Crise centrafricaine : le silence complice de la communauté musulmane

Il y a plus de trois mois déjà que le pouvoir de Bangui a changé de chef. Le nouvel homme fort de Bangui, Michel Djotodia de père musulman et de mère chrétienne comme il l’a dit à maintes reprises dans ses interventions ne parvient toujours pas à maitriser la situation. Sa rébellion Seleka qui l’a amené au pouvoir, constituée majoritairement de musulmans et de mercenaires Soudanais et Tchadiens constitue la cause principale de l’insécurité dans toutes les régions qu’elle contrôle. Les chefs de la Seleka ne parviennent plus -ou ne veulent plus- à contenir leurs hommes qui sont assimilés aux bandits de grands chemins. Des voix se sont levées pour dénoncer cet état des choses qui discréditent purement et simplement la Seleka mettant en doute les véritables raisons de la prise du pouvoir. L’insécurité a atteint un niveau record et les centrafricains commencent à regretter ce changement d’un peuple agonissant. Mais, qu’en est-il de la communauté musulmane, quel rôle doit-elle jouer pour faire ramener à la raison ces bandits que leurs leaders appellent des « incontrôlés », pourquoi ce mutisme des musulmans malgré la souffrance subie par leurs frères ?

Des musulmans centrafricains à Bangui(Photo crédit: Centrafrique-presse)

Des musulmans centrafricains à Bangui(Photo crédit: Centrafrique-presse)

L’envoi de certains chefs rebelles en arrière pays, une mauvaise idée

Depuis le début de la crise, la population centrafricaine s’est contentée de subir toutes les atrocités commises par la Seleka et autres groupes affiliés. La prise de pouvoir qui avait pour but écourter voire d’arrêter la souffrance quotidienne que subie les centrafricains à l’exemple de l’insécurité grandissante à l’époque où François Bozize était aux reines du pouvoir s’est transformé en véritable chaos. Le peuple centrafricain agonissant a été précipitée au coma. Malgré la résistance de quelques groupes de quartiers, une violence sans précédant s’est installée dans toutes les seize(16) préfectures de la Centrafrique. Des chefs rebelles dans la plus part des musulmans ont été envoyés dans les grandes villes par le ministre d’Etat à la Sécurité publique afin de sécuriser. Une mission qui, si souvent se transforme en actes de pillage, de vandalisme, d’exécutions sommaires, … Ces chefs rebelles devront plutôt être remplacés par les FACA mais, ce, après le désarmement des éléments de la Seleka.

 Ces Seleka musulmans qui échappent à toute autorité de leurs chefs

Des voix se sont levées pour condamner ces actes barbares qui n’honorent pas les centrafricains épris de paix et de quiétude qui se voient enfoncés davantage dans un trou déjà extrêmement béant. Parmi ces voix, se trouve la communauté épistolaire à travers les prêtres des églises catholiques qui ont payé la lourde tribu. Le mutisme de l’opposition politique n’est plus à en parler. Cependant, la communauté musulmane a été pointée de doigt pour son rôle dans cette descente aux enfers. Cette dernière est indexée pour son rôle de facilitateur de la situation actuelle à cause de son appui à la dégradation de la situation et son mutisme. Pas de déclarations sincères et sévères condamnant les actes de barbarie perpétrés par les Seleka. En plus de ces étrangers musulmans venus des pays voisins notamment le Tchad et le Souda, il y a ces jeunes musulmans qui se sont faits enrôlés et qui échappent complément au contrôle de leurs chefs hiérarchiques ou leur recruteur. On constate parfois toute une famille qui s’est enrôlée et qui ne fait que sa loi dans sa zone de juridiction. Ces braquages qui se font compter par milliers sont très fréquemment le fait de ces Seleka musulmans, témoignent les victimes, parlant que l’arabe.

Le silence inexplicable des chefs religieux islamiques

Mais en tant que chefs de la communauté musulmane, quel est le rôle que doivent jouer ces personnes qui sont très écoutés à cause de leur pouvoir religieux ? Pourquoi ne pas dénoncer ouvertement et publiquement cette tragédie qui est loin de finir ? Ces chefs religieux ont-ils peur des représailles ?  Ce qui est sûr, dans mon quartier, personnes ne s’occupe de cette situation au contraire, on y voit que des complices, ces musulmans sympathisants qui passent le claire de leur temps à encourager les éléments dans leur sale besogne. J’ai été surpris quand lors d’une prière le vendredi, je m’attendais à ce que les conseils soient prodigués aux fidèles pour leur implication aux actes contraires à l’éthique de l’Islam. Tout s’est passé comme si on vit dans une situation normale.

Des actes souvent causés par les éléments de la Seleka avec des complices musulmans

Au Kilomètre 5 par exemple, malheur a quiconque veut avoir de problème à un musulman. Il payera le prix par les menaces pour le chanceux,  la torture ou une exécution pure et simple. Au quartier Combattant, à la sortie de l’aéroport Bangui M’poko, un jeune mécanicien avait été égorgé simplement à cause de 5 000 FCFA. Ces bourreaux, des éléments de Seleka l’ont passé à tabac avant de l’emporter pour une destination inconnue. Ses parents recevront un appel de ses ravisseurs à la tombée de la nuit, leur demandant  de payer une rançon de 10 000 FCFA, le double de leur dû pour éviter qu’il soit tué. Il sera malheureusement retrouvé à la morgue de l’hôpital communautaire le lendemain. La conséquence de ces actes est sans équivoque : une haine sans merci entre les centrafricains à obédience musulmane et les autres communautés qui jusqu’à là vivaient en parfaite harmonie. Un contingent des éléments de la Seleka accompagnés des Mbarara, ces peules qui traversent la frontière centrafricain-tchadienne pour liquider leur bataille ont pris d’assaut une localité vers Batangafo, une ville situé au nord de la RCA. Ils ont tiré à bout portant et les victimes se sont compter par milliers encore.

Malgré tout ce que la population a subi, la communauté musulmane ne s’est jamais gêné de s’organiser sur le plan humanitaire pour venir en aide aux victimes. Pas un sous, ni du matériel pour venir aux secours de ces centrafricains qui sont obligés de se cacher dans la brousse afin d’être épargné. On le voit bien, la communauté chrétienne notamment à travers Caritas et les autres ONG s’organisent pour apporter des vivres, des matériels de survie, des médicaments et autres quittes aux nombreuses victimes. Qu’attendons-nous ? Est-ce le moyen qui manque ?

L’Islam est une religion de tolérance et de pardon, pas de barbarie 

A travers des discussions que j’ai eu avec quelques autres compatriotes musulmans comme moi, j’ai essayé de les faire comprendre que tous ces actes nous amèneront sans aucun doute à des conséquences néfastes dont j’ignore pour l’instant l’étendu.  Mes raisonnement s se basent sur le fait que la religion musulmane est tolérante et même si, d’aucuns disent que les musulmans ont soufferts dans les précédents régimes, ce n’est pas une raison pour autant de faire subir l’invivable à son peule, ses frères. Il n’est nullement dit dans l’islam qu’il faut tuer son prochain, ni le faire subir des actes de barbarie. Les chefs religieux doivent s’approprier ces chapitres du Coran et les inculquer aux fidèles. Il faut qu’ils disent que ces responsables des actes horribles ne sont pas de véritables musulmans car un musulman digne de ce nom, croyant et pratiquant ne devrait pas s’adonner à de telles pratiques, contraires à l’esprit même de l’Islam.

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eyesango
Citoyen du monde. Originaire de la Centrafrique, travaillant à Douala, diplômé en informatique activiste des Droits humains, leader d'opinion, voyager et échanger est ma passion...

3 réflexions au sujet de « Crise centrafricaine : le silence complice de la communauté musulmane »

  1. bachir dit :

    Y en a marre de lire ces papiers où l’on reproche aux religieux musulmans de ne pas avoir critiqué le régime de djotodia. Il faut peut-être rappelé à tout ce monde que les chefs religieux musulmans de ce pays ont de tout temps adopté une ligne de conduite précise: « on ne se mêle pas de politique. on respecte celui qui exerce le commandement, quel qu’il soit, et quelle que soit son action ». voilà pourquoi, ils n’ont pas non plus émis de critique vis-à-vis des régimes de dacko, bokassa, kolingba, patassé, bozizé. et soyez sûrs qu’ils n’émettraient pas de critique vis-à-vis du régime de catherine samba-panza ou de celui du président pu présidente qui sera élu(e)en 2015. d’ailleurs, si les imams ont eu à faire une déclaration dernièrement, c’est parce que les crimes dénoncés n’étaient pas commis par ceux qui exercent le pouvoir, mais par des bandes de voyous.
    les critiques vis-à-vis de tel ou tel régime, les chefs religieux musulmans préfèrent le laisser aux partis politiques, aux médias, aux organisations de défense de droits de l’homme, aux enseignants… et à d’autres chefs religieux.
    cependant soyez sûrs que si les chefs religieux musulmans se décidaient un jour à critiquer les régimes politiques, c’est-à-dire à se mêler des affaires politiques, beaucoup de gens le regretteraient.

    • Cher Bachir,
      Un leader religieux est une personne morale qui a pour objectif de rechercher la paix, le bien-être et l’unité du peuple. Dans le cas où un pouvoir politique connait des dérives, il est plus qu’important de se lever et de dénoncer ces faits afin d’alerter l’opinion nationale et internationale du danger qui guète un peuple. Et ça, c’est ce qu’il faut reconnaitre. Alors, tous les chefs religieux ont failli à ce devoir depuis plus de 20 ans quand nous avons été mis à genoux par des dictateurs sans vergogne qui se sont accaparés du pouvoir et imposant leur règle au peuple. L’église catholique a eu raison de ne pas le dénoncer, le comité islamique aussi au moment où les massacres en masses étaient perpétrées. C’est aussi la responsabilité des institutions qui sont mises en cause. Nous assistons à un drame collectif et les responsabilités sont partagés. Nous aurons pu échapper à cette tragédie si chaque centrafricain, chaque leader soit-il religieux ou politique a joué son rôle.

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