Libre circulation en zone CEMAC, un projet ambitieux ou un rêve utopique ?

Au delà des problèmes particuliers que rencontre chaque citoyen lambda des pays de la zone CEMAC (Communauté Économique et Monétaire en Afrique Centrale), il faut ajouter le problème de libre circulation qui est un véritable défi à relever. Pour tous ceux qui voyagent dans cette sous-région de l’Afrique, les difficultés sont lésions. Peu importe, que ce soit par voie terrestre ou bien aérien, les tracasseries ne manquent jamais. Pour rappel, le16 mars 2012 a été célébrée, à Bangui qui abrite le siège de l’institution la journée de la CEMAC sous l’auspice de «libre circulation en zone CEMAC». 

Le vendredi  16 mars 2012 dernier, à Bangui, on célébrait la journée de la CEMAC, autour du thème: « Libre circulation en zone CEMAC ». Mais la question qui mérite d’être posé est à quand cette libre circulation? Difficile de trouver une réponse à celle-ci avec l’état des lieux actuel. Il y a quelques années, j’ai bénéficié d’un voyage pour le Tchad en vacances afin de visiter ce pays dont j’en fais aussi mien. Mais mon audace sera très vite déçue quand arrivé à la frontière, nous avons commencé à comprendre que ce voyage était une mauvaise idée. D’abord, c’est un poste de Police qui exigeait à tous les passagers exceptés les Tchadiens de passer faire la formalité-mot qui trouve son importance en Afrique centrale- et après, c’est au tour des gendarmes, ensuite des militaires.


Cependant, le pire est sans doute ce que j’avais subi en septembre 2011 quand je quittais Bangui pour Douala. Nous avons dû, en tant que non-Camerounais payer la somme de 2000 FCFA à chaque poste de contrôle en présentant nos passeports malgré le visa d’entrée payé à Gara Boulaï, la frontière. Le comble c’est aux frontières d’un côté à l’autre, malgré tous les papiers (ordre de mission, passeport, laissez-passer etc.), il faut débrousser de l’argent au  visa des laissez-passer et des passeports (1 000 Frs ou 2 000 Frs). A chaque barrière, des pourparlers sont au rendez-vous et le même cirque : des négoces et des glissements de billets de banque jusqu’à Douala. Pour contourner ces problèmes, certaines personnes s’arrangent à obtenir des cartes d’identité de plusieurs pays voisins. C’est surtout le cas des commerçants. C’est ainsi que j’appelle TCHACAMCA (TCHadien-CAMerounais-CentrAfricain) ceux qui sont devenus des citoyens dans les trois pays. Mais à malin, malin et demi : d’autres commerçants en l’occurrence ceux empruntant le plus souvent l’axe Centrafrique Cameroun trouvent refuge dans la collection des pièces de 500 FCFA en métal fabriquées localement à Bangui, en payant 100 FCFA au fabricant pour avoir 500 FCFA. Ces pièces vont les servir pour tromper la vigilance des policiers Camerounais.

 Mais, la situation est presque, identique pour les autres nationalités qui se rendent à Bangui. Un ami Camerounais me racontait son calvaire quand en 2005, sa famille décida de l’envoyer en Centrafrique pour la suite de ses études. Il a dû passer quelques jours à Bouar (une ville située à un peu plus de 400 Km de Bangui) pour attendre qu’on lui envoie un peu d’argent. Tout ce qu’il avait sur lui était épuisé à cause des contrôles des forces centrafricaines. Certains pays tels que le Gabon d’Ali Bongo Ondimba et la Guinée Equatoriale de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo se font remarquer par le durcissement de l’entrée des autres ressortissants de la CEMAC. Qui veut se rendre dans ces pays doit se munir d’un visa et s’acquitter des frais de la carte de séjour après son arrivée. Les deux pays sont loin d’accepter la libre circulation ne fut-ce que des personnes.

Passeport biométrique CEMAC, est-ce la fin de la souffrance des voyageurs ?

Lors d’un sommet de la CEMAC, il a été décidé de satisfaire aux exigences des normes internationales en ce qui concerne les cartes d’identité et le passeport biométrique. Un délai a été fixé pour qu’au plus tard 2010 la nouvelle norme concernant les passeports biométriques entre en vigueur. Mais ce n’est qu’en 2011 que la RCA a commencé à délivrer les passeports biométriques avec des restrictions jamais égalées. Il suffit de jeter un coup d’œil a cet article de notre confrère ASSANI Salim, sur son blog la coquette pour s’enquérir des problèmes liés à cette nouvelle norme.  Pour beaucoup de personnes, cet engagement politique permettra sans doute de régler le délicat problème de libre circulation des biens et des personnes comme dans l’espace CEDEAO. Mais ces personnes resteront bien sur leur soif. Après plusieurs grèves des transporteurs en République Centrafricaine, le Président Centrafricain prendra un décret décidant du démantèlement les barrières dites illégales. Ce décret a été appliqué à partir de fin juillet 2012. Un mois après ce décret, des changements ont été constatés.

Côté circulation des biens, selon une enquête du journal Jeune Afrique, publié par Cameroon Tribune , d’après le président de la BDEAC (Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale), le Centrafricain Anicet Georges Dologuélé, le transport de marchandises entre Douala et N’Djamena coûte six fois plus cher qu’entre Shanghai, en Chine, et le port de Douala. Il dure également deux fois plus longtemps, à savoir soixante jours, contre trente jours. En cause, l’état parfois désastreux des routes, les tracasseries policières, etc ;

Outre, on peut remarquer sans ambigüité qu’il se pose réellement un problème de volonté politique du coté des autorités des pays de la CEMAC. D’ailleurs, les mésententes intestines au sein même de l’institution n’est plus un secret de polichinelle. Même les Chefs des États entre eux, ont des différends qui ne facilitent guère la situation.

En ce qui concerne le transport aérien, il y a souvent des difficultés à trouver un vol direct entre les principales villes des pays membres de cette institution. Il faut espérer que la nouvelle compagnie AIR CEMAC qui devrait être opérationnelle depuis plusieurs mois, et qui finalement selon les dernières nouvelles prendra vol à partir de janvier 2013 apportera un soulagement aux nombreux voyageurs de cette sous-région.

Face à toux ces dilemmes, des efforts doivent être consentis de tous côtés, que ce soit les dirigeants politiques, les populations de l’espace CEMAC pour atteindre le niveau actuel de l’Afrique de l’Ouest dans la libre circulation des personnes.