facilite aux malfrats dans  l’accomplissement de leur sale besogne. Récemment, le ministère de l’énergie a annoncé la signature d’un contrat de location de groupes électrogène d’une capacité de 50 MégaWatt avec une entreprise britannique pour la fourniture de l’électricité à la capitale. Coût de la transaction: 11 millions $,  pour une durée de six mois  à compter du 31 août prochain. Cependant, un barrage hydroélectrique de 240 MégaWatt est en construction en ce moment à Kaleta. À en croire les experts, la mise en service de ce barrage va résoudre définitivement le problème.

 

BAPO : de l’énergie électrique au solaire, transition réussie

Le petit village de Bapo est situé dans le département de Jacqueville, à 6,5 Km du village de Akrou, qui lui est à 5km de la ville. Situé en bordure de lagune ébrié entre les pipelines qui drainent le gaz naturelle et les cocoteraies villageoises et faisant face aux villages de Taboth (devenu célèbre grâce au groupe Mapouka Taboth cadence et de Allaba (Sous préfecture de Dabou), Bapo était un beau village animé en raison de la présence de son bac et embarcadère à l’époque où la Société ivoirienne de coco râpé (SICOR) existait.

 

Aujourd’hui il se réduit à un simple village de deux rangés de maisons de fortune avec en son bout un cabanon en brique, hermétiquement fermé et dont la toiture supporte six panneaux solaires. On peut lire à l’entre du village, 6,5km avant deux pancartes fières qui invitent à la découverte du village éclairé par l’énergie solaire.

 

Bapo, est fière de ses huit poteaux électriques qui éclairent le village. Pour le moment, les ménages ne sont pas servis, mais au moins il y a de quoi éclairer les rues et les aires de jeux nocturnes des enfants, des gardiens de la nuit, des amoureux. Il y a même un hangar collectif où chacun peut profiter de la télévision et recharger son téléphone.

 

En optant pour cette source presque gratuite, Bapo s’inscrit dans la logique du développement durable certes, mais surtout, marque une transition très écologique et économique qui la soustrait des tracasseries d’alimentations en fuel du vieux groupe électrogène dont son électricité dépendait, et aussi de la dépendance d’une compagnie nationale, qui depuis quelques temps s’illustre par les coupures intempestives et gênantes. Ce type de projet d’électrification rural, se présente comme une alternative de remplacement à encourager dans le nord de la Cote d’Ivoire où de nombreuses zones sombrent farouchement encore dans le noir. Le Président de la République en à lui-même fait le constat et annoncé de nombreuses dispositions pour palier la situation à une date sine die. Paroles de politicien.

 

En effet, depuis 2010 la Cote d’ivoire, vit la galère des coupures intempestives d’électricité. Les motifs se résument à la vétusté de l’appareillage de la Compagnie Ivoirienne d’Electricité (CIE) détenteur unique de droit de commercialisation de l’électricité grand publique dans le pays, au manque absolu de concurrence alors, à la forte demande de la poussée démographique liée aux migrations de la crise ivoirienne, aux sabotages des réseaux électriques pour les distributions et commercialisations illégales du courant…

 

Ces diverses raisons, doublées de l’incapacité à satisfaire tous les ménages, ont contribué en 2010 à l’exécution du politique de délestage programmé afin de satisfaire chaque région et chaque ménage. Ainsi selon des jours, des heures et des zones, l’électricité était distribuée pour que l’Etat garde sauve sa face.

 

Dans l’euphorie de crises électriques est né un personnage devenu célèbre de DELESTRON, l’anti-héros du délestage qui se plait à couper le courant dans nos vies. Depuis 2013, de nombreux efforts de renforcements ont été effectues. Toutes fois, le malin héros de DELESTRON, n’hésite pas à frapper quand on manque de vigilance.

Photo(Crédit:Aly Coulibaly)

Crédit photo: Aly Coulibaly

Ce personnage imaginé au bon moment, traduit l’indéniable malaise de nos Etats qui maintiennent les pays, sous le joug d’une dépendance d’entreprise coloniale, et du faible écho des efforts d’ONG qui s’échinent à faire comprendre et adopter les plans d’énergies alternatives. Il faut libéraliser le secteur et promouvoir les énergies alternatives. Le futur pourrait en dépendre.

L’électricité, une denrée rare en Centrafrique favorisant l’émergence d’un nouveau commerce juteux !

A Bangui, les petites structures de recharge des appareils téléphoniques utilisant les groupes électrogènes ont remplacé l’ENERCA (ENERgie CentrAfricaine, société s’occupant de la production et de la distribution de l’électricité en Centrafrique) face à l’incapacité de cette dernière à desservir les ménages. Ce commerce qui a fait son apparition récemment est devenu un eldorado pour certains jeunes. On se souviendra certainement, de l’avènement des cabines téléphoniques avec notamment les services d’appel et de transfert de crédit qui a fait son apparition il y a quelques années. Ces cabines avaient permis à beaucoup de jeunes centrafricains de se faire de l’argent souvent de manière malhonnête car les prix de communication pouvaient être majorés par les agents de cabine comme bon leur semble. Avec l’implantation des sociétés de téléphonie et la démocratisation du secteur de téléphonie, les consommateurs ont bénéficié des offres exceptionnels allant de l’achat des téléphones à des avantages sur les cartes sim. La tendance est maintenant aux structures de charge de batteries.

Les vielles installations de l’ENERCA à Bangui vers Gobongo, Photo © Journal de Bangui

« Peu importe mais pourvu que mon téléphone soit toujours allumé pour que je puisse recevoir des appels et surtout biper un partenaire » -au sens figuré du terme-, parole d’un jeune centrafricain qui a donné son avis sur la rareté du courant électrique à Bangui. Mais tout le monde ou presque me dira que c’est un problème africain. Et bien, on accepte quand même car le problème énergétique est généralisé en Afrique.

Et c’est vrai qu’en Centrafrique en commençant par Bangui, la plupart des kiosques de cabines téléphoniques sont transformés en cabines de charges batteries dans les grandes villes.  La raison est toute simple, c’est d’abord un commerce juteux qui ne nécessite pas de renouvellement immédiat des « matières premières », ensuite en Centrafrique, il faut savoir que l’électricité est une denrée extrêmement rare. Je vais m’expliquer, d’abord je parle de matières premières car contrairement aux crédits qu’il faut recharger périodiquement avant d’être opérationnel, en charge batterie, il faut juste s’assurer d’avoir un bon groupe électrogène, et puis le tour est joué.
Selon Steve.A LENGUENDIAT, Consultant et Formateur en Marketing/Communication interviewé par le Journal de Bangui, «l’offre en fourniture d’électricité n’arrive pas à suivre la demande qui croit à une vitesse en yoyo , de 50 abonnés en 1950 à 25 000 abonnés qui pourra passer à 35 000 abonnés avec le projet de 10 000 branchements sociaux sur financement Union Européenne –CEMAC (2008-2012) et au-delà de 50 000 connectés avec les dizaines de milliers de branchement illicite qui pose un casse-tête à l’ENERCA et est en grande partie responsable des problèmes d’énergie électrique en République Centrafricaine ».

Les contestations des jeunes revendiquant le mardi, 14 juin 2011 l’eau et l’électricité devenues une denrée de luxe depuis plus d’une semaine dans leur localité. «Trop c’est trop», déclarent les jeunes du 5ème Arrondissement de Bangui qui sont obligés de prendre le contrôle de la rue pour faire entendre raison aux autorités centrafricaines. Mais leur revendication a accouché d’une souris et la contestation a été dispersée.

On se souviendra qu’il y a quelques années, certains quartiers subissaient un délestage d’environ 1 heure par jour pour permettre de desservir les autres secteurs de Bangui, équitablement selon les responsables de l’ENERCA. Mais de nos jours les choses se sont empirées. Surtout après la maintenance de l’usine de Boali 1 qui alimentait en grande partie la capitale centrafricaine en 2010. A cette situation lamentable des habitants de Bangui, il faut surtout ajouter l’inexistence des infrastructures électriques dans la majeure partie des provinces. La ville de  Boali, semble être pratiquement la seule ville de la province à bénéficier de cette denrée rare, certainement parce qu’elle héberge les vieilles turbines et les installations électriques. Le phénomène des groupes électrogènes avait commencé surtout dans les provinces vers les années 2000 dans les zones diamantifères notamment Bria, Carnot, Berberati, … avant de regagné la capitale Bangui. Pour la plupart des habitants de Bangui et surtout ceux des quartiers de Pétevo et Bimbo, la situation n’est pas tolérable. Chargé la batterie de son téléphone à 150 ou 200 FCFA (0,22 ou 0, 30 euros) est devenu une habitude imposée aux habitants de Bangui. En entendant que le problème d’électricité soit résolu, les habitants de Centrafrique sont obligés de profiter des services des groupes électrogènes même si, au risque de pollution de l’air par le dégagement de la fumée dégagée.