#Brisonslapeur: un hastag pour vaincre l’insécurité en République centrafricaine

Depuis quelques jours, le hashtag #Brisonslapeur circule sur les réseaux sociaux pour vaincre l’insécurité en République centrafricaine grâce aux articles des bloggeurs. Il a été initié par l’Association des Blogueurs Centrafricains (ABCA) suite à la rencontre du bureau du comité ad’hoc de l’ABCA avec le Représentant Pays de l’Internews, Pascal Chirha, l’un des partenaires de cette association le 10 février 2017.

Pour le président de l’ABCA, Eric Penzy Ngaibino : « L’objectif du hashtag #Brisonslapeur est de franchir les barrières de la peur, du repli sur soi et de permettre la cohésion entre les communautés. Il est vrai que le désarment est nécessaire et primordial, mais pour nous qui n’œuvrons qu’aux travers de nos blogs, bouches et plumes, le véritable désarmement commence par les cœurs

Hastag créé pour vaincre l’insécurité en Centrafrique

Pour Fridolin Ngoulou, Journaliste-blogueur, Webmaster au réseau des Journalistes pour les Droits de l’Homme et membre de l’ABCA : « Un constat justifie cette campagne de sensibilisation: de nombreux quartiers et villes de Centrafrique défrayent les chroniques en raison de l’insécurité grandissante dans certaines zones. Et les incrédules sont nombreux à vouloir jurer de ne pas fréquenter ces zones qualifiées d’infréquentables ou de zone rouges». Il a poursuivi en ces termes : « pour dénoncer les exactions et pousser les autorités à agir,#Brisonslapeur et préjugés».
Pour Alabira Louqmane, activiste sur les réseaux sociaux, fondateur du groupe « Les réalités du Km5 » qui donne des informations sur ce qui se passe au quartier KM5 et trésorier de l’ABCA: « L’objectif de #Brisonslapeur est d’inciter les victimes à se faire confiance en s’acceptant et en acceptant de vivre ensemble, de cohabiter sans aucune peur, ni préjugé, ni méfiance… Aussi nous allons pousser nos gouvernants à agir dans ce sens pour faciliter tout ce qui brisera la peur, la haine inter communautaire …».

Alabira Louqmane

Alabira Louqmane posant devant l’usine de Mocaf, à Bimbo le 17 février 2017

Eric Penzy Ngaibino revient en expliquant que: « Nous devons d’abord désarmer les cœurs et ensuite viendra le tour des mains… », en réponses à certains compatriotes qui posent comme condition préalable à cette campagne, le désarmement des groupes armés qui pullulent le pays. Et Prudence Yamete, Journaliste d’ajouter que: « l’essentiel es invisible aux yeux, les cœurs doivent être désarmés ensuite les mains et la gaieté s’ensuivront ».

Contexte de crise en Centrafrique
Pour rappel, la République centrafricaine, un pays situé au cœur de l’Afrique, traverse une grave crise de son histoire depuis fin 2012 avec l’avènement de la Seleka. Cette dernière est un groupe de factions rebelles qui a fini par prendre le pouvoir le 23 mars 2013, renversant le régime du général d’armée Francois Bozize. Pendant sa marche sur Bangui et après sa prise de pouvoir, les éléments de la Seleka ayant comme chef, Michel Djotodia avait semé la désolation avec des milliers de victimes, de crimes, …en imposant la peur et les massacres. Les Antibalaka, une milice qui a été créée en septembre 2013 en réponse au phénomène de la Seleka ont occasionné à leur tour de milliers de morts et de déplacés. En fin de compte, la République centrafricaine s’est retrouvée ingouvernable avec des zones où les rebelles font leurs lois, prélèvent des taxes, imposent leur justice,…la violence est devenue quotidienne et les représailles des groupes armés régulières avec, comme seule victime, la population civile prise en otage.
Voici donc plus de trois ans que cela dure. La paix n’a pas pu être imposée en dépit de nombreuses initiatives sous-régionales et régionales pour sécuriser le pays notamment le déploiement des casques bleus de la mission onusienne Minusca (Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations unies en Centrafrique) depuis 2013. Les élections groupées (législatives et présidentielles) de décembre 2016 qui avaient pour but de faire élire des dirigeants démocratiques afin d’endiguer cette crise après plus de deux ans de transition, portant au pouvoir le Professeur Faustin Archance Touadera, à la présidence et des représentants du peuple à l’Assemblée Nationale, n’ont pas pu apporter la solution miraculeuse, celle de faire régner la paix sur tout le territoire centrafricain.
Ainsi donc, des blogueurs comme Fridolin Ngoulou, Alabira Louqmane, Rosmon Graine de Champion, Fabien Zem, Baba Mahamat, Loic Romy Gotto, Inès Laure , Prudence Yamete, Eric Ngaba, Elodie Tainga Poloko, et bien d’autres se sont lancés dans cette campagne de sensibilisation à travers le hashtag #Brisonslapeur.
Pour rejoindre la cause, rien de plus simple que d’aller vers les autres, de nous rapporter un post ou une image ici sur la toile avec la mention #Brisonslapeur. C’est possible d’avoir la paix si nous la voulons. Alors brisons la peur dans chaque coin de la République centrafricaine.

Danielle Mbari, présidente de l'association Sango

Danielle Mbari: « une nouvelle Centrafrique est possible »

Depuis le début de la crise en décembre 2012, cette femme, la cinquantaine se bat sur les réseaux sociaux pour l’éveil de la conscience centrafricaine. Après le chaos installé d’un coté par les Seleka et de l’autre coté les Antibalaka, Danielle Mbari se bat quotidiennement en sensibilisant les centrafricains de tous bords pour la réconciliation et le vivre-ensemble. Danielle et plusieurs autres centrafricains sont appelés les gens qui font la paix. Car ils ne se limitent pas à faire des critiques acerbes ou à rejeter la responsabilité sur l’un ou l’autre camp. Elle a ainsi contribué à lancer un projet dont sa réalisation est très symbolique pour la réconciliation entre musulmans et chrétiens, il s’agit de la reconstruction par les chrétiens et les musulmans de la mosquée de Lakouaga, l’une des mosquées les plus fréquentées à Bangui par les fidèles musulmans, détruite par la population lors du conflit. La présidente de l’association Sango, a accepté de répondre à nos questions à cœur ouvert en parlant de son engagement pour la RCA.

1-Bonjour, peux-tu te présenter et nous dire qui se cache derrière cette image qui te représente?

DM : Je m’appelle Danielle Mbari, j’ai 54 ans et suis mère de quatre enfants. Je suis née et réside en France. Derrière cette image et les apparences se cache une Centrafricaine, par alliance depuis 2008, et de cœur depuis maintenant 19 ans.

 2-La RCA traverse depuis plusieurs années des crises politico-militaires, la dernière en date qui a fait chavirer le navire est celle qui a débuté en décembre 2012, une véritable tragédie. Alors pour toi, qui es centrafricaine, quelles en sont les causes profondes?

DM: A l’échelle nationale, ces crises sont les conséquences d’une mauvaise gestion des affaires, d’une mauvaise gouvernance, d’un problème d’hommes. Un pays est comme une entreprise : avec un mauvais management et des ressources (y-compris les ressources humaines) mal gérées, c’est la faillite assurée ! Cependant, s’il est question de définir les causes profondes, il faut élargir le zoom pour une analyse à l’échelle mondiale. Cela ne va alors pas sans évoquer la politique africaine du colonisateur depuis une indépendance malheureusement restée très théorique. La RCA avec son sous-développement, ses crises etc., n’est que le produit d’un système politico-économique gigantesque établi, huilé et rodé pour servir et préserver la domination occidentale dont l’une des armes invisibles est la désinformation tandis que l’arme visible téléguidée sur le terrain est la masse humaine. Les deux sont malheureusement très efficaces !

3-Comment faire pour endiguer ces crises qui n’en finissent pas en Centrafrique?
DM:
En fait, il faudrait une révolution ! Je l’entends non pas dans le sens d’une révolte sanguinaire, mais plutôt d’un changement radical des mentalités et des comportements afin qu’un état de faits qui maintient la quasi-totalité de la population dans une misère dramatique soit effectivement ré-vo-lu. Les choses ne changent pas d’elles-mêmes. C’est à l’Homme que revient la responsabilité de changer, d’abord lui-même, pour ensuite changer les choses.

4-Penses-tu que les Centrafricains partagent la responsabilité dans le drame que connait notre pays?
DM:
C’est une évidence ! La responsabilité se partage entre les Centrafricains à différents niveaux : en tout premier lieu les dirigeants : la responsabilité initiale revient au président déchu, François Bozizé. Il est à l’origine de la rébellion Seleka qui a trouvé son essence même dans le non-respect des engagements qu’il avait pris envers les mercenaires qui l’avaient porté au pouvoir en 2003. Face à une rébellion montante, il disposait de toutes les informations et stratégies nécessaires pour la stopper et n’a pas jugé bon d’agir, au détriment du peuple. Une fois au pouvoir, Djotodia n’a pas su l’exercer, laissant ses troupes se payer sur la population, fertilisant ainsi le terreau d’une contre-rébellion, les Anti-balaka. Viennent ensuite ceux qu’on appelle à plus ou moins juste titre les « élites » et la « classe politique » qui ont brillé par leur inertie, un laisser-faire et/ou la stratégie de « chercher à manger », faisant fi de l’intérêt collectif. Pour finir, disons qu’il n’y a pas d’oppresseurs sans opprimés, pas de corrompus sans corrupteurs, pas de chef rebelle sans rebelle etc. Même si l’on conçoit que l’analphabétisme favorise le suivisme, je pense que chacun a effectivement sa part de responsabilité. Je cite volontiers Joan Borysenko, « Chaque jour nous avons le choix : d’exercer des tensions ou de pratiquer la paix. »

 5- Quelle doit être la place de la jeunesse en Centrafrique dans la résolution du conflit actuel qui continue de faire de milliers de victimes ?

DM: Les jeunes ont un rôle clé à jouer dans la résolution du conflit actuel. C’est évident qu’ils n’ont pas l’expérience des anciens, mais dès lors qu’il s’agit justement de ne pas reproduire les erreurs du passé, notamment sur le plan politique, les jeunes peuvent et doivent contribuer à instaurer de nouvelles normes. Face à des autorités de transition qui font perdurer les anciennes pratiques et des forces armées internationales manifestement peu motivées à rétablir la sécurité, ils peuvent et doivent s’impliquer, non pas dans la violence et le désordre, mais en se rassemblant et s’organisant pacifiquement pour faire entendre leur voix, au moins pour signifier ce qu’ils ne veulent pas, à savoir la guerre, le conflit, l’insécurité. La paix se fait à tous les niveaux, à commencer par l’entourage, les amis, la famille, le quartier, le village, la ville. Les jeunes, plutôt que de suivre ceux qui sèment le désordre, doivent faire tout leur possible pour pacifier et fédérer les forces positives. C’est leur avenir qui est en jeu.

6-Quelles sont, selon toi, les principales qualités que les jeunes Centrafricains doivent acquérir pour faire face aux défis qui les entourent?
DM:
Sont de mise, à mon avis, lucidité et de discernement ouverture d’esprit, humilité, discipline et détermination. Les jeunes ont hérité de mauvaises valeurs dans un univers marqué d’une gabegie arrogante. Leur perspective d’avenir ne doit pas se limiter aux deux options « traditionnelles »: devenir président ou se sortir du bled ! Ils doivent comprendre que ce sont eux qui dessinent l’avenir, le leur, celui de leurs enfants et que c’est par le travail et les forces conjuguées de tous qu’ils pourront contribuer à faire rentrer la RCA, qui en offre, somme toute, toutes les possibilités, dans le concert des nations.

7-Récemment, tu as séjourné à Bangui. Dans quel état d’esprit ton séjour s’est passé ? Que retiens-tu de ce voyage?

DM: C’était mon premier séjour depuis les évènements qui ont frappé le pays. Je savais que je ne retrouverais pas le Bangui que j’avais laissé en janvier 2012. Ce séjour m’a permis de prendre la pleine mesure de la situation, humanitaire, sécuritaire et des problèmes qui minent le quotidien d’une population fatiguée, matériellement et moralement épuisée et prise au piège par les belligérants et les bandits. Le pays est à plat, tout est à refaire, ou plutôt tout est à faire, à faire idéalement autrement ! J’éprouve une immense considération pour toutes les âmes vaillantes qui n’ont pas baissé les bras, ont trouvé la force de repartir de rien, font des projets et croient en l’avenir.

8-Ton passage à Bangui t’a permis de réaliser une grande action, celle de pouvoir s’unir avec des volontaires pour reconstruire la mosquée de Lakouanga, comment est apparue cette idée? Quels en sont les initiateurs? Quel message voulez-vous faire passer à travers ce projet qui va dans le sens de la réconciliation?

DM : Etant à 6000 km de la RCA, j’étais lasse de parler de la souffrance des Centrafricains et ai lancé un appel aux dons dans le but de mener une action pour aider. Parallèlement, j’interrogeais les compatriotes basés en Centrafrique qui étaient, à mon sens, les mieux placés pour savoir quel type d’action mener. L’écho est venu d’un habitant du quartier Lakouanga, Christian Ndotah, avec plusieurs propositions, dont la rénovation de la mosquée de Lakouanga, qui lui tenait à cœur. Cette action-là a retenu mon attention car elle allait véritablement dans le sens d’une recherche de la cohésion sociale. Je vois trois messages à travers ce projet : le premier, c’est de rappeler que musulmans et chrétiens, tous prient un même Dieu et que la religion qui n’est pas à l’origine des conflits ne doit pas être utilisée pour les aggraver. Toutes les communautés, musulmans, chrétiens, animistes, tous ont leur place dans la société, dans le pays. Le second, c’est qu’au lieu de demander que la paix revienne, c’est à nous, à chacun d’AGIR pour la faire ! Quand on veut la paix, il faut en tout cas que l’un fasse un pas vers l’autre. Sans cela, comme nous l’observons depuis des mois, la situation stagne et dégénère. Enfin, c’est aussi un message d’espoir : quel que soit l’état désastreux d’un pays, d’un édifice, d’une mosquée, rien n’est impossible à reconstruire pour autant que les Hommes en aient la ferme volonté et se rassemblent autour d’un même projet.

9-Parles-nous un peu de tes projets, à court, moyen et long termes?

DM: Dans l’immédiat, je finalise un ouvrage sur la cuisine centrafricaine qui sera publié prochainement.

D’autre part, je travaille sur l’organisation d’un festival de musique et des arts de la parole « Sîrîrî na bê » pour contribuer à une sensibilisation sur la paix, contre le racisme et toute forme de discrimination. Si tout se passe bien, il se tiendra à Bangui avant la fin de l’année.
A moyen et long terme, l’association Sängö que je préside souhaite créer un centre socio-éducatif, d’abord à Bangui, puis plus tard un autre dans le Mbomou quand la sécurité permettra.

10- Pour toi, une Nouvelle Centrafrique où la paix est acquise, le développement une préoccupation de tous et l’unité acceptée par tous, est-ce possible?

DM: Bien sûr que c’est possible ! Certes, on ne refera ni le monde, ni l’Histoire, mais comme dans tous les rapports de force, il y a moyen d’ajuster des paramètres pour rétablir des conditions plus équitables pour les différentes parties. Cela s’applique non seulement entre la RCA et les puissances étrangères, notamment la France, mais aussi au rapport entre les dirigeants et le peuple. La paix n’est jamais acquise, elle doit toujours être entretenue. C’est une mission éminemment politique. Au lieu de diviser pour mieux régner, les dirigeants, qui sont jusqu’à présent les seuls à bien manger, doivent enfin œuvrer pour le bien-être de la population, réduire au maximum les injustices sources de convoitise et hostilités, éduquer, conscientiser. Il n’est aucun pays au monde qui soit peuplé uniquement d’une population autochtone. Le Centrafrique est un pays dont la population s’est constituée de différents migrants au fil des siècles et il n’appartient pas plus à une ethnie qu’à une autre. Nous devons ouvrir nos esprits et nous resituer dans un univers où la diversité (ethnique, culturelle, confessionnelle) est une richesse et où seules la paix et l’unité procurent la force motrice indispensable au développement.

« Le changement, c’est nous et c’est maintenant », Baba Mahamat jeune centrafricain vivant au Cameroun

Nous avons l’honneur de recevoir Baba MAHAMAT, jeune centrafricain de confession musulmane vivant au Cameroun et activiste des Droits de l’Homme.

1 – Bonjour, peux-tu te présenter en quelques mots?
Je suis Baba Mahamat, jeune centrafricain, titulaire d’un diplôme de Master en Réseaux informatiques&Sécurité, membre de plusieurs associations de jeunes dont le Club RFI Bangui Fononon qui m’a formé, le Réseau des Jeunes de l’Afrique centrale pour les Droits de l’homme, Paix et Démocratie. J’ai été chargé de cours à l’université de Bangui de 2010 à 2011 avant de regagner Douala la capitale économique du Cameroun pour mon Master. J’occupe depuis peu le poste de Responsable d’Exploitation au sein d’une entreprise basée à Douala après 8 mois comme assistant-IT. Je suis enfin Social Reporter (couverture en ligne et sur-site des conférences, formations et grands événements sur les réseaux sociaux) et blogueur à Mondoblog (depuis septembre 2012) et à La Voix des Jeunes (depuis Juin 2014).

2 – Depuis quand as-tu connu l’UASCA et quels souvenirs gardes-tu de cette association?
L’Union des Anciens Séminaristes Carmes en abrégée UASCA est une association à but non-lucratif que j’ai découverte depuis plusieurs années à travers un collègue devenu ami, et très vite un frère, en la personne de Cédric Ouanekponé qui fut son Président. Mais faut-il rappeler que ma proximité d’avec la plus part des membres de ladite union est antérieure à sa naissance et ce, grâce aussi à Cédric Ouanekponé. Je garde de très beaux souvenirs de l’UASCA, des souvenirs que je ne suis pas prêt d’oublier. J’ai surtout en mémoire des souvenirs inoubliables du partage lors de la session de formation d’initiation en Informatique, organisée par le Bureau de l’UASCA sous l’impulsion de son Président de l’époque Cédric Ouanekponé et dont j’ai eu le privilège d’animer. Je me souviens comme si c’était hier de l’engouement de ces jeunes à apprendre plus et à maitriser les rouages de l’informatique. J’ai été exalté par ce sentiment de me retrouver en face des gens avec qui nous partageons la même vision, celle d’une jeunesse forte et entreprenante.

3 – Depuis quand es-tu à l’étranger et pourquoi ?
Je vis au Douala depuis fin septembre 2011 avec des séjours ponctuels à l’étranger (Casablanca, Dakar, Abidjan, Brazzaville, Nairobi…) y compris à Bangui. Au début, j’ai déposé mes valises pour les études supérieures et après deux années, j’ai validé mon titre  de Master of Engineering en Réseaux Informatiques&Sécurité le 04 décembre 2013. Je devrais rentrer au pays le 15 du même mois, afin d’apporter mon expertise à mon pays et continuer avec ma vocation d’enseignant à l’Institut Supérieur de Technologie.  Mais les événements de décembre 2013 m’ont contraint à prolonger mon séjour à Douala, du moins pour quelque temps. Les choses étaient de plus en plus compliquées, la situation qui était difficile car ayant subi les tristes événements du putsch du 24 mars, est devenue intenable, insoutenable. Ma famille et moi, sans oublier le sage conseil des amis, avons décidé que je reste encore pour quelque temps à cause de mon appartenance religieuse. Je me suis battu et après plusieurs entretiens, j’ai pu être embauché dans une entreprise de la place. Mais le désir de retourner en Centrafrique se nourrit en moi chaque jour, et je n’exclus pas qu’avant fin 2015, je reviendrais dans mon pays natal.

4 – Quelles sont tes perspectives d’avenir ? (comment te vois-tu dans 10 ans par exemple?)
Je nourris le projet d’aller continuer en Master Recherche et de m’orienter vers le doctorat. Je suis encore jeune et je pense qu’être jeune est une chance qu’il faut exploiter. Notre pays n’a pas docteurs en Informatique et ce domaine reste inconnu. Il y a tellement de possibilités qu’offre l’informatique, et la RCA doit les exploiter comme les autres pays tels le Sénégal, le Kenya, le Ghana, l’Afrique du Sud, et que sais-je encore. Je reste convaincu qu’avec l’informatique, nous parviendrons à renverser la tendance et à redynamiser la société centrafricaine. Je voudrais me voir dans 10 ans comme Patron d’une entreprise que je voudrais créer et qui aura non seulement une dimension nationale mais aussi des filiales au delà des frontières centrafricaines. C’est un rêve auquel je tiens beaucoup.
 
5- Quelles leçons tirées  de la crise centrafricaine et quelles sont selon toi  les éventuelles pistes de solutions?
La crise centrafricaine a ébranlé tout un système en le mettant en cause. Cette crise, qui n’a pas commencé qu’en 2012 a montré la faiblesse des centrafricains que nous sommes en mettant en exergue les maux de notre société, des maux que nous avons expressément voulu ignorer et qui ont éclaté. On ne cache jamais la fumée. Nous avons vécu dans un système où rien ne marchait. Nous devons maintenant prendre conscience de toutes les erreurs que nous avons commises dans le passé et le présent. Nous devons nous dire tous qu’il est temps que tout cela s’arrête et que nous apprenons une nouvelle forme de vie. Nous devons nous approprier le mot patriotisme et nous dire que c’est à nous de construire notre pays et assurer notre survie. Comme piste de solution, je pense que le prochain Forum de réconciliation doit mettre l’accent sur les problèmes rencontrés par la population toute entière (y compris nos frères et sœurs qui se trouvent dans les provinces) en laissant toutes les couches sociales s’exprimer. Ce forum ne doit pas être une énième opportunité offerte (il y a eu assez déjà dans le passé) aux hommes politiques pour s’accaparer des postes et oublier que le veritable enjeu de ces assises est de pouvoir réconcilier le peuple centrafricain.

6- Fervent musulman que tu es, que penses-tu de ceux qui affirment que le conflit centrafricain est interconfessionnel?
Dire que l’origine de la crise centrafricaine est religieuse, c’est méconnaitre la cause profonde de cette crise. La crise a été « confessionalisée » par certaines personnes pour des raisons que, seuls les responsables peuvent expliquer. Nous avons assisté, impuissants à un conflit politique. La division intercommunautaire n’est qu’une conséquence, pas une cause. Nous avons vu comment les différentes religions trouvaient leur place dans ce pays même s’il ne faut pas ignorer la souffrance qu’enduraient certains compatriotes musulmans qui sont traités d’étrangers alors qu’ils devraient bénéficier des mêmes droits que les autres. Cependant, ce n’est aucunement une raison suffisante pour prétendre mettre en mal la cohésion entre des voisins qui vivaient, riaient, chantaient, buvaient, mangeaient hier ensemble. Nous avons toujours la possibilité de choisir la bonne action et de réfuter la violence. Nous ne sommes pas nés avec la violence mais nous apprenons à être violents. Et si nous apprenons à être violents pourquoi pas ne pas apprendre la non-violence? Aucune religion au monde, ni l’Islam, ni le Christianisme n’enseigne la violence ou la haine à ses adeptes.

7- En Centrafrique, les consultations à la base sont en cours dans l’attente du fameux forum de Bangui. En tant que jeune centrafricain,  quelle lecture fais-tu de tout cela et quelles sont tes attentes?
Je voudrais en tant que centrafricain et partisan de la paix saluer cette noble idée de pouvoir convier les centrafricains de toutes les couches à se parler afin d’identifier les causes profondes du mal centrafricain, y mettre un trait définitif en proposant des pistes de solutions. Les consultations à la base doivent être une opportunité unique de pouvoir parler de ce qui nous unit tous : notre pays. C’est aussi le moment à jamais de pouvoir dire la vérité sur pourquoi sommes-nous arrivés à cette tragédie afin d’y mettre fin. Les assises qui suivront doivent nous permettre de décider unanimement de tourner la page et d’apprendre de revivre ensemble en corrigeant nos erreurs du passé. Il est certes difficile d’arriver à mettre un trait au passé mais si nous avons chacun, en son fort intérieur la volonté, nous y parviendrons à coup sur.  La paix en Centrafrique est conditionnée par une prise de conscience individuelle puis collective des centrafricains. La paix ne doit pas être un vain mot, il doit être le reflet de notre comportement, une logique de notre réflexion, une manifestation de notre désir.

8 – La jeunesse centrafricaine a souvent été peinte en noir dans cette crise, partage-tu ce point de vue ? A ton avis quelle place doit occuper cette jeunesse dans le processus de cette sortie de crise dans notre pays ?
La République centrafricaine à l’instar des autres pays d’Afrique dispose d’une énorme potentialité : celle d’avoir plus de jeunes que de vieillards. Mais la jeunesse est semblable à une pièce de monnaie c’est-à-dire dotée d’une double face. Elle est capable du meilleur comme du pire. Nous avons malheureusement tous échoués en tant que jeunes en montrant nos limites pendant cette crise.  Notre jeunesse a besoin d’être véritablement encadrée, soutenue afin d’apporter sa meilleure contribution pour l’épanouissement de notre société. Pendant très longtemps, la jeunesse centrafricaine a été instrumentalisée à des fins négatives. Elle a perdu sa véritable vocation et le chemin qu’elle devrait emprunter. Elle avait besoin des idoles, des leaders sur lesquels s’appuyer, des exemples à suivre. Nous ne sommes pas encore assez solidaires. Parmi nous, il y en a encore qui utilisent l’argument de l’engagement pour leurs ambitions personnelles. Une attitude qui laisse la porte ouverte à la manipulation des « politiques ». Mais j’ai foi en cette jeunesse malgré tout, je sais qu’il y a certains, qui se battent nuit et jours comme vous d’ailleurs de l’UASCA à travers des projets ambitieux pour faire changer le visage de la jeunesse. Il nous faut une forte mobilisation et des actions concrètes en faveur de cette jeunesse dans le domaine de l’éducation, la santé, … Il nous faut une jeunesse engagée et entreprenante. Mais nous pouvons y arriver que si nous sommes unis car ensemble nous sommes plus forts.
 
9-Quelle est ta vision de la vie ? (Question personnelle du cousin)
J’ai toujours considéré la vie comme étant une chance. A travers la vie, on peut faire des choses inimaginables comme réunir les gens autour d’un projet important, aider les gens qui en ont besoin, faire des choses que certains peuvent trouver impossibles en utilisant ses potentialités. Je pense que tant qu’on vit, on doit toujours foncer et aller de l’avant, avoir un œil ouvert sur le présent mais regarder l’avenir. Pour moi, chaque jour qui passe nous amène à s’approcher davantage de notre rêve lorsque nous y tenons et que nous faisons des efforts dans ce sens. Il faut saisir toutes les opportunités qui s’offrent à nous, chaque jour que Dieu a créé.

10 – As-tu quelque chose de particulier à ajouter (ta conclusion)?
Je ne cesse de le répéter : être jeune est une chance que nous devons saisir. Nous avons pleine d’énergie et de potentialité, il nous faut y mettre un peu de volonté et nous pouvons faire changer le visage de notre société. Nous devons être unis afin d’être plus forts. Nous devons chercher à aller là où nos grands-parents et nos parents ne sont pas arrivés. Nous devons faire nôtre cet adage qui dit «Malheur à celui qui ne fait pas plus que son père ou sa mère». Nous sommes jeunes alors nous devons être l’émanation du changement. Ce dernier, c’est nous et c’est maintenant.

Centrafrique, ce pays de paradoxes

Comme si on ne devrait pas être surpris, l’accalmie en Centrafrique, du moins dans la capitale centrafricaine, Bangui a été de courte durée. Après les grimaces des représentants des entités et composantes à savoir l’opposition dite démocratique, les deux principaux antagonistes, la Seleka et les Antibalaka, et la société civile, le calme qui a régné à Bangui fut de courte durée. A l’origine de ses heurts, une raison cachée qui voudrait que la Cheffe de la Transition Catherine Samba Panza démissionne selon les vœux des leaders du mouvement Antibalaka. Cette requête a été reprise par certains chefs Seleka, mouvement qui a pris le pouvoir le 24 mars 2013, ayant conduit à l’éviction de François Bozize du pouvoir.

La violence, seul mode de revendication dans ce pays ?

Nous sommes le jeudi 09 octobre, comme à l’accoutumée, très tôt le matin, je rejoins mon salon pour suivre l’information sur France 24. L’information d’une manifestation organisée par les musulmans du KM5 en réponse à la découverte du corps sans vie et calciné d’un de leur vers le quartier Gobongo. La violence a recommencé dans cette capitale jadis appelée « Bangui la Coquette »devenant maintenant « Bangui la Roquette ». A Bangui comme dans les provinces d’ailleurs, la vie a presque cessé. L’angoisse est devenue omniprésente et la population pris au piège par certains compatriotes voulant coûte que coûte avoir le pouvoir. Le pouvoir, c’est ce à quoi pensent les instigateurs de ce chaos centrafricain. C’est aussi l’eldorado dans ce pays meurtri depuis plusieurs décennies. Pourtant, la démocratie stipule que le pouvoir doit appartenir au peuple et c’est le peuple qui doit l’exercer à travers les urnes. A Bangui, les urnes n’ont plus d’importance, du moins depuis que le coup d’Etat et les rebellions sont devenus des moyens très prisés pour s’accaparer d’un poste ministériel et satisfaire ses désirs de bien-être.

Chez moi, les paradoxes régent en maître

Chez moi, c’est la République centrafricaine. Un pays extrêmement riches selon beaucoup d’experts, bien entendu en sous-sol mais pauvre en réalité par ses chiffres (PIB très faible, chômage exécrable, mortalité très élevé, analphabétisme sans égal, baisse de niveau exponentiel, …). Chez moi, c’est cette folle et meurtrière guerre qui ne dit pas son nom et dont les causes sont l’égoïsme, l’ethnocentrisme, la mauvaise foi,… Et chez moi de manière général, c’est le pays où il y a plus de paradoxes.

Ministère de la jeunesse ou ministère de la Rébellion

Depuis quelques années, le poste de ministre de la jeunesse a changé de camp. Pour récompenser les mouvements de rébellion (comme si faire de la rébellion est une bonne chose), ce ministère clef dans certains pays car la jeunesse représente le lendemain d’un pays, a complètement changé de main. Au lieu de choisir un homme capable de conduire au bon port la jeunesse à travers ce portefeuille gouvernementale, les groupes de rebellions se voient souvent offrir systématiquement le ministre de la jeunesse. Mais comment peut-on mettre un homme qui a commis des violences, -évidemment sur la jeunesse aussi- puisqu’elle représente la part de la population la plus importante, là où on devrait avoir une personne dont, l’exemplarité et la rigueur devrait servir à toute cette jeunesse en perte de vision ?

Que faire pour la Centrafrique ?

Aussi difficile qu’elle soit, cette question doit interpeller plus d’un, en commençant par les centrafricains eux-mêmes. Les différentes crises qui se sont succédées depuis les années 80 méritent d’être élucidées. Il faut tenir le taureau par les cornes. Le mal doit être soigné à la racine. Nous avons assisté depuis trois décennies à la succession d’hommes et de femmes corrompus, sans vergogne, dont le patriotisme et l’intérêt général est le cadet de leurs soucis. Mais que faire ?

1-Changer de mode de gouvernance

Le clientélisme, le régionalisme, la corruption, Comme mode de gouvernance doivent cesser. Il ya eu assez de violence, de victimes, de dégâts humains et matériels, …La démocratie et la bonne gouvernance doivent être au centre de la gestion de la chose de l’Etat. Des assises doivent être organisés afin que la population puisse énumérée elle-même les causes profondes de cette crise qui n’a fait que trop duré.

2-Combattre l’impunité

L’un des problèmes majeurs de la Centrafrique est l’impunité à tous les niveaux. Depuis trois décennies, les responsables d’atrocités n’ont pas répondu de leur acte devant la justice. La chaine pénale doit faire son travail, l’impunité doit cesser. Au lieu que les postes soient octroyés aux personnes qui utilisent la violence pour se faire entendre, les prisons doivent être aménagées pour les accueillir et les rééduquez.

3-Lutter contre le chômage et la pauvreté

Si nous sommes arrivés à ce point, c’est en grande partie à cause de la pauvreté criarde et du taux très élevé du chômage en Centrafrique. La jeunesse n’a jamais été au centre des préoccupations gouvernementales. L’Etat doit penser à l’insertion des jeunes diplômés et des jeunes désœuvrés qui n’ont pas pu aller loin dans les études.

RCA, encore et toujours à la Une des médias

Il y a bien longtemps que cette fameuse question sur comment sommes-nous arrivés à cette situation m’a intrigué. Depuis plus de deux mois, jours et nuit, je ne cesse de me poser cette ultime question sans pour autant entrevoir de véritables réponses. En fait, la réponse est relative, car elle dépend de chaque Centrafricain vivant la crise. Progressivement, je me suis fait cette idée, celle de comprendre que, peu importe la personne, il faut bien se garder en tête que sans l’implication des Centrafricains, tous les efforts seront vains.

La crise centrafricaine la plus médiatisée est loin de se faire oublier. Elle est là, et fera encore couler beaucoup d’encre. Une crise oubliée au départ a resurgi et tout le monde en parle grâce à une campagne importante médiatique. Le hic de tout cela est l’illusion que chaque observateur s’est faite en croyant à tort ou à raison que le juste fait de changer l’étiquette des forces internationales Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine) à la place de la Fomac Force d’Afrique centrale) puisse changer la donne. L’intervention tant attendue de l’opération française Sangaris n’aura pas permis d’enrayer une spirale de violence sans précédent. Le passage du droit de violence de la Seleka aux milices anti-balaka aussi violentes et n’ayant aucun respect des droits fondamentaux de l’homme ne fera qu’envenimer une situation déjà très volatile depuis plus d’une année. Continuer la lecture

En Centrafrique des jeunes créent un collectif pour la paix

Chers compatriotes centrafricains, il est grand temps que le peuple et la société civile prennent les choses en main. Nous avons laissé les politiques conduire notre destinée, mais il ne nous ont pas apporté la paix que nous demandions. Il est vrai que là où les politiques ont trébuché, l’artiste lui peut encore créer des pas de danse.

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Centrafrique : il fallait une intervention française

La tragédie centrafricaine est sortie du silence depuis que l’Assemblée générale des Nations Unies a voté une résolution pour soutenir Bangui, fin septembre. Le Conseil de sécurité des Nations Unies, dont la présidence est assurée depuis décembre par la France, a ainsi voté la résolution 2127 pour soutenir la force MISCA (Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique) et pour autoriser la France à intervenir en Centrafrique. Au même moment, des Centrafricains mal intentionnés, assoiffés de pouvoir et n’ayant aucun respect pour la dignité humaine ont frappé de plein fouet Bangui. Il a fallu attendre encore quelques heures pour que la résolution adoptée puisse permettre un début d’opérations afin de rétablir la sécurité dans le pays. Cette décision du Conseil de sécurité, favorablement accueillie par la population centrafricaine, s’explique par le fait que le nouveau régime, malgré d’innombrables discours, ne parvient pas  garantir la sûreté des personnes.

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Centrafrique : le tarmac de l’aéroport Bangui M’poko, la place Tahrir centrafricaine?

« On ne veut plus de cela », s’insurge l’un des manifestants occupant le tarmac de l’aéroport international Bangui M’poko sécurisé au lendemain du putsch du 24 mars 2013 par des soldats français en appui aux forces sous-régionales de la Fomac (Force force multinationale de l’Afrique centrale). Nous sommes mardi 27 août, vers 21 heures, une foule de populations venus de Boeing, femmes, enfants et hommes alertés par une expédition punitive de la Seleka – comme toujours – se rend et envahit le tarmac de l’unique aéroport de Centrafrique. Ils y passeront toute la nuit et malgré une l’intervention des autorités tant politiques que religieuses, ils n’ont pas cédé. Oui, ils sont entre 3000 à 4000 selon un soldat présent à l’aéroport. Cette manifestation -occupation- qui a duré un peu moins de 48 heures est la seule manière qui reste aux Centrafricains des quartiers meurtris de Bangui à crier leur râle-bol et manifester contre les violations régulières – exécutions sommaires, viols, pillages systématiques– qui se réalisent lors des opérations dites de désarmements par les éléments de la Seleka.

Photo(Credit:Facebook)

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Deuxième type de manifestation pour les populations de Bangui  

Après les concerts de casseroles qui n’avaient duré que quelques jours dans la capitale centrafricaine, une autre forme de manifestation spontanée a vu le jour dans ce pays où tyrannisée par des éléments dits incontrôlés à la gâchette facile, n’ayant aucun respect pour la dignité humaine, la population laissée à son triste sort s’organise pour faire entendre ses souffrances. Les éléments de la Seleka, l’ex-rébellion au pouvoir depuis le 24 mars 2013 ont investi les quartiers de Boeing et Boulata, après leur entrée le 18 août dernier à Boye-Rabe faisant plusieurs victimes dont des morts et blessés ainsi que des scènes de pillage. Ces manifestants très déterminés exigent du gouvernement l’arrêt immédiat des pillages et des violations faites à l’encontre des civiles. Ils ont été appuyés le mercredi 28 août par une partie des habitants de Boye-Rabe et des quartiers environnants. Un marché a été improvisé et la vente de certains produits notamment des fruits et des denrées de première nécessité peut se faire sur place sur le tarmac.  Jusqu’au début d’après-midi du mercredi, les manifestants étaient encore présents sur le tarmac malgré la médiation des certains membres du gouvernement ainsi que des responsables religieux. Mais ils ont été dispersés à l’aide de gaz lacrymogènes par les éléments de la Fomac.

Photo(Credit:Facebook)

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 Deux changements majeurs ces derniers jours à Bangui

En début de semaine, le président de la transition Michel Djotodia a pris une décision importante, le remplacement du puissant ministre de la Sécurité publique Adam Nourredine par le ministre des Affaires religieuse et des minorités, Josué Binoua. Ce dernier qui a déjà occupé ce poste sous la présidence de François Bozizé ancien président de la République est de l’ethnie de certains habitants de Boye-Rabe. Pour beaucoup, ce changement intervient comme une sanction à l’encontre de Adam Nourredine qui serait le cerveau des opérations musclées de Boye-Rabe le 18 août, une opération dont le président de la transition ne serait pas informé selon la RFI.  Autre décision majeure, la décision prise à l’issue du Conseil de sécurité de Centrafrique présidé par Michel Djotodia qui a décidé que les éléments de la Seleka quittent Boye- Rabe et qu’ils soient remplacés par les forces de la gendarmerie et de la police avec l’appui de la Misca.

 Des opérations de désarmement aux arrêts

Le pays traverse depuis plusieurs mois une situation sécuritaire très préoccupante. En cause, la prolifération des armes de tout calibre. Bangui est devenu une poudrière et peut exploser à tout moment. Après l’affrontement de Gobongo faisant plusieurs pertes du côté de la population civile et de la Seleka, la Fomac s’est décidée de désarmer les rebelles. Une opération qui a permis de recenser une quantité importante d’armes et d’apaiser la situation à Bangui. Cependant, depuis le 1er août, la Fomac (force multinationale de l’Afrique centrale) a été remplacé par la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique) qui tarde à être opérationnelle. La Fomac qui était dotée de quelques

Le soutien de la France au Misca

Lors de son discours devant les ambassadeurs Français, Le président Français François Hollande a parlé de la somatisation de la situation centrafricaine et a insisté sur le rôle que joué l’Union africaine dans la résolution rapide de cette crise. Il a par ailleurs ajouté  que le Conseil de sécurité doit se saisir de ce dossier afin de trouver une solution rapide. Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a rappelé la position française ce mercredi. Les récents événements permettront à la France et à l’Union africaine de multiplier leurs efforts pour arrêter ce bain de sang ? Les jours à venir nous diront davantage.

 

Un peuple meurt et la communauté internationale l’oublie. Une chose est sûre, la population qui est longtemps  restée soumise n’en veut plus et ira au delà si rien n’est fait pour améliorer la situation.

Concerts de casseroles, cette autre manière pacifique de protester en Centrafrique

Lorsqu’un peuple a en marre, il trouve toujours une manière telle qu’elle soit de le manifester. Dans un pays où les actes de barbaries ne font que se multiplier, les pillages n’ont jamais cessé et les exécutions sommaires ainsi que les viols ont atteints un niveau record, la population a trouvé sa manière de manifester son mécontentement face à la situation chaotique qui prévaut en Centrafrique. Dans une situation où manifester semble suicidaire, les habitants de Bangui, la capitale centrafricaine s’est levée comme une seule personne en décrétant les concerts de casseroles qui ont véritablement commencé le dimanche 30 juin.

 

Photo(crédit:Facebook)

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Lorsque les dirigeants oublient ou ignorent que gouverner implique la résolution des problèmes d’ordre social, politique et sécuritaire, les centrafricains ont trouvé leur façon de montrer aux responsables gouvernementaux que la situation a atteint un seuil inimaginable et qu’ils n’en peuvent plus. Les concerts de casseroles ne sont pas une expression nouvelle dans le dictionnaire des centrafricains qui l’a pratiquée dans le passé. Je me souviens encore comme si c’était hier, malgré mon jeune âge aux temps de l’ancien Président Ange-Félix Patassé où Bangui a sombré pendant des jours dans le concert des casseroles. A l’époque, la principale raison semblait être les arriérés des salaires des fonctionnaires occasionnant la famine dans les foyers, étant donné que l’Etat reste le premier employeur dans ce pays. Les couvercles des marmites des ménages ont joué un rôle très important dans cette nouvelle révolution pour qui, la population en a fait une arme redoutable contre les dérives du pouvoir. On pourrait dire que, même si ces concerts n’ont pas été la cause immédiate de l’éviction d’Ange-Félix Patassé du pouvoir, ils ont été un signe vent-coureur d’un pouvoir qui vacillait.

Débuté avec la prise des armes par les éléments de Seleka début décembre 2012, les exactions, viols, actes de vandalisme, profanation des symboles de l’église, exécutions sommaires, spoliation  des biens de personnes et autres, ont atteint un niveau inégalable avec la prise du pouvoir le 24 mars 2013. La situation connaitra un virage sans précédent à travers la fameuse opération de désarmement orchestrée entre le 14 et 15 avril 2013 par un contingent  conséquent d’éléments de la Seleka au quartier Boy Rabe, opération lors de laquelle de nombreuses maisons ont été pillées, plus d’une trentaine de personnes ont trouvé la mort ainsi qu’un nombre incalculable de blessés par balle. Le pic sera atteint lorsque, lors d’une manifestation de la population contre l’enlèvement et l’assassinat d’un jeune étudiant de l’Ecole Normale d’administration et de la magistrature le vendredi 28 juin, des éléments de la Seleka ont tiré à balle réelle sur la foule faisant plusieurs victimes.

Face à cet état des choses, les habitants de Bangui qui avaient déjà nourri le désir d’une manifestation à la casserole a décidé de passer à la vitesse supérieure. Ce dimanche 30 juin, la soirée a été marquée par ces concerts de casseroles, un mouvement qui promet continuer jusqu’en fin de la semaine selon de nombreuses sources. Le concert de casseroles consiste à utiliser des marmites en faisant un maximum de bruit, une action qui est relayée par les voisins, ainsi de suite. Il s’applique souvent à la tombée de la nuit et s’arrête le plus souvent tard dans la nuit.

Si les raisons de cette action tournent autour de l’insécurité grandissante qui sévit dans tout le pays, certains en ont profité pour dénoncer le non-paiement des salaires depuis trois mois par les nouvelles autorités occasionnant la famine dans de nombreux foyers comme l’a souligné le réseau des journalistes de Droits de l’homme en Centrafrique dans son reportage. D’autres encore pensent que ce mouvement permettra d’alerter l’opinion internationale de l’ampleur de la situation qui a pris une autre tournure.

Dans ce soulèvement populaire, les réseaux sociaux ainsi que les réseaux téléphoniques ont joué un rôle de premier plan dans la communication. Car les amis et connaissances s’informent à travers facebook, sms et messages pour que le mouvement soit suivi par la majorité des Banguissois.

Les centrafricains sont habitués à fermer l’œil sur leur souffrance mais cet événement prouve combien le mécontentement s’est généralisé contre les éléments de la Seleka qui se livrent à des actes barbares. Les nouvelles autorités sont priées de prendre en compte les revendications légitimes du peuple pour ne pas se faire rejeter par celui-ci. Le pouvoir sans peuple n’est pas le pouvoir car ce sont les aspirations profondes du peuple qui doivent être prises en compte dans un système où la démocratie, la liberté d’expression et de manifester, de dénoncer semblent être un droit absolu et reconnu sur le plan international.

Vivement que ces concerts de casseroles réussissent.

Ces rumeurs ou les « gens ont dit » qui tuent en Centrafrique

Photo (Crédit Facebook)

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Le site les rumeurs d’Abidjan que je consulte parfois dans mes heures perdues a belle et bien sa raison d’être. En commençant ce billet, je me suis posé la question de savoir pourquoi un internaute, un centrafricain réfléchi, un compatriote aux yeux tels ceux d’un sorcier ne pourra pas lancer un site appelé les rumeurs de Bangui, du moins quelque chose de pareil pour parler des « les gens ont dit » qui torturent moralement les centrafricains mêmes les plus avertis.

A vrai dire, il n’y a aucun centrafricain qui puisse s’en passer de cet exercer très courant à Bangui en particulier et en Centrafrique en général. Même moi, je suis passé par là. Ah oui, il faut que je sois véridique, la franchise est la meilleure chose qu’on peut remarquer chez une personne. Mais si j’ai parlé d’exercice au début, autant dire que c’est un exercice dangereux même si certains y trouvent un loisir.

Les informations relayées de bouche à oreilles ou que dire, d’oreilles à bouches sont monnaies courantes en Centrafrique. Surtout pendant les moments de crise, comme celle que notre pays continue de traverser, les rumeurs ont joué et jouent encore un rôle prépondérant dans le quotidien des Bnguissois. Toutes les couches d’âges sont concernées. Juste une parenthèse, dans mon quartier à Bangui, le fameux quartier Malika où j’ai passé toute mon enfance et où j’y vivais jusqu’à mon récent départ pour le Cameroun, il y a des gens, jeunes et vieux qui vivent des rumeurs. Ben, si je dis qu’ils vivent des rumeurs, cela veut dire qu’ils en ont fait leur métier.

Depuis une dizaine d’années, j’ai grandi en voyant des ainés de quartier se levé très tôt, s’asseoir devant le goudron, quémandant le petit déjeuner chez les plus dégourdis qui attendent le transport pour se rendre à leur lieu de travail- je suis passé par là, je vous en pris- à midi, ils sont toujours là, partageant parfois quelques tasses de café très noir, sans véritablement avec du sucre et dépourvu du lait, avec quelques rares fois un bout de pains, le tout grâce à un budget de 75 FCFA. Vous savez chez nous, une tasse de café peut être commandé à 25 FCFA, le pain-est-ce du pain encore-, très maigre et laid comme une fille que sa mère a craché, à 50 FCFA (Ces boulangers Libanais vont nous tuer dans ce pays).

Et puis à la tombée de la nuit, dans le meilleur des cas, un plat de coco(aliment de base en Centrafrique) presque sans viande et avec une quantité incommensurable de coussecousse faite à base de la farine de manioc, le tout à 250 FCFA, une autre tasse de café cette fois-ci sans pain et/ou une calisse de ngouli ou de kangoya(deux boissons traditionnelles faites à base du palmiers très prisées par les centrafricains). Cependant, dans le pire des cas, ils se contentent juste d’une tasse de café. Et puis tard la nuit, ils glissent un à un en partance pour leur « maison », entrant dans leur « taudis » et dernier programme, faire l’amour pour finir la journée en beauté si possible en s’aidant des excitants comme cité dans cet article du Mondoblogueur camerounais Florian Nguimbis.

Mais ce n’est le fait qu’ils ont choisi ce mode de vie qui me gène mais ce sont leurs ragots qui me dérangent. Parce que, à cause de ces ragots des personnes ont perdus la vie. J’ai décidé d’écrire ce billet  parce que j’ai perdu un étudiant à cause de ces griots à la parole facile et disant n’importe quoi pour paniquer toute une ville en proie déjà à l’insécurité grandissante à Bangui. Un de mes étudiants qui venait d’obtenir sa licence en informatique a laissé sa vie dans le fleuve Oubangui, sous le pont de PK 9, à la sortie de Mbaïki. Ce jour-là, c’était le premier vendredi après le coup d’état. Je revenais de chez ma grand-mère qui habite vers Yangato. Et puis, je me suis rendus compte que les gens courraient de tous les sens. Ne sachant quoi faire et n’ayant pas la bonne information, j’ai décidé de continuer paisiblement ma marche vers chez moi. Je me suis dit que vaut mieux faire face au danger que de courir comme les autres ne sachant pas de quel côté viendrait le danger. Et vers Bimbo, la panique a fait son effet et une trentaine de personnes ont perdu la vie en cherchant à sauver leur vie. Mon étudiant, d’ailleurs le meilleur de sa promotion n’aura pas la chance de se trouver dans une pirogue qui se noyait au bout de quelques instants à bord. Les corps seront repêchés quelques jours après par la Croix Rouge Centrafricaine.

Tout comme cet acte qui s’est produit faisant paniquer toute une ville, il y en a eu plusieurs. Et puis, à chaque fois, ce  sont d’innocentes personnes qui payent la peau cassée et ces parasites, vaux rien, menteur de grand-chemin et souvent alcooliques et invertébrés sont à l’origine de ces drames. Dans un pays normal, la justice devrait poursuivre ces fainéants de tout genre qui n’ont rien à faire que de passer le plus claire de leur temps à dire des ragots. La justice devrait les poursuivre pour troubles à l’ordre public. Et puis, coupables de mettre en danger la vie d’autrui. Il faut à tout pris dissuader ces personnes mal intentionnées que juste à cause de leurs dires, des personnes étaient morts, et que s’ils continuent ils seront traqués comme des chiens par la justice et ils seront condamnés en cas de preuves tangibles.