Centrafrique : après la mise en place du GUN, quelles sont les priorités ?

Un vieil adage dit : « On juge un maçon au pied du mur ». Après la nomination du Premier Ministre de Transition, Maître Nicolas TIANGAY le 17 janvier dernier et mise en place du Gouvernement d’Union Nationale le 03 février 2013, une des exigences des accords de paix signés à Libreville au Gabon, au lendemain de l’avancée de la coalition rebelle SELEKA, les nouveaux locateurs des départements ministériels au nombre d’une trentaine doivent se mettre résolument au travail. Après le rejet de la liste gouvernementale par la SELEKA et certains partis d’opposition, la SELEKA avait décidé de réintégrer la nouvelle équipe le mercredi 06 février, laquelle équipe doit mener le bateau centrafricain au bon port.

De l’instauration de l’intégrité territoriale à travers le désarmement et le cantonnement des rebelles de la SELEKA et de la réorganisation de l’armée nationale et la poursuite du processus du Désarmement, de la Démobilisation et de la Réinsertion (DDR) et de la Réforme du Secteur de Sécurité (RSS), à la relance du tissu économique à travers des réformes économiques et sociales en passant par l’organisation des élections législatives anticipées en début 2014, l’organisation de l’administration territoriale, le renforcement du système judiciaire, la feuille de route du GUN que dirige le défenseur des droits de l’homme est consistante, surtout pour un gouvernement d’une si courte longévité (12 mois avec possibilité d’être renouvelé). Même si certains Centrafricains sont pessimistes quant aux objectifs que s’est fixée cette équipe, le devoir citoyen nous amène tous à l’optimisme car atteindre ces objectifs nous permettra de sortir de cette impasse. A vrai dire, tous les points précités sont prioritaires et les responsables doivent s’efforcer de les prendre à bras le corps sans perdre de temps. Le GUN se doit de relever ce défi et prendre à bras, le corps cette lourde responsabilité pour écrire un chapitre très important de l’histoire du peuple centrafricain.

Sur le plan sécuritaire, la démobilisation des rebelles de la SELEKA doit être l’un des points épineux à débattre vu qu’elle demande une mobilisation financière et technique énorme. Faut-il les insérer dans le processus du DDR? Ou bien intégrer une partie dans l’armée ? Que faire des combattants venus des pays voisins ? Ce sont autant de questions qui méritent d’être épluchées. Autre fait, les événements de décembre dernier ont montré clairement la faiblesse des Forces Armées Centrafricaines (FACA). Une raison de plus pour mettre de l’ordre dans les troupes. Réorganiser l’armée signifie mettre en place une armée nationale digne de ce nom, la formée, l’équipée et la rendre disciplinaire, un rêve qui est loin d’être une réalité vu la segmentation qui existe dans l’armée. La porosité des frontières de la RCA, la traque de Joseph Koni de la LRA et les coupeurs de route seront autant de dossiers à traiter et qui attendent des réponses adéquates. La restructuration des forces de défense et de sécurité figureront en bonne place dans le plan d’action de ce gouvernement d’union nationale. Ainsi, l’instauration de l’intégrité dépendra de la résolution des problèmes susmentionnés.

En ce qui concerne le tissu socio-économique, il est plus que nécessaire de mettre en place des solutions adéquates afin de favoriser les activités économiques et inciter les investisseurs à venir en Centrafrique. Un fait qui reste délicat du fait que les affaires ne peuvent que se faire dans un pays stable. De ce fait, les taches des ministères de la Coopération Internationale et du commerce ne sont pas non les moindres. Le DSRP (Document de stratégie de la Réduction de la Pauvreté) doit être toujours en chantier au Ministère de la coopération internationale et les autres ministères concernés afin de ne pas être à la marge quant à l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement (en 2015). Même si le miracle n’est pas envisageable par le secteur de l’économie et de la finance, Toutefois la poursuite des réformes engagées dans ce secteur et un éventuel réaménagement pourront optimiser les rendements de l’économie centrafricaine exsangue et pourront aussi avoir une incidence positive sur le quotidien du centrafricain. Le secteur social doit également être pris en compte tenu de la dégradation des conditions de vie de la population avec un fort taux de pauvreté, de la malnutrition, de décès et d’analphabétisme.

Autre point important est, à priori l’organisation du scrutin législatif anticipé qui doit être un cheval de batail du ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation. Cette échéance électorale permettra de consolider le parlement que beaucoup de personnes reprochent d’être monocolore. La mise en place de l’organe en charge des élections ou l’Agence Nationale des Elections (ANE), organe indépendant qui a vu le jour il y a plusieurs mois déjà permettra d’accélérer ce processus. Mais il faudra savoir que la tenue de ces scrutins, gage de stabilité politique dépendra entièrement de la résolution des problèmes liés à la sécurité et à l’intégrité territoriale : on ne peut qu’organiser des élections crédibles et fiables dans un pays où l’Etat assure la sécurité dans toutes les parties du territoire, un véritable challenge de la SELEKA qui a réclamé la paternité du département de la défense. Ce dernier-SELEKA- a le droit de résultat.

En dehors de ces aspects, un point particulier doit être mis sur la lutte contre la pauvreté qui a atteint son seuil ces derniers temps dans certaines régions. La prise en compte de la, situation humanitaire notamment des refugiés qui se trouvent dans les zones occupées est un aspect très importants à avoir en tête. La mise en place d’une commission indépendante d’enquête permettra d’enquêter dans les zones occupées sur les assassinats perpétrés, les cas de torture recensés et que les responsables des crimes et forfaits commis soient punis et servir d’exemple.

Cependant, sans le soutien de la Communauté internationale notamment l’ONU, l’UA, l’UE, la CEEAC, la CEMAC et les autres partenaires de la RCA, ces objectifs ne seront qu’utopiques, ce qu’à rappelé le Secrétaire général des Nations Unis.

La résolution de la crise centrafricaine, signe d’une maturité de la diplomatie africaine

L’image est exaltante, une poignée de main entre Le président Centrafricain François Bozize et le Chef de la coalition rebelle SELEKA Michel Djotodia après les accords de paix signés à Libreville au Gabon. On l’a bien vu, la crise centrafricaine a été résolue et ce grâce à l’appui de la CEEAC qui a été d’une exemplarité sans égale. Aujourd’hui, la crise n’est pas derrière nous mais les résolutions prises vont permettre de décanter la situation et d’amener une paix durable-on l’espère beaucoup-dans cette partie centrale du continent africain qui a tant souffert. L’espoir de tous est que cet accorde signé puisse être définitif.

Le vendredi 11 janvier a marqué un événement important pour tous les Centrafricains où qu’ils soient. Cet événement est la signature de l’accord politique permettant à la Centrafrique et son peuple tout entier de souffler à nouveau à ce vent de paix qui n’a pas de prix. Après plus de trois semaines d’affrontements militaires et de guère médiatique caractérisée par des déclarations de toutes sortes par les différents protagonistes, le cri de cœur des Centrafricains que je fais mien dans l’un de mes billets a été entendu par le Bon Dieu. Trois de jours de face à face a permis d’arriver à ce résultat escompté.

Le plus grand honneur revient à tous les protagonistes qui ont été exceptionnels  afin de sortir de cette impasse, un signe de la maturité de tous les Centrafricains quelque soit leurs différences. Mais cette victoire centrafricaine est notamment celle de l’Afrique toute entière et de sa diplomatie en générale et surtout de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale qui a ménagé aucun effort pour réunir les belligérants autour d’une table et les aider à trouver un consensus pour résoudre leur différends.

A travers cette issue, l’Afrique toute entière a prouvé qu’elle peut valablement parvenir à réunir ses filles et fils afin d’enterrer la hache de guerre et de les permettre de manger dans une même assiette. Cette maturité diplomatique a été menée de bout en bout par les Excellences Denis SASSOU NGUESSO, Président de la République du Congo et médiateur mandaté par la CEEAC, Idriss Deby, Président de la République du Tchad et Président en exercice de la CEEAC qui ont contribué efficacement à cette fin passible et surtout pour leur implication personnelle dans la réussite des négociations de Libreville ayant aboutie à la conclusion d’un accord politique apprécié par les parties prenantes, une bouffée d’oxygène pour tous les Centrafricains épris de paix. Les différents participants ainsi que les chefs de fil de chaque délégation ont été conciliants et c’est une action qu’il faut saluer en tant que Centrafricain.

Il faut reconnaitre que contrairement à tout ce qui se dit, l’accord politique ayant pour conséquence la formation d’un gouvernement d’union nationale regroupant toutes les parties prenantes avec  la désignation d’un Premier ministre issu de l’opposition, l’arrêt des hostilités entre autres n’est pas une victoire d’une partie ou d’une autre, mais celle du peuple centrafricain qui ne veut plus de la guère.

Si l’on a fait l’éloge des contributions de tous les acteurs impliqués dans la résolution de cette crise, il faut reconnaitre que la tradition africaine a toujours favorisé le dialogue entre frères. Le baobab symbolise par exemple l’arbre à palabre qui servait de cadre pour des concertations. En donnant toute la valeur au dialogue comme solution aux mésententes qui peuvent animer certains groupes de personnes, les africains essayent de renouer à la tradition jadis qui a été oubliée à un moment donné, un retour à la source qu’il faut applaudir et souhaiter que cela perdure.

Il ne reste qu’à souhaiter bon vent pour la mise en application des résolutions prises à Libreville et espérer que les autres pays en conflits puissent emboiter le pas à l’exemple centrafricain.