Ces rumeurs ou les « gens ont dit » qui tuent en Centrafrique

Photo (Crédit Facebook)

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Le site les rumeurs d’Abidjan que je consulte parfois dans mes heures perdues a belle et bien sa raison d’être. En commençant ce billet, je me suis posé la question de savoir pourquoi un internaute, un centrafricain réfléchi, un compatriote aux yeux tels ceux d’un sorcier ne pourra pas lancer un site appelé les rumeurs de Bangui, du moins quelque chose de pareil pour parler des « les gens ont dit » qui torturent moralement les centrafricains mêmes les plus avertis.

A vrai dire, il n’y a aucun centrafricain qui puisse s’en passer de cet exercer très courant à Bangui en particulier et en Centrafrique en général. Même moi, je suis passé par là. Ah oui, il faut que je sois véridique, la franchise est la meilleure chose qu’on peut remarquer chez une personne. Mais si j’ai parlé d’exercice au début, autant dire que c’est un exercice dangereux même si certains y trouvent un loisir.

Les informations relayées de bouche à oreilles ou que dire, d’oreilles à bouches sont monnaies courantes en Centrafrique. Surtout pendant les moments de crise, comme celle que notre pays continue de traverser, les rumeurs ont joué et jouent encore un rôle prépondérant dans le quotidien des Bnguissois. Toutes les couches d’âges sont concernées. Juste une parenthèse, dans mon quartier à Bangui, le fameux quartier Malika où j’ai passé toute mon enfance et où j’y vivais jusqu’à mon récent départ pour le Cameroun, il y a des gens, jeunes et vieux qui vivent des rumeurs. Ben, si je dis qu’ils vivent des rumeurs, cela veut dire qu’ils en ont fait leur métier.

Depuis une dizaine d’années, j’ai grandi en voyant des ainés de quartier se levé très tôt, s’asseoir devant le goudron, quémandant le petit déjeuner chez les plus dégourdis qui attendent le transport pour se rendre à leur lieu de travail- je suis passé par là, je vous en pris- à midi, ils sont toujours là, partageant parfois quelques tasses de café très noir, sans véritablement avec du sucre et dépourvu du lait, avec quelques rares fois un bout de pains, le tout grâce à un budget de 75 FCFA. Vous savez chez nous, une tasse de café peut être commandé à 25 FCFA, le pain-est-ce du pain encore-, très maigre et laid comme une fille que sa mère a craché, à 50 FCFA (Ces boulangers Libanais vont nous tuer dans ce pays).

Et puis à la tombée de la nuit, dans le meilleur des cas, un plat de coco(aliment de base en Centrafrique) presque sans viande et avec une quantité incommensurable de coussecousse faite à base de la farine de manioc, le tout à 250 FCFA, une autre tasse de café cette fois-ci sans pain et/ou une calisse de ngouli ou de kangoya(deux boissons traditionnelles faites à base du palmiers très prisées par les centrafricains). Cependant, dans le pire des cas, ils se contentent juste d’une tasse de café. Et puis tard la nuit, ils glissent un à un en partance pour leur « maison », entrant dans leur « taudis » et dernier programme, faire l’amour pour finir la journée en beauté si possible en s’aidant des excitants comme cité dans cet article du Mondoblogueur camerounais Florian Nguimbis.

Mais ce n’est le fait qu’ils ont choisi ce mode de vie qui me gène mais ce sont leurs ragots qui me dérangent. Parce que, à cause de ces ragots des personnes ont perdus la vie. J’ai décidé d’écrire ce billet  parce que j’ai perdu un étudiant à cause de ces griots à la parole facile et disant n’importe quoi pour paniquer toute une ville en proie déjà à l’insécurité grandissante à Bangui. Un de mes étudiants qui venait d’obtenir sa licence en informatique a laissé sa vie dans le fleuve Oubangui, sous le pont de PK 9, à la sortie de Mbaïki. Ce jour-là, c’était le premier vendredi après le coup d’état. Je revenais de chez ma grand-mère qui habite vers Yangato. Et puis, je me suis rendus compte que les gens courraient de tous les sens. Ne sachant quoi faire et n’ayant pas la bonne information, j’ai décidé de continuer paisiblement ma marche vers chez moi. Je me suis dit que vaut mieux faire face au danger que de courir comme les autres ne sachant pas de quel côté viendrait le danger. Et vers Bimbo, la panique a fait son effet et une trentaine de personnes ont perdu la vie en cherchant à sauver leur vie. Mon étudiant, d’ailleurs le meilleur de sa promotion n’aura pas la chance de se trouver dans une pirogue qui se noyait au bout de quelques instants à bord. Les corps seront repêchés quelques jours après par la Croix Rouge Centrafricaine.

Tout comme cet acte qui s’est produit faisant paniquer toute une ville, il y en a eu plusieurs. Et puis, à chaque fois, ce  sont d’innocentes personnes qui payent la peau cassée et ces parasites, vaux rien, menteur de grand-chemin et souvent alcooliques et invertébrés sont à l’origine de ces drames. Dans un pays normal, la justice devrait poursuivre ces fainéants de tout genre qui n’ont rien à faire que de passer le plus claire de leur temps à dire des ragots. La justice devrait les poursuivre pour troubles à l’ordre public. Et puis, coupables de mettre en danger la vie d’autrui. Il faut à tout pris dissuader ces personnes mal intentionnées que juste à cause de leurs dires, des personnes étaient morts, et que s’ils continuent ils seront traqués comme des chiens par la justice et ils seront condamnés en cas de preuves tangibles.

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eyesango
Citoyen du monde. Originaire de la Centrafrique, travaillant à Douala, diplômé en informatique activiste des Droits humains, leader d'opinion, voyager et échanger est ma passion...

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