Centrafrique : Djotodia a démissionné, la population est en liesse et après ?

La décision de Ndjamena est tombée en milieu de la journée ce vendredi 10 janvier 2014 à l’issue de la deuxième journée du sommet extraordinaire des pays de la CEEAC (Communauté économique des Etats d’Afrique centrale). La démission du président de la Transition et de son premier ministre a toutefois surpris même si elle circulait depuis plusieurs jours. Certains observateurs de la scène politique centrafricaine redoutaient le pire scénario : un compromis de la CEEAC afin de laisser le chef de l’exécutif centrafricain finir la transition. Finalement, le peuple centrafricain a eu ce qu’il voulait.

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Centrafrique : sommes-nous obligés de passer par un autre dialogue national inclusif ?

Quelques semaines après son annonce dans le communiqué final de la réunion extraordinaire de la CEEAC (Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale) , sur la crise centrafricaine tenue le 21 octobre dernier et le discours du président de Transition Michel Djotodia en début de semaine donnant son accord, les avis des centrafricains restent divisés sur le projet de Dialogue National Inclusif qui a également eu le soutien du GIC (Groupe Internationale de Contact sur la RCA) lors de sa 3e réunion tenue à Bangui le 8 novembre dernier. Les centrafricains se rappellent encore du nombre incalculable de dialogue, accords, concertations et autres regroupements qui se sont toujours soldés par un échec cuisant.

Dialogue politique Inclusif en 2008 en RCA - Photo(Crédit: sangonet.com)

Dialogue politique Inclusif en 2008 en RCA – Photo(Crédit: sangonet.com)

Même si un adage dit « La main qui donne est toujours au dessus de celle qui reçoit », les centrafricains ne sont pas prêts à se lancer dans un autre dialogue demandé par la CEEAC. Le dernier en date s’appelle les accords de Libreville signés en janvier 2013 entre d’une part le pouvoir en place dirigé par François Bozize alors président de la République et d’autre part la Seleka, une coalition de rebellions dirigée par Michel Djotodia, l’opposition démocratique, les mouvements politico-armés, les représentants religieux  et de la société civile. Même si beaucoup d’observateurs continuent à croire à ces accords dits de Libreville, le centrafricains et les observateurs de la scène politique centrafricaine ne se voilent pas la face : ces accords sont caduques depuis le renversement du président François Bozize. Il n’est pas important de revenir sur les responsabilités étant donné que nous en avons largement parlé dans nos précédents articles mais le constant reste le même, le dialogue n’a jamais été le fort des Centrafricains.

 

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce scepticisme chez les centrafricains à revivre encore un dialogue de plus. Le mal centrafricain n’a jamais été ébranlé, malgré les concertations qui ont commencé depuis les années 90. Le vulgaire citoyen se dit que ces assises sont surtout des moments qui profitent à une classe, laquelle ne représente pas forcement les aspirations du peuple car sa situation n’est jamais prise en compte. Depuis plus de 30 ans, la République centrafricaine est dirigée par les mêmes hommes, ces mêmes aussi qui sont aussi des acteurs des dialogues.

 

Du régime du feu Président André Kolingba à celui du feu  Ange Félix  Patassé en passant par celui du Général François Bozize, les mêmes personnes qui ont verrouillé le système sont toujours à la commande. L’avènement de la Seleka qui avait d’abord été salué par certains compatriotes et surtout la diaspora dont certains membres ont été contraints à l’exil pour éviter une fin malheureuse n’a pas fait l’exception à la règle, au contraire les dégâts parlent d’eux-mêmes. Les même personnes reviennent comme des grenouilles qui coassent dans les marres d’eau après le passage de la pluie. Le constat amer du centrafricain est sans détour : ces personnes peu importe leur affiliation (partie politique, société civile, religieux, …) ne visent que leur intérêt. La preuve, après les concertations, il est toujours recommandé de former un gouvernement dont le nom varie -gouvernement de consensus, gouvernement d’union nationale- et qui permettent à de pseudo-représentants du peuple de se retrouver les pieds et la tête dans les affaires.

 

La situation que traverse la Centrafrique  ces derniers temps est grave. Cette gravité s’explique par la dégradation sans précédent de la situation sécuritaire laquelle oblige tout un peuple mis à genoux par les graves violations humaines dont l’humiliation, les exactions, les tortures, les assassinats et j’en passe font des centrafricains des animaux devant une force de la Seleka guidée par le mal. La priorité pour le centrafricain est la restauration de la sécurité sur toute l’étendue du territoire ainsi que sa dignité bafouée depuis belle lurette et ce, en restaurant de l’autorité de l’Etat qui est un mot vain il y a bien longtemps dans ce pays, à cause des intérêts mesquins des uns et des autres. On ne peut parler de dialogue lorsque, dormir ne fut-ce qu’une nuit sans être chatouiller par des tirs à l’arme lourde est un rêve que chaque centrafricain n’a pas eu l’occasion de côtoyer depuis la difficile cohabitation avec la Seleka.

 

Faire le dialogue ? Mais avec qui ? Lorsque nous savons que la crise centrafricaine a été entretenue par les hommes politiques qui ne se gênent pas à utiliser la souffrance du peuple pour assouvir leur besoin. Il ne s’agit pas de réunir cinq cent (500) ou mille (1000) personnes qui passeront leur temps à parler comme des sourd-muets car au lendemain, tous reviendront à la case du départ, ni de faire des recommandations qui accoucheront d’une souris à l’accoutumée. Les recommandations, les centrafricains en ont encore en mémoire. Ils ne sont pas prêts à écouter encore d’autres recommandations qui ne seront jamais tenues. Le peuple centrafricain éprouve de sérieux problèmes, de problèmes que les dirigeants doivent prendre à bras-le corps au lieu de passer leur temps à se morfondre comme des petits-enfants qui se disputent un morceau de gâteau.  Le pouvoir doit appartenir au peuple et c’est lui qui délègue et pas aux pseudo-politiques.

 

Les nombreuses violations des droits humains ne doivent pas restés impunies. Hors, que constatons-nous ? Habituellement, le dialogue national est une occasion de laver les coupables et de saper le mémoire des victimes des atrocités. A l’exemple de la République Démocratique du Congo où le M23 qui a longtemps régner en  maitre dans une importante partie du Congo a demandé l’amnistie pour ses membres en dépit des dégâts qu’ils ont causés sur la pauvre population. Que consolera les victimes et parents de victimes après tant d’humiliation? Il faut que les auteurs des crimes et de violation puissent être inculpés et jugés, la justice doit faire son travail.

 

Ce n’est pas lors de quelques jours de débats pour se voiler la face que le changement viendra. Détrompons-nous. Le changement doit être moral. Il est l’aspiration de la collectivité à rompre avec les pratiques néfastes du passé. Il est comportemental. Nous devons en tant que centrafricains prouver que nous voulons faire une scission d’avec le passé en tournant la page et en regardant le futur en face.  Ne nous leurrons pas la réalité, ce n’est pas du fait que la CEEAC et la communauté internationale nous imposent un dialogue national inclusif que nous sortirons de l’ornière. Nous devons apprendre de nos différences en les transformant en forces puis en les complétant pour rendre ces  forces collectives. La dynamique du groupe doit prôner. Il est la voie du salut centrafricain, en conséquence du développement socio-économique.

 

Le dialogue ne doit pas être imposé, il doit être éprouvé, le peuple doit le sentir, il doit l’appuyer s’il est venu de lui afin de mettre clairement ses aspirations sur la table pour son bien-être. S’il est imposé, il ne sera qu’une formalité et nous tomberons dans les mêmes erreurs. Il faut que nous apprenons des erreurs de notre passé pour jaillir de nouvelles idées pour le renouveau centrafricain.

Peace en Centrafrique

Centrafricains, partageons-nous la responsabilité dans le drame de notre pays ?

Tant de questions ont effleuré mon esprit ces derniers temps me poussent à rédiger cet article. Des questions qui sont pour la plupart légitimes vu leur importance. Pour se relever de cette crise endémique, il faut repartir à la source. « Pour tuer un serpent, il faut couper sa tête ». Les Centrafricains de toutes les couches partagent-ils la responsabilité collective de notre drame ? Le conflit centrafricain est plus profond qu’il en à l’air. Il est béant. Il doit être vu et expliquer dans tous ses contours. Dans ce billet, nous tenterons d’expliquer un certain nombre de choses qui ont permis de creuser davantage notre tombe.

 Quelques compatriotes avaient déjà abordé ces constantes qui méritent d’être soulignées. Dans un article de notre confrère blogueurCentro, la crise centrafricaine résulte d’un complot international et la solution ne viendrait pas de cette communauté internationale, ces personnes qui se disent politiciens, de l’Union africaine ni de la CEEAC qui ne font que tergiverser. Le scénario est semblable à celui du Mali où plusieurs réunions avaient été convoquées (plus d’une dizaine) sans vraiment avancer dans résolution de la crise malienne. Il a fallu que la France intervienne et qu’aux côtés des troupes françaises, un contingent tchadien se décident de lancer l’assaut pour libérer le nord Mali des groupes djihadistes. En Centrafrique, déjà 5 réunions extraordinaires, plus de 6 mois et une force qui n’existe que sur le papier car le contour financier reste discutable. Les organisations sous-régionales, régionales et internationales se regardent sans se concerter réellement sur le financement de la Misca. Je partage cette analyse du fait que nous avons largement contribué en tant que Centrafricains à arriver à cette déconfiture où passer une nuit sans une mauvaise nouvelle du genre attaque à Bossangoa, pillage à Boye-Rabe, assassinat à Combattant devient quelque chose de normale.

La vie de chaque Centrafricain ne tient qu’à un fil qui peut être fendu à tout moment par la volonté d’une tierce personne. L’humain est animalisé, dépouillé de toute sa dignité. Qu’à cela ne tienne, la faute nous incombe, car en tant que patriotes, notre responsabilité première consiste à nous unir pour barrer la route à tous ceux qui s’opposent de quelque façon que ce soit, au développement de notre cher et tendre pays, un pays qui a brillé dans le passé. Nous avons non seulement assisté à cette lamentable situation, mais nous y avons largement contribué par la mauvaise foi, par nos sales besognes, par le manque de patriotisme. Chacun quel que soit son travail, a jeté l’huile sur le feu. Notre ignorance a été constante et elle est un effet boomerang.

Des faits qui parlent d’eux-mêmes

  • Lorsque nous avons décidé volontairement d’opter pour un régime basé sur le népotisme, le favoritisme, le clientélisme, le clanisme, ce n’est pas la faute à la communauté internationale.
  • Lorsque nous avons volontairement sacrifié l’éducation des Centrafricains en détournant les fonds destinés à réformer les systèmes éducatifs, à corrompre un système éducatif qui n’existait plus depuis plus d’une décennie, ce n’est pas la faute à l’Unesco.
  • Lorsque nous avons décidé volontairement de détruire l’armée, en favorisant le recrutement des proches et parents en son sein au lieu de réaliser un recrutement digne de ce nom en mettant en devant, les compétences et la bravoure, ce n’est pas la faute à la Fomac ni à la Misca.
  • Lorsque nous avons décidé d’aider ces étrangers qui se sont mis à piller, tuer, détruire les maisons par notre complicité en pointant du doigt les maisons, en profitant pour régler nos comptes, ce n’est pas la faute aux Tchadiens ni aux Soudanais;
  • Lorsque nos frontières sont d’une porosité extrême et que des groupes armés étrangers circulent en toute liberté sans pour autant être inquiétés, ce n’est pas la faute aux pays voisins ;
  • Lorsque nous avons décidé d’escroquer, en tant que chef militaire, les candidats au recrutement des militaires sous l’ancien régime et que ces candidats malheureux se retrouvant dans la Seleka en profitent pour se venger, ce n’est pas la faute d’une tierce personne ;
  • Lorsque nous avons décidé de créer les partis politiques pour ensuite sauter sur la première occasion pour entrer dans le gouvernement et rallier à la majorité présidentielle et perdre le chapeau de l’opposition en acceptant certaines pratiques non démocratiques et en privilégiant remplir nos poches au détriment du peuple que nous avons juré sur la tombe de nos ancêtres lors des discours creux et dénués de sens que nous allons le servir, ce n’est pas la faute au peuple qui a placé en  nous son espoir ;
  • Lorsque, au lieu de créer des entreprises afin d’embaucher des jeunes sans emploi, favoriser le développement socio-économique, nous avons jugé utile de créer des partis politiques qui « polluent » l’atmosphère politique en Centrafrique, ce n’est pas la faute à la France ;
  • Lorsque nous avons décidé d’aller vivre à l’étranger et de nous fier juste à des fameuses déclarations qui ne changent en rien la situation au lieu d’emboiter le pas aux initiateurs de URGENCE236 qui sont venus en aide aux populations affectées, ce n’est pas la faute aux organisations humanitaires.
  • Lorsque, nous avons décidé volontairement de regarder nos frères, peu importe leur région, leur ethnie, leur religion comme des étrangers, alors que ce sont aussi des Centrafricains comme nous, ce n’est pas la faute à la communauté internationale ;
  • Lorsque nous avons décidé d’aller voter pour un candidat parce qu’il est de notre ethnie, notre région, ou que nous avons reçu de l’argent et du matériel de sa part, ce n’est pas la faute aux observateurs internationaux ;
  • Lorsque nous acceptons de percevoir un billet de 5000 F Cfa pour endurer 5 ans de souffrance à raison de 1000 F Cfa par an, ce n’est pas la faute à l’Union européenne. Alors que nous pouvons opter comme Stephen King,  « La confiance de l’innocent est le meilleur atout du menteur», ôtons cette confiance aveugle aux politiciens et leur masque tombera toute seule.
  • Lorsque nous avons décidé d’ignorer ce qui se passe dans notre pays et vivre comme si de rien n’était en laissant nos pauvres parents pourrir comme des animaux, ce n’est pas la faute à la communauté internationale.

Alors Centrafricains, chers frères et sœurs, pourquoi renvoyer la responsabilité sur les autres lorsque nous sommes, nous-mêmes à l’origine de notre drame. Nous avons toujours opté pour la facilité en rejetant la responsabilité sur les autres puisqu’il est facile d’accuser que de s’accuser.

Quand est-ce que nous allons ouvrir les yeux et comprendre que nous sommes responsables de ce qui se passe et que c’est par nos propres efforts que de la solution idoine et définitive jaillira la joie dans nos cœurs. Il est temps que nous changions, car « Les erreurs ont toujours été les plus grands professeurs» affirme François Gervais.

Si nous ne voulons pas que notre pays revive la même tragédie, c’est à nous de décider de tourner cette sombre page de notre histoire et décrire une autre page dont la base doit être la démocratie. Ce combat ne doit pas être solitaire, il faut qu’il y ait une révolution morale, car c’est elle la vraie révolution, ce n’est pas les armes qui vont faire changer les choses et là, nous avons eu suffisamment de preuves pour ne plus nous en dissuader.

Centrafrique : l’internationalisation de l’aide, une bonne nouvelle pour les centrafricains

Près d’un mois après la réunion sur la crise centrafricaine qui a eu lieu en marge de la 68e assemblée générale des Nations-Unies, des progrès ont été remarquées dans la résolution du conflit centrafricain. Ce dernier qui a longtemps été ignoré a fait son apparition sur l’agenda international grâce notamment au plaidoyer de la France qui a décidé finalement de réagir.

Laurent Fabius et la chef de la diplomatie centrafricaine à Bangui, le 13 octobre 2013(crédit:http://www.acap-cf.info)

Laurent Fabius et la chef de la diplomatie centrafricaine à Bangui, le 13 octobre 2013(crédit:http://www.acap-cf.info)

Le 26 septembre dernier lors d’une réunion co-présidée par la France et l’Union européenne, un pas important a été fait en lançant un appel à contribution à l’encontre de la communauté internationale afin d’aider à l’éradication du mal centrafricain. Quelques jours avant, à l’occasion des travaux de l’assemblée générale, certains présidents à l’instar du français François Hollande, du tchadien Idriss Deby et du Gabonais Ali Bongo sans oublier le plaidoyer du chef du gouvernement centrafricain de transition Nicolas Tiangay ont essayé de peindre une situation peu reluisante que vivent les centrafricains depuis plus de 6 mois au monde. Tous ces discours n’ont pas accouché d’une souris, la preuve, une résolution sous initiative française a été finalement adoptée à l’unanimité par les 15 membres du Conseil de sécurité sur le renforcement du mandat du Binuca (Bureau intégré des Nations-Unies en Centrafrique) et le soutien au déploiement rapide de la force africaine Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique).

La visite du ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius du 13 octobre dernier n’a été qu’une étape de plus dans la résolution de cette crise endémique que vit ce pays au centre du continent africain. Plus d’une qu’une visite de courtoisie pour remonter le moral des troupes françaises présentes à Bangui et visiter un centre hospitalier de Bangui, ce déplacement a permis au chef de la diplomatie français d’échanger avec les principaux responsables de la transition dont le président de la Transition Michel Djotodia, le premier ministre Nicolas Tiangay et le président du Conseil National de Transition Ferdinand N’guendet sur la nécessité de travailler ensemble et de laisser de côté les querelles intestines qui les opposent. Il a encouragé les nouvelles autorités de Bangui à faire davantage d’efforts dans la pacification du pays et surtout respecter la feuille de route de la Ceeac notamment la tenue des élections au plus tard début novembre et a rassuré les centrafricains qu’ils ne sont pas oubliés.

Le triplement de l’enveloppe européenne à la Centrafrique, est une autre bonne nouvelle pour ce milliers de victimes de du conflit qui ont besoin d’une aide conséquente surtout l’aide humanitaire. L’Union européenne est le principal bayeur du pays et reste la seule institution qui n’a pas suspendu réellement son aide malgré le repli d’autres institutions. On se rappelle que les salaires du mois d’avril avaient été payés grâce au déblocage de l’aide européenne. Le Fmi, la Banque mondiale et la BAD qui avaient suspendus leurs activités ainsi que leur aide sont revenus sur leur décision, ce qui est une action encourageante pour ce pays meurtri.

L’envoi de troupes supplémentaires par les pays de la sous-région Ceeac à l’instar du Tchad (quelques 400 éléments), du Congo Brazzaville (150) et de 200 militaires de la Guinée Équatoriale -pays qui n’avait jusqu’à lors pas de troupe par les forces de la Fomac en Centrafrique- et très prochainement du Burundi sont des mesures qui doivent être bien accueillies. Cette force africaine ou Misca contiendrait quelques 3000 hommes et doit être rehaussés à 3500 selon la résolution de l’Union africaine.

Le récent sommet extraordinaire – le 5e du genre sur la crise centrafricaine- dont le communiqué final lu par le secrétaire général de la Ceeac, a exhorté la communauté internationale à accroitre son aide, demander que la force africaine présente en Centrafrique fasse appel à la force si possible pour mettre hors d’état de nuire ces ex-éléments de la Seleka qui ont animosité la population. La mise à la disposition de la force des moyens aériens pour permettre de traquer ces ex-Seleka et les booster hors de la Centrafrique en les traquant reste aussi une très bonne résolution.

Enfin, dernière nouvelle, la demande envoyée par le secrétaire général au conseil de sécurité pour l’envoi de quelques 250 militaires de l’ONU et avec à terme son renforcement à 560 hommes afin de protéger la mission de l’ONU qui devraient se répandre dans l’arrière pays et la décision autorisant le Binuca d’aider pour la réussite du processus des élections prochaines sont autant de choses dont les centrafricains doivent se réjouir.

Idriss Deby Itno, Président du Tchad

Lettre ouverte au Président Tchadien Idriss Deby Itno

Monsieur le Président de la République du Tchad,

J’ai tellement réfléchi et ma conscience m’a obligé à vous transmettre cette missive qui est le fruit de plusieurs jours voire des semaines de réflexion. Permettez-moi de passer par l’écrit car, excepté ce moyen je ne vois pas de quelle manière, un pauvre Centrafricain comme moi pourrait me faire entendre. Même si, d’emblée je sais qu’il y a moins de chance que vous me lisiez, je souhaite vivement qu’un de vos proches puisse lire mes pensées et qu’il vous en informe de son contenu. Monsieur le Président, le Tchad est un pays ami et frère avec la République Centrafricaine depuis des décennies déjà. Les liens de fraternité ont été entretenus depuis plusieurs années et personne ne peut le nier. J’ai eu la chance de visiter ce pays avec qui le nôtre partage des frontières entre autre à Gorée et à Sido. J’avais eu l’opportunité de visiter les villes telles que Sarh où j’y ai passé une partie de mon enfance à l’époque où ma mère travaillait encore pour le projet allemand GTZ, Moundou et N’Djamena. Continuer la lecture

Centrafrique : après la mise en place du GUN, quelles sont les priorités ?

Un vieil adage dit : « On juge un maçon au pied du mur ». Après la nomination du Premier Ministre de Transition, Maître Nicolas TIANGAY le 17 janvier dernier et mise en place du Gouvernement d’Union Nationale le 03 février 2013, une des exigences des accords de paix signés à Libreville au Gabon, au lendemain de l’avancée de la coalition rebelle SELEKA, les nouveaux locateurs des départements ministériels au nombre d’une trentaine doivent se mettre résolument au travail. Après le rejet de la liste gouvernementale par la SELEKA et certains partis d’opposition, la SELEKA avait décidé de réintégrer la nouvelle équipe le mercredi 06 février, laquelle équipe doit mener le bateau centrafricain au bon port.

De l’instauration de l’intégrité territoriale à travers le désarmement et le cantonnement des rebelles de la SELEKA et de la réorganisation de l’armée nationale et la poursuite du processus du Désarmement, de la Démobilisation et de la Réinsertion (DDR) et de la Réforme du Secteur de Sécurité (RSS), à la relance du tissu économique à travers des réformes économiques et sociales en passant par l’organisation des élections législatives anticipées en début 2014, l’organisation de l’administration territoriale, le renforcement du système judiciaire, la feuille de route du GUN que dirige le défenseur des droits de l’homme est consistante, surtout pour un gouvernement d’une si courte longévité (12 mois avec possibilité d’être renouvelé). Même si certains Centrafricains sont pessimistes quant aux objectifs que s’est fixée cette équipe, le devoir citoyen nous amène tous à l’optimisme car atteindre ces objectifs nous permettra de sortir de cette impasse. A vrai dire, tous les points précités sont prioritaires et les responsables doivent s’efforcer de les prendre à bras le corps sans perdre de temps. Le GUN se doit de relever ce défi et prendre à bras, le corps cette lourde responsabilité pour écrire un chapitre très important de l’histoire du peuple centrafricain.

Sur le plan sécuritaire, la démobilisation des rebelles de la SELEKA doit être l’un des points épineux à débattre vu qu’elle demande une mobilisation financière et technique énorme. Faut-il les insérer dans le processus du DDR? Ou bien intégrer une partie dans l’armée ? Que faire des combattants venus des pays voisins ? Ce sont autant de questions qui méritent d’être épluchées. Autre fait, les événements de décembre dernier ont montré clairement la faiblesse des Forces Armées Centrafricaines (FACA). Une raison de plus pour mettre de l’ordre dans les troupes. Réorganiser l’armée signifie mettre en place une armée nationale digne de ce nom, la formée, l’équipée et la rendre disciplinaire, un rêve qui est loin d’être une réalité vu la segmentation qui existe dans l’armée. La porosité des frontières de la RCA, la traque de Joseph Koni de la LRA et les coupeurs de route seront autant de dossiers à traiter et qui attendent des réponses adéquates. La restructuration des forces de défense et de sécurité figureront en bonne place dans le plan d’action de ce gouvernement d’union nationale. Ainsi, l’instauration de l’intégrité dépendra de la résolution des problèmes susmentionnés.

En ce qui concerne le tissu socio-économique, il est plus que nécessaire de mettre en place des solutions adéquates afin de favoriser les activités économiques et inciter les investisseurs à venir en Centrafrique. Un fait qui reste délicat du fait que les affaires ne peuvent que se faire dans un pays stable. De ce fait, les taches des ministères de la Coopération Internationale et du commerce ne sont pas non les moindres. Le DSRP (Document de stratégie de la Réduction de la Pauvreté) doit être toujours en chantier au Ministère de la coopération internationale et les autres ministères concernés afin de ne pas être à la marge quant à l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement (en 2015). Même si le miracle n’est pas envisageable par le secteur de l’économie et de la finance, Toutefois la poursuite des réformes engagées dans ce secteur et un éventuel réaménagement pourront optimiser les rendements de l’économie centrafricaine exsangue et pourront aussi avoir une incidence positive sur le quotidien du centrafricain. Le secteur social doit également être pris en compte tenu de la dégradation des conditions de vie de la population avec un fort taux de pauvreté, de la malnutrition, de décès et d’analphabétisme.

Autre point important est, à priori l’organisation du scrutin législatif anticipé qui doit être un cheval de batail du ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation. Cette échéance électorale permettra de consolider le parlement que beaucoup de personnes reprochent d’être monocolore. La mise en place de l’organe en charge des élections ou l’Agence Nationale des Elections (ANE), organe indépendant qui a vu le jour il y a plusieurs mois déjà permettra d’accélérer ce processus. Mais il faudra savoir que la tenue de ces scrutins, gage de stabilité politique dépendra entièrement de la résolution des problèmes liés à la sécurité et à l’intégrité territoriale : on ne peut qu’organiser des élections crédibles et fiables dans un pays où l’Etat assure la sécurité dans toutes les parties du territoire, un véritable challenge de la SELEKA qui a réclamé la paternité du département de la défense. Ce dernier-SELEKA- a le droit de résultat.

En dehors de ces aspects, un point particulier doit être mis sur la lutte contre la pauvreté qui a atteint son seuil ces derniers temps dans certaines régions. La prise en compte de la, situation humanitaire notamment des refugiés qui se trouvent dans les zones occupées est un aspect très importants à avoir en tête. La mise en place d’une commission indépendante d’enquête permettra d’enquêter dans les zones occupées sur les assassinats perpétrés, les cas de torture recensés et que les responsables des crimes et forfaits commis soient punis et servir d’exemple.

Cependant, sans le soutien de la Communauté internationale notamment l’ONU, l’UA, l’UE, la CEEAC, la CEMAC et les autres partenaires de la RCA, ces objectifs ne seront qu’utopiques, ce qu’à rappelé le Secrétaire général des Nations Unis.